ANTONIO VIVALDI
redécouverte du prêtre roux


Retourà Vivaldi
Qui est-il?
Ambronay : Vivaldi affettuoso
Vivaldi et le disque

Farnace à Bordeaux
Rosmira fedele
Catone in Utica

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© Jesus Alcantara
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Farnace à Bordeaux




 

 


OU ENTENDRE VIVALDI BIENTÔT ?

Attention, cette liste ne se veut pas exhaustive.

Au Grand Théâtre de Bordeaux, les 20, 24, 25 et 27 juin à 20h, le 22 juin à 15h:
- Farnace, opéra en trois actes
Le Concert des Nations - Jordi Savall

Pendant le 24ème Festival d'Ambronay,
du 13 septembre au 12 octobre :
- voir chapitre correspondant au sommaire

Au Théâtre des Champs-Elysées (TCE),
le 7 octobre, à 19h30:
- Orlando Forioso, opéra en trois actesRV 728,
en version de concert
Ensemble Matheus - JC Spinosi

A la Cité de la Musique, le 25 octobre, à 17h:
- les motets Nulla in mundo... et In furore
- Concerti RV 114, 153, 461, et 484
- Vengo a voi luci adorate, cantate
Concerto Italiano - Rinaldo Alessandrini

A la Salle Molière de Lyon, le 27 oct. à 19h30:
- concert Vivaldi, Corelli, Froberger, Biber, etc.
Musiciens de l'ONL - Catherine Latzarus

Au TCE, le 17 décembre, à 19h30:
- Orlando finto pazzo, opéra en trois actes
RV 727, en version de concert
Academia Montis Regalis
Coro del Theatro Regio di Torino
Alessandro de Marchi

Au Palais des Beaux Arts de Bruxelles, cycle Europalia-2003-Italia, le 10 janvier 2004, à 20h:
- Concerti RV 124, 153, 157, 472, 484, 489, 501 et Sonata RV 63 op.I/12
Sonatori della Gioiosa Marca -
Sergio Azzolini

Au TCE, le 27 mars 2004, à 19h30:
- In furore, motet RV 626
Concerto Italiano - Rinaldo Alessandrini

Au TCE, le 5 mai 2004, à 20h:
- Concerti pour violoncelle
Amsterdam Baroque Orchestra
Yo Yo Ma - Ton Koopman

A l'Auditorium de Lyon, le 14 mai 2004, à 20h30:
-
Stabat Mater, et oeuvre de Händel
Il Giardino armonico - Giovanni Antonini

Au TCE, le 17 mai 2004, à 20h:
- Stabat Mater
- Amore hai vinto, cantate RV 651
Il Giardino armonico - Giovanni Antonini

 

 












© conception : Communiquez!
L'affiche du Festival
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© Guillaume Bonnaud
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Farnace à Bordeaux

 






©Opéra de Nice
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Rosmira fedele à Nice







 

 




©Opéra de Nice
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Marianna Pizzolato Rosmira fedele à Nice

 



















© Danièle Pierre
Manuela Kriscak et Jacek Laszzkowski
dansCatone in Utica

 

 

 

 

 








© Danièle Pierre
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Veronica Cangemi dansCatone in Utica




 

 


 

 

 

 

 

 

 

© Guillaume Bonnaud
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Farnace à Bordeaux

Ce dossier n'aurait sans doute vu le jour sans les précieuses complicités de mesdames Noëlle Arnault, Létitia Baudrand, Marianne Gaussiat, Laurence Lecomte, et de messieurs François Segré et Romain Souchal, que nous tenons à remercier sur cette page.

