|
rencontre avec Pierre Korzilius, directeur de programmation musique
au Musée d'Orsay Réouverture
de l'auditorium après travaux La
Salle des Fêtes Préparation
de la Saison
Rétrospective
Fritz Lang
en
savoir plus
© musée d'orsayAuditoriumCliquez
sur l'image pour voir la photo en entier
| Rétrospective
Fritz Lang : du 5 au 28 mars 2004 | |
C'est à un véritable Festival Fritz Lang que
le Musée d'Orsay nous invite, programmant l'oeuvre du grand cinéaste
sur trois semaines, sous forme de cycles thématiques. C'est avec plaisir
que l'on pourra apprécier les projections de films muets avec un accompagnement
musical live. Cycle I - Complots
et sociétés secrètes Vendredi
5 mars 18h : Doctor Mabuse der Spieler
- 1922 (150 minutes) accompagnement musical : Thierry Escaich 21h
: Inferno, ein Speil von Menschen unserer Zeit - 1922 (115 minutes) accompagnement
musical : Jean-François Zygel Samedi
6 mars 14h : Das Testament des Doctor Mabuse -
1933 (121 minutes) 16h30 : Die tausend Augen des Doctor Mabuse
- 1960 (104 minutes) 19h : Spione - 1927 (178 minutes)
accompagnement musical : Aljoscha Zimmermann Dimanche
7 mars 14h : Cloak and Dagger - 1946 (106
minutes) 16h : Die Spinnen, I : Der goldene See
18h : Die Spinnen, II : Das Brillantenschiffa 1919-1920 (176
minutes) accompagnement musical : Jacques Cambra Vendredi
12 mars 21h : Metropolis - 1926 (147
minutes) accompagnement musical : Jacques Cambra Cycle
II : Mythes et légendes Samedi
13 mars 15h : Die Nibelungen, I : Siegfrieds Tod - 1924 (141
minutes) accompagnement musical : Aljoscha Zimmermann Dimanche
14 mars 15h : Die Nibelungen, II : Kriemhilds Rache -
1924 (148 minutes) accompagnement musical : Aljoscha Zimmermann Cycle
III : Critique sociale Vendredi
19 mars 18h : M Le Maudit - 1932 (110 miutes)
20h : You Only Live Once - 1937 (86 minutes)
© The Kobal Collection
(xla037bd) Fritz Lang Cliquez sur l'image
pour voir la photo en entier Samedi
20 mars 15h : Fury - 1936 (94 minutes)
Cycle
IV : Héroïne Dimanche
21 mars 14h : Die Pest in Florenz - 1919 (96 minutes)
accompagnement musical : François Debaecker 16h : Secret Beyond
the Door - 1948 (99 minutes) Cycle V :
Aventure Vendredi 26 mars 20h
: Frau im Mond - 1929 (200 minutes) accompagnement musical
: Cyrille Lehn Samedi 27 mars 14h
: Der Tiger von Eschnapur - 1959 (97 minutes) 16h : Das
indische Grabmal - 1959 (101 minutes) Dimanche
28 mars 15h : Der müde Tod - 1921 (105 minutes) accompagnement
musical : Thomas Köner | |
Nous remercions Mesdames Martine Bueno et Marie Dupeyron sans la complicité
desquelles ce dossier n'existerait pas. Le
Musée d'Orsay voit s'achever en ce moment ses travaux de rénovation.
Son Auditorium va rouvrir ses portes au public, qui ainsi retrouvera la salle
habituelle pour les concerts. Quelle a été cette rénovation,
dans quel but eut-elle lieu, quel en a sera le coût, et quels apports
en aura gagné l'Auditorium ? L'Auditorium a été
conçu dès la création du Musée ; il fait depuis toujours
partie intégrante du lieu dans son emploi actuel, et il est né,
comme lui, en 1986. Le Musée d'Orsay a été imaginé
en 1978, et le projet des Eta-blissements Publics pour sa construction date de
1982. Dans le cahier des charges du projet Orsay figurait déjà un
auditorium, répondant à la mission de ne pas seulement montrer la
peinture mais tous les arts de la période Orsay, c'est-à-dire
sculpture, photographie, objets d'art, mobilier, pour ce qui est des galeries
du musée, et bien sûr les disciplines qu'on ne peut montrer que dans
un espace prévu à cet effet, en l'occurrence un auditorium, qui
permet les conférences, le cinéma, et principalement la musique.
