le quatuor modigliani
joue Les Évangélistes de Vuillaume


Faire de la musique entre amis
À la découverte de l'instrument de Vuillaume
La culture d'un répertoire


 

 

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Rencontrés à Verbier où nous les entendions dans un programme
consacré à Haydn et Ravel [lire notre chronique du 28 juillet 2008], les quatre jeunes musiciens nous parlent de leur rêve : ce Quatuor Modigliani qu'ils élèvent passionnément depuis quatre ans. Samedi 27 septembre, au Sénat, Philippe Bernhard, Loïc Rio, Laurent Marfaing et François Kieffer feront sonner le
Quatuor des Évangélistes conçu par Jean-Baptiste Vuillaume au 19ème siècle : un événement qui, inmanquablement, marquera leur rentrée ! Remercions Ian Clavel
grâce auquel eut lieu cet entretien.

 



Comment viennent l'idée et l'envie de fonder un quatuor à cordes ?
Philippe Bernhard, 1er violon : Nous sommes tous les quatre devenus amis lors de notre passage au CNSM de Paris. Laurent et moi, nous nous sommes connus auparavant, à Toulouse. Nous avons abordé le quatuor à cordes en toute simplicité, en se disant qu'on allait le faire pour le plaisir,
en fait. Bientôt confrontés à l'équilibre parfait du quatuor, la tournure est devenue plus sérieuse, tout en entretenant les liens affectifs des débuts.

C'est comment, la vie d'un quatuor à cordes ?
Loïc Rio, second violon
: C'est un avantage incomparable d'être toujours
à quatre, en tournée, et jamais seul. Mais aussi, cela implique qu'on se côtoie plus qu'on ne voit nos familles respectives. François Kieffer, violoncelle : Le quatuor est une école de la vie. Bien qu'étant des amis,
il nous faut apprendre à se respecter, à s'entendre, à vivre ensemble. Il s'agit de vivre notre rêve commun dans les contingences matérielles, la réalité, tout simplement. Philippe Bernhard : Pour nous quatre, la vie du quatuor, tout en n'étant pas forcément facile, offre beaucoup plus d'avantages que d'inconvénient.


Quels instruments jouez-vous ?

François : Pour l'instant, nous faisons sonner des instruments
de factures différentes. Philippe joue un Nicolas fait à Aix-la-Chapelle
en 1847, Loïc joue un Gagliano de 1702 que lui a confié l'association
du docteur Zilbert. Laurent s'exprime sur un alto moderne, un Van Baer
de 2003. Enfin, c'est une grande chance pour moi que la Swiss Global Artistic Foundation me prête un Grancino de 1700. Très prochainement, nous aurons un véritable bijou entre les mains. En 1863, Jean Baptiste Vuillaume a fait son Quatuor des Evangélistes : ce sont quatre instruments taillés dans le même arbre et dans le but avéré de réaliser l'idéal de chaque rôle dans l'équilibre quartettiste. Ils s'appellent Jean, Luc, Marc et Mathieu, noms gravés sur leur table. Loïc Rio : Vuillaume a conçu son quatuor alors que l'Europe du dix-neuvième siècle redécouvrait Stradivarius. François : La fondation suisse que je viens de citer a fait l'acquisition de cet instrument (car, au fond, il s'agit bien d'un seul instrument) et nous fait le plaisir de nous le prêter. Le samedi 27 septembre, lors d'une soirée privée dans les salons la Présidence du Sénat - ainsi l'Etat français reconnaîtra-t-il ce mécénat -, le Quatuor des Evangélistes sonnera pour la première fois en public, sous nos doigts ! Laurent Marfaing, alto : Grâce à cette opportunité, nous allons nous lancer dans la recherche de notre son sans qu'elle soit liée à une contingence négative. Philippe : Pour cette première, nous donnerons un programme français que nous conclurons par Beethoven.


les musiciens et leurs évangélistes © andrew french
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Quand aura lieu le premier concert vraiment publique sur l'instrument
de Jean-Batiste Vuillaume ?

Loïc : En novembre, dans le cadre des Moments musicaux de la Baule
(du 7 au 11 novembre) dont le thème sera la lutherie française.
Le programme n'en est pas encore précisément fixé, mais il est probable que nous y jouions le répertoire français, bien sûr, et aussi Haydn et des quintettes de Brahms.


Au regard de vos CDs, votre répertoire semble plutôt germain ;
parce que c'est une école qui arme vers le reste ?

Philippe : Il n'y a pas d'exclusion de répertoire. Un enregistrement correspond à une envie précise et ponctuelle. Pour les œuvres qu'on a gravées, c'était le moment de le faire, voilà tout. Nous sommes très atta-chés aux quatuors de Haydn parce que l'on s'est constitué en les travaillant. François : Nous voulions revenir au père du quatuor à cordes. Il est l'auteur des premiers chefs-d'œuvre pour cette formation. À travers ses pages, à nos débuts, l'on s'est cherché. Philippe : Ceux de Mendelssohn et de Schumann réclamant fraicheur et spontanéité, il nous est apparu évident qu'un jeune quatuor à cordes s'y essaie. Et les enregistrer, c'était une manière de se présenter, de livrer sans filtre qui l'on était.

Vous ayez joué Ravel avant-hier ; c'est une couleur expressive qu'il vous plait particulièrement d'explorer ?
Philippe : nous nous sommes attachés rapidement au répertoire français, notamment en jouant Fauré et Debussy. Le quatuor de Ravel me semble le plus grand des trois. Dans sa musique, l'on se trouve à la croisée de notre culture française. François : au Musée d'Orsay, nous avons défendu un projet autour de Fauré, Debussy, Ravel et même Hyacinthe Jadin, le pré-
curseur. Ravel est au sommet, au-delà de l'idée d'une identité française. Laurent Marfaing : Beaucoup de compositeurs disent que la façon de concevoir la musique serait liée à la langue qu'ils parlent. Etant français tous quatre, peut-être possède-t-on un certain naturel qui nous rend plus proches de ce répertoire-là.

Comment choisissez-vous, construisez-vous vos programmes ?
Loïc : Il y a des impératifs thématiques. Nous y réfléchissons à l'avance
et sur le long terme. L'idée est d'élargir le cadre des quatuors de Beethoven. Par exemple, pour l'année Félix Mendelssohn, nous partagerons une intégrale de son œuvre quartettiste avec le Quatuor Sine Nomine, à Grenoble. François : Il nous importe beaucoup de pouvoir partager la musique avec d'autres artistes, à travers le quintette, le sextuor, etc.

Avez-vous des projets avec des compositeurs ?
Laurent : Nous essayions de créer une œuvre nouvelle chaque année.
Philippe : Fin avril 2009, dans un programme consacré à Beethoven, Haydn, et Webern, nous créerons le Troisième Quatuor de Michael Levinas à l'Auditorium du Louvre. Nous avons travaillé avec Nicolas Bacri et Régis Campo. Il y a également un projet avec Eric Tanguy dont nous avons
joué le Quatuor n°2.

propos recueillis le 30 juillet 2008 par Bertrand Bolognesi

 

© andrew french