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hector berlioz : roméo & juliette
Arthaus, 2006
DVD multi-zones
102 017
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Au mélomane averti, les concerts de la fin octobre, au Théâtre
des
Champs-Elysées, n'apprenaient pas que Sir Colin Davis
est un berliozien de toujours. Aussi, le public européen,
et en particulier celui de France,
lui doit-il une meilleure connaissance de l'uvre d'un compositeur
qu'on commence peut-être à moins bouder en sa propre
patrie. Car, il faut bien
le dire, des termes comme Berlioz passion allemande ou Berlioz
passion russe, voire Berlioz passion britannique sonnent
encore nettement plus juste qu'une passion française qui
s'éveille guère en dehors des anniver-saires. Ainsi
pourra-t-on observer de nombreuses exécutions de Roméo
et Juliette dans le parcours du chef, jalonnées par quelques
intégrales
au disque et, aujourd'hui, ce DVD offrant un concert munichois de
1985.
En 1839, personne n'avait encore parlé d'un livret pour
une symphonie ; c'est cependant ce que Berlioz demandait
à Emile Deschamps, traducteur du drame shakespearien, à
partir de ses propres esquisses. Et dix mois plus tard, une uvre
sans précédent voyait le jour, une symphonie dra-matique
convoquant trois chanteurs, un chur et un vaste orchestre
pour l'exécution de ses sept parties couvrant près
d'une heure quarante.
Plus de vingt ans après sa captation, ce DVD témoigne
d'un grand
moment. On y goûtera une approche tonique et profonde, dans
une pâte creusée et construite dans une certaine épaisseur,
où la vivacité ne con- duit jamais à la légèreté.
Le sujet est noir, comme le prouve encore le
6ème épisode - Roméo au tombeau des Capulets
-, à la fin duquel le chef amorce les fastes d'une fête
sans déroger à la tension dramatique. Et là,
comme dans la partie suivante, il montre que le compositeur peut
aller plus loin avec cette symphonie dramatique qu'avec un
opéra : il s'avance dans l'imaginaire narratif de l'auditeur,
ce qui est impossible lorsqu'on montre une scène ; sur un
plateau, tout dispositif doit être justifié, et l'écoute
s'en trouve en général plus passive, alors qu'elle
peut ici rester dans une éva-nescence beaucoup plus puissante.
De même Davis profitera-t-il plus
haut (V) d'une réminiscence de la grande messe des morts,
donnée deux ans avant la création de Roméo
et Juliette, consistant en l'obstination du chur dans
une note pôle. Les instrumentistes du Bayerische Rundfunk
Sinfonieorchester le suivent scrupuleusement dans une interprétation
passionnante en tous points.
Si le Chur de cette formation négocie assez mal la
diction française, les trois solistes s'en sortent beaucoup
mieux. La couleur d' Hanna Schwarz s'avère riche,
au service d'un chant bien mené à la généreuse
projection ; toutefois, si la performance reste satisfaisante en
tant que telle, on n'y ren-contre pas le recueillement, le respect
- évocation de Shakespeare him-
self - que l'on pourrait attendre dans le legato de ce passage.
Le second couplet se trouvera nettement mieux travaillé par
une prosodie lyriquement véhémente. En revanche, le
plaisir est immense avec Philip Langridge dont la clarté
de timbre est tout simplement fabuleuse ! La facilité avec
laquelle il enlève ce Scherzetto est un bonheur, distribué
avec une incomparable pré- cision, une exquise souplesse,
une diction irréprochable bien que chuintant à peine
parfois. La basse claironnante de Peter Meven, grand Sachs
qui nous quitta il y a trois ans, cuivre avantageusement Frère
Laurence. Bref : voilà un document indispensable dans toute
DVDthèque musicale qui
se respecte !
Anne Bluet
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