LA POLOGNE AU COEUR :
varsovie et cracovie

deux capitales, deux festivals


 

 

 

 

Un peu d'histoire
Culture et musique à Varsovie
Festival Beethoven
Art et musique à Cracovie
Festival Misteria Paschalia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© office national polonais de tourisme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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© andrzej rubis

 

 

 

© office national polonais de tourisme

Terre de culture, terre de musique, la Pologne est au creux de l'Europe un pays de civilité qui reçoit ses hôtes avec une courtoisie venue de traditions ancestrales d'hospitalité et d'accueil. Cette nation forte, constituée d'hom-mes très attachés à leur sol, se souvient de son riche passé et poursuit,
par une intense activité culturelle et une vitalité artistique remarquable, l'héritage laissé par son histoire. Colloques, rencontres, festivals, expositions jalonnent l'année, tandis que théâtres, opéras, salles de concert, cinémas sont ouverts à un public avide de découvertes. C'est dire la volonté tenace d'un peuple de tourner les pages les plus noires de son passé, sans en effacer les traces encore vivaces et rendre ainsi hommage à la mémoire des victimes en affirmant sa foi dans la vie.


Un peu d'histoire

Afin de rendre compte de son aujourd'hui, il faut avoir à l'esprit les
grands événements qui cnstruisirent la Pologne et les permanences
qui l'ont caractérisée. Si la configuration territoriale de ses plaines ouvertes d'est en ouest a constitué une plate-forme idéale pour les invasions ; elle a aussi favorisé les échanges culturels, l'ouverture et la diffusion permanente des idées. Une profonde sensibilité n'a cessé d'explorer les domaines de l'art et de la pensée.

Dès le haut Moyen Age, la Pologne se singularise en affirmant son identité. Elle se rallie à Rome et montre sa puissance en conquérant d'importants territoires que le morcellement féodal livre progressivement aux envahis-seurs. Au cours du 14ème siècle, le roi Casimir Le Grand renforce la cohésion nationale et favorise le développement des villes. Cracovie en particulier fonde sa brillante université, l'une des premières en Europe.
Sur le plan artistique, introduite par l'implantation des ordres venus d'Occident l'influence gothique couvre le paysage d'églises et de monas-tères. La Renaissance coïncide avec l'Age d'or de la Pologne grâce à une prospérité économique menée par une bourgeoisie active et une noblesse cultivée, ouverte aux idées humanistes particulièrement présentes à la cour cracovienne des Jagellon où apparaissent savants et intellectuels. Artistes et architectes italiens et flamands sont invités à mettre leur art et leur savoir faire au service des rois et des princes pour bâtir et somptueusement déco-rer châteaux, palais, édifices religieux ou profanes. Ce goût se poursuit au 17ème siècle où le baroque pénètre la Pologne et laisse de nombreuses empreintes. Dans le domaine des idées se développent l'exemple des Lumières et l'influence française.

Le destin de la Pologne coïncide avec les événements les plus tragiques
de l'Histoire. Constamment exposé aux invasions, attaqué depuis les temps reculés, le pays est affaibli par ses divisions : territoires dévastés, popula-tions dépossédées, état appauvri. Convoitée par la Prusse, la Russie et l'Autriche, la Pologne est effacée de la carte à la fin du 18ème siècle à la suite de nombreux partages et annexions. En 1815, après le Congrès de Vienne, seule la République autonome de Cracovie, représentant la nation polonaise, peut poursuivre des activités politiques et culturelles. Des insur-rections nationalistes ont lieu sur les terres occupées, suivies de vagues d'immigrations. Des réfugiés politiques quittent la Pologne, souvent vers la France. Paris devient la capitale des Polonais en exil : en particulier Chopin, le poète Mickiewicz, le prince Czartoryski qui accueille ses compatriotes dans les salons de l'hôtel Lambert.

