PALMARES 2005
DU SYNDICAT PROFESSIONNEL
DE LA CRITIQUE



Prix du théâtre
Prix de la danse
Prix de la musique

 


© dr


 







catherine hiegel © sidonie han

 






christian roux © sidonie han







james thiérrée © sidonie han

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 








maria donato d'urso & jean-pierre bourcier © sidonie han

 



anne decoret-ahiha © sidonie han

 

 

 

 





gerard mortier © sidonie han





christian merlin & nicolas joël © sidonie han

 

 

jean-pierre brossmann © sidonie han

 



 

marc vignal © sidonie han

 

 



don kent © sidonie han

 

 

Mercredi 15 juin, à 11h, débutait la cérémonie 2005 de remise des prix décernés par le Syndicat Professionnel de la Critique, dont voici quelques morceaux choisis.






PRIX DU THÉÂTRE

Après le quart d'heure syndical accordé aux retardataires, Jean-Pierre
Han
, président du Syndicat Professionnel de la Critique, remercie cet îlot
de résistance
que constitue les personnes présentes, qui prouve que la profession n'est pas si détestée que cela. La presse critique va mal, mais comme la situation perdure, c'est moins inquiétant ! En tout cas, cela est
le reflet d'une situation générale qui touche tous les arts vivants.
Il félicite les artistes et les directeurs de théâtre qui nous donne tant de plaisir tout au long de l'année ; les prix sont un moyen de les remercier. C'est aussi un plaisir pour lui d'être sur un nouveau plateau de théâtre, et
il remercie la directrice Nicole Gautier de nous accueillir aujourd'hui pour
la première fois.


Grand prix (meilleur spectacle théâtral de l'année) :
Italienne scène et orchestre
(de et mise en scène Jean-François Sivadier)

Pour ce spectacle qui lorgne aussi vers la musique, on invite sur scène Jean-François Sivadier. Ce dernier a une pensée pour beaucoup de mon-de, en particulier pour Laurent Pelly qui a initialement accueilli ce projet
hors cadre
au Cargo.


Prix Georges Lerminier (meilleur spectacle théâtral créé en province)
:
Brand
(mise en scène de Stéphane Braunschweig / T.N.S)

Pour Stéphane Braunschweig, ce prix vient récompenser le travail de la Troupe et de l'Ecole. Il remercie nombre de gens et de théâtres, et cons-
tate que décidément Ibsen lui porte chance, puisqu'il a déjà eu un prix de
la Critique en 1997, pour Peer Gynt, et que son prédecesseur au TNS, Jacques Lassale avait été honoré d'un prix avec Rosmersholm, en 1987.


Meilleure création d'une pièce en langue française :
Daewo
(François Bon - Charles Tordjman / CDN Nancy)

Jean-Pierre Han salue Pierre Ascaride pour l'acte de courage d'accueillir,
du 4 au 25 novembre prochains, ce spectacle au Théâtre 71 de Malakoff. François Bon, qui avoue ne rien connaître au théâtre, dit qu'on ne peut apprendre qu'en en faisant. S'il se désole de cette espèce en voie de disparition que sont les auteurs au théâtre, il n'a pas de complexe à ce
que ce soit du théâtre de région.
Charles Tordjman souhaite remercier les décideurs qui l'accueillent
quand il part vendre le projet et ne pas remercier celui qui lui a répondu : "dans ma zone d'influence, il n'y a pas d'usine en difficulté", celui pour qui
"le réalisme, ça ennuie les gens". Il est fier de ce spectacle qui a vraiment
du sens et revient sur certains jugements iniques liés à l'économie de
la Lorraine, conséquence d'une justice assez minable.


Meilleur spectacle étranger :
Eraritjaritjaka
(d'apres Elias Canetti, mise en scène Heiner Goebbels / Théâtre Vidy-Lausanne, Odéon-Théâtre de l'Europe)

Jean-Pierre Han ne se risquera pas à redire le nom de ce spectacle qui casse les frontières du théâtre. Etant en tournée actuellement, Barbara Suthoff, directrice de la diffusion du Théâtre Vidy-Lausanne, venait lire
un message de Heiner Goebbels qui s'avouait surtout surpris d'un prix récompensant une œuvre d'une heure et demi, avec un quatuor, et un comédien quittant la scène au bout de vingt minutes. Comme pour Eislermaterial, il a souhaité une scène vide, qui permette à l'esprit du spectateur d'occuper un espace qu'on lui refuse de plus en plus.


Meilleure comédienne :

Catherine Hiegel
(J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne)

Regardant son prix, la comédienne s'amuse qu'on n'ait pas mis l'accent habituellement imposé à son patronyme et trouve rigolo d'être récompensée pour un spectacle répété en une semaine. Si cela a marché pour ce rempla-cement, c'est qu'en travaillant avec Joël Jouanneau, on gagne du temps.
Elle est contente de voir une salle de critiques qui rit, alors que d'habitude, comme pour ses confrères, exercer son métier c'est s'exposer à un examen tout au long de sa vie.