Retour à Vivaldi
On a du mal à se représenter la place qu'occupait Vivaldi dans la vie musicale de son temps. Ce n'est que depuis 1945 que l'on redécouvre
son œuvre, et surtout les concerti. On ne compte plus aujourd'hui les versions innombrables des Quattro stagioni, et si l'on joue régulièrement ses séquences (Stabat Mater, etc.), on omet injustement les oratorios, pour oublier presque totalement les opéras. Vivaldi fut d'une prolixité incompa-rable dans ce genre, et s'il est difficile de compter précisément sa produc-tion lyrique, il reste convenu de lui attribuer, selon ses propres dires dans un courrier écrit quelque temps avant sa mort, environ quatre-vingt-quatorze ouvrages, rien que ça ! Les bibliothèques italiennes conservaient les parti-tions d'un bon tiers d'entre eux, mais la plupart sont perdus, ou incomplets. On a pu vivre certaines tentatives de reconstitutions réussies, comme le Catone in Utica par Jean-Claude Malgoire à Tourcoing, par exemple.
Reste que l'on ne joue la plupart du temps que son Orlando Furioso,
ce qui est tristement réducteur, et rend peu hommage à une carrière si généreuse. Depuis quelques années, on aura constater une sorte de regain d'intérêt pour l'oeuvre vivaldienne.

Des ensembles orchestraux et des maisons d'opéra se risquent soudain à présenter des oeuvres devenus rares, et parfois abandonnées depuis leur création, tel l'Opéra National de Bordeaux qui reçoit dans quelques jours le Farnace du Teatro de la Zarzuela de Madrid, le vingt-quatrième Festival D'Ambronay plaçant sa programmation sous le titre prometteur de Vivaldi affettuoso, ou encore le Théâtre des Champs Elysées qui programme un cycle Vivaldi pour sa saison 2003/2004, avec des raretés.

De même le disque rend-t-il compte de cette vague, entre autre par la belle initiative du label Opus 111 de faire paraître une excellente Edition Vivaldi Nous vous proposons de revenir sur certaines de ces initiatives dans le présent dossier Redécouverte du Prêtre Roux.

Qui est-il?
Antonio Vivaldi, fils d'un violoniste de la Capella di San Marco qui lui donna ses premières leçons, est vénitien. Il est né le 4 mars 1678, et étudiera la musique parallèlement à la théologie, revevant la tonsure à quinze ans
pour se trouver ordonné prêtre à l'âge de vingt-cinq ans, au printemps 1703. Considérant son état de santé fragile, l'Eglise le dispensera presque aussitôt de célébrer la messe. Elle l'emploiera au Conservatorio della Pietà, dont la mission était d'éduquer les orphelins, les enfants malades
ou abandonnés suite à des unions adultérines, en tant que maître de violon pour commencer, puis maître de chapelle, chef de choeur et, pour finir, responsable de l'institution. Cet établissement s'occupait uniquement de petites filles, et fameuse était son activité musicale. Tous les dimanches, dissimulées au public derrière une grille austère et imposante, les pupilles jouaient les concerti du Prete Rosso (une magnifique chevelure de feu lui valut ce surnom) ou chantaient ses cantates (une quarantaine, environ) et ses motets. De cette charge sont nés les Beatus vir, Credo, Dixit Dominus, Gloria, Kyrie, Laetatus sum, Laudate pueri, Magnificat, Nisi Dominus, Salva Regina et Stabat Mater, ainsi qu'une Messe d'une grande pureté. Il écrivit également quelques oratorios religieux dont Juditha Triumphans demeure le plus célèbre.

