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VIVALDI redécouverte du prêtre roux Retourà
Vivaldi Qui
est-il?
Ambronay
: Vivaldi affettuoso
Vivaldi
et le disque Farnace
à Bordeaux Rosmira
fedele Catone
in Utica En
savoir plus © Jesus Alcantara Cliquez
sur l'image pour voir la photo en entier. Farnace à
Bordeaux
| OU ENTENDRE VIVALDI BIENTÔT ? |
| Attention, cette liste ne
se veut pas exhaustive. Au Grand Théâtre de Bordeaux, les
20, 24, 25 et 27 juin à 20h, le 22 juin à 15h: - Farnace,
opéra en trois actes Le Concert des Nations - Jordi Savall Pendant
le 24ème Festival d'Ambronay, du 13 septembre au 12
octobre : - voir chapitre correspondant au sommaire Au Théâtre
des Champs-Elysées (TCE), le 7 octobre, à 19h30: -
Orlando Forioso, opéra en trois actesRV 728, en version de
concert Ensemble Matheus - JC Spinosi A
la Cité de la Musique, le 25 octobre, à 17h: - les motets Nulla
in mundo... et In furore - Concerti RV 114, 153, 461, et
484 - Vengo a voi luci adorate, cantate Concerto Italiano
- Rinaldo Alessandrini A la Salle Molière de Lyon, le 27
oct. à 19h30: - concert Vivaldi, Corelli, Froberger, Biber, etc.
Musiciens de l'ONL - Catherine Latzarus Au TCE, le 17 décembre,
à 19h30: - Orlando finto pazzo, opéra en trois
actes RV 727, en version de concert Academia Montis Regalis
Coro del Theatro Regio di Torino Alessandro de Marchi Au Palais
des Beaux Arts de Bruxelles, cycle Europalia-2003-Italia, le 10 janvier
2004, à 20h: - Concerti RV 124, 153, 157, 472, 484, 489, 501
et Sonata RV 63 op.I/12 Sonatori della Gioiosa Marca - Sergio
Azzolini Au TCE, le 27 mars 2004, à 19h30: - In furore,
motet RV 626 Concerto Italiano - Rinaldo Alessandrini Au
TCE, le 5 mai 2004, à 20h: - Concerti pour violoncelle
Amsterdam Baroque Orchestra Yo Yo Ma - Ton Koopman A
l'Auditorium de Lyon, le 14 mai 2004, à 20h30: - Stabat Mater,
et oeuvre de Händel Il Giardino armonico - Giovanni Antonini Au
TCE, le 17 mai 2004, à 20h: - Stabat Mater - Amore
hai vinto, cantate RV 651 Il Giardino armonico - Giovanni Antonini |
© conception : Communiquez!
L'affiche du Festival vous pouvez suivre le lien en
cliquant sur l'image © Guillaume Bonnaud Cliquez
sur l'image pour voir la photo en entier. Farnace à
Bordeaux
©Opéra de Nice Cliquez
sur l'image pour voir la photo en entier. Rosmira fedele
à Nice
©Opéra de Nice
Cliquez sur l'image pour voir la photo en entier.
Marianna Pizzolato Rosmira fedele à Nice
© Danièle Pierre Manuela
Kriscak et Jacek Laszzkowski dansCatone in Utica
© Danièle Pierre Cliquez
sur l'image pour voir la photo en entier. Veronica Cangemi dansCatone
in Utica
© Guillaume Bonnaud Cliquez
sur l'image pour voir la photo en entier. Farnace à
Bordeaux |
Ce dossier n'aurait sans doute vu le jour sans les précieuses
complicités de mesdames Noëlle Arnault, Létitia Baudrand, Marianne
Gaussiat, Laurence Lecomte, et de messieurs François Segré et Romain
Souchal, que nous tenons à remercier sur cette page. Retour
à Vivaldi On a du mal à se représenter la place
qu'occupait Vivaldi dans la vie musicale de son temps. Ce n'est que depuis 1945
que l'on redécouvre son uvre, et surtout les concerti.
