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"Mefistofele"
de Arrigo Boito
Arthaus, 1989
DVD multi-zones 100 414
| Hector
Berlioz et Charles Gounod en tête, les compositeurs de l'époque romantique
se sont emparés du mythe de Faust. Arrigo Boito - le talentueux
librettiste de Verdi -, puisant directement dans les deux parties de l'uvre
de Goethe, a souhaité donner la vedette au tentateur plutôt qu'au
damné. Créé le 5 mars 1868 à la Scala de Milan,
l'opéra en quatre actes, avec prologue et épilogue, est un échec.
C'est sept ans plus tard, à Bologne que l'uvre, raccourcie d'un tiers,
trouve son public. Arturo Toscanini s'attacha à faire entrer Mefistofele
au répertoire italien et Georges Bernard Shaw décla-ra que l'uvre
était "un exemple tout à fait intéressant de ce qu'un
excellent auteur littéraire est capable de produire en matière d'opéra,
sans avoir de véritable talent musical, mais possédant en revanche
dix fois plus de goût et de culture qu'un musicien de génie ordinaire".
Boito (1842-1918) était effectivement un passionné de littérature,
à l'avant-garde de la vie intellec-tuelle. Par ailleurs journaliste et
critique, il s'était maintes fois élevé contre la culture
officielle et établie. Peut-être est-ce pourquoi le combat entre
le bien et le mal est si souvent au centre de ses préoccupations artistiques
(voir son Nerone inachevé). Voulant défier Dieu, Méphisto
souhaite réussir à damner l'âme du Docteur Faust. Tous deux
se retrouvent le dimanche de Pâques et Méphisto se présente
ainsi : "une partie vivante de la force éternelle qui ne pense
qu'au mal, et fait le bien". Pour une heure de repos véritable,
plus du tout soucieux des mystères et du sens de l'existence, Faust accepte
de signer un pacte. Entre deux scènes de Sabbat, une scène de
jardin idyllique nous permet de faire connaissance avec l'innocente Marguerite
tombant amoureuse de Faust, rajeuni par enchantement. La joie de la malheureuse
sera de courte durée : délaissée par son amant, elle sera
accusée d'avoir noyé son bébé et empoisonné
sa vieille mère. Bien qu'en prison, attendant la justice des hommes, elle
refuse de s'évader avec Faust rempli de remords, préférant
mourir avec le pardon du Ciel que de devoir la vie au maître des Ténèbres.
Traversant le temps, Faust s'adonne encore à l'amour, avec un idéal
de beauté et de pureté - Hélène de Troie - puis fait
le constat de son existence : le Réel était un enfer et l'Idéal
un rêve. Comme Marguerite, il se tourne vers Dieu et meurt lentement, échappant
de justesse à la damnation prévue par un Méphisto impuissant
à le retenir. Beaucoup de points forts dans cette production : la
mise en scène assez simple de Robert Carsen, - reprise en 1989 à
l'Opéra de San Francisco, après Gand et Anvers -, les décors
de Michael Levine, les costumes de Jennifer Green (surtout pendant la procession
de Pâques), la distribution... L'entrée de Mefistofele par la fosse,
ses chaussures dans un étui à violon, donne tout de suite une couleur
au personnage incarné avec talent par Samuel Ramey. Ce sont ensuite
la voix de basse puissante et la gestuelle très étudiée du
chanteur qui feront de lui l'attrait principal du spectacle. Faust, débarrassé
de son ton de patriarche tranquille, offre au ténor Dennis O'Neill
de nombreuses occasions de chanter l'amour avec beau-coup d'élégance.
La soprano Gabriela Benackova joue Margerite puis Elena. Elle aussi chante
l'amour, mais elle est plus intéressante en conteuse hallucinée,
soit du passé (Marguerite quasiment folle, qui nous parle de sa prison
sans murs, ronde comme le jardin de son idylle avec Faust, grise comme les cendres
de son amour), soit du futur (la destruction de Troie). La voix est suave et émouvante,
toujours nuancée. Le chur, si souvent présent pour représenter
les forces en présence, est celui de l'Opéra de San Francisco -
ainsi que l'Orchestre dirigé vaillamment par Maurizio Arena. Laurent
Bergnach |