Le rêve d'indépendance anime toujours l'âme de ce peuple qui, après la Première Guerre mondiale, trouve satisfaction dans la réalisation d'un état encore fragile, secoué par des crises et des conflits. La Pologne, victime du pacte germano-soviétique, est confrontée à la violence de l'Allemagne nazie qui bafoue ses frontières, s'empare des territoires, emprisonne, déporte et assassine la population. La stalinisation du pays, devenu satellite du bloc soviétique, est source de nouvelles souffrances. Malgré ces déboires, l'espoir renaît progressivement, ponctué d'émeutes, de purges, de persécutions, dans un pays qui aspire toujours à sa liberté intellectuelle
et politique. L'élection d'un pape polonais encourage à revendiquer une identité nationale. Sous l'égide de Lech Walesa, le syndicat indépendant Solidarnosc lutte pour une amélioration des conditions de vie des travail-leurs et le retrait des troupes étrangères. Celui-ci s'effectue entre 1991 et 1992. Aller vers la démocratie et la réforme des institutions devient alors l'enjeu.

Entrée en 2004 dans l'Union Européenne, la Pologne s'ancre dans le monde contemporain. Après des siècles troublés, un puissant sentiment national a poussé ce peuple à renaître de chaque catastrophe. Dans l'adversité, la Pologne fit preuve d'un courage qui force l'admiration. Alliant modernité et tradition, elle a conservé les rites d'une société qui accorde une place importante à l'Eglise et aux relations familiales, tout en regardant l'avenir avec les yeux d'une société en mutation.


Culture et musique à Varsovie

Varsovie et Cracovie, capitales d'aujourd'hui et d'hier, portent haut le flambeau des valeurs culturelles. En ce printemps, deux festivals animent l'horizon de manifestations musicales prestigieuses. Varsovie, que Witold Gombrowicz définissait comme "le lieu d'extinction de la culture orientale
et occidentale"
, offre un démenti vivant de l'appréciation de l'écrivain. Centre culturel majeur de la Pologne moderne, cette capitale ressuscita de ses ruines par la force d'un travail de Titans qui souvent fit appel à des béné-
voles. La métamorphose de cette ville si attachante est sensible à chaque pas à travers les belles artères comme La Voie royale bordée de palais, d'églises, d'édifices remarquables, ou les ruelles de la Vieille Ville. La cité
offre un visage contrasté. Monolithique témoin de l'époque stalinienne, le gris carcéral du Palais de la Culture côtoie les rues sinueuses de la Vieille Ville qui constituent un ensemble architectural d'une grande beauté, super-bement reconstitué d'après les vues que Canaletto le Jeune en peignit
au 18ème siècle à la demande du dernier roi de Pologne Stanislas Poniatowski.

Retrouver les traces du passé et garder la conscience de son identité, tels se dessinent les traits d'une civilisation qui voue un culte à Chopin, admire Marie Curie ou se découvre au Musée national à travers les riches collections d'art médiéval et ancien avec ses magnifiques retables gothiques délicatement sculptés, ses statuaires aux visages expressifs, ses œuvres et objets précieux. La galerie de peinture des 19ème et 20ème siècles présente des tableaux de maîtres polonais, tous à découvrir, comme Jan Matejko, Jozef Mehoffer ou Stanislas Wyspianski, artistes de la Jeune Pologne, représentants inspirés de l'Art nouveau dans leur pays. Plus loin, le Musée de l'Insurrection évoque, dans une scénographie moderne et vivante, les épisodes tragiques et sanglants d'août à octobre 1944 où Varsovie s'insurgea contre l'occupant, autant de rappels douloureux des persécutions, du ghetto juif et des héros de l'insurrection d'avril 1943 que commémore un monument, et des agressions soviétiques symbolisé par le Monument aux Victimes et aux Exécutés de l'Est, l'un des plus impressionnants de la cité.

A quelques kilomètres au sud, le ravissant palais baroque de Wilanow, magnifiquement décoré, entouré de jardins à la française, offre un havre de paix apprécié des princes et souverains depuis le 17ème siècle, qui donne sa respiration à la ville, comme les nombreux parcs qui la traversent.