La grande période de la musique de chambre, au XIXème siècle,
pouvait donc être présente ici. Orsay était le tout premier
musée français conçu avec un auditorium. C'est un peu pensé
selon le modèle des musées américains. Il marque une sorte
de nouvelle vague dans la conception de tels lieux. L'Auditorium a prit naturellement
sa place ici, avec le développement de tout un projet musical, proposant
une pro-grammation toujours en liaison avec les beaux-arts, dans laquelle des
personnalités particulières - comme Chausson : musicien collectionneur
d'art ; Curlionis : peintre musicien ; etc. - ont pu être montrées.
Ces objectifs étaient prévus avant la moindre démolition
de quoi que ce soit dans la gare, avant même que la première pierre
soit posée. En 1986 eut lieu l'ouverture du Musée d'Orsay, avec
sa saison de concerts qui débute dès alors, s'inscrivant parfaitement
dans la spécificité du lieu, à savoir exposer l'art de 1848
à 1914 : on commence là où les collections de Musée
du Louvre s'arrêtent, et l'on s'arrête là où celles
du Musée d'Art Moderne commencent. Pour certaines expositions exceptionnelles,
il arrive de déborder d'un côté ou de l'autres ces dates,
mais c'est très rare. Par exemple, cette année, en liaison avec
l'exposition Aux origines de l'abstraction, il y avait deux volets contemporains
: c'était une manière d'en montrer le prolongement, d'aborder ce
que peut être l'avant-garde ou la modernité aujourd'hui ; il y a
eu un concert d'uvres de Sciarrino et un autre de Ferneyhough - avec la
création d'une commande au compositeur -, deux esthétiques radicalement
différentes. Mais il n'y aura jamais ici de soirées baroques, ou
d'uvres de Mozart ou Beethoven - sauf s'il s'agit des transcriptions de
ses symphonies par Liszt, ce que l'on a déjà fait. L'Auditorium
a été utilisé de 1986 à 2000. Puis le chantier s'est
ouvert pour réaménager les espaces d'accueil du musée et
créer une nouvelle zone pour les expositions temporaires. Pour ces travaux,
il fallait rendre l'Auditorium inaccessible, et ce jusqu'à leur achèvement,
à la fin du mois de mars. Dans l'Auditorium proprement dit, on n'a touché
ni à l'acoustique ni à l'esthétique ; on a simplement profité
de cette suspension d'activité pour améliorer son dispositif technique
: le système de diffusion sonore, celui de projection, et bien sûr
tout de qui reste invisible au public, comme la régie. L'Auditorium du
Musée d'Orsay est l'une des rares salles pari-sienne entièrement
en bois : il n'y a pas un millimètre carré de moquette, seuls les
sièges sont en cuir ; tout le reste utilise de la matière réfléchis-sante,
au service d'une acoustique très claire et extrêmement sensible.
On possède donc ici un véritable laboratoire pour la musique de
chambre et pour les chanteurs qui n'ont plus besoin alors d'effort pour faire
enten-dre la moindre nuance. Au fil des années, la programmation a évoluée,
suivant notre développement : la première équipe était
nettement plus petite et apprenait encore à faire vivre le lieu ; aujourd'hui,
il y a plus de concerts (environ une soixantaine), on se lance dans des productions
lyriques, des spectacles, des pièces de théâtre, des festivals
de cinéma, des ateliers-concerts, des colloques, etc. Cette saison-ci,
par exemple, il y aura des spectacles de théâtre d'ombre, le
répertoire du Chat Noir, pour lesquels on construit un castelet,
on emprunte des zincs à d'autres musées, notamment celui de Châtellerault,
tout en utilisant nos propres collections, puisque le Musée d'Orsay vient
de s'enrichir d'une quaran-taine de zinc de ce cabaret. Ce répertoire est
gigantesque : il est impor-tant de pérenniser l'expérience sur plusieurs
saisons, et de fidéliser des interprètes qui demeurent rares.
Enfin, en ce qui concerne le coût de ce chantier, au niveau de l'Auditorium,
c'est simplement la dépense nécessaire à la remise à
jour d'une régie son et de ses câblages, dans les règles de
l'art, soit environ 300 000 Euros - ça n'a rien de pharaonique !