On ne compte plus aujourd'hui les versions innombrables des Quattro stagioni,
et si l'on joue régulièrement ses séquences (Stabat Mater,
etc.), on omet injustement les oratorios, pour oublier presque totalement les
opéras. Vivaldi fut d'une prolixité incompa-rable dans ce genre,
et s'il est difficile de compter précisément sa produc-tion lyrique,
il reste convenu de lui attribuer, selon ses propres dires dans un courrier écrit
quelque temps avant sa mort, environ quatre-vingt-quatorze ouvrages, rien que
ça ! Les bibliothèques italiennes conservaient les parti-tions d'un
bon tiers d'entre eux, mais la plupart sont perdus, ou incomplets. On a pu vivre
certaines tentatives de reconstitutions réussies, comme le Catone in
Utica par Jean-Claude Malgoire à Tourcoing, par exemple. Reste
que l'on ne joue la plupart du temps que son Orlando Furioso, ce qui
est tristement réducteur, et rend peu hommage à une carrière
si généreuse. Depuis quelques années, on aura constater une
sorte de regain d'intérêt pour l'oeuvre vivaldienne. Des
ensembles orchestraux et des maisons d'opéra se risquent soudain à
présenter des oeuvres devenus rares, et parfois abandonnées depuis
leur création, tel l'Opéra National de Bordeaux qui reçoit
dans quelques jours le Farnace du Teatro de la Zarzuela de Madrid,
le vingt-quatrième Festival D'Ambronay plaçant sa programmation
sous le titre prometteur de Vivaldi affettuoso, ou encore le Théâtre
des Champs Elysées qui programme un cycle Vivaldi pour sa saison 2003/2004,
avec des raretés. De même le disque rend-t-il compte de
cette vague, entre autre par la belle initiative du label Opus 111 de faire paraître
une excellente Edition Vivaldi Nous vous proposons de revenir sur
certaines de ces initiatives dans le présent dossier Redécouverte
du Prêtre Roux. Qui
est-il? Antonio Vivaldi, fils d'un violoniste de la Capella di San
Marco qui lui donna ses premières leçons, est vénitien. Il
est né le 4 mars 1678, et étudiera la musique parallèlement
à la théologie, revevant la tonsure à quinze ans pour
se trouver ordonné prêtre à l'âge de vingt-cinq ans,
au printemps 1703. Considérant son état de santé fragile,
l'Eglise le dispensera presque aussitôt de célébrer la messe.
Elle l'emploiera au Conservatorio della Pietà, dont la mission était
d'éduquer les orphelins, les enfants malades ou abandonnés suite
à des unions adultérines, en tant que maître de violon pour
commencer, puis maître de chapelle, chef de choeur et, pour finir, responsable
de l'institution. Cet établissement s'occupait uniquement de petites filles,
et fameuse était son activité musicale. Tous les dimanches, dissimulées
au public derrière une grille austère et imposante, les pupilles
jouaient les concerti du Prete Rosso (une magnifique chevelure de
feu lui valut ce surnom) ou chantaient ses cantates (une quarantaine, environ)
et ses motets. De cette charge sont nés les Beatus vir, Credo, Dixit
Dominus, Gloria, Kyrie, Laetatus sum, Laudate pueri, Magnificat,
Nisi Dominus, Salva Regina et Stabat Mater, ainsi qu'une Messe
d'une grande pureté. Il écrivit également quelques oratorios
religieux dont Juditha Triumphans demeure le plus célèbre. Vivaldi
s'absenta souvent de la Pietà, à partir de 1713 et de la création
de son premier opéra, Ottone in Villa. Une carrière
lyrique immense s'ouvrira à son génie, avec entre autre L'Ingano
triomfante, Feraspe, La Fida Ninfa, L'Olimpiade, Orlando
furioso, Griselda, Orlando finto pazzo, Il Giono Felice, Montezuma,
Dorilla, Il Giustino, Oronta, La verità in cimento, Scanderberg,
Farnace, Rosmira Fedele et tant d'autres ouvrages dont la liste
complète serait étouffante. Le succès et les commandes de
diverses cours l'emme-nèrent à Verone, Prague, Amsterdam, Mantoue,
Hesse, Rome, Dresde, en Toscane, en Piémont, en Bohême, etc. C'est
d'ailleurs à Vienne qu'il s'étein-dra en juillet 1741. Sa musique
fut beaucoup jouée de son temps, notam-ment les grands cycles de concerti
comme L'estro armonico, La Cetra, ou La Stravaganza,
mais seulement vingt pour cent de sa production fut publiée de son vivant.
