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PARCOURS MUSICAL
en Seine-Saint-Denis :
une action éducative
de Proquartet
De
ProQuartet...
...
au Centre Européen de Musique de Chambre
Rencontre
avec Georges Zeisel
Nouveau
parcours artistique
Le
programme de janvier
Rencontre
avec Vinciane Béranger
stage juillet 2004
paul katz (quatuor cleveland) et le quatuor
psophos
projet de jacques moussafir
georges zeisel
günter pichler (quatuor alban berg)
hélène collerette (quatuor renoir)
| LE
PROGRAMME DE JANVIER |
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Après un week-end inaugural les 20
et 21 novembre derniers, celui des 11et
12 décembre, et avant le quatrième, les
12 et 13 mars prochains, l'équipe formatrice
s'installera début janvier au Conservatoire municipal
de musique et de danse des Pavillons-sous-Bois.
Samedi 8 janvier
14h-18h : cours avec les membres
du Quatuor Manfred et travail individuel
18h30-19h30 : atelier-répétion
public
avec Paul Katz, violoncelliste du Quatuor
de Cleveland (qui, par ailleurs, donnera
des master-classes à de jeunes quatuors professionnels,
à la Cité internationale
des arts de Paris, du 10 au 15 janvier), et
le quatuor Manfred autour des quintettes
de Brahms (entrée libre).
Dimanche 9 janvier
10h-11h30 : travail individuel supervisé
par les membres du Quatuor Manfred
11h30-13h : cours public pour tous les élèves
(entrée libre)
14h-15h30 : séance écoute-critique
:
la version reconstituée par Sebastian H. Brown
et celle transcrite par David Walter pour approcher
l'original détruit du Quintet-te à
deux violoncelles Op.34 de Brahms
15h30-17h : cours avec les menbres
du Quatuor Manfred et travail individuel
17h30-18h30 : mini-concert des élèves
(entrée libre).
Deux concerts de clôture de stage auront lieu
en mars : au Conservatoire de Gagny, le vendredi 18,
et au Château de Fontaine-bleau, le dimanche 20,
qui mettront en vedette les quatuors en herbe et leurs
professeurs de quelques mois.
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pierre boulez
parcours janvier 2004
parcours novembre 2004
quatuor manfred
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Un grand merci pour leur aimable collaboration
à Vinciane Béranger,
Mhairi Forbes, Frédérique Foucher, Anne-Sophie Philippon,
Elise Richard et Georges Zeisel.
DE PROQUARTET...
En 1987, le ministère de la Culture engage une action
spécifique en
faveur du renouveau du quatuor à cordes, domaine où
la France a exercé
un rayonnement culturel européen et international jusqu'au
premier tiers
du XXe siècle. Parallèlement, l'association ProQuartet
est également
créée, à l'initiative de Georges Zeisel.
Fruit d'une réflexion culturelle et historique, l'association
s'est fixé pour objectif "de promouvoir le quatuor
à cordes et plus généralement la
musique de chambre, en tant que genre musical, d'une part, et formation
de musiciens, d'autre part". Ainsi, depuis le concert d'adieu
du Quatuor Amadeus à la salle Favart, le 22 octobre 1987,
ProQuartet est allée régulièrement à
la rencontre du public avec de nouveaux événements
:
* 1er Forum international du Quatuor à Cordes
(salle Favart, septembre 1988)
* 1ère saison des concerts ProQuartet
(Amphithéâtre de l'Opéra Bastille, janvier-avril
1991)
* 50ème anniversaire du Quatuor Borodine
et concert d'adieu du Quatuor de Cleveland (Salle Gaveau, 1994-1995)
* 1ère saison des concerts ProQuartet à l'Epau
(Abbaye de l'Epau, Le Mans, 1994-1995)
* 1ère saison des concerts ProQuartet à Fontainebleau
(Théâtre municipal, 1997-1998)
* 1ères Rencontres Musicales ProQuartet à Fontainebleau
(Château de Fontainebleau, 2000).
Ces divers rendez-vous ont été l'occasion de créations
telles que
le 1er Quatuor de Gilbert Amy, les Quatuors n°2
et n°4 de Pascal Dusapin,
le 4e Quatuor avec voix de Philippe Fénelon ou le
Quatuor n°5 de Betsy Jolas.