Vivaldi s'absenta souvent de la Pietà, à partir de 1713 et de la création de son premier opéra, Ottone in Villa. Une carrière lyrique immense s'ouvrira
à son génie, avec entre autre L'Ingano triomfante, Feraspe, La Fida Ninfa, L'Olimpiade, Orlando furioso, Griselda, Orlando finto pazzo, Il Giono Felice, Montezuma, Dorilla, Il Giustino, Oronta, La verità in cimento, Scanderberg, Farnace, Rosmira Fedele et tant d'autres ouvrages dont la liste complète serait étouffante. Le succès et les commandes de diverses cours l'emme-nèrent à Verone, Prague, Amsterdam, Mantoue, Hesse, Rome, Dresde, en Toscane, en Piémont, en Bohême, etc. C'est d'ailleurs à Vienne qu'il s'étein-dra en juillet 1741. Sa musique fut beaucoup jouée de son temps, notam-ment les grands cycles de concerti comme L'estro armonico, La Cetra, ou La Stravaganza, mais seulement vingt pour cent de sa production fut publiée de son vivant. L'édition disponible n'est donc absolument pas représentative de la créativité inépuisable du compositeur qui écrivit plus
de quatre cents concerti qu' il joua en grande partie en tant que violoniste virtuose. Aujourd'hui, musicologues, historiens, chefs d'orchestre, et metteurs en scène se sont lancés dans l'étude des manuscrits que conservaient précieusement les bibliothèques italiennes.
La Biblioteca Nazionale Universitaria di Torino possède aujourd'hui la totalité des documents, après bien des péripéties dont l'histoire est contée dans la page que nous consacrons sur l'Edition Vivaldi en Cds, et prête son concours aux productions des maisons d'opéras autant qu'aux recherches des spécialistes vivaldiens, comme celles qui génèrent aujourd'hui cette vaste Edition Vivaldi entreprise par Opus 111 et Naïve en collaboration avec l'Istituto per i Beni Musicali in Piemonte. Le talent de Vivaldi féconda Bach et Händel, pour ne citer que les plus célèbres de ses héritiers.

Ambronay : Vivaldi affettuoso
Cette année, le Festival d'Ambronay fait la part belle à la musique de Vivaldi avec une programmation intitulée Vivaldi affetuoso. En voici donc le détail:

- Laudate Jerusalem, Kyrie, Dixit Dominus
Choeur du Festival et l'Orchestre de l'Académie Baroque Européenne
Pierre Cao, direction
16 septembre, à 20h30 - Eglise de Nantua
17 septembre, à 20h30 - Eglise de Montluel
18 septembre, à 20h30 - Abbatiale d'Ambronay

- Les ultimes concerti
Venice Baroque Orchestra - Guliano Carmingola et Andrea Marcon, violons
19 septembre, à 20h30 - Abbatiale d'Ambronay

- Vêpres solenelles pour l'Assomption de la Vierge
Concerto Italiano - Rinaldo Alessandrini, direction
20 septembre, à 20h3O - Abbatiale d'Ambronay

- La voix grave du coeur
Sonatori della Gioiosa Marca - Giorgio Fava
24 septembre, à 20h3O - Abbatiale d'Ambronay

- Les Maîtres des Ospedali
The King's Consort - Robert King
27 septembre, à 20h3O - Abbatiale d'Ambronay

- Motets et Concertos
Academia Montis Regalis - Alessandro de Marchi
3 octobre, à 20h3O - Abbatiale d'Ambronay

- Orlando Furioso
Ensemble Matheus - Jean Christophe Spinosi
4 octobre, à 20h3O - Abbatiale d'Ambronay

- Motets et Airs Sacrés
Ensemble Matheus - Jean Christophe Spinosi
5 octobre, à 20h3O - Abbatiale d'Ambronay

- Oeuvres pour cordes et basse continue
Akademie für alte Musik Berlin
9 octobre, à 20h3O - Abbatiale d'Ambronay

- Vivaldi, prêtre et musicien
Modo Antiquo - Federico Maria Sardelli
12 octobre, à 15h3O - Abbatiale d'Ambronay

Nous signalons à votre curiosité une table ronde ainsi qu'un cycle de quatre conférences sur Antonio Vivaldi qui permettront d'approfondir le sujet.
Il vous est possible de contacter le Festival d'Ambronay par téléphone au

04 74 38 74 00
et de consulter l'ensemble du programme sur le site
www.fest-ambronay.com


Vivaldi et le disque
Attention, nous ne prétendons aucunement être exhaustifs, mais vous présenter quelques unes des parutions récentes ou particulièrement marquantes. Afin d'accéder aux articles correspondant, il vous suffit de cliquer dans la vignette du disque (colonne gauche).

