PORTRAIT
valérie gabail,
soprano

 

Jazz et premiers pas
approche de la musique contemporaine
une passion pour le chant baroque
une société qui se mire...
où vous entendre ?
en savoir plus



© gabail.free.fr






 

 

 

 

 

 

 

 

Où pourra-t-on bientôt vous entendre ?


dans
Les Troyens
de Louis Hector Berlioz
rôle d'Ascagne
à l'Opéra National du Rhin
à Strasbourg
les 25, 30 octobre, 2, 5 et 9 novembre
à Mulhouse
les 19 et 21 novembre
sous la direction de Michel Plasson
dans une mise en scène d'Andreas Bäsler

dans
La Destruction de Jéricho
La Sortie d'Egypte
J
ephté
de Henri-Joseph Rigel
à la Chapelle Royale
Centre de Musique Baroque de Versailles
le 2 décembre
avec Les Folies Françaises
sous la direction d'Olivier Schneebeli

dans
L'enfant et les sortilèges
de Ravel
(version de concert)
à la Salle Pleyel
le 9 février 2007
avec la Maîtrise, les Chœurs et l'Orchestre Philharmonique de Radio France
sous la direction de Kazuchi Ono

dans
Teseo
de Händel
rôle de Clizia
à l'Opéra de Nice
les 18, 20 et 22 mars 2007
sous la direction de Gilbert Bezzina
dans une mise en scène de Gilbert Blin


 






 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

dans Don Giovanni à Ponte de Lima © paul burton





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En savoir plus

Vous pouvez visiter :
gabail.free.fr

et retrouver Valérie Gabail en lisant
quelques-unes de nos chroniques :

From the Grammar of Dreams
de Kaija Saariaho - mai 2005

Pigmalion
de Jean-Philippe Rameau - juin 2005

Battaglia per espugnare Amore
de Domenico Mazzocchi - août 2005

Les Serpents de feu dans le désert
de Johan Adolf Hasse - septembre 2005

Platée
de Jean-Philippe Rameau - avril 2006

Plaude exulta cor meum
de Johann Josef Ignác Brentner - août 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

dans Zauberflöte au Théâtre des Champs-Elysées © gabail.free.fr

 

Nous avons rencontré la chanteuse VALERIE GABAIL à qui
nous avons posé quelques questions. Il conviendra de
la saluer sur cette page pour s'être prêtée à l'exercice

 

 

 


Vous avez eu une expérience avec le jazz. En quoi
consistait-elle, dans quels cadres, etc. ?
Ça vient de mon père qui est un mélomane très éclectique et très méthodique. Il a une collection de plusieurs milliers de disques, qu'il s'agisse de variété, de jazz, de musique classique, de tout sauf de rock. Depuis mes deux ans, environ, mon père faisait tous les jours avec moi
des séances d'écoute. Cela l'amusait beaucoup de tester mon oreille, de me faire reconnaître les instruments - il me demandait toutes les variétés de saxophones, par exemple -, de m'observer imiter tout ce que j'enten-dais. Mon goût pour le jazz est venu de là, de sorte que je n'écoutais pas spontanément de musique classique jusqu'à mes dix-sept ans. Avant, c'était Michael Jackson, Prince et le jazz, ce qui désespérait mon père, d'ailleurs ! Jean-Pierre Favotte, un professeur de musique du lycée, se produisait en tant que guitariste dans un groupe de jazz qu'il animait. Un beau jour, je suis allée voir une répétition ; ça m'a plu, j'ai voulu participer, on m'a proposé de chanter les parties d'alto, et voilà ! Quelques concerts ont suivi où l'on faisait des reprises de Manhattan Transfert, entre autres. C'est cette personne qui m'a encouragée à faire du chant classique.

Dès lors, vous avez pris des cours de chant, ou le chemin
a été plus sinueux ?