Parallèlement à l'organisation de spectacles, et
dès 1989, ProQuartet s'est occupé de formation. L'association
a reconstitué une chaîne de maître à élève
en instaurant un système spécifique reposant sur l'idée
de transmis-sion culturelle. Structure unique en Europe, elle fait
appel aux chambristes les plus significatifs de leur temps qui transmettent
aux jeunes ensembles leur expérience de l'interprétation,
du répertoire et de la scène. Des mem-bres des Quatuors
Alban Berg, Amadeus, Arditti, Artemis, Borromeo, Juilliard, entre
autres, ont été sollicités.
Mhairi Forbes, chargée de l'action culturelle, nous
explique :
"Le quatuor à cordes qui anime le stage est un ensemble
ayant suivi le cursus de formation professionnel à ProQuartet
et ayant acquis une expé- rience de l'enseignement. Les autres
artistes invités pour participer au parcours sont choisis
pour que les élèves aient un contact avec le monde
professionnel de la musique : des compositeurs, des grand maîtres
du quatuor à cordes, des luthiers... En ce qui concerne les
quatuors élèves
du parcours en Seine-Saint-Denis, ils sont sélectionnés
et formés au
sein de chaque établissement partenaire."
Prolongement naturel de cette formation, ProQuartet permet à
de jeunes ensembles de se produire dans les plus grandes salles,
lors des diffé- rents concerts qu'elle organise. C'est plus
largement une politique d'inser-tion qui est mise en place, avec
des conseils et un encadrement offert aux jeunes formations, une
mise en place de structures de résidence auprès d'établissements
d'enseignement musical, l'attribution de bourses et d'aides financières,
la rencontre des acteurs du monde musical pro-
fessionnels que sont les producteurs, les agents et les médias.
projet de jacques moussafir
... AU CENTRE EUROPéEN DE MUSIQUE DE CHAMBRE
En 1996, l'association ProQuartet initie le projet de Centre Européen
de Musique de Chambre (CEMC). La réutilisation du Quartier
Henri IV du Château de Fontainebleau, désaffecté
depuis 1967, est envisagée dans
le cadre d'un partenariat large avec le Domaine national de Fontainebleau.
L'enjeu est d'offrir aux compositeurs, interprètes et ensembles
musicaux une structure d'accueil et de résidence. L'année
suivante, examiné par
la Commission nationale des Centres Culturels de Rencontre, le projet
est pris en considération.
En 2002, alors que des saisons de concerts s'y déroulent
depuis 1997,
le ministère de la Culture et de la Communication confie
à ProQuartet
la conception et la mise en uvre d'un Centre Européen
de Musique de Chambre au sein du Quartier Henri IV, dont la restauration
est engagée.
La formation supérieure et professionnelle dans le domaine
du quatuor
à cordes et de la musique de chambre constitue le cur
du projet. Ainsi,
ce Centre, d'une surface utile de 4 200m2, sera la première
institution européenne spécifiquement dédiée
à l'étude et à la pratique de ce genre musical,
de même qu'il permettra de renouer avec une tradition musicale
ancienne à Fontainebleau. Son ouverture aura lieu à
l'horizon 2006.
Les activités du CEMC reprendront et développeront
les bases de ProQuartet, soit la production et l'organisation de
concerts, la formation
de haut niveau (cours d'interprétation, académies),
le soutien à la création (commandes d'uvres),
l'accueil de musicologues (centre de ressources et médiathèque),
la sensibilisation des jeunes publics (ateliers-concerts, d'ateliers
de pratique musicale, stages de musique de chambre, d'exposi-tions
thématiques), la production éditoriale et audiovisuelle
(captation des concerts et manifestations, édition de partitions,
documentaires audiovi-suels, de documents multimédias), l'organisation
de séminaires et de colloques... Un auditorium de 80 à
100 places permettra de suivre des cours d'interprétation,
de procéder à des enregistrements audio et vidéo,
et d'organiser des conférences.
RENCONTRE AVEC GEORGES ZEISEL
Lors de la création
de ProQuartet, en 1987, y avait-il urgence
à se pencher sur l'avenir de la musique de chambre
en France, du quatuor à cordes en particulier ?
Si l'on estime que la musique de
chambre et le quatuor à cordes consti-
tuent le coeur de la pratique instrumentale et que c'est dans
cette pratique que l'on apprend à écouter, à
jouer ensemble, etc., effectivement il y avait urgence. Les formations
dispensées dans les conservatoires avaient souffert jusque
dans le milieu des années 1980 de l'absence de ce type
de pratique et d'enseignement. Les classes instrumentales favorisaient
ce que l'on appelait à l'époque L'esprit Long-Thibault,
c'est-à-dire l'ensei-gnement et la pratique des répertoires
solistes.
Par ailleurs, les grandes traditions européennes qui s'étaient
développées jusque dans les années 1930 dans
le domaine de la musique de chambre avaient émigré
vers le continent américain.