A l'écoute :

Deux opéras pris sur le vif
MONTEZUMA
CATONE IN UTICA
par La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
dirigée par Jean-Claude Malgoire

LA VERITA IN CIMENTO
par l'Ensemble Matheus
dirigée par Jean-Christophe Spinosi

solistes : Bertagnolli, Laurens, Mingardo, Stutzmann, Jaroussky...
L'OLIMPIADE
par le Concereto Italiano
dirigée par Rinaldo Alessandrini

solistes : Mingardo, Prina, Kulikova, Giordano...
JUDITHA TRIUMPHANS
par l'Academia Montis Regalis
dirigée par Alessandro Montis Regalis

solistes : Kozena, Trullu, Comparato, Carraro...


et La collection Vivaldi

Parutions Opus 111 / Naïve





Farnace à Bordeaux
Vivaldi créa cet ouvrage à l'occasion du Carnaval de Venise en 1727, au Théâtre Saint-Ange, sur un livret de Antonio Maria Lucchini qui avait déjà remporté un certain succès auprès d'autres compositeurs quelques années plus tôt. Farnace est l'un des opéras auxquels Vivaldi accorda le plus de soin, dosant savamment les effets instrumentaux et vocaux. Il ménagea quatre arie aux personnages principaux Berenice, Farnace et Gilade, trois aux seconds rôles Tamiri et Selinda, deux à Pompeo et une seule à Aquilis. L'alternance alors fort prisée d'arie de furore et de lamenti est particulièrement équilibrée dans cette oeuvre. A l'initiative de Jordi Savall, le Teatro de la Zarsuela de Madrid a fait représenter en octobre 2001 un Farnace principalement vivaldien, qui intégrait certains passages d'une autre version de 1739 créée à Madrid et due au compositeur français François Courcelle, connu en Espagne sous le nom italianisé de Corselli. Ce musicien naquit à Piacenza, dans le Duché de Parme alors français en 1705. Il apparaît en Espagne 1734 au moment d'une mode de l'opéra italien favorisée par un parrainage de la Cour de la reine Isabelle Farnese qui prendra plus d'importance encore avec l'arrivée sur le trône de la princesse portugaise Barbara de Bragance, mariée à Ferdinand de Bourbon, futur Ferdinand VI d'Espagne. Isabelle engageait à sa cour des artistes dont elle espérait qu'ils sussent soulager la maladie mentale de son époux régnant Ferdinand V, comme le célèbre castrat Carlo Broschi, dit Farinelli, et Corselli. Le compositeur travailla et résida à Madrid jusqu'à sa dernière heure, le 3 avril 1778; le manuscrit de son Farnace est conservé à la Bibliothèque Municipale de Madrid. La coutume du XVIIIème siècle était précisément de changer l'ordre des arie dans un ouvrage, de lui ajouter des parties virtuoses empruntées à d'autres textes, souvent par complaisance envers les chanteurs. L'inititiative de Savall est donc tout à fait fidèle
à l'esprit du temps, invitant le public à revivre ce que put être une représentation bel cantiste à Madrid.

Farnace, fils de Mithridate, a succéder à son père et règne sur Ponte. Vaincu par Rome, chassé de la capitale de son royaume, Heraklea, et certain de ne jamais réussir à d'en venger, il ordonne à son épouse Tamiri de tuer leur fils et de se suicider avant que d'être capturée par l'envahisseur. La soeur de Farnace, Selinda, est déjà captive d'Aquilius; elle le séduit, ainsi que le capitaine de Berenice, Gilade, dans le but de les opposer à mort et de servir ainsi la cause de Mithridate. La mère de Tamiri, Berenice, reine de Cappa-doce, s'est alliée au général romain Pompeo et souhaite plus que tout voir son gendre mort. Tamiri cache son enfant dans la Pyramide Royale, et se trouve arrêtée dans son geste suicidaire par sa mère. Berenice envoie une brigade à la recherche de son gendre qu'elle hait. Celui-ci, abattu, songe au suicide lorsque Tamiri le rejoint. Il désapprouve sa désobéissance, si bien qu'elle feint d'avoir tué son fils, comme il le souhaitait. Puis Farnace ordonne la destruction de la Pyramide : Tamiri laisse son enfant à Berenice, avant d'être répudiée et par sa mère et par son roi. Parallèlement, Selinda parvient à persuader Gilade et Aquilius d'intercéder en faveur de l'enfant auprès de Pompeo. Ce dernier, ému par l'innocence du petit, le confie à Aquilius. Berenice ne l'entend pas de cette façon : elle réclamera au vainqueur romain la mort de son petit-fils. Elle offre la moitié de son royaume pour cette mort. Tamiri offre la moitié du sien pour sa vie sauve. Gilade et Selinda complotent de leur côté contre Pompeo. Après un attentat manqué par Farnace et Aquilius, le Roi démasqué est enchaîné. Les capitaines décident de tuer Pompeo et Berenice : l'illustre général sauve la vie de la reine de Cappadoce et Farnace le sauve. Pompeo pardonnera à tous, dans un grand souci de concorde, et convainc Berenice de réhabiliter son gendre en son estime. Tout rentre dans l'ordre...