L'édition disponible n'est donc absolument pas représentative de
la créativité inépuisable du compositeur qui écrivit
plus de quatre cents concerti qu' il joua en grande partie en tant
que violoniste virtuose. Aujourd'hui, musicologues, historiens, chefs d'orchestre,
et metteurs en scène se sont lancés dans l'étude des manuscrits
que conservaient précieusement les bibliothèques italiennes.
La Biblioteca Nazionale Universitaria di Torino possède aujourd'hui
la totalité des documents, après bien des péripéties
dont l'histoire est contée dans la page que nous consacrons sur l'Edition
Vivaldi en Cds, et prête son concours aux productions des maisons d'opéras
autant qu'aux recherches des spécialistes vivaldiens, comme celles qui
génèrent aujourd'hui cette vaste Edition Vivaldi entreprise
par Opus 111 et Naïve en collaboration avec l'Istituto per i Beni Musicali
in Piemonte. Le talent de Vivaldi féconda Bach et Händel, pour
ne citer que les plus célèbres de ses héritiers.
Ambronay
: Vivaldi affettuoso Cette année, le Festival
d'Ambronay fait la part belle à la musique de Vivaldi avec une programmation
intitulée Vivaldi affetuoso. En voici donc le détail: -
Laudate Jerusalem, Kyrie, Dixit Dominus Choeur du Festival et l'Orchestre
de l'Académie Baroque Européenne Pierre Cao, direction
16 septembre, à 20h30 - Eglise de Nantua 17 septembre, à 20h30
- Eglise de Montluel 18 septembre, à 20h30 - Abbatiale d'Ambronay -
Les ultimes concerti Venice Baroque Orchestra - Guliano Carmingola
et Andrea Marcon, violons 19 septembre, à 20h30 - Abbatiale
d'Ambronay - Vêpres solenelles pour l'Assomption de la Vierge
Concerto Italiano - Rinaldo Alessandrini, direction 20 septembre, à
20h3O - Abbatiale d'Ambronay - La voix grave du coeur Sonatori
della Gioiosa Marca - Giorgio Fava 24 septembre, à 20h3O - Abbatiale
d'Ambronay - Les Maîtres des Ospedali The King's Consort
- Robert King 27 septembre, à 20h3O - Abbatiale d'Ambronay
- Motets et Concertos Academia Montis Regalis - Alessandro
de Marchi 3 octobre, à 20h3O - Abbatiale d'Ambronay - Orlando
Furioso Ensemble Matheus - Jean Christophe Spinosi 4 octobre,
à 20h3O - Abbatiale d'Ambronay - Motets et Airs Sacrés
Ensemble Matheus - Jean Christophe Spinosi 5 octobre, à 20h3O
- Abbatiale d'Ambronay - Oeuvres pour cordes et basse continue
Akademie für alte Musik Berlin 9 octobre, à 20h3O - Abbatiale
d'Ambronay - Vivaldi, prêtre et musicien Modo Antiquo -
Federico Maria Sardelli 12 octobre, à 15h3O - Abbatiale d'Ambronay
Nous signalons à votre curiosité une table ronde ainsi qu'un
cycle de quatre conférences sur Antonio Vivaldi qui permettront d'approfondir
le sujet. Il vous est possible de contacter le Festival d'Ambronay par téléphone
au 04 74 38 74 00 et de consulter l'ensemble du
programme sur le site www.fest-ambronay.com
Vivaldi
et le disque Attention, nous ne prétendons aucunement être
exhaustifs, mais vous présenter quelques unes des parutions récentes
ou particulièrement marquantes. Afin d'accéder aux articles correspondant,
il vous suffit de cliquer dans la vignette du disque (colonne gauche).
