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robert alagna
live in paris
Deutsche Grammophon, 2005
DVD multi-zones
982 707 3
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Les 8 et 11 janvier 2001, après plusieurs mois de fermeture
pour rénovation, la Salle Gaveau accueillait, pour sa réouverture,
Roberto Alagna. Le grand ténor français d'origine
sicilienne a tenu à con-tribuer, à sa façon,
à la réfection de la salle de la rue La Boétie,
en offrant l'intégralité de ses cachets des deux soirées.
Le DVD nous restitue l'am-biance festive et l'atmosphère
chaleureuse de ces concerts à travers les images d'un public
patientant dans le hall et d'un auditorium toute rénové,
au son de l'Entracte du 3ème acte de Carmen
et non de son Ouverture, comme l'indique le dos du produit.
Une très brève interview de Roberto Alagna évoquant
le chant français et un joli clip sur la chanson Carretiere,
tourné à ses débuts avec ses deux frères,
complètent ce DVD.
Tout à l'écoute du chanteur, Anton Guadagno
accompagne ce récital,
à la tête des Concerts Lamoureux, avec discrétion
et délicatesse.
Roberto Alagna apparaît fringant, en costume romantique, cheveux
longs
et séducteur en diable. Après une Sérénade
de Don Giovanni sans éclat
et sans style, il entame une bien poussive Danza de Rossini
où il continue d'être bizarrement absent, sans
humour et bien tendu dans les aigus. Le chanteur se rattrape avec
Le Cid de Massenet dont l'air O souverain, ô
juge est une vraie réussite ; nous l'y retrouvons à
son zénith, avec une diction et un phrasé impeccables
qui le rendent irremplaçable dans ce répertoire.
Le récital se poursuit avec une alternance d'airs italiens
et d'airs français. Les seconds sont, dans l'ensemble, exemplaires
de diction et de vérité,
la voix du ténor étant proprement idéale pour
le fameux Rachel, quand du Seigneur extrait de La Juive
d' Halévy. On pourra juger l'évolution de sa
voix en réécoutant l'air de Don José qu'il
enregistra naguère pour son premier récital chez Emi.
Si elle a perdu en souplesse et en suavité, elle a gagné
en dramatisme et en virilité. Dommage qu'Alagna ne nous gratifie
plus du superbe pianissimo, écrit par Bizet,
à la fin de l'air, comme il le faisait en 1995.
Plus discutables sont les airs italiens.
L'artiste qui a pris tant de soin à dépoussiérer
le chant français n'en fait
pas autant pour l'opéra italien. Pourquoi a-t-il besoin de
grossir artificielle-ment son organe ? A quoi riment ces portamenti
et ses sanglots dignes
de temps que l'on croyait révolus ? Ainsi, après cette
Danza essoufflée, le premier air de Calaf de Turandot
(Puccini) est presque caricatural, tant il épaissit
le trait. On aurait aimé que Una furtiva lagrima de
L'elisir d'amore (Donizetti) soit à la hauteur
de ses prestations superlatives à l'Opéra de Lyon
en 1996, aux côtés d'Angela Gheorghiu. Au contraire,
le chanteur per-siste avec un lourd et décevant Tomba
degli avi mei de Lucia di Lamer-moor, toujours grossi
et, de plus, fâché avec la justesse. Ecoutez le long
récitatif qui précède l'air, il est digne d'un
ténor des années cinquante,
avant la révolution Callas.
Les deux airs véristes de Leoncavallo restent
dans la même veine, réjouissant un public frénétique,
malgré tout. Les bis réservent cependant une
bonne surprise : c'est un bonheur renouvelé que d'entendre
notre star franco-italienne enchaîner les canzonette napolitaines
et siciliennes de Eugenio de Curtis ou Arturo Buzzi-Pescia,
en d'autres temps défendues avec ardeur par Caruso, Ponselle
et Gigli, entre autres. Même O Colombina de Pagliacci,
intercalée entre ces chansons, est une réussite, comparée
au Vesti la giubba excessivement vériste du programme
principal.
Manque de concentration du ténor qui était certainement
gêné par l'odeur des peintures encore fraîches
de Gaveau ou simplement absence de for-me, on comprend mieux pourquoi
Emi ne s'est pas précipité pour publier ce DVD bien
inégal, aujourd'hui disponible chez Deutsche Grammophon,
mais enregistré quand le ténor était encore
sous contrat chez le Major au petit chien.
Michel Slama
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