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Festival Beethoven

Du 29 mars au 10 avril s'est tenue la 13ème édition du Festival Beethoven, sous le double vocable nature et culture, concepts qui entretiennent des liens de complémentarité et exaltent ce grand thème spirituel : la commu-nion de l'homme avec le monde. La nature romantique, perçue dans sa dimension métaphysique, stimule et alimente de son souffle la création pour traduire sentiments et aspirations du cœur, exprimer drames
intérieurs et passions ardentes.

Elzbieta Penderecka, épouse du célèbre compositeur Krzysztof Penderecki, fonda l'événement pour fêter Beethoven et rappeler que certaines de ses partitions manuscrites cachées en Pologne par les Allemands pendant la dernière guerre sont aujourd'hui conservées à la Bibliothèque de Cracovie. Pour la Directrice générale du festival, cette édition est l'occasion d'associer une nouvelle fois son pays à l'hommage rendu par tous à l'un des plus grands compositeurs et de célébrer des anniversaires : les naissances de Mendelssohn et de Händel, la mort de Haydn et de Karlowicz. Le projet artistique est de réunir les musiciens de la nouvelle génération et des artistes reconnus. Concerts, expositions, colloques sont également organisés dans ce cadre où se retrouvent mélomanes, journalistes, musicologues en des rencontres culturelles de qualité qui abordent les différents aspects de la nature dans l'art et la musique. Car, selon Mme Penderecka, l'auteur de la Sonate "Le Printemps" a nourri son œuvre par une perception sensible de la nature.

La soirée varsovienne du 4 avril était consacrée à Manon Lescaut,
l'opéra de Giacomo Puccini. Sur la scène du Grand Théâtre, élégant bâtiment néoclassique élevé entre 1825 et 1833, reconstruit et agrandi après la guerre, regroupant l'Opéra de Varsovie et le Théâtre national, l'ouvrage était donné en version de concert. A la tête de l'orchestre et du choeur maison, Miguel Gomez-Martinez offrait, par sa direction claire et nuancée, une approche personnelle et raffinée de chaque détail de la partition, tout en maintenant un juste équilibre entre l'orchestre et les voix.
La distribution réunissait le soprano Inessa Galante dans le rôle de Manon qui, malgré des accents de sincérité, n'a pas toujours eu les ressources techniques suffisantes pour assurer les exigences du chant ; Fabio Armiliato, belle tessiture de ténor, en Chevalier des Grieux vocalement crédible ; Artur Rucinski, solide baryton, le frère roué de Manon. Les autres artistes, très investis, ont interprété avec beaucoup d'engagement vocal leur personnage.

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C'est in loco que l'on écouta l'Orchestre Philharmonique de Varsovie conduit par Antoni Wit. En première partie, le Concerto pour piano n°4 Op.58 de Beethoven prit vie sous les doigts du jeune Vitaly Pisarenko.
Son jeu fluide fit dialoguer le lyrisme grave et serein de l'écriture pianistique avec les mouvements complices des couleurs orchestrales pour éveiller la magie sonore et la poésie propres à cette pièce. Une Symphonie alpestre Op.64 de Richard Strauss était jouée en seconde partie. Poème symphonique de vaste ampleur, composé de vingt-deux brefs épisodes, cette œuvre décrit une randonnée dans les Alpes bavaroises qui métapho-rise le cycle de la vie et invite l'homme à se rapprocher du divin. Une orches-tration d'une richesse éclatante aux différents pupitres, portée par des instruments inusuels comme la machine à vent, le heckelphone (sorte de hautbois au registre grave), évoque les éléments de la nature et l'ampleur de l'univers où l'homme trace son destin. Antoni Wit, à l'aise dans cette page qu'il a enregistrée (Naxos), dirigeait avec véhémence en articulant les parties et le tout de ce monument. Tout aussi convaincant, le concert donné dans la somptueuse salle de bal du Château royal par le Quatuor de Tokyo, excellent dans les Quatuors de Joseph Haydn dont il exalta les hardiesses tonales et harmoniques, les innovations polyphoniques et rythmiques.