J'ai continué le jazz jusqu'à ce que je quitte Dreux pour aller faire mes études à Paris. De fait, j'avais commencé à écouter du classique grâce à Kiri Te Kanawa qui m'a convertie de justesse (rires), à travers un disque d'airs d'opéras de Mozart que mon père m'avait offert. Selon ma vieille ha-bitude qui était de toujours chercher à imiter ce que j'entendais, me posant la question "est-ce que je peux ou non le faire ?" - ce qui impliquait que j'ai-mais la chose lorsqu'il me semblait être capable de la faire, et qu'inverse-ment je n'aimais pas ce que je ne pouvais pas reproduire -, j'ai constaté que je ne pouvais absolument pas chanter comme Kiri Te Kanawa, bien sûr, mais que je pouvais tendre à ce type d'expression chantée. Cela m'a beaucoup amusée, de sorte que je me suis plongée très vite dans un univers tout nouveau pour moi. Mes premiers cours de chant classique
se sont faits à Paris, avec Elisabeth Rogier, à l'Ecole Normale de Musique, boulevard Malesherbes. Elle était sévère tout en cultivant ma passion nais-sante, et c'est exactement quelqu'un comme elle qu'il me fallait alors.

Qui y eut-il d'autres ?
Techniquement, cette femme m'a beaucoup apporté, mais j'avais besoin
de quelqu'un qui me rende plus encore la passion que je donnais à la mu-sique. J'ai donc quitté l'Ecole Normale pour devenir auditeur libre au CNSM dans la classe de Rachel Yakar. Puis je suis entrée dans la classe d'Anne-Marie Rodde au Conservatoire du 9ème arrondissement. C'est quelqu'un qui a énormément compté et qui reste aujourd'hui toujours
très important pour moi.


 


dans Zauberflöte à l'Opéra de Nice
© claude mc burnie

 


Vous vous produisez dans le répertoire baroque comme
dans le contemporain ; comment ces découvertes sont-elles arrivées ? Etait-ce en même temps ?
Ce n'est pas du tout arrivé en même temps. Pour moi, le répertoire contemporain est venu très récemment. Je n'étais pas très éclairée et, du coup, encore moins passionnée en ce qui concerne la musique d'aujour-d'hui, bien qu'il m'arrivait d'en écouter et même avec plaisir. Il se trouve que j'ai rencontré Kaija Saariaho et que sa musique m'a plu immédiatement.
En Finlande, je me suis penchée plus précisément sur son œuvre que j'ai écoutée avec méthode. Quelques temps plus tard, l'Institut Finlandais de Paris cherchait rapidement une chanteuse en vue d'un concert Saariaho pour lequel une interprète avait dû annuler sa participation ; désireuse d'aborder activement cette musique, j'ai passé l'audition... et voilà !

Pendant quelques temps, vous vous êtes même occupée
de la programmation musicale de l'Institut Finlandais ?

C'était trop court pour réaliser quelque chose de réellement intéressant.
J'ai toujours eu envie d'organiser, j'aime manipuler les événements et leurs acteurs, si je puis dire - ce qu'on ne peut guère faire en tant que chanteuse : c'est même exactement l'inverse, puisqu'on se trouve soi-même manipulé par les metteurs en scène et les chefs, la plupart du temps -, et l'Institut possède une fort jolie salle. Malheureusement, son directeur, avec lequel j'avais commencé à travailler et je m'entendais très bien, est parti un an après mon arrivée. Du coup, mon projet avorta.

Envisagez-vous de poursuivre à plus long terme
ce type d'activité ?

Oui, j'aimerais beaucoup monter un festival chez des amis qui possèdent en Normandie un magnifique château du 18ème siècle avec un haras. Vous savez, il faut beaucoup d'acharnement pour mener à bien ce genre d'action, il faut pouvoir convaincre, et faire preuve d'une increvable ténacité. Pour tout dire, une tentative vient d'être amorcée par l'envoi d'un program-me, d'un début de projet, et j'attends que les suites se manifestent.

S'agira-t-il d'un festival très ciblé, ou programmant au contraire des œuvres de plusieurs périodes de l'histoire
de la musique ?
Pour commencer, je m'occuperais d'abord des choses que je connais le mieux. À plus long terme, mon rêve serait de pouvoir couvrir un répertoire allant du plus ancien baroque à la création contemporaine la plus actuelle, et si possible en mixant les deux, dans les domaines chambriste et vocal. Mais nous n'en sommes pas là! Il n'est certainement pas facile d'obtenir carte blanche pour programmer les choses comme on le désire, sachant qu'une manifestation dépend également de personnes qui ont d'autres désirs que les siens, ou pas de désirs du tout.