L'Opéra National de Bordeaux présentera cette production du Théâtre de la Zarzuela de Madrid les 20, 22, 24, 25 et 27 juin 2003. Renseignements et location au Grand Théâtre : 05 56 00 85 95.


Quelques productions récentes

Rosmira fedele
Il s'agit de l'ultime témoignage préservé de la production lyrique de Vicaldi.
Il est conservé à la Bibliothèque de Turin, et reste inédit. Son livret s'inspire de la Partenope de Stampiglia, célèbre poète de l'Academia dell'Arcadia fondée à Rome en 1690 sous la protection de la Reine Christine. Il fit l'objet de plusieurs opéras, dont celui de Luigi Manca créé à Naples en 1699, et celui de Georg-Friedrich Händel conçu pour Londres en 1730.
Parténope, reine de Naples qu'elle a fondée, loue Apollon, entourée de
deux soupirants rivaux, Arsace et Armindo, lorsque survient un jeune prince inconnu qui vient se placer sous sa protection, et dit s'appeler Eurimène. C'est en fait la Princesse de Chypre Rosmira qu'Arsace a aimée et qu'il devait épouser avant de l'abandonner; elle est là, sous ce déguisement, pour se venger l'affront d'un amant infidèle auquel elle déclare la guerre en lui faisant promettre de ne jamais révéler son identité véritable. Coupable
et repentant, Arsace décide de se laisser la part belle à son rival, lorsque Parténope elle-même se déclare à son avantage. Pour la seconde fois,
il reniera Rosmira. Furieuse, Rosmira brouille le jeu en prétendant brûler d'une flamme amoureuse pour la Reine. Parallèlement à cette intrigue surviennent des événements politiques confus: un prince frontalier, Emilio, a entamé une guerre contre Naples qu'il tente d'envahir, tournant à son avantage. Il vient proposer un projet de paix : en l'épousant, Parténope renforcerait sa souveraineté sans autre risque de conflit. La suivante de la Reine, la princesse Ersilla, est éprise d'Emilio. Elle essaie de lui parler au nom d'une amie noble, mais le guerrier félon ne veut rien entendre. Parténope refuse cette compromission, et nomme Arsace commandeur des armées, ce qui avive la jalousie d'Armindo et de Rosmira. Ils se liguent tous deux contre Arsace. Le hasard de la bataille soumet la jeune femme toujours travestie à Emilio, et c'est Arsace qui l'a sauve, et livre le félon à la Reine rendue ainsi victorieuse. Mais Eurimène s'autoproclame vainquer d'Emilio; Arsace ne répondant pas comme il le devrait à une telle provocation, Parténope emprisonne l'étranger fanfaron. S'ensuivra un imbroglio de plus en plus confus au bout duquel Rosmira finira par avouer sa véritable identité. Après trois actes de rebondissements rythmés, elle pardonnera à Arsace, et l'opéra s'achèvera sur l'annonce de mariages simultanés : Rosmira et Arsace, Ersilla et Emilio, Partenope et Armindo.

