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Barbara Bonney chante Dichterliebe
Les Voix de Notre Temps
TDK, 2004
DVD multi-zones
DV-VTBB
| Inspiré
par les poèmes de Heinrich Heine, dédié à la soprano
drama- tique Wilhelmine Schröder Devrient, le Dichterliebe a été
écrit par Robert Schumann en février 1840. Les seize compositions
du cycle nous présente un narrateur aimé, trahi puis délaissé
par la femme adorée. La poésie transcende la question du sexe,
rappelle Barbara Bonney en prélude au récital donné
au Théâtre du Châtelet en 2001 ; comme beaucoup de sopra-nos
par le passé, elle n'hésite pas à aborder l'uvre fétiche
de nombre de barytons. Si la version de Christine Schäfer, l'an passé,
nous avait enthousiasmés (voir notre article),
c'est une grande déception qui nous attend ici. D'une voix qui accuse des
problèmes de souffle parce qu'elle n'est peut-être pas dans sa vraie
place, parfois détimbrée - au lieu des pianissimi attendus
-, ouvrant maladroitement tous les sons au point de les aplatir, Barbara Bonney
nous inflige un chant éthéré, absent, sans expressivité.
Suppose-t-elle que ses minauderies, ses postures d'ameublement donneront le change
? Malcolm Martineau, qui l'accompagne, ne l'aide d'ailleurs pas à
redresser la barre. Dès le premier lied, Im wunderschönen Monat
Mai, son jeu pianistique ap-paraît maniéré, précieux,
et emprunté tandis qu'il saborde le pétillant Die Rose, die Lilie
dans une lenteur presque funèbre. D'un récital de musique romantique,
l'un comme l'autre fait un récital mozartien, sans ampleur, sans nerf et
sans couleur. Barbara Bonney est indéniablement une grande artiste (notamment
lorsqu'elle chante Wolf, Debussy, Fauré, ou à l'opéra dans
Rameau et Strauss ces derniers temps), mais elle s'est ici fourvoyée. Elle
nous laisse l'amère impression d'avoir copié tous les défauts
de sa consoeur von Otter et de ne rien connaître à l'art du lied,
ce qui n'est pourtant pas la vérité. Dans la deuxième
partie de son récital, la chanteuse interprète des mélodies
de compositeurs suédois de la fin du XIXème et du début du
XXème siècle. Aux côtés d'Edvard Grieg (1843-1907)
et de Jean Sibelius (1865-1957) qui nous sont les plus familiers, nous
trouvons Carl Sjöberg 1861-1900), Wilhelm Stenhammar (1871-1927)
et Hugo Alfvén (1872-1960). Tous évoquent l'amour et la trahison
amoureuse par des procédés proches de la chanson populaire (simplicité
de la langue, motifs du conte, métrique régulière, etc.)
Malgré l'héritage du lied allemand, ces uvres sont typiques
d'un romantisme nordique. Samuel Moreau |