|
"Merlin" de Isaac Albéniz
Opus Arte, 2004
DVD multi-zones
OA 0888 D
|
Merlin constitue le premier volet d'une trilogie conçue
par le librettiste Francis Burdett Money-Coutts et par le compositeur
Isaac Albéniz (1860-1909), pour donner à l'opéra
britannique un joyau équivalent à celui que possédait
l'Allemagne avec L'Anneau du Nibelung. Hélas, le destin
de ce cycle n'approche en rien l'uvre titanesque de Wagner
: il ne reste aucun matériau de Guenièvre,
la dernière partie, et la partition de Lancelot pose
des problème de restauration du fait de ses incomplétudes.
De l'histoire arthurienne inspirée de l'uvre de Sir
Thomas Malory
- Le morte d'Arthur -, il demeure juste Merlin, que
son auteur n'eut pas la joie de voir jouer puisqu'il fut créé
récemment, au Théâtre Real de Madrid,
le 28 mai 2003 ! - même si l'intention est louable, on ne
tiendra donc pas compte de la version de 1950, avec coupures et
en langue espagnol, donnée par le club de football junior
de Barcelone
Pour plus de détails sur l'histoire de
cette partition, on se reportera aux notes de José de
Eusebio, dans le livret qui accompagne le disque - le chef a
consacré presque deux ans d'activité à la réapparition
de cet opéra en trois actes ;
il connaît son sujet et sa direction, outre que l'Orchestre
du Real est très bon (solos magnifiques), ne manque pas
de profondeur.
Côté distribution, les hommes s'en sortent bien :
David Wilson-Johnson
est un Merlin brillant, aux aigus très cuivrés; Stuart
Skelton incarne quant
à lui Arthur, roi par un signe sacré, et ce
sont les graves assurés qui nous plaisent chez ce ténor
vaillant. Dans les seconds rôles, signalons Stephen Morscheck,
archevêque charismatique et d'une grande aisance. En revanche,
quelle déception du côté féminin ! Certes
Carol Vaness (Nivian) possède une voix énorme,
mais le vibrato soumis à rude épreuve et la diction
anglaise laissent à désirer ; quant à Eva
Marton (Morgan le Fay, personnage presque plus intéressant
que l'Enchanteur), il y a la puissance vocale mais aussi une fatigue
proportionnelle
Le chur, souvent mixte même s'il
s'agit d'assemblée de chevaliers, mérite notre attention.
La mise en scène de John Dew, plutôt sobre,
repose principalement sur
la beauté des décors. Dommage que ces derniers soient
animés par les chorégraphies assez quelconques de
Mei Hong Li, et par des danseurs
aux décalages fréquents, aux gestes imprécis,
voire mal réglés. La danse, signe de sensualité
dans un univers guerrier, d'envoûtement dans un monde occulte,
avait ici une place qui aurait mérité un soin plus
attentif..
Samuel Moreau
|