Délices des Orgues
Entre tradition et création

Contrepoints 62
Concours d'orgue de Paris
Saison musicale de Royaumont
Autres manifestations
crédits photo




 

 

 

 










PROGRAMME

Vendredi 14 septembre, 20h30
Yves Castagnet, orgue / Denis Comtet, direction
Le Chœur du Concert d'Astrée
BUXTEHUDE, BACH
Cathédrale Notre-Dame / Boulogne-sur-Mer

Samedi 15 septembre, 17h
Didier Hennuyer, orgue
Kurt Lueders, musicologue
GILMANT
Eglise Saint-Nicolas / Boulogne-sur-Mer
> entrée libre

Samedi 15 septembre, 20h30
Marie-Ange Leurent, orgue
Olivier Opdebeeck, direction
Chœur de chambre Cori Spezzati
GUILMANT
Eglise St-François-de-Sales / Boulogne-sur-Mer

Dimanche 16 septembre, 17h15
Gustav Leonhardt, orgue
SWEELINCK, SCHEIDEMANN, TUNDER, BÖHM
Eglise Saint-Vaast / Béthune
> entrée libre

Dimanche 16 septembre, 18h30
Gustav Leonhardt, clavecin
FROBERGER, BÖHM, BACH
Hôtel de Ville / Béthune

Vendredi 21 septembre, 20h30
Isabelle Bazin, chanteuse et accordéoniste
F. Barret, conteuse / Ewa Kowalewska, orgue
BACH, DE LUBLIN / Le Jardin de Wiosna (conte)
Eglise Saint-Martin / Bruay-la-Buissière
> gratuit pour les moins de 12 ans

Samedi 22 septembre, 17h
Jacques Bona, baryton / Marc Adamczewski, orgue
ZIELENSKI, DRUNSINSKI
Eglise Saint-Martin / Auxi-le-Château

Samedi 22 septembre, 20h30
Peter Thomas, orgue / Johan Duijck, direction
Vlaams Radio Koor
GORECKI, PENDERECKI, KODALY
Eglise Saint-Bertulphe / Fruges

Dimanche 23 septembre, 17h
Graham O Reilly, direction
Ensemble Européen William Byrd
PEKIEL, LILIUS, SZARZYNSKI, POBIELSKI, ROSSI
Eglise Saint-Léger / Lens, 17h

Samedi 24 septembre, 20h30
Franckie Defonte, comédien
Michel Alabau, orgue et direction
Ensemble Les Parodies Organisées
BUXTEHUDE, BACH
Abbatiale de la Nativité Notre-Dame / Licques
> gratuit pour les moins de 18 ans

Dimanche 30 septembre, 17h
Freddy Eichelberger - Elizabeth Geiger,
orgue, clavecin et épinette
Improvisations, pièces des XVIe et XVIIe siècles
Eglise Saint-Pierre / Nielles-les-Ardres

Vendredi 5 octobre, 20h30
Sophie Rétaux, orgue
Jean-Claude Gengembre, percussions
FRANCK, VASSEUR
Cathédrale Notre-Dame / Saint-Omer

Samedi 6 octobre, 20h30
Benoît Mernier, orgue / Nicolas Bucher, direction
Ensemble Les Résonances
BUXTEHUDE
Eglise Saint-Nicolas-en-Cité / Arras

Dimanche 7 octobre, 17h
Francis Jacob, orgue / Philippe Pierlot, direction
Ensemble Ricercar Consort
BUXTEHUDE, BACH
Eglise Saint-Vaast / Béthune








 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




























 

 

 

 

 

 


PROGRAMME

Lundi 17 septembre, 14h30 et 20h30
Interprétation - Première épreuve
BACH ou BOELY ou SAINT-SAËNS ou GIGOUT
Conservatoire national de région de Paris

Mardi 18 septembre, 14h
Interprétation - Première épreuve
BACH ou BOELY ou SAINT-SAËNS ou GIGOUT
Conservatoire national de région de Paris

Jeudi 20 septembre, 14h30
Interprétation - Deuxième épreuve
Improvisation - Première épreuve
BRUHNS ou BUXTEHUDE ou MENDELSSOHN
Eglise Saint-Louis-en-l'Ile

Vendredi 21 septembre, 20h30
Interprétation - Deuxième épreuve
Improvisation - Première épreuve
DURUFLE ou ALAIN
ou VIERNE ou WIDOR ou DUPRE

