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Mercredi 15 juin, à 11h, débutait la
cérémonie 2005 de remise des prix décernés
par le Syndicat Professionnel de la Critique, dont voici quelques
morceaux choisis.
PRIX DU THÉÂTRE
Après le quart d'heure syndical accordé aux
retardataires, Jean-Pierre
Han, président du Syndicat Professionnel de la Critique,
remercie cet îlot
de résistance que constitue les personnes présentes,
qui prouve que la profession n'est pas si détestée
que cela. La presse critique va mal, mais comme la situation perdure,
c'est moins inquiétant ! En tout cas, cela est
le reflet d'une situation générale qui touche tous
les arts vivants.
Il félicite les artistes et les directeurs de théâtre
qui nous donne tant de plaisir tout au long de l'année ;
les prix sont un moyen de les remercier. C'est aussi un plaisir
pour lui d'être sur un nouveau plateau de théâtre,
et
il remercie la directrice Nicole Gautier de nous accueillir aujourd'hui
pour
la première fois.
Grand prix (meilleur spectacle théâtral de l'année)
:
Italienne scène et orchestre
(de et mise en scène Jean-François Sivadier)
Pour ce spectacle qui lorgne aussi vers la musique, on invite sur
scène Jean-François Sivadier. Ce dernier a une pensée
pour beaucoup de mon-de, en particulier pour Laurent Pelly qui a
initialement accueilli ce projet
hors cadre au Cargo.
Prix Georges Lerminier (meilleur spectacle théâtral
créé en province) :
Brand
(mise en scène de Stéphane Braunschweig / T.N.S)
Pour Stéphane Braunschweig, ce prix vient récompenser
le travail de la Troupe et de l'Ecole. Il remercie nombre de gens
et de théâtres, et cons-
tate que décidément Ibsen lui porte chance, puisqu'il
a déjà eu un prix de
la Critique en 1997, pour Peer Gynt, et que son prédecesseur
au TNS, Jacques Lassale avait été honoré d'un
prix avec Rosmersholm, en 1987.
Meilleure création d'une pièce en langue française
:
Daewo
(François Bon - Charles Tordjman / CDN Nancy)
Jean-Pierre Han salue Pierre Ascaride pour l'acte de courage
d'accueillir,
du 4 au 25 novembre prochains, ce spectacle au Théâtre
71 de Malakoff. François Bon, qui avoue ne rien connaître
au théâtre, dit qu'on ne peut apprendre qu'en en faisant.
S'il se désole de cette espèce en voie de disparition
que sont les auteurs au théâtre, il n'a pas de complexe
à ce
que ce soit du théâtre de région.
Charles Tordjman souhaite remercier les décideurs qui l'accueillent
quand il part vendre le projet et ne pas remercier celui
qui lui a répondu : "dans ma zone d'influence, il
n'y a pas d'usine en difficulté", celui pour qui
"le réalisme, ça ennuie les gens".
Il est fier de ce spectacle qui a vraiment
du sens et revient sur certains jugements iniques liés à
l'économie de
la Lorraine, conséquence d'une justice assez minable.
Meilleur spectacle étranger :
Eraritjaritjaka
(d'apres Elias Canetti, mise en scène Heiner Goebbels / Théâtre
Vidy-Lausanne, Odéon-Théâtre de l'Europe)
Jean-Pierre Han ne se risquera pas à redire le nom de ce
spectacle qui casse les frontières du théâtre.
Etant en tournée actuellement, Barbara Suthoff, directrice
de la diffusion du Théâtre Vidy-Lausanne, venait lire
un message de Heiner Goebbels qui s'avouait surtout surpris d'un
prix récompensant une uvre d'une heure et demi, avec
un quatuor, et un comédien quittant la scène au bout
de vingt minutes. Comme pour Eislermaterial, il a souhaité
une scène vide, qui permette à l'esprit du spectateur
d'occuper un espace qu'on lui refuse de plus en plus.
Meilleure comédienne :
Catherine Hiegel
(J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne)
Regardant son prix, la comédienne s'amuse qu'on n'ait pas
mis l'accent habituellement imposé à son patronyme
et trouve rigolo d'être récompensée pour
un spectacle répété en une semaine. Si
cela a marché pour ce rempla-cement, c'est qu'en travaillant
avec Joël Jouanneau, on gagne du temps.
Elle est contente de voir une salle de critiques qui rit, alors
que d'habitude, comme pour ses confrères, exercer son métier
c'est s'exposer à un examen tout au long de sa vie.
Meilleur comédien :
Alain Libolt
(La Version de Browning / CDN Aubervilliers)
Comédien discret, qui ne se montre pas volontiers, Alain
Libolt en tournage au Maroc est représentée par la
secrétaire générale du Théâtre
d'Aubervil-liers qui espère qu'on fera bientôt une
reprise de ce spectacle qui n'a pas fini d'exister.