Le séjour à Varsovie s'est conclu avec l'Orchestre Philharmonique de Monte Carlo. Ambitieux, le programme inscrivait la Symphonie inachevée D.759, symbole du génie schubertien, et la Grande Symphonie D.759, œuvres emblématiques du compositeur dans ce genre, menées d'une baguette ferme par Yakov Kreizberg, tandis que Lars Vogt restituait au clavier, avec élégance et délicatesse, la pureté sonore et la fièvre qui animent les trois mouvements du Concerto pour piano n°1 Op. 25
composé à 21 ans par Mendelssohn lors d'un voyage en Italie.


Art et musique à Cracovie

Varsovie émeut et Cracovie séduit. Berceau culturel et universitaire
de la nation, cité du présent, cité de la mémoire, Cracovie attira savants
et artistes depuis le Moyen Age, et accueillit immigrants et Juifs chassés d'Europe occidentale. L'émerveillement surgit au contact de ce joyau enserré dans les méandres de la Vistule, dominé par la colline du Wawel couronnée de son château royal qui renferme, entre autres trésors, la plus importante collection de tapisseries Renaissance au monde, et de la Cathédrale, panthéon des rois et des hommes illustres.

La vieille ville est entourée d'une ceinture végétale qui remplace les
anciens remparts détruits au 19ème siècle. Il faut franchir cette bande
de verdure pour accéder au cœur ancien de la cité. Le Rynek, grande place médiévale traversée par la halle aux draps, bordée de maisons Renais-sance, de palais somptueux, est veillé par la majestueuse église Notre-Dame qui, outre les fresques et vitraux de Jan Matejko, de Wyspianski,
de Mehoffer, abrite le célèbre retable de Veit Stoss, immense polyptique
en bois sculpté, peint et doré, réalisé à la fin du 15ème siècle. L'ensemble architectural, qui marie le gothique à l'art renaissant et baroque, fut épargné par les désastres, alors que le quartier juif de Kazimierz fut mis à rude épreuve pendant l'occupation allemande. Une des plus anciennes capita-les européennes, Cracovie brille par un exceptionnel patrimoine accessible en ses nombreux musées. Celui des Princes Czartoryski, protecteurs des arts, garde deux chefs-d'œuvre : la précieuse Dame à l'hermine de Vinci et le Paysage au bon Samaritain de Rembrandt. Dans la belle rue Kanonicza, le palais de l'évêque Erazm Ciolek renferme un ensemble passionnant d'icônes, d'objets de culte, d'art polonais du 12ème au 18ème siècle. Fondé en 1364 par Casimir le Grand, le superbe Collegium Maius où étudia Nicolas Copernic, est la deuxième université créée en Europe centrale après celle de Prague. Depuis des siècles, les étudiants vinrent des quatre coins du monde suivre les cours à l'ombre du grand homme de science. Couvents et églises décorés de vitraux et de fresques Art nouveau réjouissent l'amateur averti.

© office national polonais de tourisme



Festival Misteria Paschalia

Avec Misteria Paschalia, festival de musique baroque ayant eu lieu
du 6 au 13 avril, se vérifiaient la vitalité de la vie culturelle cracovienne et l'engagement de ses acteurs. Depuis sa création, confie le maire de la ville, "Misteria Paschalia se donne comme objectif de proposer des découvertes, fruits de recherches musicologiques, mais aussi des œuvres connues ou d'autres moins familières puisées dans le répertoire de musique sacrée Renaissance et Baroque en accord avec l'esprit de la Semaine Sainte. Ce festival se veut un événement artistique de premier ordre dans le domaine de la musique ancienne en Pologne et à travers la planète baroque" (Cf. brochure du festival).