Eglise Saint-François-Xavier

Samedi 22 septembre, 9h30 et 13h30
Interprétation - Deuxième épreuve
Improvisation - Première épreuve
ESCAICH, LANGLAIS
Basilique Sainte-Clotilde

Dimanche 23 septembre, 16h
Improvisation d'une Suite Française
(langage libre) sur un thème grégorien ou
improvisation d'un choral varié (thème harmonisé
et cinq variations sur un choral donné)
Eglise Saint-Etienne-du-Mont

Lundi 24 septembre, 15h30
Interprétation et improvisation - Epreuve finale
DAQUIN ou BALBASTRE, COUPERIN ou GRIGNY
Eglise Saint-Roch

Mardi 25 septembre, 15h30
Interprétation et improvisation - Epreuve finale
MESSIAEN
Eglise de la Trinité

Mercredi 26 septembre, 14h
Interprétation et improvisation - Epreuve finale
Pierre-Michel Duran, direction
Orchestre du Conservatoire
DUBUGNON, FRANCK
Basilique Sainte-Clotilde

Mercredi 26 septembre, 20h
Remise des Prix / Concert des lauréats
Basilique Sainte-Clotilde

 
















 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 






















PROGRAMME

Samedi 20 octobre, 10h
Table-ronde : la facture d'orgue en France,
bilan et perspectives
Abbaye

Samedi 20 octobre, 15h30
Philippe Lefèvre, orgue / Alain Huteau, percussions
LISZT, COCHEREAU
Abbaye

Samedi 20 octobre, 20h30
Joris Verdin, orgue / Bernard Têtu, direction
Les Solistes de Lyon
FRANCK
Abbaye

Dimanche 21 octobre, 16h30
Toros Can, piano / Francesco Filidei, orgue
LIGETI, LENOT
Abbaye





















 
















 

 

Tous nos remerciements à Anne Forgeron,
Laurence Langou et Denise Vaast pour leur disponibilité



 

Cette rentrée de septembre est riche en événements qui mettent
l'orgue à l'honneur, entre tradition, transmission et création. Nous avons souhaité rencontrer quelques intervenants de ces manifestations, qu'ils soient organiste (Sophie Rétaux), juré de concours (Gilles Cantagrel)
ou compositeur (Jacques Lenot), et leur poser quelques questions.



CONTREPOINTS 62
14 septembre / 7 octobre

Depuis plus de dix ans, Les orgues chantent en Pas-de-Calais
proposent, dans tout le département, un programme de concerts autour
de son important patrimoine instrumental. Les associations locales d'amis de l'orgue (organisatrices de visites, animations et concerts), Domaines Musiques (coordination) et le Conseil général du Pas-de-Calais (principal financeur) se rassemblent dans une même volonté de qualité et de décentralisation artistique.

En 2006, les organisateurs ont souhaité renforcer la saison annuelle
et bâtir un projet à dimension nationale, voire internationale. Ainsi est né
le Festival Contrepoints 62 qui réunit des artistes talentueux, et met en compétition (une année sur deux, à Béthune) de jeunes organistes inter-nationaux. Avant le deuxième Concours Pierre de Manchicourt de 2008,
la seconde édition du Festival offre quatorze concerts autour de l'orgue et
du patrimoine, répartis sur quatre week-ends. La programmation fait cette année une large place à Dietrich Buxtehude, dont on célèbre le tricentenaire de la mort, ainsi qu'à son élève Johann Sebastian Bach, mais aussi à la musique venue de Pologne (comme beaucoup d'ancêtres de la population locale) et au travail d'Alexandre Guilmant, figure majeure de la vie musicale française de la fin du XIXe siècle et natif de Boulogne-sur-Mer.

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Après des études musicales au Conservatoire de Douai, Sophie Rétaux rejoint le Conservatoire de Lille où elle complète sa formation artistique dans les classes de Jean Boyer pour l'orgue et Alain Raès pour le piano. Elle y obtient les prix d'orgue, de piano et d'accompagnement. Actuellement accompagnantrice de la classe de chant d'Annick My à Lille, Sophie Rétaux est également titulaire des grandes orgues historiques Cavaillé-Coll de
la Cathédrale Notre-Dame de Saint-Omer.

