"wozzeck" d'Alban Berg

Opus Arte, 2007
DVD multi-zones

OA 0985 D

Wozzeck de Berg est plutôt bien servi au DVD. Opus Arte publie la production du Liceu par Calixto Bieito. Cet opéra à la musique tranchante raconte l'histoire d'un homme pauvre et malmené par une société brutale
et médiocre, ce qui le mène au désastre. Berg écrivit lui même le livret d'après une pièce de Georg Büchner, Woyzeck.

Calixto Bieito a voulu "recréer la capacité à choquer de la pièce originale, telle que Berg l'a ressentie". Pour le metteur en scène, il est en effet "crucial de montrer comment le venin qui émane des actions humaines et empoi-sonne chaque sphère de l'humanité finit par perturber et détruire ceux
qui - de manière intellectuelle ou instinctive - perçoivent la dissémination cancéreuse du mal, mais sont incapables de se sauver par eux-mêmes"
.

Ici, c'est un monde futuriste, hyperindustrialisé et pollué, quasiment
sans espoir ni humanité qui est montré. Le décor est un assemblement de tuyaux géants (dans lesquels se noiera Wozzeck) éclairés par une lumière blafarde qui devient verdâtre à la fin. Les seuls objets traditionnels sont un cheval de bois et un piano de cabaret. Ceux qui occupent ce monde peu engageant sont totalement détraqués, les scènes du défilé, du cabaret et de la chasse montrant des êtres violents, réduits à l'état de chose, grima- çant sans arrêt et faisant des gestes incohérents, le corps atteint par la pollution qui génère des monstres. Jusqu'au produit de la chasse qui est un vers géant ! Cependant, la fin montre des hommes nus, le corps sans souillure. L'équipe de solistes et de choristes joue avec justesse cette vision noire.

Frank Hawlata, baryton chaleureux, est un Wozzeck attachant et lucide
qui fait ce qu'il peut pour tenter de survivre aux mauvais traitements que
son entourage lui inflige. Angela Denoke, soprano ample, incarne parfaite-ment Marie : à la fois aimante, perdue et durcie. L'enfant est présenté com-me très malade, sans cheveux et portant un masque à oxygène, témoin de plusieurs scènes entre les autres personnages. Hubert Delamboye rend sa voix geignarde, ce qui sied au caractère hypocrite et sentencieux du Capitaine, habillé de manière grotesque. Johann Tilli, basse sombre, joue le cynique Médecin. On nous le montre comme un amoureux passionné
de la mort qui prend plaisir à accumuler les cadavres, les manipuler et les découper. Crooner vulgaire, le Tambour-major est sans scrupule, égale-ment bien joué par Reiner Goldberg. Dans le rôle d'Andres, le compagnon de Wozzeck, David Kuebler conduit bien sa voix de ténor. Au pupitre,
Sebastian Weigle dirige avec énergie et concision.

Stéphanie Cariou