A l'écoute :
Deux
opéras pris sur le vif MONTEZUMA
CATONE IN UTICA par La Grande Ecurie et la Chambre du Roy dirigée
par Jean-Claude Malgoire
LA
VERITA IN CIMENTO par l'Ensemble Matheus dirigée
par Jean-Christophe Spinosi solistes : Bertagnolli,
Laurens, Mingardo, Stutzmann, Jaroussky... L'OLIMPIADE par
le Concereto Italiano dirigée par Rinaldo Alessandrini solistes
: Mingardo, Prina, Kulikova, Giordano... JUDITHA TRIUMPHANS par
l'Academia Montis Regalis dirigée par Alessandro Montis Regalis solistes
: Kozena, Trullu, Comparato, Carraro...
et La
collection Vivaldi Parutions Opus 111 / Naïve
Farnace
à Bordeaux Vivaldi créa cet ouvrage à l'occasion
du Carnaval de Venise en 1727, au Théâtre Saint-Ange, sur un livret
de Antonio Maria Lucchini qui avait déjà remporté un certain
succès auprès d'autres compositeurs quelques années plus
tôt. Farnace est l'un des opéras auxquels Vivaldi accorda
le plus de soin, dosant savamment les effets instrumentaux et vocaux. Il ménagea
quatre arie aux personnages principaux Berenice, Farnace et Gilade, trois
aux seconds rôles Tamiri et Selinda, deux à Pompeo et une seule à
Aquilis. L'alternance alors fort prisée d'arie de furore et de lamenti
est particulièrement équilibrée dans cette oeuvre. A l'initiative
de Jordi Savall, le Teatro de la Zarsuela de Madrid a fait
représenter en octobre 2001 un Farnace principalement vivaldien,
qui intégrait certains passages d'une autre version de 1739 créée
à Madrid et due au compositeur français François Courcelle,
connu en Espagne sous le nom italianisé de Corselli. Ce musicien naquit
à Piacenza, dans le Duché de Parme alors français en 1705.
Il apparaît en Espagne 1734 au moment d'une mode de l'opéra italien
favorisée par un parrainage de la Cour de la reine Isabelle Farnese qui
prendra plus d'importance encore avec l'arrivée sur le trône de la
princesse portugaise Barbara de Bragance, mariée à Ferdinand de
Bourbon, futur Ferdinand VI d'Espagne. Isabelle engageait à sa cour des
artistes dont elle espérait qu'ils sussent soulager la maladie mentale
de son époux régnant Ferdinand V, comme le célèbre
castrat Carlo Broschi, dit Farinelli, et Corselli. Le compositeur travailla
et résida à Madrid jusqu'à sa dernière heure, le 3
avril 1778; le manuscrit de son Farnace est conservé à la
Bibliothèque Municipale de Madrid. La coutume du XVIIIème siècle
était précisément de changer l'ordre des arie dans
un ouvrage, de lui ajouter des parties virtuoses empruntées à d'autres
textes, souvent par complaisance envers les chanteurs. L'inititiative de Savall
est donc tout à fait fidèle à l'esprit du temps, invitant
le public à revivre ce que put être une représentation bel
cantiste à Madrid. Farnace, fils de Mithridate, a succéder
à son père et règne sur Ponte. Vaincu par Rome, chassé
de la capitale de son royaume, Heraklea, et certain de ne jamais réussir
à d'en venger, il ordonne à son épouse Tamiri de tuer leur
fils et de se suicider avant que d'être capturée par l'envahisseur.