Meilleur comédien :

Alain Libolt
(La Version de Browning / CDN Aubervilliers)

Comédien discret, qui ne se montre pas volontiers, Alain Libolt en tournage au Maroc est représentée par la secrétaire générale du Théâtre d'Aubervil-liers qui espère qu'on fera bientôt une reprise de ce spectacle qui n'a pas fini d'exister.


Meilleur créateur d'élément scénique :

Jean Haas (scénographie) et Dominique Fortin (lumières)
(Avis aux intéressés, de Daniel Keene)

Travailleur de l'ombre, Jean Haas se trouve ici un peu en lumière. Si au théâtre, il n'est pas décorateur, en revanche, il s'estime décore acteur .


Meilleur compositeur de musique de scène :
Christian Roux
(Le collier de perles du gouverneur Li Qing)

Christian Roux avoue adorer ce genre de travail, quand la création avance par étapes et à plusieurs. Lui offrir ce prix pour un spectacle qui s'est fait
à l'énergie, avec l'argent des intermittents, et trouver que sa musique s'est fondu dans un tout est le plus beau compliment qu'on peut lui faire.


Révélation théâtrale :

James Thiérrée
(La Veillée des Abysses / Théâtre de la Ville)

Le jeune homme parle de ce spectacle comme d'un carrefour entre plu-sieurs publics, sans condescendance envers le milieu du cirque, avec
des nuances appréciables. Il pense à son père comédien qui, en 68, a
dit "merde" au théâtre conventionnel pour créer un cirque avec sa mère.


Meilleur livre sur le théâtre:

THÉÂTRE AUJOURD'HUI n° 10 : L'ère de la mise en scène Scéren (CNDP)

Après avoir salué le comité qui œuvre pour ce genre de publication, Jean-Pierre Han invite un trio à venir sur scène. On rappelle qu'une revue, c'est surtout un outil pédagogique, et que le Syndicat est aimable de mettre en avant de nouveau leur équipe - Jean-Claude Lallias, Jean-Pierre Fournier
et Jean-Jacques Arnault -, des années après le recueil sur Koltès.







PRIX DE LA DANSE

Pour sensibiliser à l'art délicat de la critique, Jean-Pierre Bourcier laisse méditer le public sur cette phrase : on a beau dire ce qu'on voit, ce qu'on
voit ne loge jamais dans ce qu'on dit.



Grand prix :

Alain Buffard
(Les Inconsolés / Les Subsistances - Centre Pompidou)

Dans un texte poétique dont il donne lecture, Alain Buffard remercie nombre de personnes, sauf ceux qui ne programmeront pas son spectacle.


Prix Révélation de l'année :

Maria Donato D'Urso
(Collection particulière / Rencontres chorégraphiques internationales
de Seine-Saint-Denis)

S'annonçant comme la seule personne de sa compagnie, la danseuse, architecte de formation, se dit touchée, émue et honorée par ce prix.


Prix du meilleur spectacle étranger :

Jan Lauwers pour La Chambre d'Isabella
(Festival d'Avignon, Théâtre de la Bastille, Théâtre de la Ville)

Concentré sur toutes les activités de sa nouvelle création, Jan Lauwers
est représenté par une de ses artistes fétiches qui a une pensée pour
tous les amis français, en particulier Gérard Violette du Théâtre de la
Ville et l'équipe du Théâtre de la Bastille.


Prix du meilleur livre sur la danse :

Anne Decoret-Ahiha
(Les Danses exotiques en France 1880-1940 / edit. Centre national de la Danse)

L'auteure voit dans ce prix le signe d'une reconnaissance d'un regard
autre, d'un regard anthropologique sur la danse. Elle parle d'éclairages
et d'apports enrichissants sur cet art.







PRIX DE LA MUSIQUE

Christian Merlin prévient qu'il est difficile d'être laconique quand on est passionné, mais qu'il va faire un effort pour ne pas prendre du retard sur
la cérémonie. Il présente le meilleur spectacle lyrique de l'année comme très fort, et loin d'être consensuel puisqu'il pose de nombreuses questions
sans donner toujours des réponses - comme pour la partie vidéo du
projet.



Meilleur spectacle lyrique de l'année :

Tristan et Isolde
(par Esa-Pekka Salonen et Peter Sellars à l'Opéra Bastille)

Après avoir promis à Bill Viola de faire de la publicité pour sa prochaine exposition, Gerard Mortier associe à ce prix les mille six cents employés de l'Opéra de Paris, et s'attriste qu'ils doivent travailler avec si peu d'argent. Il a perdu beaucoup d'abonnements à cause de ce spectacle, mais reconnaît que, surtout à l'opéra, il est mieux d'échouer sous condition qu'on risque.


Prix Claude Rostand du meilleur spectacle en province :

Jenufa
(Capitole de Toulouse)

En référence au discours précédant, Nicolas Joël parle des 400 employés de son théâtre, et salue la chanteuse Barbara Haveman et le chef tchèque Jiri Kout, piliers du spectacle.


