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"wozzeck" d' Alban
Berg
Arthaus, 2006
DVD multi-zones
102 031
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Alors que le marché du DVD multiplie les parutions de nouvelles
productions, on était assez curieux de recevoir ce spectacle
filmé en 1996
à Francfort, la mise en scène d'opéra étant,
à de très rares exceptions, un genre qui se démode
très vite. Pourtant, force est de constater que cet enregistrement
colle le spectateur à son fauteuil.
Actuel intendant du Deutsche Staatsoper (Berlin), Peter Mussbach
est assez inégal dans ses réalisations scénographiques.
Psychiatre, neuro-logue et sociologue de formation, l'homme se plaît
à éclairer sous un jour nouveau les uvres qu'il
aborde. Dans ce Wozzeck, il prend le parti pris d'une stylisation
minimale. Auteur également des décors, il les limite
au minimum : ainsi l'antre du docteur est un parallélépipède
blanc, et la seconde scène de l'Acte II, en ville, se borne
à un clocher d'église oblique. Les costumes de Benedikt
Ramm renforcent l'impression d'oppression
de la pièce : le tambour major semble sorti d'un spectacle
de marionnettes et le docteur est plus proche du vampire que du
médecin. Le plus impres-sionnant reste l'enfant masqué
de Wozzeck et de Marie, figure inquiétante, sans visage,
sans âme. Les conditions de la réalisation de ce film
d'opéra sont assez uniques, puisqu'il s'agit d'une représentation
donnée unique-ment pour les besoins de la caméra,
conduite par Mussbach lui-même.
Il va sans dire que le résultat est impressionnant et sans
commune
mesure avec ce que l'on voit actuellement sur ce support.
La réalisation musicale est vertigineuse. Grand connaisseur
de l'uvre
qu'il dirige depuis ses années passées à La
Monnaie de Bruxelles (dans
la légendaire production de Hans Neugebauer, l'un des très
rares specta-cles d'opéra dont des photos sont reproduites
dansles manuels scolaires), Sylvain Cambreling réussit
la quadrature du cercle. Il allie la force drama-tique, la conduite
narrative, tout en mettant en avant la modernité de l'écri-ture
orchestrale. Assez souvent peu inspiré, le Frankfurter
Museumor-chester est galvanisé par son ancien directeur
musical.
Quant aux chanteurs, ils sont viscéralement possédés
par leurs per-
sonnages. Personnalité charismatique, le baryton Dale
Duesing fait une bouchée de la tessiture du rôle
dont il rend toutes les facettes, même s'il semble parfois
trop humain face au drame qui l'accable. Le soprano amé-
ricain Kristine Ciesinski est une Marie au timbre idéal.
Le reste du casting n'appelle que des éloges, particulièrement
le capitaine machiavélique de Dieter Bundschuh et
le docteur sadique du grand Frode Olsen. En conclu-sion,
ce DVD unique, servi par une équipe d'artistes hors pair,
se doit
d'être un pilier de toute vidéothèque qui se
respecte.
Pierre-Jean Tribot
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