La soeur de Farnace, Selinda, est déjà captive d'Aquilius; elle
le séduit, ainsi que le capitaine de Berenice, Gilade, dans le but de les
opposer à mort et de servir ainsi la cause de Mithridate. La mère
de Tamiri, Berenice, reine de Cappa-doce, s'est alliée au général
romain Pompeo et souhaite plus que tout voir son gendre mort. Tamiri cache son
enfant dans la Pyramide Royale, et se trouve arrêtée dans son geste
suicidaire par sa mère. Berenice envoie une brigade à la recherche
de son gendre qu'elle hait. Celui-ci, abattu, songe au suicide lorsque Tamiri
le rejoint. Il désapprouve sa désobéissance, si bien qu'elle
feint d'avoir tué son fils, comme il le souhaitait. Puis Farnace ordonne
la destruction de la Pyramide : Tamiri laisse son enfant à Berenice, avant
d'être répudiée et par sa mère et par son roi. Parallèlement,
Selinda parvient à persuader Gilade et Aquilius d'intercéder en
faveur de l'enfant auprès de Pompeo. Ce dernier, ému par l'innocence
du petit, le confie à Aquilius. Berenice ne l'entend pas de cette façon
: elle réclamera au vainqueur romain la mort de son petit-fils. Elle offre
la moitié de son royaume pour cette mort. Tamiri offre la moitié
du sien pour sa vie sauve. Gilade et Selinda complotent de leur côté
contre Pompeo. Après un attentat manqué par Farnace et Aquilius,
le Roi démasqué est enchaîné. Les capitaines décident
de tuer Pompeo et Berenice : l'illustre général sauve la vie de
la reine de Cappadoce et Farnace le sauve. Pompeo pardonnera à tous, dans
un grand souci de concorde, et convainc Berenice de réhabiliter son gendre
en son estime. Tout rentre dans l'ordre... L'Opéra National de Bordeaux
présentera cette production du Théâtre de la Zarzuela de Madrid
les 20, 22, 24, 25 et 27 juin 2003. Renseignements et location au Grand Théâtre
: 05 56 00 85 95. Quelques productions
récentes
Rosmira
fedele Il s'agit de l'ultime témoignage préservé
de la production lyrique de Vicaldi. Il est conservé à la Bibliothèque
de Turin, et reste inédit. Son livret s'inspire de la Partenope de
Stampiglia, célèbre poète de l'Academia dell'Arcadia
fondée à Rome en 1690 sous la protection de la Reine Christine.
Il fit l'objet de plusieurs opéras, dont celui de Luigi Manca créé
à Naples en 1699, et celui de Georg-Friedrich Händel conçu
pour Londres en 1730. Parténope, reine de Naples qu'elle a fondée,
loue Apollon, entourée de deux soupirants rivaux, Arsace et Armindo,
lorsque survient un jeune prince inconnu qui vient se placer sous sa protection,
et dit s'appeler Eurimène. C'est en fait la Princesse de Chypre Rosmira
qu'Arsace a aimée et qu'il devait épouser avant de l'abandonner;
elle est là, sous ce déguisement, pour se venger l'affront d'un
amant infidèle auquel elle déclare la guerre en lui faisant promettre
de ne jamais révéler son identité véritable. Coupable
et repentant, Arsace décide de se laisser la part belle à son
rival, lorsque Parténope elle-même se déclare à son
avantage. Pour la seconde fois, il reniera Rosmira. Furieuse, Rosmira brouille
le jeu en prétendant brûler d'une flamme amoureuse pour la Reine.
Parallèlement à cette intrigue surviennent des événements
politiques confus: un prince frontalier, Emilio, a entamé une guerre contre
Naples qu'il tente d'envahir, tournant à son avantage. Il vient proposer
un projet de paix : en l'épousant, Parténope renforcerait sa souveraineté
sans autre risque de conflit. La suivante de la Reine, la princesse Ersilla, est
éprise d'Emilio. Elle essaie de lui parler au nom d'une amie noble, mais
le guerrier félon ne veut rien entendre. Parténope refuse cette
compromission, et nomme Arsace commandeur des armées, ce qui avive la jalousie
d'Armindo et de Rosmira. Ils se liguent tous deux contre Arsace. Le hasard de
la bataille soumet la jeune femme toujours travestie à Emilio, et c'est
Arsace qui l'a sauve, et livre le félon à la Reine rendue ainsi
victorieuse. Mais Eurimène s'autoproclame vainquer d'Emilio; Arsace ne
répondant pas comme il le devrait à une telle provocation, Parténope
emprisonne l'étranger fanfaron. S'ensuivra un imbroglio de plus
en plus confus au bout duquel Rosmira finira par avouer sa véritable identité.