Personnalité musicale de l'année :

Jean-Pierre Brossmann
(directeur du Châtelet)

Christian Merlin met en avant la grande diversité de la saison qui s'achève au Châtelet - La Grande Duchesse, Angels in America, The Bassarids, etc. - dont le niveau d'exigence constant a été un atout considérable. A l'orée
de sa dernière saison, le syndicat souhaitait récompenser son directeur.
Ce dernier parle de joie et de surprise, même s'il lui semble voler sa place
à un musicien. Avec ses employés qui n'excèdent pas la centaine, sans chœur ni orchestre à demeure, Jean-Pierre Brossmann aime à parler du Châtelet comme d'un festival permanent. La saison a été audacieuse et difficile, et il remercie la critique pour ses incitations au public à venir tenter l'aventure. Il partage ce prix avec son collaborateur Jacques Hédouin, pour son aide inestimable.


Révélation musicale de l'année :

Benjamin Lévy
(chef d'orchestre de la Compagnie Les Brigands - Docteur Ox, Ta bouche - et fondateur de l'Orchestre de chambre Pelléas)

Christian Merlin rappelle qu'on repère vite un chef qui a un bras et du cha-risme. Comme la scène française manque de chef lyrique d'une certaine trempe, il se réjouit de cette nomination. Benjamin Lévy actuellement au Mexique, c'est Loïc Boissier, de la Compagnie Les Brigands, qui nous
remet à l'esprit la genèse de cette troupe en venant recevoir le prix.


Meilleure création d'un compositeur français :

Georges Aperghis pour Avis de tempête
(Opéra de Lille, Nancy et Festival Agora)

Christian Merlin parle de la virtuosité presque ludique, mais avec une dimension prophétique, du travail d'Aperghis. Cela ferait-il plaisir au compositeur, d'être considéré comme un créateur d'œuvre total, et vu comme un Wagner du XXIème siècle ? Pas de réponse de l'intéressé puisque son assistante vient nous annoncer qu'il est au Japon. Quant à
la directrice de l'Opéra de Lille - où le spectacle a été créé -, elle revient
sur la longue collaboration avec Ictus, remercie l'Ircam qui a accueilli le compositeur toute une année pour élaborer la partie électronique, et rappelle qu'il a fallu convaincre Aperghis d'oser le mot "opéra" pour
désigner sa création.


Meilleurs livres sur la musique :

Essai : Amaury du Closel
(Les Voix étouffées du Troisième Reich / Actes Sud)
Monographie : Marc Vignal (Sibelius / Fayard).

Christian Merlin rappelle qu'Amaury du Closel est surtout chef d'orchestre, mais qu'il est récompensé pour la synthèse absolument magistrale dont il
a fait preuve pour saisir l'esprit de cette époque. L'intéressé estime avoir écrit un livre militant, et remercie son éditeur de lui avoir donné la chance d'évoquer tous ces chef-d'œuvres disparus.

Sibelius rentre peu à peu dans le répertoire français, trop longtemps après sa mort. Christian Merlin salue l'ouvrage synthétique et analytique de l'auteur qui a dû s'immerger dans l'histoire de la Finlande pour mieux comprendre l'homme. Marc Vignal remercie ses collaborateurs finlandais et aussi sa maison d'édition, qui a pris le risque de s'éloigner des six cent pages prévues au départ. Christian Merlin souligne avec humour leurs échanges au temps de la rédaction de l'ouvrage : "tout va bien, j'ai déjà cinq cent pages, j'en suis à la Symphonie n° 2 ..."


Meilleure diffusion audiovisuelle :

Don Kent
(réalisateur de vidéos d'opéras, notamment La Traviata d'Aix-en-Provence, avec Mireille Delunsch)

Du spectacle qu'il a vu deux fois et détesté sur scène, Christian Merlin
dit avoir été captivé par la réalisation filmique. Il remercie Don Kent d'avoir tiré sa substance de la mise en scène de Peter Mussbach, pas forcément perceptible de la salle. Le réalisateur évoque les conditions de tournage en pleine grève des intermittents, à l'été 2003, et avoue avoir été scotché par la radicalité de la vision de Mussbach. Il n'aime pas trop le terme de captation pour désigner son travail, car cela sonne comme une mise en cage ; lui préfère ouvrir des fenêtres, laisser entrer l'air de la création, parler de passage et de transmission, comme le disait Wenders. Il salue enfin
Arte pour diffuser de l'opéra à des heures humaines.


Prix de l'Europe francophone :

Tristan et Isolde
(par Armin Jordan et Olivier Py / Grand Théâtre de Genève)

Les collègues qui voient des spectacles de qualité dans les pays limitro-phes ont souhaité l'apparition de ce nouveau prix, à l'image de ce qui est
fait pour le théâtre. Jean-Marie Blanchard vient recevoir ce prix tout frais.


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Pour fermer la cérémonie de ce quarante-deuxième palmarès, Jean-Pierre Han invite les artistes primés et toute la salle à venir commenter ces différents prix autour d'un verre.

Laurent Bergnach