Le 5 octobre, vous allez participer à la création d'une œuvre de Dominique Vasseur. A-t-elle été conçue spécialement pour l'orgue de la Cathédrale de Saint-Omer ?
Oui et non. Oui, puisque je suis titulaire de cet instrument depuis long-temps, qu'il est sans doute celui qui m'est le plus intime et que Dominique Vasseur - mon mari, originaire de la région - le connaît particulièrement bien aussi pour m'entendre le jouer depuis des années. L'oeuvre est conçue idéalement pour le rapport entre l'instrument et la cathédrale de Saint-Omer - rapport entre la taille et l'espace, qualité remarquable en ce lieu. Et puis non, puisque la consigne était de concevoir une oeuvre pour orgue roman-tique autour des chorals de Franck, en hommage à Jean Boyer (celui-ci m'a vu remporter un 1er prix à Nijmegen avec en particulier le 2ème choral de Franck). La référence d'orgue romantique pour le compositeur était bien
sûr celle de Saint-Omer.

Jean Boyer a d'ailleurs été votre professeur…
J'ai eu le privilège de côtoyer un "Maître de musique" et les fruits de
son enseignement n'ont pas fini de me porter. J'ai appris à son contact à conjuguer sans relâche le talent et le travail. J'en fais l'expérience tous les jours et j'essaie de transmettre cet élan et cette passion à mes élèves.
Quel bonheur de l'avoir rencontré, cela nourrit une vie entière.

Comment aborder vous une création en général, et celle de Dominique Vasseur en particulier ?
Dans la mesure du possible, quel que soit le répertoire, j'aime avoir le temps de mûrir une pièce. Dans le cas d'une création, ce temps-là est minime et j'aime alors très vite avoir des précisions auprès du compositeur pour ne pas me tromper de direction. J'ai un grand respect de la partition et souhaite être sûre de laisser émerger l'esprit et l'âme du compositeur. Ce n'est qu'ensuite que se produit cette magie d'appropriation qui combine l'essence d'une oeuvre et ce qu'elle éveille en moi. En ce qui concerne l'œuvre de Dominique Vasseur, je lui ai d'abord fait des propositions de registrations puis nous avons passé beaucoup de temps à Saint-Omer pour préciser le tout. J'ai simplement suggéré de ne pas être trop précis
ni restrictif quant à la notation, dans la perspective d'autres concerts dans d'autres lieux (ce concert sera redonné le 15 novembre 2007 à l'église Saint-Etienne de Lille, dotée elle aussi d'un beau Cavaillé-Coll). Après avoir participé à plusieurs créations et enregistrements de son travail (dans la collection Signatures de Radio France), j'ai l'impression d'entrer en contact avec les sphères mystérieuses de son être qui se situent ailleurs que dans le langage des mots, et de peut-être devenir un instrument de l'expression de son intimité. Ceci s'affine avec le temps.

Quelles sont les richesses d'un alliage timbrique entre orgue
et percussions ?

Si l'on pense à la dimension orchestrale de l'orgue, la place de la percussion devient tout à fait évidente quant à une rythmique qui assoit cette immense masse sonore. Cela devient encore plus intéressant si l'on entre dans les jeux de détails de chacune des parties ; jeux de mutations et d'har-moniques de l'orgue, d'anches douces ou franches, associés à la diversité des cymbales, gongs, cloches et autres accessoires de la percussion. La dimension spatiale de l'orgue est enrichie dans sa verticalité avec une nouvelle source sonore au sol (les percussions).

Et ses limites ?
La limite réelle est l'accord entre le diapason fluctuant de l'orgue selon
les saisons et celui immuable des claviers de percussions (marimba, vibraphone, glockenspiel, xylophone, etc.). Ce paramètre a été remar-quablement pris en compte dans l'œuvre de Dominique Vasseur. L'autre difficulté est relative à la production du son de chacune des parties : les percussions ont globalement une attaque très nette et précise, alors que l'orgue à transmission mécanique réagit selon l'humidité, la longueur de la mécanique entre la touche et l'ouverture de la soupape qui correspond, si l'on veut être concis. Ceci dit, sans proprement parler de tradition musicale ou liturgique, on constate que cette association a inspiré nombre de musi-ciens : Adrienne Clostre (La Reine de Saba), Pierre Cochereau (Boléro
sur un thème de Charles Racquet
), Petr Eben (Paysages de Patmos, qui
sont cinq visions de l'Apocalypse) et Thierry Escaich, pour le concours international d'orgue 2007 de la ville de Paris.