Après trois actes de rebondissements rythmés, elle pardonnera à
Arsace, et l'opéra s'achèvera sur l'annonce de mariages simultanés
: Rosmira et Arsace, Ersilla et Emilio, Partenope et Armindo. Rosmira
Fedele fut créé en 1738, pour les festivités du carnaval
de Venise, au Théâtro Saint-Ange, réunissant alors une distribution
dont beaucoup rêvait à l'époque. Comme il était alors
de coutume, et afin de réserver aux chanteurs des moments de brio conformes
autant à leurs compétences qu'au goût du public, Vivaldi écrivit
la trame musicale principale tout en citant des airs empruntés aux travaux
d'autres musiciens. On hurlerait, de nos jours, à de telles pratiques :
c'était pourtant monnaie courante, et si le compositeur ne le faisait pas,
il arrivait souvent que les interprètes en prissent licence de leur propre
chef. On connaît bien ces pratiques que détestait Händel, par
exemple. C'est peu dire que Rosmira Fedele soit une rareté,
puisqu'elle ne fut plus jouée depuis 1738. Pas de reconstitution :
les maîtres d'uvre de cette nouvelle production disposaient du livret
dans l'édition de la création, et de la partition manuscrite de
Vivaldi. Le 23 mars 2003, nous avons pu voir la production qu'en proposaient
l'Opéra de Nice et l'Ensemble Baroque de Nice. Marianna Pizzolato
incarnait à ravir la fidèle et vengeresse Rosmira, offrant au
personnage un timbre d'une grande richesse, très chaleureux,et la
couleur suave d'un beau mezzo. La partition est judicieusement écrite,
utilisant le registre comme élément d'ambiguïté venant
souligner le travestissement. On aura regretté pourtant l'ingratitude de
cette partie, n'offrant guère de moments de virtuosité à
la chanteuse. Arsace était Salomé Haller, soprano que nous
avons régulièrement l'occasion d'entendre dans le répertoire
baroque. On se souvient de sa prestation dans Falstaff de Salieri
à Tourcoing il y a un an. Elle proposait un personnage assez falot, comme
il se doit, et affrontait sans pâlir les arabesques de son rôle. Armindo
était chanté par le sopraniste Jacek Laszczkowski, emportant
tous les suffrages grâce à un organe d'une agilité à
toute épreuve, d'une grande vaillance, et à un charisme personnel.
On entend rarement une ornementation si délicatement menée. Enfin,
la mise en scène de ce spectacle était confiée à
Gilbert Blin qui semble porter un intérêt particulier à
l'uvre de Vivaldi, puisque après avoir présenté Orlando
Furioso à Prague, il prépare également sa Semiramide.
On voit bien l'habitude qu'a prise Gilbert Blin au fil de sa carrière,
et la trace de ses collaborations avec le théâtre du château
de Drottningholm, dans Rosmira Fedele. La gestuelle y est en effet remarquable,
tentant de recréer une sorte d'auto présentation répétée
de chaque personnage par un signe personnel sur la durée du spectacle.
Le choix d'un univers de toiles peintes et de perspectives conventionnelles demeure
cependant un peu étriqué. Certes, dans un cadre totalement baroque,
comme Drottningholm, c'eut été parfait ; mais ici, c'est décalé.
Peu de jeu, un maniérisme légèrement naïf de temps à
autre, et c'est tout. Félicitons Gilbert Bezzina qui dirigeait de
son archet plateau et musiciens.
Catone in Utica
La partition du Catone in Utica est elle aussi conservée dans le
fonds Foà de la Bibliothèque Nationale de Turin. Elle ne comprend
que deux actes sur trois. Jean-Claude Malgoire réalisa une reconstitution
de l'acte manquant, le Premier, à partir du texte du livret conservé
à Bologne, et de différentes partitions de Vivaldi. On sait que
le compositeur écrivit rien moins que quatre-vingt quatorze ouvrages lyriques,
mais nous n'avons gardé traces que de trente et un d'entre eux, et seuls
onze sont véritable-ment complets. La reconstitution est donc indispensable
à la cohérence d'un spectacle qui permet d'approcher l'oeuvre de
Vivaldi. Elle se fait avec rigueur, requiert une très importante documentation,
et se fonde sur l'analyse minutieuse de l'oeuvre à reconstituer et de la
pratique de son compositeur, afin de respecter l'équilibre musical, dramatique
et stylistique de la partition. Catone est créé
à Vérone en 1737; il est le dernier ouvrage que Vivaldi ait présenté
dans cette ville, avant de la quitter pour Ferrare et de cuisantes mésaventures.