Pour la 6ème édition, les musiciens les plus réputés étaient conviés.
Parmi les ensembles italiens, Rinaldo Alessandrini et son Concerto Italiano ont ouvert le festival sur le thème musical du Stabat Mater qui évoque la douleur de la Vierge Marie devant son Fils crucifié. Au program-me, une messe de Pergolesi et le Stabat Mater de Bononcini. Furent interprétés le 9 avril l'ultime œuvre de Pergolesi dont il n'entendrait jamais l'exécution, le célèbre Stabat Mater admiré dès sa mort, et Salve Regina, tendre prière adressée à la Vierge pour le salut de l'âme. Dans la superbe Basilique des Franciscains, ornée des flamboyants vitraux Art nouveau et des fresques aux motifs géométriques et floraux de Stanislaw Wyspianski, Maria Grazia Schiavo (soprano) et José Maria Lo Monaco (contralto) ont chanté, avec I Sonatori de la Gioiosa Marca, ces pages d'une grande intensité. En soulignant les nuances, en respectant les tempi, les deux musiciennes alliaient leur voix aux cordes et à l'orgue de manière
évocatrice pour restituer la dramaturgie de la partition.

© bureau du festival, cracovie

Le lendemain, le contalto italien Sara Mingardo et le Venice Baroque Orchestra se produisirent à la Philharmonie Karol Szymanowski dans Nisi Dominus, inspiré du Psaume 127, et Stabat Mater de Vivaldi, lequel s'est emparé de la tradition mariale dans une nouvelle approche expressive du poème latin attribué au franciscain Jacopone da Todi (13ème siècle). Profonde et dense, la voix épousait avec ductilité le phrasé mélodique de cette œuvre bien connue de la chanteuse, pour en restituer les accents saisissants.

A une dizaine de kilomètres de Cracovie se déroula le concert du dimanche de Pâques, dans le cadre exceptionnel de la mine de sel de Wieliczka, site inscrit sur la 1ère liste du patrimoine mondial de l'Unesco. A plus de cent mètres de profondeur, des mineurs-artistes ont creusé une vaste chapelle toute de sel. L'émotion devant ces marques de foi inscrites dans une matière rebelle trouvait écho dans la qualité de la Cappella della Pieta de' Turchini sous la direction d'Antonio Florio, livrant un programme centré sur la théâtralité du sacré napolitain à son apogée (17ème siècle) à laquelle contribuèrent les compositeurs Francesco Provenzale, Giovanni Vittorio Majello, Giovanni Mario Sabino, Pietro Andrea Ziani, Giovanni Salvatore, qui suscitèrent une pratique vocale et instrumentale au service de la ferveur religieuse, animant Passions, Stabat Mater et autres pages dévotes. Depuis 1987, Florio et son ensemble s'attachent à ressusciter ce patrimoine d'une brillante diversité. Rompus à ce répertoire, les chanteurs, dialoguant avec les cordes et l'orgue, apportèrent le souffle de la prière et les couleurs tantôt douces du recueillement, tantôt mélancoliques de la détresse.

Il Faraone Sommerso, oratorio de Francesco Nicola Fago
(1677-1745) - une découverte de ce festival 2009 ! - était donné par
Fabio Biondi
, infatigable chercheur et restaurateur de partitions, à la tête de son Europa Galante sur la scène du nouvel Opéra. Mal connu de nos jours, Fago fut formé à Naples où il devint, tout au long de la carrière qu'il y mena, un personnage important de la vie musicale, professeur de Leo et Jomelli, maître de chapelle et compositeur de nombreux opéras et de musique sacrée. Ecrit en 1709 pour quatre voix, cordes et basse continue, Il Faraone Sommerso illustre un épisode de l'Ancien testament : la libération des Juifs du joug égyptien sous la conduite de Moïse. Plus qu'à la narration, Fago s'est attaché à l'évocation des sentiments et émotions des personnages pour provoquer la réflexion sur le sens du divin. La force de son discours inclut les différentes tessitures mariées aux cordes et au continuo.
La Messagère, une trouvaille du librettiste - Roberta Invernizzi (soprano) -, participe et commente les événements ; Aron - Marianne Beate Kielland (contralto) - manifeste sa foi et sa confiance en La Providence ; Moïse - Emanuele d'Aguanno (ténor) - accomplit l'appel de Dieu en libérant son peuple ; enfin, Pharaon - Havard Stensvold (basse) -, souverain intraitable de l'Egypte païenne, est condamné pour son incrédulité face aux avertis-sements divins. Exhumée par Biondi, cette œuvre de belle architecture maîtrise tous les moyens pour inviter les fidèles napolitains à méditer
sur le châtiment qui menace ceux qui ne suivent pas la voie de Dieu.