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CONCOURS INTERNATIONAL
D'ORGUE DE LA VILLE DE PARIS
17 / 26 septembre

Ouvert au public dans la limite des places disponibles, cette nouvelle compétition a retenu trente-quatre candidats (représentant quatorze nationalités) et comporte deux disciplines (interprétation et improvisation). Le jury, présidé par l'historien Jean Favier (France), est composé de personnalités musicales variées : José Enrique Ayarra-Jarne (Espagne), Gilles Cantagrel (France), Thierry Escaich (France), Georges Guillard (France), François-Henri Houbart (France), Carolyn Shuster Fournier
(USA), David Titterington (Grande-Bretagne) et Daniel Zaretsky (Russie).

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Musicologue responsable du premier "Europa Bach Festival", adminis-trateur du Centre de musique baroque de Versailles, ancien directeur
de France Musique et maître de conférences à Paris IV-Sorbonne, Gilles Cantagrel a publié de nombreux livres et articles dont un ouvrage récent chez Fayard : Dieterich Buxtehude et la musique en Allemagne du Nord dans la seconde moitié du XVIIe siècle.

Très prochainement, vous serez juré d'un concours qui regroupe
34 candidats. Peut-on dire de l'orgue qu'il est un instrument populaire ?

Mais qu'est-ce qu'un instrument populaire ? Le violon de cabaret
autrefois, l'harmonica des cow-boys ou l'accordéon montmartrois, sans doute. L'orgue sûrement pas, pas plus que le violoncelle, le hautbois ou le trombone. Plus sérieusement, il est certain qu'en France (contrairement à la plupart des autres pays européens), l'orgue ne touche qu'un public assez restreint par rapport à celui de l'opéra, par exemple. Il fait peur, peut-être,
et la plupart des gens ne l'entendent qu'aux enterrements. On peut aussi invoquer qu'on ne voit pas l'organiste, et que les concerts se trouvent de
ce fait privés d'une part de spectacle qui n'est jamais négligeable. Enfin,
le tragique manque de culture musicale de la France, du fait de la carence actuelle des enseignements artistiques dans les programmes des cycles primaire et secondaire de l'enseignement général, entraîne un manque de connaissances, et surtout un manque de curiosité à l'égard de la musique en général, et en particulier, avec l'orgue, d'un répertoire qui compte tant d'œuvres admirables écloses sur un demi-millénaire.

Quelles sont les qualités d'un bon organiste ?
Ce sont d'abord celles de tout bon exécutant musicien. Celles, il va de soi, d'une technique à toute épreuve. Technique des doigts et des pieds, et de
la synchronisation de tous ces mouvements qui doivent cependant rester indépendants les uns des autres dans leur interdépendance. Ce qui oblige à une maîtrise intellectuelle qui ne se développe qu'avec l'apprentissage de l'écriture, harmonie, contrepoint, fugue, permettant en outre d'accéder à la pratique de l'improvisation propre à l'orgue. Un organiste doit aussi savoir comment fonctionne son instrument (questions d'alimentation en air, de mécanique, d'émission des tuyaux, etc.), et même savoir effectuer des interventions élémentaires, pour jouer en fonction de la machine-orgue mise à sa disposition. Il lui faut aussi posséder une culture musicale
des styles et du langage, et tout autant des différentes esthétiques des instruments et de leur évolution au cours des siècles, pour adapter les registrations, c'est-à-dire le choix des couleurs sonores, aux ressources offertes par chaque instrument, tous différents les uns des autres. Enfin,
ne lui faut-il pas avant tout être un vrai musicien, avec ses dons, sa sensibilité, sa personnalité, son instinct, et le désir de faire partager
les beautés d'une oeuvre à ses auditeurs ?

La moyenne d'âge des candidats tourne autour de la trentaine.
Une maturité particulière est-elle nécessaire ici ?