Le livret choisi est de l'Abbé Pietro Trapassi, dit Metastasio, qui avait
déjà été utilisé par Vinci à Rome en
28, Leo à Turin en 29 et Hasse en 31 à Venise. C'est le troisième
emprunt à Métastase, suivant Siroe écrit pour Reggio
Emilia dix ans plus tôt, et l'Olimpiade en 1734. Mais Vivaldi ne
se contenta pas simplement de mettre en musique un livret; il n'hésita
pas à le remanier pour sa propre convenance, y insérant de nouveaux
recitativi et des arie qui permettraient aux chanteurs de la création
de briller comme ils le désiraient. Mais surtout, il décida d'une
fin heureuse, contraire à la réalité historique. C'est
dans l'histoire romaine que le quatrième opéra véronais de
Vivaldi nous transporte. Giulio Cesare règne en maître absolu sur
l'Empire après sa victoire sur Pompeo. L'un des derniers républicains
à lui résister est le sénateur Catone d'Utica (ville africaine),
associé au prince de Numidie, Arbace. Suivant le goût baroque bien
connu chez Corneille, que l'on retrouvera par exemple chez Händel, et peut-être
héritier de Sénèque via Shakespeare, de mêler la trame
politique à l'histoire amoureuse, l'intrigue fera d'Arbace le soupirant
de la fille de son ami Catone, Marzia qui, elle, est éprise du tyran. Cesare
se présente à Utica devant Catone pour tenter une paix, mais Emilia,
veuve de Pompeo, laisse éclater son indignation et sa peine. Le légat
romain Fulvius vit parallèlement un lourd dilemme : il soutient sincèrement
la politique de l'Empereur tout en brûlant d'amour pour Emilia. Marzia propose
à Cesare une union qui amènerait forcément la paix voulue.
A l'acte II, Catone refuse fièrement l'exigence du Sénat lui ordonnant
de se soumettre à la volonté populaire, en faveur de Cesare. Il
consent, finalement à rencontrer le tyran. Cette entrevue ne porte guère,
l'intégrité républicaine de Catone restant sans faille, et
le rebelle s'emporte à la proposition de mariage entre Marzia et l'Empereur.
La jeune fille, disculpant ainsi Cesare, avoue publiquement un amour authentique.
Le dernier acte cristallise la tragédie: Cesare s'apprête à
entamer une guerre contre Utica. Emilia, toujours soucieuse de venger la mort
de Pompeo, lui tend une embuscade. Mais Catone arrive, et déjoue ses plans.
Il s'indigne du procédé honteux de la veuve, et propose un duel
à l'Empereur. Cependant, la bataille a com-mencée. Bientôt,
Utica est vaincue. Catone, fidèle à la République, veut mettre
fin à ses jours. Surviennent Arbace et Marzia qui parviendront à
l'en dissuader. Emilia quitte les lieux en affirmant son espoir de vengeance,
tandis que Marzia et Cesare seront unis. La première version du livret,
en 1728, prévoyait, fidèlement à l'histoire, la mort de Catone
sur scène, dans les bras de sa fille. Metastasio conçut une seconde
version cinq ans plus tard qui répondit mieux au goût du public :
c'est celle-ci que choisit Vivaldi pour son opéra. L'Atelier
Lyrique de Tourcoing nous accueillit le 25 novembre 2001. Outre la mise
en scène de Gildas Bourdet qui tout au plus avait le mérite
de se pouvoir abstraire, ne gênait pas, pourrions-nous dire,
sans plus, ce fut avec plaisir qu'on observa une grande homogénéité
dans la distribution vocale. Ces représentations ayant fait l'objet d'une
parution discographique live, nous vous invitons à poursuivre cet
exposé dans le chapitre Vivaldi et le disque.. En
savoir plus Cette année, les Folles Journées de
Nantes concentraient leur program-mation sur l'Italie baroque. Ce fut l'occasion
pour les éditions Fayard-Mirare de faire paraître une intéressante
collection au format poche de biographies de compositeurs de cette époque.
L'un des volumes est consacré à Antonio Vivaldi, signé par
Marcel Marnat. Nous vous conseillons ce livre idéal pour une première
approche. Vous pouvez également lire nos articles : (cliquez
sur l'image pour accéder à cet article) - sur le concert
de David Daniels à St.Denis, le 3 juin dernier - sur les Quatre Saisons par le Concerto Italiano
paru en Cd - sur la représentation de Farnace
à l'Opéra National de Bordeaux |