Du côté des musiciens français, Le Poème Harmonique jouait en l'église Sainte Catherine, une version pathétique des Leçons de Ténèbres (8 avril). Ecrites par François Couperin pour les liturgies de la Semaine Sainte de 1714, elles reprennent le texte des Lamentations de Jérémie issu de l'Ancien Testament où le prophète déplore la destruction de Jérusalem,
et rappellent symboliquement la solitude du Christ abandonné par les apôtres. Claire Lefilliâtre et Camille Poul, soprani aux couleurs complé-
mentaires, accompagnées par ces remarquables instrumentistes que
sont Vincent Dumestre, théorbe et direction, Sylvia Abramowicz, viole
de gambe et Frédéric Rivoal, clavecin et orgue positif, ont servi avec une délicate sensibilité une musique toute d'intériorité. Les récitatifs suivis de vocalises expressives traduisent une spiritualité que les deux chanteuses, en solo pour les deux Leçons ou en duo pour la troisième, ont transmise en une profonde simplicité, comme la vérité intime de la foi.

© andrzej rubis

Pour clore le cercle des formations participant à Misteria Paschalia, Hesperion XXI au grand complet auquel se sont joints Montserrat Figueras, les chanteurs de La Capella Reial de Catalunya, des musiciens venus d'Arménie, de Grèce, d'Israël, de Palestine, étaient tous réunis autour d'un projet hautement humaniste : la musique au service de la diversité des cultures pour défendre le dialogue des peuples et la paix. L'Espagnol
Jordi Savall, chef d'orchestre et gambiste qui a contribué au renouveau de la musique ancienne, a été nommé, avec sa femme Montserrat Figueras, Artiste de l'Unesco pour la paix : c'est dire combien, pour ces interprètes, l'art et la vie sont liés ! Haut en couleurs, le concert prenait appui sur un disque-livre paru sous le label Alia Vox en automne 2008 : Jérusalem, la Ville des deux Paix : la Paix céleste et la Paix terrestre. L'auditoire fut d'autant plus attentif que nombre des textes étaient enfin accessibles
car traduits pour la première fois en polonais.

Les trompettes de Jéricho ont ouvert le portrait musical de Jérusalem,
cité des trois religions monothéiste, ville juive, ville chrétienne, ville des pèlerinages, ville arabe et ottomane, ville d'asile et d'exil où la quête de la paix, source d'espoir, est un devoir. Etaient convoquées des œuvres emblé-
matiques des différentes cultures, portées par des voix s'exprimant dans leur langue d'origine et des interprètes jouant sur instruments traditionnels. Le Talmud, les Prophéties de l'Apocalypse et le Jugement dernier, des musiques soufies aux Psaumes de David, du Chant aux morts d'Auschwitz qui a plongé les spectateurs dans une écoute tendue aux chants séphara-des, ceux des croisés et des guerriers ottomans, des cantigas espagnols aux lamentations sur la ville d'Ani et une prière pour la paix en arabe, en arménien, en hébreu et en latin, ont animé une soirée mémorable de chaleureuse fraternité.

Dossier réalisé par Marguerite Haladjian