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le quatuor modigliani
joue Les Évangélistes
de Vuillaume
Faire
de la musique entre amis
À
la découverte de l'instrument de Vuillaume
La
culture d'un répertoire
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© federico berardi
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© andrew french
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Rencontrés à Verbier où nous
les entendions dans un programme
consacré à Haydn et Ravel [lire notre
chronique du 28 juillet 2008], les quatre jeunes musiciens nous
parlent de leur rêve : ce Quatuor Modigliani qu'ils élèvent
passionnément depuis quatre ans. Samedi 27 septembre, au
Sénat, Philippe Bernhard, Loïc Rio, Laurent Marfaing
et François Kieffer feront sonner le Quatuor
des Évangélistes conçu par Jean-Baptiste
Vuillaume au 19ème siècle : un événement
qui, inmanquablement, marquera leur rentrée ! Remercions
Ian Clavel
grâce auquel eut lieu cet entretien.
Comment viennent l'idée et l'envie de fonder un quatuor à
cordes ?
Philippe Bernhard, 1er violon
: Nous sommes tous les quatre devenus amis lors de notre passage
au CNSM de Paris. Laurent et moi, nous nous sommes connus auparavant,
à Toulouse. Nous avons abordé le quatuor à
cordes en toute simplicité, en se disant qu'on allait le
faire pour le plaisir,
en fait. Bientôt confrontés à l'équilibre
parfait du quatuor, la tournure est devenue plus sérieuse,
tout en entretenant les liens affectifs des débuts.
C'est comment, la vie d'un quatuor à
cordes ?
Loïc Rio, second violon : C'est un avantage incomparable
d'être toujours
à quatre, en tournée, et jamais seul. Mais aussi,
cela implique qu'on se côtoie plus qu'on ne voit nos familles
respectives. François Kieffer, violoncelle : Le quatuor
est une école de la vie. Bien qu'étant des amis,
il nous faut apprendre à se respecter, à s'entendre,
à vivre ensemble. Il s'agit de vivre notre rêve commun
dans les contingences matérielles, la réalité,
tout simplement. Philippe Bernhard : Pour nous quatre, la
vie du quatuor, tout en n'étant pas forcément facile,
offre beaucoup plus d'avantages que d'inconvénient.
Quels instruments jouez-vous ?
François : Pour l'instant, nous faisons sonner des
instruments
de factures différentes. Philippe joue un Nicolas fait à
Aix-la-Chapelle
en 1847, Loïc joue un Gagliano de 1702 que lui a confié
l'association
du docteur Zilbert. Laurent s'exprime sur un alto moderne, un Van
Baer
de 2003. Enfin, c'est une grande chance pour moi que la Swiss Global
Artistic Foundation me prête un Grancino de 1700. Très
prochainement, nous aurons un véritable bijou entre les mains.
En 1863, Jean Baptiste Vuillaume a fait son Quatuor des Evangélistes
: ce sont quatre instruments taillés dans le même
arbre et dans le but avéré de réaliser l'idéal
de chaque rôle dans l'équilibre quartettiste. Ils s'appellent
Jean, Luc, Marc et Mathieu, noms gravés sur leur table.
Loïc Rio : Vuillaume a conçu son quatuor alors que
l'Europe du dix-neuvième siècle redécouvrait
Stradivarius. François : La fondation suisse que
je viens de citer a fait l'acquisition de cet instrument (car, au
fond, il s'agit bien d'un seul instrument) et nous fait le plaisir
de nous le prêter. Le samedi 27 septembre, lors d'une soirée
privée dans les salons la Présidence du Sénat
- ainsi l'Etat français reconnaîtra-t-il ce mécénat
-, le Quatuor des Evangélistes sonnera pour la première
fois en public, sous nos doigts ! Laurent Marfaing, alto
: Grâce à cette opportunité, nous allons nous
lancer dans la recherche de notre son sans qu'elle soit liée
à une contingence négative. Philippe : Pour
cette première, nous donnerons un programme français
que nous conclurons par Beethoven.
les musiciens et leurs évangélistes
© andrew french
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Quand aura lieu le premier concert
vraiment publique sur l'instrument
de Jean-Batiste Vuillaume ?
Loïc : En novembre, dans le cadre des Moments musicaux
de la Baule
(du 7 au 11 novembre) dont le thème sera la lutherie
française.
Le programme n'en est pas encore précisément fixé,
mais il est probable que nous y jouions le répertoire français,
bien sûr, et aussi Haydn et des quintettes de Brahms.
Au regard de vos CDs, votre répertoire semble plutôt
germain ;
parce que c'est une école qui arme vers le reste ?
Philippe : Il n'y a pas d'exclusion
de répertoire. Un enregistrement correspond à une
envie précise et ponctuelle. Pour les uvres qu'on a
gravées, c'était le moment de le faire, voilà
tout. Nous sommes très atta-chés aux quatuors de Haydn
parce que l'on s'est constitué en les travaillant. François
: Nous voulions revenir au père du quatuor à
cordes. Il est l'auteur des premiers chefs-d'uvre pour cette
formation. À travers ses pages, à nos débuts,
l'on s'est cherché. Philippe : Ceux de Mendelssohn
et de Schumann réclamant fraicheur et spontanéité,
il nous est apparu évident qu'un jeune quatuor à cordes
s'y essaie. Et les enregistrer, c'était une manière
de se présenter, de livrer sans filtre qui l'on était.
Vous ayez joué Ravel avant-hier
; c'est une couleur expressive qu'il vous plait particulièrement
d'explorer ?
Philippe : nous nous sommes attachés rapidement au
répertoire français, notamment en jouant Fauré
et Debussy. Le quatuor de Ravel me semble le plus grand des trois.
Dans sa musique, l'on se trouve à la croisée de notre
culture française. François : au Musée
d'Orsay, nous avons défendu un projet autour de Fauré,
Debussy, Ravel et même Hyacinthe Jadin, le pré-
curseur. Ravel est au sommet, au-delà de l'idée d'une
identité française. Laurent Marfaing : Beaucoup
de compositeurs disent que la façon de concevoir la musique
serait liée à la langue qu'ils parlent. Etant français
tous quatre, peut-être possède-t-on un certain naturel
qui nous rend plus proches de ce répertoire-là.
Comment choisissez-vous, construisez-vous
vos programmes ?
Loïc : Il y a des impératifs thématiques.
Nous y réfléchissons à l'avance
et sur le long terme. L'idée est d'élargir le cadre
des quatuors de Beethoven. Par exemple, pour l'année Félix
Mendelssohn, nous partagerons une intégrale de son uvre
quartettiste avec le Quatuor Sine Nomine, à Grenoble.
François : Il nous importe beaucoup de pouvoir partager
la musique avec d'autres artistes, à travers le quintette,
le sextuor, etc.
Avez-vous des projets avec des compositeurs
?
Laurent : Nous essayions de créer une uvre
nouvelle chaque année.
Philippe : Fin avril 2009, dans un programme consacré
à Beethoven, Haydn, et Webern, nous créerons le
Troisième Quatuor de Michael Levinas à l'Auditorium
du Louvre. Nous avons travaillé avec Nicolas Bacri et Régis
Campo. Il y a également un projet avec Eric Tanguy dont nous
avons
joué le Quatuor n°2.
propos recueillis le 30 juillet
2008 par Bertrand Bolognesi
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