D'autre part, si la musique de chambre et le quatuor à
cordes avaient un public, jusque dans les années 30 il
s'agissait d'un public plutôt élitiste dans le mauvais
sens du terme - un public de salon. Lorsque le Quatuor Amadeus
est venu donner son dernier cycle Beethoven au Théâtre
des Champs-Elysées dans le début des années
80, il y avait 300 personnes dans la salle.
Dès le début, vous aviez donc déjà
en tête l'aspect
pédagogique du projet ?
Oui, absolument. La finalité du
musicien est de jouer en face d'un public.
A cette époque-là, la majeure partie des pays d'Europe
centrale et de lan-gue allemande n'avait jamais perdu de vue cet
aspect fondamental de la pratique musicale. L'idée de la
transmission liée à l'expérience de la scène
dans le domaine de la musique de chambre reposait précisément
sur des aspects de la pratique musicale qui étaient négligés
dans l'enseignement traditionnel français.
Quelle est votre implication dans les
choix pédagogiques
qui sont faits - artistes invités, musiciens étudiés.?
Jusqu'à présent, mon implication a été
complète, mais les thématiques
de programmation laissent une marge de plus en plus importante
à l'équipe de production et de formation de ProQuartet.
Par ailleurs,
les artistes invités en amènent d'autres avec eux.
Avez-vous rencontré des difficultés
avec certains
groupes d'élèves ou certains artistes invités
?
Généralement, les chambristes ne sont pas des
musiciens difficiles
(dans le domaine du chant ou du star system, il doit y avoir beaucoup
plus de difficultés). Les chambristes savent généralement
travailler ensemble. Lorsque quelqu'un arrive en retard à
une répétition, ce sont les quatre musiciens qui
sont pénalisés. Par ailleurs, les chambristes sont
plus exposés que les musiciens d'ensembles orchestraux
et peut-être plus solidaires que certains solistes.
Pour ce qui concerne les groupes d'élèves, ils savent
qu'ils doivent venir dans les académies ou suivre des master-classes
avec des musiciens professionnels qui aiment que les oeuvres soient
déjà bien étudiées.
Par la suite, c'est l'investissement personnel que les jeunes
musiciens sont capables de fournir qui fait la différence,
et le talent le reste. Mais
les élèves ne sont pas non plus tous destinés
à devenir professionnels
et la dimension ludique de jouer ensemble est également
présente.
En plus de quinze ans de formation, quel bilan
tirez-vous de l'aventure ProQuartet ?
Il y a quelque chose qui n'aurait peut-être pas été
réalisé si ProQuartet n'avait pas existé.
C'est la conscience de toute une génération de jeunes
musiciens de cette idée de transmission culturelle et du
fait d'avoir quelque chose à recevoir et, par la suite,
peut-être à transmettre, nous venant des anciennes
générations de musiciens. Cette chose à
transmettre est presque d'ordre technique autant que d'ordre moral
: la rigueur du déchif-frage d'un texte, le respect des
indications (tempo, dynamique, etc.) et le décryptage de
leur signification, l'absence d'idées préconçues,
la cons-cience du travail sur soi, de la communication avec les
autres et celle d'élaborer un travail qu'aucun des musiciens
appartenant au groupe
ne saurait réaliser sans les trois autres...
Cependant, l'aventure de ProQuartet devrait connaître un
nouveau départ avec le Centre Européen de Musique
de Chambre, où ces préceptes qui
ne se diffusent aujourd'hui qu'au sein d'une communauté
développant des liens privilégiés pourront
et devront se développer dans la durée, dans un
lieu, et éviter l'écueil de la normalisation avec
les établissements d'ensei-gnement musical (de France ou
d'ailleurs) avec tout ce qu'on leur connaît
de normatif.
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walter levin (quatuor lasalle) et le quatuor
tankstream (australie)
NOUVEAU PARCOURS ARTISTIQUE EN SEINE-SAINT-DENIS
ProQuartet-CEMC développe, depuis 1999, une politique
éducative
novatrice en direction du jeune public en élaborant des parcours
artisti-
ques spécifiques afin de sensibiliser enfants et adolescents
à l'écoute et
à la pratique de la musique de chambre. Ainsi, depuis 1999,
plus de 3000 jeunes ont pu profiter de différentes actions
de sensibilisation, de stages, de concert-rencontres, d'ateliers,
en plus des Rencontres Musicales organisées en Ile-de-France.