Puisqu'il s'agit d'un concours international du plus haut niveau, et en fonction de ce que je disais des qualités d'un bon organiste, les candidats doivent avoir derrière eux un long apprentissage de disciplines diverses,
et déjà une réelle expérience, ce qui explique qu'ils soient généralement plus âgés que dans les concours de violon, par exemple. Cela étant, un
être jeune accède plus ou moins rapidement à la maturité, selon ses dons personnels et l'enseignement qu'il a reçu, et je ne connais pas d'instrument de musique où l'on pourrait se passer d'une véritable maturité, c'est-à-dire d'une véritable personnalité musicale. Malheureusement, dans les innom-brables concours d'exécution qui fleurissent aujourd'hui sur la planète, il
est encore trop qui sacrifient au goût de l'époque de jouer plus fort, plus
vite et sans faute. Un artiste ne sera jamais un robot, pas plus qu'un
robot ne deviendra un artiste...

Une pièce de Thierry Escaich (Ground II) est créée pour l'occasion.
Que pensez-vous du présent du répertoire pour orgue ?

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il y a bien longtemps que l'on n'a tant écrit pour l'orgue, et de nombreuses œuvres de grande qualité. Thierry Escaich fait partie de ces musiciens qui enrichissent heureusement le répertoire de l'instrument. Il est vrai qu'il est lui-même un praticien de grand talent. Mais bien des compositeurs non organistes pratiquant un langage résolument contemporain écrivent pour l'orgue, et c'est tant mieux ! Le seul regret, unanime, des organistes et des mélomanes, est qu'Henri Dutilleux n'ait jamais été attiré par l'instrument à tuyaux !

Que peut apporter à l'organiste la connaissance d'œuvres non spécifiquement organistiques d'un compositeur comme Buxtehude, essentiel pour le répertoire de son instrument ?
Exactement ce que peut apporter la connaissance des œuvres vocales ou instrumentales de Bach, de Couperin, de Franck ou de Messiaen à ceux qui jouent leurs œuvres pour orgue. L'orgue est un instrument qui doit chanter, danser et raconter. Rien de tel que de connaître toutes les autres œuvres
du compositeur dont on joue les pages pour orgue. Pour ce qui est de Buxtehude, je suis sûr que les interprètes ont tout à gagner à connaître
son admirable musique vocale et sa non moins belle musique de chambre, pour bien saisir les ressorts de son art oratoire, son goût des couleurs et ses préoccupations formelles.

Le festival Contrepoints 62 propose un spectacle musical autour de
votre livre Le Voyage à Lübeck. La transmission - qui est au cœur de l'ouvrage - est-elle plus importante dans le domaine de l'orgue que
dans un autre ?

Ce livre s'appelle en réalité La Rencontre de Lübeck, et non pas le voyage, qui n'en est qu'une petite partie, l'introduction. Il est, depuis sa parution en 2003, allègrement pillé comme thème de concerts, voire de spectacles, sans d'ailleurs que ni l'éditeur ni l'auteur n'en soient généralement avisés. Cela veut dire au moins qu'il a des lecteurs heureux... J'en retiens que cela fait entendre des œuvres de Buxtehude alors qu'on n'y songeait pas, et que l'on commence enfin à réparer une injustice pour notre plus grand bonheur. Tant mieux.
Ce petit "roman de formation", comme on disait en Allemagne au XIXe siècle, est né d'une conversation avec le directeur littéraire de l'éditeur Desclée de Brouwer, qui me questionnait sur ce fameux séjour du jeune Bach auprès du vieux Buxtehude, séjour sur lequel on ne sait rien mais qui a été décisif sur l'art de Bach. C'est lui qui m'a commandé ce livre où j'ima-gine de quoi a pu se tisser le quotidien des deux hommes durant ces trois mois, et cela uniquement à partir du contexte historique. Tout est vraisem-blable, tout aurait pu s'être passé ainsi.
Mais derrière la narration, alimentée de ma connaissance du temps, des œuvres et des hommes, se développe une réflexion sur la fonction de l'organiste, la pensée du compositeur, sur l'art baroque en général, avec ses codes symboliques et ses crypto-langages, ainsi, en effet, que sur la transmission du savoir. L'Université ou le Conservatoire nous donnent les bases indispensables de la connaissance, l'outil intellectuel. Mais la cultu-re, le véritable savoir et en fin de compte la sagesse, la sapience, tout cela ne s'acquiert que par la réflexion personnelle et par ce que nous pouvons capter, comme par osmose, auprès des êtres que nous rencontrons ou
des œuvres que nous fréquentons. Nos maîtres. Et cela vaut dans tous
les domaines de la connaissance.

