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PORTRAIT JEAN-MICHEL SABAT, photographe Rencontrer
des musiciens Séance
de pose Première
exposition
Stéphane grappelli ©
JMS
Alexandre Lagoya ©
JMS
Tedi Papavrami ©
JMS
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Depuis 1996, amoureux de photo et de musique, Jean-Michel Sabat consacre
ses week-end à des portraits de musiciens. Sa première exposition
aura lieu à Collobrières, du 12 au 19 avril et s'ouvrira par un
concert d' Olivier Charlier (violon) et Jean-Pierre Lecaudey (orgue). A cette
occasion, nous avons souhaité en savoir plus sur son travail artistique.
Comment
êtes-vous venu à pratiquer la photographie ?
J'ai reçu en cadeau mon premier appareil photo à l'âge
de 12 ans. Je n'avais aucune idée de ce que je voulais faire ; à
l'époque, les portraits que je réalisais se limitaient à
l'entourage, aux événements et réunions de famille. En
vacances, je prenais beaucoup de paysages surtout. Mais n'ayant aucune connaissance
en la matière, j'étais souvent déçu du résultat.
Il y a environ vingt ans, j'ai rencontré un ami photographe amateur qui
m'a donné le goût réel de la photographie, en m'apprenant
les bases essen-tielles : réglages de la profondeur de champ, les distances,
le cadrage et le développement du noir et blanc. Avez-vous
des maîtres dans cette discipline ? J'aime la photo parce
qu'elle fixe un instant, un moment précis de la vie, un peu comme si
le temps s'arrêtait. Mes maîtres sont, comme tous ceux qui aiment
la photographie, Brassaï, Doisneau, Cartier-Bresson, entre nombreux autres. Mais
vous-même utilisez plutôt la couleur... N'est-ce pas antagoniste ? Par
définition, je suis assez tradition et quand on me pose la question
- à savoir, quels sont mes maîtres en photographie -, je pense
noir et blanc. Il faut dire que dans le noir et blanc, j'y vois de la couleur,
sans doute à cause des dégradés dans les gris. Je possède
une photographie de Sarah Bernhardt, datée 1886, par Nadar ; a-t-on
fait mieux depuis ? Quant à la couleur, il y a cependant, d'excellents
professionnels, comme Yann Arthus Bertrand, par exemple, aussi certains photographes
régionaux. Sa pratique me semble plus facile, car on est vite distrait
par les couleurs : le personnage, dans le cas de portrait, est placé dans
un cadre choisi et fait un peu oublier le sujet principal. De plus, j'ai entrepris
cette collection, en couleur, car je trouve les plans plus vivants, plus actuels. Comment
vous est venue l'idée de photographier des musiciens ? Elle m'est
venue d'une manière progressive. Je suis violoniste amateur. Depuis ma
plus tendre enfance, je rêvais d'approcher des musiciens, des violonistes
surtout. Mon niveau d'étude musicale ne me permettant pas de travailler
avec eux, j'ai décidé de leur proposer des rendez-vous afin de les
photographier. Le déclic final et le commencement de cette collection d'artistes
me sont venus en regardant une émission télévisée,
consacrée à Darius Milhaud et présentée par son
épouse Madeleine Milhaud. Ce qui m'a touché le plus, c'est elle,
petite par la taille mais grande par l'intelli-gence. Ses yeux pétillants,
son esprit critique et son sens de l'humour en font un personnage hors du commun.
Témoin vivant d'une époque riche en création, en artistes...
Ses amis s'appelaient : Cocteau, Léger, Claudel, Stravinsky, Satie, Picasso,
Sauguet, Diaghilev. Tant que je vivrai, je n'ou-blierai jamais les longues conversations,
les moments de réflexion, les silences de cette grande dame, maintenant
plus que centenaire. Puisque nous parlons compositeurs,
quels sont vos goûts musicaux ? J'écoute toute musique, pourvu
qu'elle soit intéressante et qu'elle m'apporte ce dont j'ai besoin aux
différentes phases de ma vie. Il faut tout le temps réfléchir,
penser, s'interroger, se remettre en question, donc le choix doit être varié.
Comment choisissez-vous vos modèles ? Au départ,
je ne les ai pas choisis, je rentrais en contact avec les gens qui m'étaient
recommandés. Je sélectionnais en fonction de leur célébrité,
pour enrichir ma collection plus rapidement. Tous les artistes ont quelque chose
à dire et par leur regard, on voit leur richesse intérieure.
Parlez-nous
un peu de votre travail. Comment se passe une séance de pose, par exemple
? Mon travail sur les photographies de musiciens a commencé en
mars 1996 ; depuis je leur consacre tous mes week-ends. Mes projets sont de
réaliser des expositions et peut-être un livre, quand un éditeur
sera intéressé. De plus, les instrumentistes, chanteurs, compositeurs,
ont souvent besoin de photos, mon plaisir est de les satisfaire pour mon plus
grand bonheur. La séance de pose ne se passe jamais de la même
façon, elle se déroule en fonction de la personne photographiée.
Elle dure entre une heure et quatre heures. Généralement, je préfère
photographier mes modèles chez eux, dans leur milieu, leur intimité.