Exemple d'action en faveur des lycéens :
les musiciens du Quatuor Onyx présenteront, expliqueront
et interpréteront l'une des uvres au programme de l'option
musique du Baccalauréat,
le Quatuor à cordes n°14 op.131 de Beethoven.
Pendant les trois dernières saisons, l'association a coordonné
un projet
de développement artistique en Seine-Saint-Denis avec le
concours du Quatuor Castagneri. Toujours grâce au soutien
du Conseil général du département, un nouveau
parcours de musique de chambre a été orga-
nisé pour la saison 2004-2005, avec la participation du Quatuor
Manfred
et de cinq établissements : le CNR d'Aubervilliers-La Courneuve,
les
écoles nationales de musique d'Aulnay-sous-Bois et Blanc-Mesnil,
et les conservatoires municipaux de musique de Gagny et Pavillons-sous-Bois.
"Nous avons voulu que quatre élèves de chacune
de nos structures
aient la chance de pouvoir pratiquer dans les meilleures conditions
cette discipline pointue - mais ô combien riche - qu'est le
quatuor à cordes, expliquent avec enthousiasme les directeurs
des établissements participants - MM. Alexandre Damnianovitch,
Julien Guenebaut, Daniel Lefebvre, Damien Nedonchelle,
Jean Roudon. Faire travailler des élèves
dans cette formation au sein de chaque classe de musique de chambre
fait partie de nos missions fondamentales. Mais les mettre en contact
avec des spécialistes reconnus pendant une période
iintensive n'a été possible qu'en réunissant
nos forces, aussi bien sur le plan logistique que sur
le plan budgétaire. Pendant cinq mois, les quatuors d'élèves
de chaque établissement se rencontrent, travaillent, s'écoutent
(...). Cette résidence nous apporte une dynamique et un souffle
d'air, dans une démarche pédagogique originale, complémentaire
à notre action régulière qui
construit l'individu au jour le jour, patiemment. "
RENCONTRE AVEC VINCIANE BéRANGER
Qui sont les élèves que vous
rencontrez depuis novembre dernier ?
Ils sont élèves dans les Ecoles Nationales
de Musique et les Conserva-toires Nationaux de Région du
département de la Seine Saint Denis où ils font un
travail régulier. Leur niveau est variable: 2ème ou
3ème cycles de conservatoire, ce qui correspond à
6 à 18 ans de pratique instrumentale. Leur âge se situe
entre 13 et 25 ans.
Comment se passe le travail avec eux ?
Nous ne faisons travailler les élèves qu'en
quatuor, jamais individuelle-ment. Il s'agit exclusivement d'un
travail de groupe, chaque partie de qua-tuor étant indissociable
des autres. Chaque groupe travaille avec un seul membre du Quatuor
Manfred pendant un week-end (les 2 groupes les plus jeunes sont
regroupés avec le même membre du Quatuor Manfred).
Lors d'un week-end suivant, nous alternons et chaque membre du QM
change de groupe, de sorte qu'à la fin des 4 week-ends annuels,
chaque groupe aura bénéficié des conseils de
chacun d'entre nous. Le seul moment où les cours sont communs
à tous les quatuors est le cours public, où participent
tous les membres du QM, tous les quatuors, les parents et amis.
C'est un moment formidable d'échange et de prise de conscience;
tout le monde peut prendre la parole !
Quels sont les points communs des différents
week-ends ?
Les activités proposées sont variées et offrent
un panorama que nous avons voulu le plus large possible pour ouvrir
des horizons nouveaux à ces jeunes musiciens: cours de quatuor
et cours public, comme nous l'avons dit. Ils peuvent aussi assister
à la répétition du QM qui précède
le concert que nous donnons le samedi soir; ainsi, ils voient les
problèmes que
nous rencontrons lors de notre travail (parfois pas si éloignés
des leurs...).
Ils prennent conscience que la répétition est un formidable
laboratoire qui permet de tester toutes sortes de choses. Nous leur
proposons aussi des écoutes comparées: différentes
versions d'une même oeuvre, rencontres avec des compositeurs,
des techniciens du son... Tout ce qui peut faire
la richesse de la vie d'un musicien.
Et vous allez notamment comparer Brahms
Oui ; la première version du quintette de Brahms avec
piano est écrite
pour quintette à cordes, mais l'original a été
perdu. Le Quatuor Manfred
avait demandé à David Walter de recréer cette
version. Par ailleurs, Geor-ges Zeisel savait que Paul Katz, violoncelliste,
avait joué la version plus connue de Brown ; nous avons décidé
de comparer ces " arrangements "
et d'en étudier les différences. Nous aimions cette
idée d'exploration.
