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"La Sonnambula" de Vincenzo Bellini
TDK, 2005
DVD multi-zones
DVWW-OPSON
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Quel plaisir de retrouver en DVD l'un des plus purs chefs d'uvre
de
Bellini ! Loin des dramatiques Norma, Pirate ou
Capulets & Montaigu, cet opéra constitue un délicieux
camée mélancolique, à l'atmosphère lunaire
et psychanalytique qui nous plonge dans le bel canto le plus
touchant. Composé en 1831 entre Les Capulets & les
Montaigu (1827) et Norma (1831), le rôle d'Amina
fut conçu pour célébrer les talents de la grande
cantatrice Giuditta Pasta, star incontestée de l'époque.
L'ouvrage fut un tel succès que Maria Malibran, autre légende
et icône du siècle romantique, demanda au compositeur
une transposition plus basse du rôle pour l'in-terpréter
à son tour. C'est ainsi que, depuis sa création, les
soprani légers coloratures et les soprani dramatiques se
disputent le rôle de la fragile victime.
D'Amelita Galli-Curci et Toti Dal Monte, hier, à Maria Callas
et Joan Sutherland, aujourd'hui, La Sonnambula fut célébrée
par les plus grandes divas. Le lecteur amoureux impénitent
de la Divine se reportera aux somp-tueux enregistrements
qu'elle nous laissa - studio avec Serafin, sur le vif avec Bernstein
- et aux extraordinaires photos empreintes d'un charme et d'une
poésie inoubliables de la même production (Scala) où
officiaient Bernstein et Visconti. Le présent DVD a donc
de quoi susciter un intérêt particulier, d'autant qu'aujourd'hui
l'uvre est plutôt négligée.
La production du Théâtre communal de Bologne (décembre
2000) est superbe et particulièrement novatrice. La captation
fut opérée lors de la représentation du 31
janvier 2004. Même si les partis pris du metteur en scène
semblent avoir créé une vraie controverse, le résultat
est vraiment convaincant. Les décors sont superbes, extrêmement
colorés (incroyables assemblages séduisants de bleus,
verts et rouges) et astucieusement contrastés, les lumières
superbement mises en résonance avec l'action. L'argument
est transposée en fin de 19ème siècle et met
en exergue la
vie intérieure d'Amina - elle vit dans une grande maison
de poupée - et l'incompréhension cruelle de la société
qui l'entoure - extraordinaire scène inquisitrice où
la communauté accuse d'un index vengeur la malheureuse ;
on pense à Ibsen et à Freud quand elle s'allonge sur
le divan rouge du Comte Rodolfo. La mise en scène
de Federico Tiezzi réinvente une intrigue plus resserrée
et plus angoissante que la conventionnelle historiette à
l'eau de rose qu'on nous sert d'habitude. Sans sa Suisse de
carton-pâte, Amina vit une introspection psychanalytique illustrée
de nombreuses références cinématographiques.
La scène de somnambulisme devient un suicide manqué
quand l'héroïne traverse par deux fois le pont de métal
au-dessus de la neige verglacée qui finit par s'écrouler.
Côté chanteurs, notre bonheur est complet !
Eva Mei, en tête, qu'on avait connu un peu insignifiante
et pâle, est excep-tionnelle. Sa voix douce et tendre, capable
des plus belles nuances et des ornementations les plus difficiles,
fait merveille. L'aria finale du second acte, Ah ! non
credea mirarti, qui met en valeur ses qualités de colorature,
est
un modèle du genre, avec un violoncelle obligé d'une
grande expressivité.
À ses côtés, José Bros, si l'on
en accepte le timbre, compose un Elvino parfait de vocalità
; toutes ses interventions sont d'ailleurs saluées par
un public particulièrement enthousiaste. Le comte Rodolfo
de Giacomo Prestia est bien séduisant, lui aussi,
tout comme les seconds rôles.
Quant à Daniel Oren, d'habitude plus spécialisé
dans le spectaculaire des Arènes de Vérone, il sait
montrer quel grand chef attentif et plein d'empathie pour ses chanteurs
il peut être. À la tête d'un orchestre et de
choeurs capti-vants, il dirige avec une âme et une tendresse
passionnées. Pour finir, des prises de vue modernes, vivantes,
une image et un son exceptionnels couronnent vraiment ce DVD qui
mérite toute votre curiosité et votre attachement.
Michel Slama
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