L'année 2008 fêtera Messiaen. Quel est votre regard personnel
sur son œuvre pour orgue et l'interprète qu'il fut ?

Cette œuvre pour orgue s'inscrit dans la démarche d'ensemble de Messiaen. Ce n'est ni de la musique d'organiste, ni de la musique de sacristie, mais simplement une partie de l'oeuvre d'un immense composi-teur, aussi originale, personnelle et spirituellement engagée que le reste. La pratique permanente de l'orgue liturgique, sa vie durant, a donné à Messiaen une grande familiarité avec l'instrument, auquel il a demandé
des sonorités neuves, immédiatement reconnaissables, même si l'on décèle sans peine tout ce qu'il doit à Tournemire. L'oeuvre pour orgue
de Messiaen domine tout le répertoire du XXe siècle, et pour beaucoup
a été une incitation à composer pour l'instrument, comme Berio, Ligeti,
Xenakis, Kagel, Ferneyhough et tant d'autres.

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SAISON MUSICALE
DE ROYAUMONT
25 août / 21 octobre

Plus de quarante concerts et spectacles sont au programme de cette nouvelle Saison musicale, qui se termine par un événement exception-
nel : le retour à la vie, après pratiquement trente ans de silence et six de restauration, du grand orgue Cavaillé-Coll de la Fondation. Construit en 1864, livré l'année suivante, l'instrument est installé dans l'Ancien Réfec-toire des moines depuis 1937. Le chantier de rénovation a été mené par Laurent Plet (mécanique et harmonisation) et Yves Koenig (création d'un buffet de style néo-gothique). Dernière œuvre du week-end qui fête cette renaissance, Manifesto per Ligeti a été commandée à Jacques Lenot,
qui compose régulièrement pour l'instrument.

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Quelles sont les richesses et les limites de l'écriture pour orgue
et, plus généralement, quels sont les chemins intéressants encore
à explorer de nos jours ?

Par la multiplicité des jeux, des registres, j'y vois une richesse infinie, qui
en même temps s'avère limitée. La somme des possibles fait que tout finit par tourner en rond, à l'image de l'orchestre symphonique du XIXe siècle. Malheureusement pour moi, je suis un compositeur baroque, avec une grande admiration pour Nicolas de Grigny, et qui n'a pas grand-chose à faire de toute cette profusion. Alors que je cherche des solutions pour me rapprocher d'un idéal de clarté, d'évidence, la création de Manifesto per Ligeti par Francesco Filidei et ses deux assistants sur un Cavaillé-Coll, m'éloigne de la simplicité !

Ecrire pour l'orgue est-il nécessairement lié au sacré ?
J'ai une grande pratique de l'instrument, en particulier dans ces années 1980 à 90 où nous avions les clés de l'église mais sans curé sur le dos. Cette situation fut propice à l'expression profane et à la recherche. En 1987, des soucis m'opposèrent à un évêque qui dénonça la non religiosité de ma musique. Le pontificat de Jean-Paul II a fait bien des ravages, au nombre desquels je compte ces concerts mondains - véritables promenoirs - qui attirent les foules entre deux messes. Si quelques églises sont encore ouvertes aux musiciens, comme Saint-Eustache, si on inaugure de temps
à autre des orgues neuves, l'époque semble lointaine où Messiaen recevait l'avant-garde à La Trinité, pour assister à des improvisations. Bien sûr, il y
a l'orgue des salles de concert, mais outre qu'elles ne sont pas forcément plus accessibles - tel lieu sert de salle de répétition en permanence, tel autre de salle de jury -, force est de constater que l'acoustique de l'église
ou du temple offre une ampleur, une résonnance, une réverbération inéga-lable. Quand vous installez l'orgue d'un nouveau conservatoire dans les murs d'une ancienne école vétérinaire, ne nous étonnez pas du résultat... On n'en finirait pas de citer des exemples - églises comprises - où l'absen-ce de clacissisme dans la fabrication, les restaurations étranges, la volonté de copier l'orchestre nous déconcertent.