 

dans L'Incoronazione di Poppea à l'Opéra de Paris © gabail.free.fr

 


Quand et comment avez-vous abordé le répertoire baroque ?
En fait, avant l'heureuse découverte de Dame Kiri Te Kanawa qui me fit aimer Mozart, mon père m'avait fait écouter le lamento de Dido par Tatia-
na Troyanos dans une version de Dido and Aeneas de Purcell dirigée par Raymond Leppard. Cela m'a tellement touché que je me suis dit : "c'est comme ça que je veux chanter, c'est cette musique là que je veux faire".
Du coup, après cet acte fondateur, j'ai cherché à écouter tout ce qu'il y
avait autour de la musique de Purcell, me construisant un univers baro-
que à partir de cela. Les travaux de Gérard Lesne m'ont directement bercé. Et l'idée qu'en musique baroque l'on puisse réornementer un da capo me plaisait énormément, me rapprochant du jazz, en fait. Aujourd'hui, rien de
cet engouement n'a changé pour moi : tout continue à me plaire avec la même intensité, bien que mes oreilles se soient ouvertes à d'autres choses depuis.

À une certaine époque, on a connu des catégories d'interprètes, tant chez les instrumentistes que chez les chanteurs. Il y avait les baroqueux, les belcantistes, ceux
qui chantaient du grand répertoire - sans que ce terme fût jamais précisément défini, d'ailleurs - ou encore les wagné-
riens, les contemporains et ainsi de suite, ce qui formait une sorte de catalogue où chaque catégorie restait hermétique-
ment fermée aux autres. Ne vous semble-t-il pas que la nouvelle génération d'interprètes parvienne aujourd'hui,
avec un regard et un savoir-faire élargis, à s'adapter à diverses exigences stylistiques ?

Je suis étonnée de constater comment, des tout débuts du renouveau du baroque avec ses acteurs extrêmement spécialisés, on est arrivé mainte-nant, tant chez les chanteurs que chez les instrumentistes, à une adéqua-tion et une refonte des style qui donnent un cocktail détonnant. On est à
une sorte d'apogée de ce que l'on peut faire stylistiquement : les gens du moderne, qui ont un acquis technique invraisemblable, se mettent avanta-geusement au baroque, pour peu qu'ils aient envie de faire quelque chose dans ce domaine. Ils rencontrent ceux qui ont fait les recherches avant eux et qui transmettent leur savoir. Si ces voix, solidement construites autant que malléables, sont bien guidées, on ne peut que s'en réjouir ! Avec cette culture du disque que l'on a tous, on peut parfois être assez choqué d'en-tendre des versions finalement pas tellement anciennes qui pourtant da-tent cruellement. Je trouve qu'aujourd'hui, Marc Minkowski est représentatif de ce style mixé baroque/moderne où l'on joue de manière extrêmement énergique et technique mais avec du style tout de même ; il a trouvé l'exal-tation, la folie du baroque. Pour cela, je crois que nous vivons une très
belle époque, vraiment : pensez au beau travail de John Eliot Gardiner,
par exemple.

Indépendamment du discours stylistique, il n'y a pas si long-
temps, beaucoup de professeurs de chant déconseillaient à leurs élèves de voyager entre les différentes époques de la musique, brandissant des arguments terribles -
"tu vas t'abîmer la voix si tu chantes autre chose",
"si tu te mets à faire de la musique contemporaine, tu ne sauras plus rien chanter d'autre", et ainsi de suite.
Mais, techniquement parlant, une fois placée, la voix est-elle si fragile qu'elle justifie ces charmants épouvantails ?

Pour le coup, beaucoup de professeurs de chant sont incurables !
Si Renée Fleming peut chanter Alcina (Händel) et enchaîner Rusalka (Dvorák), c'est qu'on peut le faire. Fort heureusement, en dehors du sectarisme des professeurs, les chanteurs sont assez malins pour faire leur carrière. Malgré tout, il ne faut pas négliger les questions de taille de voix. Il reste vrai qu'il vaut mieux avoir commencé par du chant bravement classique, si l'on peut dire, ou du bel canto, avant d'aborder le baroque et
le contemporain. Le baroque est formidable pour apprendre les subtilités de la musique, on apprend à gérer la musique de manière instrumentale, intelligente, sans se forcer, mais il peut générer certains défauts vocaux qui créent ensuite des obstacles lorsqu'on veut chanter un répertoire plus tardif. Il convient d'être toujours suivi par un bon professeur avec lequel on puisse remettre la technique en place. Il faut également planifier les engagements pour éviter de trop faire le yoyo avec sa voix. Actuellement, je répète Berlioz (Les Troyens à l'Opéra national du Rhin) durant plus de deux mois : il est bien évident que je ne pourrai pas immédiatement enchaîner n'importe quoi, mon instrument étant un muscle qui, bien que souple, impose ses lois corporelles, tout simplement. Sincèrement, je pense qu'il faut régu-lièrement travailler le bel canto pour remettre la voix en place.


