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"Fidelio" de Ludwig
van Beethoven
Arthaus, 2007
DVD multi-zones
101 275
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Des intentions
de Beethoven d'écrire pour l'opéra, il reste
des projets (Faust, Macbeth, Hamlet, etc.), des
fragments (Vestas Feuer / Le Feu de Vestas) et un seul
ouvrage complet. Mais le compositeur était-il réellement
à l'aise avec le genre lyrique, comme semble nous le murmurer
la genèse relativement compliquée de Fidelio
? A l'origine, s'inspirant d'une pièce de Jean Nicolas Bouilly
tirée d'un fait réel, l'uvre s'intitule Léonore
et, con-trairement aux productions italiennes de l'époque,
avoue une première gestation assez longue - soit de 1803 à
1805. De même que le dramatur-
ge français contourna la censure en remplaçant les prisons
jacobines par celles d'Espagne, Beethoven doit couper certaines scènes
considérées comme subversives. Le 20 novembre 1805,
et vraisemblablement afin d'éviter toute confusion avec la
Leonora (1804) du parmesan Ferdinando Paër, l'uvre
est créée sous son titre définitif, le 20 novembre
1805, au Theater an der Wien - des trois ouvertures existant rappelant
le titre initial, c'est Leonore II qui est entendue ce soir-là.
L'échec est immédiat. Réduite et remaniée,
une seconde version présentée le 29 mars de l'année
sui-vante ne passionne pas plus les Viennois. Soucieux du succès
de son ouvrage, Beethoven en fait revoir le livret et présente
une troisième et der-nière version, au Kärnthnerthor
Theater, le 26 mai 1814. Sans atteindre le caractère d'opéra
national d'un Freischütz, Fidelio y gagne ses galons
de drame musical romantique.
Par son dépouillement, cette production de l'Opéra
d'Hamburg (1968) met l'accent sur les deux parcours structurant
l'ouvrage : celui (horizontal) d'un chur de prisonniers équilibré
et expressif - tous les visages sont habités - quittant l'ombre
pour la lumière d'une vaste cour ensoleillée, et celui
(verti-cal) de l'héroïne qui, telle Orphée, descend
par amour dans les tréfonds
de la terre. Plutôt bien filmé par Joachim Hess,
cet opéra télévisé a pour seul désagrément
de recourir à un play-back peu discret.
Dans le rôle-titre, Anja Silja charme par un chant
large, un legato superbe dont profite son duo final, mais
le timbre possède déjà ce côté
métallique qu'on lui connaîtra tout au long de sa carrière.
A l'inverse, Lucia Popp (Marzelline) jouit d'un chant lumineux,
désincarné, purement mozartien. Ernst Wiemann
(Rocco) possède un bel espace vocal, Theo Adam (Don
Pizarro) est sonore, Hans Sotin (Don Fernando) ainsi qu'
Erwin Wohlfahrt (Jacquino) livrent d'honnêtes prestations.
Ténor héroïque aux attaques aiguës systématiquement
basses, vaillant mais sans nuances, Richard Cassily (Florestan)
rend malheureusement pénible la deuxième partie de
l'ouvrage. Les ensembles vocaux, terriblement difficiles, sont donc
majo-ritairement réussis. Maître d'une direction classique
et très articulée, Leopold Ludwig recherche
l'élégance plutôt que les contrastes.
Samuel Moreau
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