Meilleur créateur d'élément scénique
:
Jean Haas (scénographie)
et Dominique Fortin (lumières)
(Avis aux intéressés, de Daniel Keene)
Travailleur de l'ombre, Jean Haas se trouve ici un peu en lumière.
Si au théâtre, il n'est pas décorateur, en revanche,
il s'estime décore acteur .
Meilleur compositeur de musique de scène :
Christian Roux
(Le collier de perles du gouverneur Li Qing)
Christian Roux avoue adorer ce genre de travail, quand la création
avance par étapes et à plusieurs. Lui offrir ce prix
pour un spectacle qui s'est fait
à l'énergie, avec l'argent des intermittents,
et trouver que sa musique s'est fondu dans un tout est le plus beau
compliment qu'on peut lui faire.
Révélation théâtrale :
James Thiérrée
(La Veillée des Abysses / Théâtre de la Ville)
Le jeune homme parle de ce spectacle comme d'un carrefour entre
plu-sieurs publics, sans condescendance envers le milieu du cirque,
avec
des nuances appréciables. Il pense à son père
comédien qui, en 68, a
dit "merde" au théâtre conventionnel pour
créer un cirque avec sa mère.
Meilleur livre sur le théâtre:
THÉÂTRE AUJOURD'HUI n°
10 : L'ère de la mise en scène Scéren (CNDP)
Après avoir salué le comité qui uvre
pour ce genre de publication, Jean-Pierre Han invite un trio à
venir sur scène. On rappelle qu'une revue, c'est surtout
un outil pédagogique, et que le Syndicat est aimable de mettre
en avant de nouveau leur équipe - Jean-Claude Lallias, Jean-Pierre
Fournier
et Jean-Jacques Arnault -, des années après le recueil
sur Koltès.
PRIX DE LA DANSE
Pour sensibiliser à l'art délicat de la critique,
Jean-Pierre Bourcier laisse méditer le public sur
cette phrase : on a beau dire ce qu'on voit, ce qu'on
voit ne loge jamais dans ce qu'on dit.
Grand prix :
Alain Buffard
(Les Inconsolés / Les Subsistances - Centre Pompidou)
Dans un texte poétique dont il donne lecture, Alain Buffard
remercie nombre de personnes, sauf ceux qui ne programmeront pas
son spectacle.
Prix Révélation de l'année :
Maria Donato D'Urso
(Collection particulière / Rencontres chorégraphiques
internationales
de Seine-Saint-Denis)
S'annonçant comme la seule personne de sa compagnie,
la danseuse, architecte de formation, se dit touchée,
émue et honorée par ce prix.
Prix du meilleur spectacle étranger :
Jan Lauwers pour La
Chambre d'Isabella
(Festival d'Avignon, Théâtre de la Bastille, Théâtre
de la Ville)
Concentré sur toutes les activités de sa nouvelle
création, Jan Lauwers
est représenté par une de ses artistes fétiches
qui a une pensée pour
tous les amis français, en particulier Gérard Violette
du Théâtre de la
Ville et l'équipe du Théâtre de la Bastille.
Prix du meilleur livre sur la danse :
Anne Decoret-Ahiha
(Les Danses exotiques en France 1880-1940 / edit. Centre
national de la Danse)
L'auteure voit dans ce prix le signe d'une reconnaissance d'un
regard
autre, d'un regard anthropologique sur la danse. Elle parle
d'éclairages
et d'apports enrichissants sur cet art.
PRIX DE LA MUSIQUE
Christian Merlin prévient
qu'il est difficile d'être laconique quand on est passionné,
mais qu'il va faire un effort pour ne pas prendre du retard sur
la cérémonie. Il présente le meilleur spectacle
lyrique de l'année comme très fort, et loin
d'être consensuel puisqu'il pose de nombreuses questions
sans donner toujours des réponses - comme pour la partie
vidéo du
projet.
Meilleur spectacle lyrique de l'année :
Tristan et Isolde
(par Esa-Pekka Salonen et Peter Sellars à l'Opéra
Bastille)
Après avoir promis à Bill Viola de faire de la
publicité pour sa prochaine exposition, Gerard Mortier
associe à ce prix les mille six cents employés de
l'Opéra de Paris, et s'attriste qu'ils doivent travailler
avec si peu d'argent. Il a perdu beaucoup d'abonnements à
cause de ce spectacle, mais reconnaît que, surtout à
l'opéra, il est mieux d'échouer sous condition
qu'on risque.
Prix Claude Rostand du meilleur spectacle en province :
Jenufa
(Capitole de Toulouse)
En référence au discours précédant,
Nicolas Joël parle des 400 employés de son théâtre,
et salue la chanteuse Barbara Haveman et le chef tchèque
Jiri Kout, piliers du spectacle.
Personnalité musicale de l'année :
Jean-Pierre Brossmann
(directeur du Châtelet)
Christian Merlin met en avant la grande diversité de la
saison qui s'achève au Châtelet - La Grande Duchesse,
Angels in America, The Bassarids, etc. - dont le niveau d'exigence
constant a été un atout considérable. A l'orée
de sa dernière saison, le syndicat souhaitait récompenser
son directeur.