Sur l'état des lieux possible du renouveau du baroque et le fait qu'on puise maintenant rencontrer des interprétations qui tiennent compte d'un souci d'authenticité - sommes toutes aléatoire, d'ailleurs - et en même temps s'intègrent dans l'histoire moderne de l'interprétation, est-ce qu'on ne serait pas dans une période elle-même baroque. Il reste étrange que l'on regarde le nombril de sa propre culture pour essayer de la rechercher, par exemple ; n'y a-t-il pas déjà dans cette démarche - bien ou mal faite, peu importe - quelque chose d'essentiellement baroque ?
Cette question se pose-t-elle en termes de style ou de philosophie, de ce que représentait le mouvement baroque - qu'on ne désignait pas ainsi -
en son temps ?

Remarquez que vous parlez immédiatement de représentation... J'entends cette question dans sa
dimension de rhétorique du narcisse, plus précisément.

Nous avons trop d'histoire derrière nous à observer. Nous sommes de
plus en plus narcissiques à cause de l'histoire du disque, qui plus est. Le marché de la musique nous renvoie en permanence des images multiples de nous-mêmes qui finissent par nous constituer, ce qui n'était pas le cas de ce côté ici et maintenant de la période baroque. On pouvait évidemment lire les partitions des autres, et l'on sait que Bach avait régulièrement be-soin de jouer du Buxtehude avant de composer lui-même. Mais ce n'est
pas comparable à cette effrayante possibilité que nous avons de quasi-ment tout écouter. Nos interprétations sont par définition extrêmement narcissiques et chargées de tout ce qui nous précède. Peut-on, du reste, comparer notre époque à celle de la musique que l'on joue ? Je ne crois pas, car on ne pourra jamais l'envisager de la même manière. C'est pour-quoi l'idée même de reconstitution me parait aberrante, même si l'on va au cœur des traités afin d'essayer de rejoindre ce qui se faisait à tel moment de l'histoire de la musique ; nos oreilles ont subi trop de choses dont elles ne se débarrasseront jamais. C'est d'ailleurs - Dieu merci ! - ce qui nous garantie contre la muséographie de la musique.

Si ce n'est que le miroir de Bach choisissant de jouer Buxtehude reste volontaire, alors que nous ne pouvons nous défaire du nôtre, même si l'on en prend conscience, n'est-ce pas ?
Oui, en ce sens où tout musicien d'aujourd'hui a entendu et entend toute sorte de choses, sans qu'il s'agisse de sources possibles d'inspiration, c'est vrai. Il y a presque un code génétique musical, voire sonore, même, qui s'est inscrit en nous, alors que les anciens vivaient sans doute quel-
que chose de plus direct, d'instantané avec la musique. L'écoute intérieure permettait peut-être de composer des choses venant très profondément de soi, tandis que nous sommes à la limite de la pollution sonore. Il y a trois générations, par exemple, les oreilles n'étaient pas encore faites à l'artifice d'un son de haut-parleur, tout simplement, alors qu'il va de soi aujourd'hui. Et le silence est de plus en plus rare ! Bref, on a mis dangereusement en danger la vibration intérieure.

on rejoint vos premiers pas qui se sont fait par l'imitation !
Oui. J'avoue que j'écoute énormément de disques, toujours.

Cathy Berberian enfant écoutait les disques des grands chanteurs et tachait de faire comme eux. C'est finalement
de cette manière qu'elle a construit sa voix, et durablement,
y compris pour l'apprentissage des chants traditionnels arméniens.

C'est l'interprétation qui me fascine plus que la nature même de la voix. Vous avez des chanteurs d'une telle intelligence que de les écouter attentivement vous ouvre forcément des portes. En revanche,
écouter mes propres disques m'est presque une torture.

propos recueillis le 22 septembre 2006 par Bertrand Bolognesi