Rosmira Fedele
fut créé en 1738, pour les festivités du carnaval de Venise, au Théâtro Saint-Ange, réunissant alors une distribution dont beaucoup rêvait à l'époque. Comme il était alors de coutume, et afin de réserver aux chanteurs des moments de brio conformes autant à leurs compétences qu'au goût du public, Vivaldi écrivit la trame musicale principale tout en citant des airs empruntés aux travaux d'autres musiciens. On hurlerait, de nos jours, à de telles pratiques : c'était pourtant monnaie courante, et si le compositeur ne le faisait pas, il arrivait souvent que les interprètes en prissent licence de leur propre chef. On connaît bien ces pratiques que détestait Händel, par exemple. C'est peu dire que Rosmira Fedele soit
une rareté, puisqu'elle ne fut plus jouée depuis 1738. Pas de reconstitution :
les maîtres d'œuvre de cette nouvelle production disposaient du livret dans l'édition de la création, et de la partition manuscrite de Vivaldi.

Le 23 mars 2003, nous avons pu voir la production qu'en proposaient l'Opéra de Nice et l'Ensemble Baroque de Nice. Marianna Pizzolato incarnait à ravir la fidèle et vengeresse Rosmira, offrant au personnage
un timbre d'une grande richesse, très chaleureux,et la couleur suave d'un beau mezzo. La partition est judicieusement écrite, utilisant le registre comme élément d'ambiguïté venant souligner le travestissement. On aura regretté pourtant l'ingratitude de cette partie, n'offrant guère de moments de virtuosité à la chanteuse. Arsace était Salomé Haller, soprano que nous avons régulièrement l'occasion d'entendre dans le répertoire baroque.
On se souvient de sa prestation dans Falstaff de Salieri à Tourcoing il y a un an. Elle proposait un personnage assez falot, comme il se doit, et affrontait sans pâlir les arabesques de son rôle. Armindo était chanté par le sopraniste Jacek Laszczkowski, emportant tous les suffrages grâce
à un organe d'une agilité à toute épreuve, d'une grande vaillance, et
à un charisme personnel. On entend rarement une ornementation si délicatement menée. Enfin, la mise en scène de ce spectacle était confiée
à Gilbert Blin qui semble porter un intérêt particulier à l'œuvre de Vivaldi, puisque après avoir présenté Orlando Furioso à Prague, il prépare également sa Semiramide. On voit bien l'habitude qu'a prise Gilbert Blin au fil de sa carrière, et la trace de ses collaborations avec le théâtre du château de Drottningholm, dans Rosmira Fedele. La gestuelle y est en effet remarquable, tentant de recréer une sorte d'auto présentation répétée
de chaque personnage par un signe personnel sur la durée du spectacle. Le choix d'un univers de toiles peintes et de perspectives conventionnelles demeure cependant un peu étriqué. Certes, dans un cadre totalement baroque, comme Drottningholm, c'eut été parfait ; mais ici, c'est décalé.
Peu de jeu, un maniérisme légèrement naïf de temps à autre, et c'est tout. Félicitons Gilbert Bezzina qui dirigeait de son archet plateau et musiciens.


Catone in Utica
La partition du Catone in Utica est elle aussi conservée dans le fonds
Foà de la Bibliothèque Nationale de Turin. Elle ne comprend que deux
actes sur trois. Jean-Claude Malgoire réalisa une reconstitution de l'acte manquant, le Premier, à partir du texte du livret conservé à Bologne, et de différentes partitions de Vivaldi. On sait que le compositeur écrivit rien moins que quatre-vingt quatorze ouvrages lyriques, mais nous n'avons gardé traces que de trente et un d'entre eux, et seuls onze sont véritable-ment complets. La reconstitution est donc indispensable à la cohérence d'un spectacle qui permet d'approcher l'oeuvre de Vivaldi. Elle se fait avec rigueur, requiert une très importante documentation, et se fonde sur l'analyse minutieuse de l'oeuvre à reconstituer et de la pratique de son compositeur, afin de respecter l'équilibre musical, dramatique et stylistique de la partition.