Pourquoi, très tôt, le Quatuor Manfred
s'est-il attaché
à une dynamique pédagogique ?
A ses débuts, après la réussite aux grands
concours internationaux
de Banff et Evian, le QM cherchait une résidence,
c'est à dire un lieu d'accueil offrants des moyens divers.
La Ville de Dijon a offert quatre
postes d'enseignement en CNR, des lieux de répétition,
de concert, des aménagements d'horaires. Le quatuor, en retour,
a lié son image à Dijon
et à la première classe de quatuor à cordes
créée en France.
Tous ses membres sont passionnés de pédagogie. On
retrouve dans notre travail pédagogique les directions et
préoccupations de notre propre travail : structure des uvres,
phrasé, recherche d'une sonorité, justesse, équilibre
des voix. Je crois que l'on aime transmettre quand on a soi-même
reçu de ses professeurs. J'ai été marquée
par certaines personnalités dans mon itinéraire de
musicienne ; leur expérience et leur générosité
m'ont beau-coup aidée. Aujourd'hui, j'ai envie à mon
tour de transmettre ma vision
des choses.
Justement, la transmission d'un savoir est-elle
enrichissante
en retour ?
La transmission du savoir est évolutive : nous n'enseignons
pas
comme il y a 10 ans, les points de vue ont évolué.
C'est dire à quel point nous apprenons par ces échanges
mutuels. Les élèves ont leurs propres convictions,
goûts et désirs. Notre rôle est de développer
ces qualités en ouvrant des horizons, ou en canalisant, selon
les besoins. Nous nous trompons parfois
Personnellement, j'ai tendance à suivre mes intuitions, même
si elles sont dérangeantes pour les élèves.
Il est important que les élèves développent
leurs convictions intimes, alors autant leur montrer l'exemple !
Parfois, les choses entendues en cours ne sont comprises que quelques
années
plus tard.
Comment définissez-vous votre rôle
: Professeur intérimaire ?
Éducatrice musicale ?
Artiste en résidence : un artiste qui partage sa passion
lors de moments privilégiés, à l'écoute,
disponible. Nous souhaitons créer un autre rapport que celui
du professeur à l'élève, plus cadré.
Ces week-ends leur apportent une ouverture. A vrai dire, en tant
que quatuor, nous partageons beaucoup de leurs problèmes.
Nous leur faisons part de notre expérience. Cette vie en
commun est une chance car ces rencontres, exceptionnelles pour
nous aussi, sont l'occasion d'échanges riches et intenses.
Il nous semble important d'offrir un pan de culture plus vaste à
des jeunes qui n'en ont
pas forcément l'occasion. Tout le monde aimerait avoir plus
de temps à consacrer à ces activités qui nous
emmènent hors du temps et de
notre quotidien.
Pour les élèves, quels sont les pièges
à éviter ?
Le travail de quatuor est difficile à bien mener: il faut
avant tout savoir
ce que l'on cherche, ce qu'il faut améliorer, pour progresser.
Cela n'est
pas toujours une évidence: les plus jeunes ne sachant pas
quelle direction prendre dans leur travail de quatuor, nous préférons
passer du temps avec eux pour leur apprendre à travailler.
A l'inverse, les grands rattachent ce qu'ils reçoivent de
nous à leur propre expérience. Pour cela, il leur
faut du temps, afin que l'information soit assimilée et
digérée. Eux ont besoin
d'un long temps de travail de quatuor.
Le Quatuor Manfred fêtera bientôt ses
vingt ans d'existence.
Comment expliquer la longévité de certains ensembles
par rapport à d'autres ?
Je n'ai moi-même rejoint le Quatuor qu'en 2003, mais le
ciment de la longévité passe par l'écoute,
la patience, l'engagement et la complémen-tarité.
Nous sommes de tempéraments assez différents, et possédons
des expressions musicales, verbales et techniques variées.
Si cette richesse peut être exploitée, c'est par l'attention
à l'autre et la confiance mutuelle. Certains jours, la confrontation
est inévitable et même saine. Comme
dans un couple, il faut apprendre à se parler !
Pour répondre à de vraies exigences, il faut de la
patience, car on n'obtient des résultats qu'à long
terme. La disponibilité est un facteur important :
il faut beaucoup de temps pour cette exploration humaine et musicale,
et aussi pour l'apprentissage de l'énorme répertoire,
qui contient de grands chefs-d'uvre. L'investissement en temps
est tel qu'il ne s'adresse qu'à des musiciens passionnés
de quatuor !
propos recueillis en décembre 2004 par
Laurent Bergnach
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