Dans votre œuvre, la présence importante de flûte et de basson, jusqu'à l'orgue accompagnées d'instruments à vent et de cuivres, me fait penser à une présence du souffle comme célébration païenne de la vie…
Un de mes premiers maîtres, Sylvano Bussotti, parlait d'érotisation
de la musique
. Sans aller jusque-là, c'est vrai que mes pièces de souffle
sont liées au corps, au mouvement corporel, à une espèce de mouvement organique - partant que ce mot n'est pas bien loin d'organistique -, un peu comme les figuralismes chez Bach. D'ailleurs, je me suis toujours senti proche d'une certaine frange de la musique allemande, où les vents représentent un flux permanent. Que le son de l'orgue soit maintenu par la simple pression du doigt, cela amène d'autres possibilités qu'un piano. Si Ligeti m'a intéressé depuis notre première rencontre à Darmstadt, en juillet 1966, je suis loin de sa démarche profane d'enlever le vent d'un instrument que lui épuise, casse, met à bas pour produire une musique fabriquée
par autre chose qu'un orgue. Pesson et Lachenmann retiendront la leçon. Quant à moi, derrière cet idéal de retrouver une pureté perdue, brisée par les différentes factures françaises depuis le XVIIIe siècle, peut-être
pourrait-on voir une organisation du monde, une cosmogonie.

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AUTRES MANIFESTATIONS

FESTIVAL DE MUSIQUE D'AREQUIPA
10 / 15 septembre

Le Pérou compte plus ou moins quatre-vingt orgues, construits au temps de la colonisation espagnole, mais aussi après elle et jusqu'au début du XXe siècle. Peu d'entre eux sont aujourd'hui en état de fonctionnement, même
si les conditions climatiques idéales (comme par exemple à Arequipa, dans
le Sud du Pérou) ont permis de conserver les éléments anciens sans qu'ils soient atteints par des maux divers. Bénéficiant du soutien de la Fondation Roi Baudoin, l'Association Arequipa.orgues a été créée afin de permettre la sauvegarde, la conservation et la restauration de quatre orgues de la ville d'Arequipa - Orgue "Innocente Foglia-Lima" (1906) de l'église du Couvent
de San Francisco, Orgue "Jérôme Thibouville-Lamy" (vers 1900) de l'église du Couvent de la Recoleta, Orgue "Mutin-Cavaillé-Coll" (vers 1910) de la Chapelle de l'école du Sagrados Corazones, et Orgue François-Bernard Loret (1852) de la Cathédrale

Dans le cadre du premier Festival International de Musique d'Arequipa
en 2006, trois autres orgues de la Ville Blanche ont été découvertes, qui méritent d'être restaurées, de même qu'est prévue l'amélioration de l'instrument de la Cathédrale, déjà restauré en 1991. Arequipa deviendra ainsi la seule ville péruvienne à posséder autant d'orgues en état de marche. Avec son confrère François Houtart et le facteur d'orgue Laurent Anen, l'organiste Serge Schoonbroodt est l'un des investigateurs de ce projet de rapprochement des peuples dont il est également directeur artistique. > en savoir plus

JOURNÉES DU PATRIMOINE / AUDITORIUM DE LYON
15 / 16 septembre

Le grand orgue de l'Auditorium est aujourd'hui le seul orgue de salle de concert en France. Construit pour l'Exposition universelle de 1878 et la salle du Trocadéro à Paris, cet instrument monumental (près de 7000 tuyaux) fut la vitrine du plus fameux facteur de son temps, Aristide Cavaillé-Coll. Avec son complice Mathias Lecomte, Thierry Escaich, en résidence à l'Orchestre National de Lyon, propose démonstrations, improvistaions et concert.
> en savoir plus

JEUX D'ORGUES EN YVELINES
23 septembre / 23 novembre

Attachés à faire découvrir le riche patrimoine organistique yvelinois,
le Conseil général et l'ADIAM 78 invitent le public à suivre organistes
(Gustav Leonhardt, François Espinasse, Rhoda Scott, etc.), ensembles vocaux et instrumentaux (Ricercar Consort, Collegium Vocale de Gand, Ensemble Da Pacem, Gospel Voices, Sequenza 9.3, etc.) qui
honoreront cette 23ème édition de leur présence. > en savoir plus



crédits photo

1 - Sophie Rétaux © dr
2 - Tirettes © christophe dubois
3 - Gilles Cantagrel © dr
4 - Claviers à Eglise Saint-Etienne-du-Mont © dr
5 - Jacques Lenot © dr
6 - Tuyaux de la cathédrale Notre-Dame, à Boulogne-sur-Mer © dr

Propos recueillis par Laurent Bergnach