Ce dernier parle de joie et de surprise, même s'il lui semble
voler sa place
à un musicien. Avec ses employés qui n'excèdent
pas la centaine, sans chur ni orchestre à demeure,
Jean-Pierre Brossmann aime à parler du Châtelet comme
d'un festival permanent. La saison a été audacieuse
et difficile, et il remercie la critique pour ses incitations au
public à venir tenter l'aventure. Il partage ce prix avec
son collaborateur Jacques Hédouin, pour son aide inestimable.
Révélation musicale de l'année :
Benjamin Lévy
(chef d'orchestre de la Compagnie Les Brigands - Docteur Ox,
Ta bouche - et fondateur de l'Orchestre de chambre Pelléas)
Christian Merlin rappelle qu'on repère vite un chef qui
a un bras et du cha-risme. Comme la scène française
manque de chef lyrique d'une certaine trempe, il se réjouit
de cette nomination. Benjamin Lévy actuellement au Mexique,
c'est Loïc Boissier, de la Compagnie Les Brigands, qui nous
remet à l'esprit la genèse de cette troupe en venant
recevoir le prix.
Meilleure création d'un compositeur français :
Georges Aperghis pour Avis
de tempête
(Opéra de Lille, Nancy et Festival Agora)
Christian Merlin parle de la virtuosité presque ludique,
mais avec une dimension prophétique, du travail d'Aperghis.
Cela ferait-il plaisir au compositeur, d'être considéré
comme un créateur d'uvre total, et vu comme un Wagner
du XXIème siècle ? Pas de réponse de l'intéressé
puisque son assistante vient nous annoncer qu'il est au Japon. Quant
à
la directrice de l'Opéra de Lille - où le spectacle
a été créé -, elle revient
sur la longue collaboration avec Ictus, remercie l'Ircam qui a accueilli
le compositeur toute une année pour élaborer la partie
électronique, et rappelle qu'il a fallu convaincre Aperghis
d'oser le mot "opéra" pour
désigner sa création.
Meilleurs livres sur la musique :
Essai : Amaury du Closel
(Les Voix étouffées du Troisième Reich
/ Actes Sud)
Monographie : Marc Vignal (Sibelius
/ Fayard).
Christian Merlin rappelle qu'Amaury du Closel est surtout chef
d'orchestre, mais qu'il est récompensé pour la
synthèse absolument magistrale dont il
a fait preuve pour saisir l'esprit de cette époque. L'intéressé
estime avoir écrit un livre militant, et remercie
son éditeur de lui avoir donné la chance d'évoquer
tous ces chef-d'uvres disparus.
Sibelius rentre peu à peu dans le répertoire français,
trop longtemps après sa mort. Christian Merlin salue l'ouvrage
synthétique et analytique de l'auteur qui a dû s'immerger
dans l'histoire de la Finlande pour mieux comprendre l'homme. Marc
Vignal remercie ses collaborateurs finlandais et aussi sa maison
d'édition, qui a pris le risque de s'éloigner des
six cent pages prévues au départ. Christian Merlin
souligne avec humour leurs échanges au temps de la rédaction
de l'ouvrage : "tout va bien, j'ai déjà cinq
cent pages, j'en suis à la Symphonie n° 2 ..."
Meilleure diffusion audiovisuelle :
Don Kent
(réalisateur de vidéos d'opéras, notamment
La Traviata d'Aix-en-Provence, avec Mireille Delunsch)
Du spectacle qu'il a vu deux fois et détesté sur
scène, Christian Merlin
dit avoir été captivé par la réalisation
filmique. Il remercie Don Kent d'avoir tiré sa substance
de la mise en scène de Peter Mussbach, pas forcément
perceptible de la salle. Le réalisateur évoque les
conditions de tournage en pleine grève des intermittents,
à l'été 2003, et avoue avoir été
scotché par la radicalité de la vision de Mussbach.
Il n'aime pas trop le terme de captation pour désigner son
travail, car cela sonne comme une mise en cage ; lui préfère
ouvrir des fenêtres, laisser entrer l'air de la création,
parler de passage et de transmission, comme le disait Wenders. Il
salue enfin
Arte pour diffuser de l'opéra à des heures humaines.
Prix de l'Europe francophone :
Tristan et Isolde
(par Armin Jordan et Olivier Py / Grand Théâtre de
Genève)
Les collègues qui voient des spectacles de qualité
dans les pays limitro-phes ont souhaité l'apparition de ce
nouveau prix, à l'image de ce qui est
fait pour le théâtre. Jean-Marie Blanchard vient recevoir
ce prix tout frais.
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Pour fermer la cérémonie de ce quarante-deuxième
palmarès, Jean-Pierre Han invite les artistes primés
et toute la salle à venir commenter ces différents
prix autour d'un verre.
Laurent Bergnach
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