Le décor change aussi en fonction de leur intérieur. En revanche,
je choisis toujours l'endroit le mieux éclairé, le regard toujours
tourné vers la lumière. Avez-vous rencontré
beaucoup de méfiance de leur part ? Il peut y avoir, quelquefois,
non pas de la méfiance, mais une certaine anxiété, de la
tension. C'est à moi de détendre l'atmosphère. Mais dans
l'ensemble j'y arrive assez bien et j'ai souvent devant moi des gens calmes et
détendus. Et des refus ? J'ai
la chance de ne pas en avoir beaucoup, mais c'est arrivé quelquefois. En
principe, les musiciens disent ouvertement pourquoi ils ne veulent pas être
photographiés. Par exemple, une chanteuse prétend être maintenant
trop âgée. Il y a quelques années, un compositeur connu s'excusait
de refuser, mais il constatait que j'avais photographié ses élèves
avant lui ! C'est toujours désagréable d'essuyer un refus, dans
tous les cas. Je suis heureux et fier d'avoir approché des personnalités
importantes, c'est un peu un rêve qui se réalise. Je souhaite
seulement poursuivre encore longtemps ce chemin de la découverte, et il
y a encore beaucoup de stars à fixer sur la pellicule. Est-ce
que votre état d'esprit lors d'une séance peut influencer le
résultat de celle-ci ? Mes rendez-vous se prennent par téléphone
et fatalement je mets un physique sur la voix entendue, aussi je suis toujours
surpris quand la personne est devant moi. Le portraitiste est irrésistiblement
attiré par le regard et sensible à la beauté. Il peut être
influencé positivement comme négativement. Néanmoins, il
arrive assez souvent qu'un physique avanta-geux donne un résultat honnête
mais sans plus. En revanche, dans le cas contraire, avec un visage parfois difficile,
irrégulier, les plans et résultats sont plus intéressants,
parfois géniaux. Le charme passe donc souvent avant la beauté. Mais
quel que soit le physique de l'artiste, mon plaisir est toujours aussi intense,
pour capter le regard, comprendre les expressions, sentir les émotions.
Généralement en ce qui me concerne, le courant passe avec mes modèles
et dans le temps, les relations restent très amicales. Il y a très
rarement problème. Cependant il m'est arrivé deux mauvais contacts.
Dans les deux cas, le rendez-vous était pris par connaissances, au téléphone.
Les personnes étaient donc prévenues. Arrivé sur les lieux,
j'avais une envie folle de partir. Nous ne parlions visiblement pas la même
langue. J'ai trouvé des sujets raides, fermés, inaccessibles, qui
ne vou-laient pas jouer le jeu. Dommage pour eux, malheureusement pour moi.
Pourquoi
votre première exposition arrive-t-elle seulement aujourd'hui ? Parce
qu'au début, en 1996, je ne croyais pas trop en moi. Ensuite, j'ai été
surpris de voir les artistes, les éditeurs, intéressés par
mon travail. Cer-tains m'encourageaient même à publier ! Et puis
l'occasion est arrivée en 2003, au cours d'un passage en Provence, à
Collobrières : une rencontre, celle avec Aude-Marie Lhote, conseillère
municipale de la commune. Je suis très heureux que cette première
exposition ait lieu là. Je connais et aime ce lieu depuis très
longtemps. Au sommet du vieux village, sur un piton rocheux, se trouvent les
ruines de l'ancienne église paroissiale : Saint Pons. C'est un endroit
magique, qui semble défier le temps. Son clocher et son toit ont disparu
; seuls façade, murs et piliers se dressent encore fièrement et
imposent le respect et le sacré. Ses pierres aux cou-leurs rouges, roses,
bleues et grises, nous content son histoire, celles des siècles passés,
des XIIeme, XVIeme, XVIIeme siècle. Inutile de vous dire que ma rencontre
avec Aude-Marie Lhote a été le déclic. Qu'elle soit ici
remerciée, car grâce à elle, à mes photos de l'église
que je lui ai présentées les jours suivants, le projet a pu se concrétiser. De
quoi ce compose cette exposition ? Elle comporte une quarantaine
de tirages grand format, principalement des portraits de musiciens, ainsi
que deux photos de mains, un pianiste et un chef d'orchestre. Avez-vous
déjà pensé faire des photos d'artistes en scène
? Généralement, je n'aime pas photographier les musiciens
en concert et encore moins a l'issue des concerts, car ils sont fatigués
et manquent de naturel. Cependant il m'est arrivé de réaliser quelques
photos en action, mais seulement sur commande, pour illustrer des pochettes de
disques. J'aime le naturel, que les gens soient tout à moi, disponibles,
en toute simplicité, toujours. Vous m'avez beaucoup
parlé de traces, de souvenirs. Quel est votre rapport au temps ? Le
temps me stimule dans la mesure où je pense avoir encore beaucoup de choses
à réaliser. Il m'angoisse quand je prends parfois conscience
de mon âge. Je tiens à ce que mon nom me survive, que le travail
que j'ai entrepris soit pour plus tard un témoignage personnel et vivant
de mon passage parmi nos contemporains. Irrémédiablement, quand
un artiste nous quitte, je pense aux moments privilégiés passés
en sa compagnie. Je sors les photos, surtout si elles sont dédicacées.
Ce sont des souvenirs plus personnels à faire partager ; c'est le but de
la vie : amitié, amour et partage.
Propos
recueillis par Laurent Bergnach
PORTRAITS
DE MUSICIENS CONTEMPORAINS Galerie Agosta - 83610 Collobrières du
12 au 19 avril 2004 présenté par Les Amis de St-Pons 04 94
48 00 36 / contact@st-pons.com |