Comment
avez-vous vécu le déplacement des concerts dans la Salle des Fêtes
? Qu'est-ce que ça a pu apporter, ou ne pas apporter ? Quel est votre
sentiment ? Le Musée d'Orsay connaît l'avantage d'avoir trois
lieux de concert : l'Auditorium, la Salle des Fêtes et la Nef. La Salle
des Fêtes était une salle de bal, prévue pour des réceptions
de toutes sortes, si bien qu'elle s'orne de grands formats en peinture, et de
toute une série d'immuables sculptures, des marbres très fragiles
qu'on ne déplace pas : ce cadre est particulier, et beaucoup d'interprètes
s'y plaisent et sont très heureux de s'y produire. C'est également
un endroit qui exerce une certaine impres-sion sur le public. Cependant, il faut
faire attention au répertoire choisi : c'est une salle de bal, donc un
cube, qui résonne beaucoup trop ; il convient de choisir soigneusement
ce qu'on y joue. La période d'utilisa-tion étant plus conséquente
du fait des travaux, il fallut avoir recours à certains aménagements
pour empêcher le son de tourner, etc. Il y eut de curieuses surprises :
Shlomo Mintz, par exemple, qui a préféré donner tous ses
concerts dans la Salle des Fêtes plutôt que dans l'Auditorium, estimant
l'acoustique certainement plus flatteuse pour son instrument que celle de laboratoire.
Sans doute les dorures et tous les ornements de cet endroit peuvent-ils à
leur manière inspirer les artistes : Waltraud Meier est très enthousiaste
à l'idée de chanter dans un lieu historique qui reflète
l'esprit du répertoire qu'elle va honorer. Dans le cadre du Bicentenaire
Berlioz, c'était nettement plus difficile, il faut le reconnaître.
© musée d'orsay Décor
pour Pierrot pornographe - Le Chat Noir, 1893 Comment
se passe pour vous la programmation des concerts d'Orsay ? Il y a un idéal,
mais il y a des contingences de toute sorte, sans doute des décisions qu'il
faut prendre ; quels peuvent être les bonheurs, les déceptions ? L'idée
est de nourrir des thèmes avec une cohérence qu'on souhaiterait
toujours évidente. Ces thèmes sont bien sûr ceux de la période
Orsay, peuvent être liés aux expositions temporaires. Il y a
eu des thèmes plutôt simples, comme Mallarmé, d'autres plus
complexes, comme l'Abstrac-tion, par exemple. Il nous faut imposer ceci ou cela
aux interprètes que l'on invite. Parfois, cela peut occasionner des luttes
! Lorsque vous avez à convaincre un artiste de jouer une uvre
méconnue qui nécessite du travail et qu'il ne pourra pas rejouer
de si tôt, c'est parfois difficile. Quelquefois, il y a ainsi d'heureuses
rencontres ; d'autres fois, le musi-cien refuse catégoriquement de jouer
tel compositeur. Cela peut être l'inverse : telle personne voudrait jouer
Mozart, et ce n'est pas possible ici ; il faut alors argumenter, discuter,
etc. Parfois, c'est l'interprète lui-même qui s'engage tant dans
le contexte qu'il en arrive à proposer des uvres auxquelles on n'aurait
peut-être pas songées, et qui s'avèrent être les
bienvenues. Peu à peu, on construit ainsi les programmes et les cycles
avec des interprètes que l'on choisit toujours pour les qualités
spécifi-ques qui nous semblent pouvoir servir tel répertoire ou
telle thématique. Nous allons donner Pelléas & Mélisande
en juin : c'est un exemple type ! Quel compositeur mieux que Debussy incarnerait-il
tous les courants esthétiques de la fin du XIXème siècle
? Sans dénigrer ses contem-porains, indéniablement Debussy fait
montre de modernité, manie dans cette uvre la littérature
symboliste, et puise à la source de ses amitiés avec les peintres.
Il existe une version pour piano que Debussy a chantée en transposant tous
les rôles à la convenance de sa tessiture, en s'accompagnant
lui-même au clavier : c'est cette petite version - qui nous a paru
s'adapter facilement au lieu - que nous jouerons à Orsay, avec une distribution
normale. Sans doute Alexandre Tharaud tirera-t-il du piano le maximum de couleurs,
de même qu'une mise en scène plus intimiste nous plongera-t-elle
au cur de l'uvre, dans ce qu'elle a de plus pur, pour ainsi dire.
Propos
recueillis le 6 février 2004 par Bertrand Bolognesi © musée d'orsay - S. Boely La
NefCliquez sur l'image pour voir la photo en
entier En
savoir plus :
Vous pouvez appeler le01 40 49 47
57 Ou consulter nos pages calendrier : Au
Jour Le Jour / Paris - Île de France ou visiter
le site www.musee-orsay.fr |