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Cecilia Bartoli : Un Portrait
DECCA, 2004
DVD multi-zones
071 141-9
| C'est
une Cecilia Bartoli presque au début de sa carrière que nous
découvrons dans ce documentaire de 1992. Un portrait d'une cinquantaine
de minutes précède le concert à l'Hôtel Savoy, et disons-le
tout de suite, nous sommes séduits. Prenant le prétexte de
répétitions à la Fenice, en compagnie de certains témoins
de son entourage, nous revenons sur des moments de sa forma-tion musicale. Fille
d'un ténor lirico spinto et d'une soprano, c'est cette dernière
qui remarque sa facilité pour le chant colorature et s'improvise
professeur de chant. Silvana Bartoli, avec tendresse mais sans concession, surveille
les progrès de sa progéniture, érigeant la volonté
et l'autodiscipline comme éléments essentiels à la conduite
d'une grande carrière. Admirateurs autorisés, Christopher
Raeburn, directeur artistique de la jeune femme, est sensible à la fraîcheur,
au naturel de celle qu'il défini comme une mezzo-soprano assez légère,
mais avec une voix très ronde, tandis que Rodney Milnes - rédacteur
à Opera Magazine - parle d'une voix céleste associée
à une technique irréprochable, d'un chant qui passe aussi par les
yeux.
Entre flânerie en gondole et balades en Fiat 500, Cecilia
prend la parole à son tour. D'une voix quasiment enfantine, dépouillée
de la belle couleur sombre qui fait son chant, elle nous parle de la petite porte
du paradis qu'elle a ouverte en découvrant Mozart (loin du génie
terrien qu'est Rossini), de son refuge toscan (Porto San Stefano) où elle
se repose de sa vie de bohémienne privilégiée, de
sa relation presque sexuelle avec la nourriture... On ne nous avait pas menti
sur son grand sens de l'humour ! C'est en été 1991 que la
cantatrice donna ce récital londonien, à l'Hôtel Savoy. Le
pianiste György Fischer l'accompagne. Elle débute son récital
par des airs baroques (Pergolesi et Vivaldi), mais retrouve bien vite ses deux
compositeurs fétiches, Mozart (In uomini, in soldati - Cosi
fan tutte ; Deh, per questo istante - La Clemenza di Tito
; Voi che sapete - Le nozze di Figaro) et Rossini. Nous découvrons
un compositeur plus sérieux, loin de la plaisanterie facile auquel il est
souvent associé. S'il y a ici des airs enjoués (La regata veneziana,
trois chansons en dialecte vénitien ; Canzonetta spagnuola...),
ils alternent avec des moments plus recueillis, où l'émotion finit
par l'emporter sur la simple virtuosité.
Samuel
Moreau |