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"Carmen" de Georges
Bizet
TDK, 2004
2 DVD region code 0
DV-OPCAR
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Djamileh
Don Procopio
La Jolie Fille
de Perth
, les connaît-on ?
Pas de doute : de tous les personnages que fait chanter Georges
Bizet, Carmen est le plus connu, même des non mélomanes
- d'autant que l'histoire de la cigarière et gitane fut d'abord
un roman de Prosper Mérimée avant que de prendre vie
dans le livret de Meilhac et Halévy. L'uvre n'eut pas
une gestation ni une naissance facile : mésententes diverses
entre
le commanditaire - l'Opéra Comique, en 1872 - et le musicien,
librettistes ouvertement offenbachiens, conflit avec l'orchestre
qui réclame des modi-fications à la partition, création
du 3 mars 1875 qui se solde par un échec
et immoralité
de l'histoire, wagnérisme de la musique reprochées
par la critique. Trois mois plus tard, Bizet disparaissait sans
soupçonner la place qu'aurait un jour son opéra dans
le répertoire des maisons internationales. " Cette
musique-là me semble parfaite " écrira même
Friedrich Nietzsche - qu'on aurait pu imaginer plus difficile
- en 1888, après avoir vu l'uvre pour la vingtième
fois !
Aurions-nous ici une Carmen de référence ?
On a failli le croire dès le premier acte, même si
le diamant n'a pas caché longtemps son crapaud
Mais parlons d'abord de l'écrin. Accueillant des festivals
d'opéras depuis 1913, les Arènes de Vérone
ont fait appel au réalisateur Franco Zeffirelli, bien
connu pour ses reconstitutions historiques au cinéma. Ici,
il profite
de la largeur d'une scène en U pour reconstruire une place
du marché à Séville, vers 1820. Il y a du monde
sur scène, soldats, cigarières, notables, enfants,
mais aussi des chevaux, des ânes, etc. Zeffirelli est le maître
d'uvre d'un grand spectacle de bon goût, où chaque
détail est souligné (citons seulement la qualité
des tissus qui servent de rideau de scène),
et dont un montage très vivant nous restitue le raffinement.
Si Jérôme Savary se targue d'être le plus
grand spécialiste mondial de Carmen, qu'il nous soit
permis, surtout après l'indigente retransmission télévisée
du 7 août dernier, de lui rétorquer que quantité
n'a jamais valu qualité.
Maya Dashuk (Micaëla) nous offre la première
voix féminine de l'histoire, avec un legato parfaitement
géré et une respiration évidente, mais c'est
évidemment Marina Domachenko (Carmen) qui va retenir
toute notre attention durant deux heures et demi, et à juste
titre. Familière du rôle (Opéra National de
Prague en 1998, Opéra de San Francisco en 2002), la mezzo-soprano
sibérienne a approché d'abord la musique comme pianiste
et comme chef d'orchestre. Ce n'est qu'à partir de là
qu'elle a commencé a commencé à étudier
sérieusement le chant. Bien lui en prit ! Les qualités
d'une telle voix sont nombreuses : souplesse et douceur - remarquables
sur la sequidilla -, legato fabuleux - scène
des cartes - et une belle couleur sombre qui crédibilise
le caractère farouche du personnage. Même si on peut
se lasser de sa fierté grimaçante à la longue,
elle est Carmen, sans vulgarité ni hiératisme.
Chez les hommes, les défauts vont de paire avec les qualités.
Dario Benini apporte à Zuñiga sa présence
et sa sveltesse, mais sa voix puissante ne nous épargne pas
un vibrato incertain ; Marco Camastra (Le Dancaïre)
à une belle diction mais son peu de présence déséquilibre
le quintette de
la taverne, un des passages les plus difficiles de l'opéra
; Raymond Aceto possède une voix agréable,
parfaite pour Mephisto, mais un peu lourde,
un peu lente pour Ecamillo. Enfin, c'est Marco Berti, malheureusement
le héros de cette histoire, qui nous chagrine le plus.
A lui seul, son air
du Dragon d'Alcala suffit à prouver que s'il possède
des aigus beaux et fulgurants, le médium et le haut médium
posent de sérieux problèmes
de nuances, voire de justesse
Cette voix sans souplesse finit
par nous sembler aussi brutale et rigide que le personnage antipathique
qu'il incar-ne. De même, on n'en peut plus de ses multiples
lancers de Carmen au
sol à chaque scène de ménage, et il a une grande
part de responsabilité dans le manque d'émotion que
nous ressentons lors du duo final.
Ce soir de juillet 2003, Alain Lombard dirige l'orchestre
des lieux, avec parfois une certaine mollesse - qu'il communique
aux churs, notam-
ment - et un manque de chatoiement. Un peu plus de sensualité
en
fosse n'aurait pas dénaturé une espagnolade
parfaitement assumée
sur scène.
Laurent
Bergnach |