Catone est créé à Vérone en 1737; il est le dernier ouvrage que Vivaldi ait présenté dans cette ville, avant de la quitter pour Ferrare et de cuisantes mésaventures. Le livret choisi est de l'Abbé Pietro Trapassi, dit Metastasio, qui avait déjà été utilisé par Vinci à Rome en 28, Leo à Turin en 29 et Hasse en 31 à Venise. C'est le troisième emprunt à Métastase, suivant Siroe écrit pour Reggio Emilia dix ans plus tôt, et l'Olimpiade en 1734. Mais Vivaldi ne se contenta pas simplement de mettre en musique un livret; il n'hésita pas à le remanier pour sa propre convenance, y insérant de nouveaux recitativi et des arie qui permettraient aux chanteurs de la création de briller comme ils le désiraient. Mais surtout, il décida d'une fin heureuse, contraire à la réalité historique.

C'est dans l'histoire romaine que le quatrième opéra véronais de Vivaldi nous transporte. Giulio Cesare règne en maître absolu sur l'Empire après sa victoire sur Pompeo. L'un des derniers républicains à lui résister est le sénateur Catone d'Utica (ville africaine), associé au prince de Numidie, Arbace. Suivant le goût baroque bien connu chez Corneille, que l'on retrouvera par exemple chez Händel, et peut-être héritier de Sénèque via Shakespeare, de mêler la trame politique à l'histoire amoureuse, l'intrigue fera d'Arbace le soupirant de la fille de son ami Catone, Marzia qui, elle, est éprise du tyran. Cesare se présente à Utica devant Catone pour tenter une paix, mais Emilia, veuve de Pompeo, laisse éclater son indignation et sa peine. Le légat romain Fulvius vit parallèlement un lourd dilemme : il soutient sincèrement la politique de l'Empereur tout en brûlant d'amour pour Emilia. Marzia propose à Cesare une union qui amènerait forcément la paix voulue. A l'acte II, Catone refuse fièrement l'exigence du Sénat lui ordonnant de se soumettre à la volonté populaire, en faveur de Cesare. Il consent, finalement à rencontrer le tyran. Cette entrevue ne porte guère, l'intégrité républicaine de Catone restant sans faille, et le rebelle s'emporte à la proposition de mariage entre Marzia et l'Empereur. La jeune fille, disculpant ainsi Cesare, avoue publiquement un amour authentique. Le dernier acte cristallise la tragédie: Cesare s'apprête à entamer une guerre contre Utica. Emilia, toujours soucieuse de venger la mort de Pompeo, lui tend une embuscade. Mais Catone arrive, et déjoue ses plans. Il s'indigne du procédé honteux de la veuve, et propose un duel à l'Empereur. Cependant, la bataille a com-mencée. Bientôt, Utica est vaincue. Catone, fidèle à la République, veut mettre fin à ses jours. Surviennent Arbace et Marzia qui parviendront à l'en dissuader. Emilia quitte les lieux en affirmant son espoir de vengeance, tandis que Marzia et Cesare seront unis. La première version du livret, en 1728, prévoyait, fidèlement à l'histoire, la mort de Catone sur scène, dans les bras de sa fille. Metastasio conçut une seconde version cinq ans plus tard qui répondit mieux au goût du public : c'est celle-ci que choisit Vivaldi pour son opéra.

L'Atelier Lyrique de Tourcoing nous accueillit le 25 novembre 2001.
Outre la mise en scène de Gildas Bourdet qui tout au plus avait le mérite
de se pouvoir abstraire, ne gênait pas, pourrions-nous dire, sans plus, ce fut avec plaisir qu'on observa une grande homogénéité dans la distribution vocale. Ces représentations ayant fait l'objet d'une parution discographique live, nous vous invitons à poursuivre cet exposé dans le chapitre
Vivaldi et le disque..

En savoir plus
Cette année, les Folles Journées de Nantes concentraient leur program-mation sur l'Italie baroque. Ce fut l'occasion pour les éditions Fayard-Mirare de faire paraître une intéressante collection au format poche de biographies de compositeurs de cette époque. L'un des volumes est consacré à Antonio Vivaldi, signé par Marcel Marnat. Nous vous conseillons ce livre idéal pour une première approche.

Vous pouvez également lire nos articles :
(cliquez sur l'image pour accéder à cet article)
- sur le concert de David Daniels à St.Denis, le 3 juin dernier

- sur les Quatre Saisons par le Concerto Italiano paru en Cd

- sur la représentation de Farnace à l'Opéra National de Bordeaux