médiathèque
musicale mahler
20ème anniversaire
Quelques
éléments de visite
Rencontre avec Alain Galliari
Quelle
action en vingt ans ?
Considérations
budgétaires
Quel
type d'anniversaire ?
En
savoir plus
En savoir plus
Médiathèque Musicale Mahler
11 bis, rue de Vézelay
75008 Paris
Renseignements
01 53 89 09 10
Métro : Villiers ou Miromesnil
Bus : 30, 84 et 94
Vous pouvez visiter :
mediathequemahler.org
© anaclase
Lettre autographe de Rossini
à Olympe Pelissier (juin 1836)
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|
Cet automne, il y aura vingt ans
que la Médiathèque Musicale Mahler
ouvrit ses portes au public. À l'occasion de cet anniversaire,
nous avons rencontré Alain Galliari, son Directeur, que nous
saluons sur cette page. Merci à Delphine Roullier qui réalisa
les photographies © anaclase,
les autres images provenant du service de
documentation de la Médiathèque.
Un peu d'histoire...
Grâce à la réunion des archives personnelles
d'Henry-Louis de
La Grange et de Maurice Fleuret, complétées par la
bibliothèque musi-
cale d'Alfred Cortot, c'est le 2 mai 1986 que l'on inaugura la Bibliothèque
Musicale Gustav Mahler, ouverte au public trois mois plus tard.
Les fonda-teurs avaient auparavant fait acquisition de l'hôtel
particulier qui l'abriterait. Dès l'année suivante,
les fonds Yvonne Lefébure et Reine Gianoli vinrent enrichir
ses collections, suivis en 1988 par les fonds Claude Debussy, Camille
Saint-Saëns, André Schaeffner, Xavier Perreau. Tout
en dévelop-pant sa documentation, la BMGM se fera maître
d'uvre de plusieurs grandes expositions, dans ses propres
locaux ou au Théâtre du Châtelet, parmi lesquelles
celles consacrées à Yvonne Lefébure (1987),
Alfred Cortot (1988), Gustav Mahler (1989), Béla Bartók
(1993), Arnold Schönberg (1995), Ferruccio Busoni (2000) et
Richard Wagner (2005). Au fil du temps et de son développement,
la Bibliothèque deviendra Centre de Documentation Musicale-Bibliothèque
Gustav Mahler (1996), puis Médiathèque Musicale Mahler
(2002). Ses dix ans seront célébrés par un
récital exceptionnel don-né par le baryton Thomas
Hampson que Wolfram Rieger accompagnait au piano (15 mars 1996).
On signalera le soutien régulier de cet artiste et la complicité
de Pierre Boulez (concerts du 9 novembre 1999 et du 9 novem-bre
2005, master-classes à l'automne 2002).
...et de géographie
Ce matin, Alain Galliari, Directeur de la Médiathèque,
nous accueille et nous accompagne tout au long d'une visite passionnante,
amorcée à l'étage qui contient deux salles
de consultation et de travail avec postes d'écoute où
le visiteur trouvera quelques 45 000 disques compacts, 30 000 disques
viny-les (outre la présence des références
commercialisées, d'ailleurs parfois indisponibles aux catalogues
des éditeurs, on rencontrera quelques gravures qui, pour
diverses raisons, n'ont pas été publiées),
35 000 partitions, 30 000 livres et 200 revues. Au rez-de-chaussée,
nous décou-vrons une vaste documentation, consituée
de plus de 16 000 dossiers thé-
matiques faisant l'objet d'une constante mise à jour. Puis,
par la cour de l'immeuble, nous gagnons le pavillon Cortot (inauguré
il y a six ans) : un piano et beaucoup de calme font de cette salle
le cadre idéal de déchif-frages approfondis pour les
chercheurs, ou de répétitions pour les artistes. De
là, un colimaçon nous invite aux archives où
deux salles conservent les fonds patrimoniaux (manuscrits, partitions
anotées, correspondances, etc.) et où une chambre
forte protège les pièces les plus précieuses.
Rencontre avec Alain Galliari
Musicologue de formation, Alain Galliari a été
responsable de 1981 à 1994 de la bibliothèque de l'IRCAM.
Conseiller musical scientifique de plusieurs encyclopédies
(Bordas, Larousse, Atlas), il a également créé
et dirigé des collections musicales aux éditions du
Castor Astral et chez L'Arche. Il a pu-blié à ce titre
une dizaine d'ouvrages (dont L'Habitant du labyrinthe, livre
d'entretiens avec le compositeur Claude Ballif) et prépare
actuellement
pour les éditions Fayard une grande biographie d'Anton Webern.
Alain Galliari dirige la Médiathèque Musicale Mahler
depuis 2002.
Sonate pour piano de Jean Barraqué, exemplaire
annoté par Claude Helffer
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Cette année, la Médiathèque Musicale Mahler
comptera ses
vingt printemps. Quel regard portez-vous sur ces années et
sur celles
qui viendront ?
De toute évidence, de bonnes fées se sont penchées
sur son berceau ! En vingt ans d'activité, il était
peu probable d'obtenir un tel résultat, en terme de qualité,
de quantité, de diversité et même de rareté
des documents réunis ici. Ce succès est lié
aux personnes d'Henry-Louis de La Grange et de Maurice Fleuret,
les fondateurs de la Médiathèque, qui ont apporté
leurs collections personnelles - livres, disques, partitions, mais
aussi pièces d'archives, dossiers de presse, etc. Ce double
apport initial, déjà très im-portant en termes
quantitatifs et qualitatifs, a constitué le noyau de départ
de la Médiathèque. Les multiples amitiés que
ces deux passionnés ont lié de par leurs activités
dans le milieu musical a facilité la venue par la suite de
nouvelles collections, ce qui explique l'étendue des fonds
documen-taires mis à disposition du public. C'est en prenant
la direction de la Médiathèque, il y a quatre ans,
que j'ai pu en mesurer véritablement
la richesse considérable.
Quels sont les principaux fonds de cette
bibliothèque ?
Il faut distinguer en premier lieu les collections documentaires
générales (partitions, livres, revues, disques,
dossiers documentaires), qui forment
la partie immergé de la Médiathèque - la plus
importante en termes numériques -, des fonds d'archives patrimoniaux,
qui recèlent des pièces de collection le plus souvent
uniques. Parmi ceux-ci, vient naturellement
en premier lieu le fonds Mahler issu du travail d'Henry-Louis de
La Grange, ainsi que les archives de Maurice Fleuret. D'autres fonds
se rattachent à l'univers mahlérien, comme les fonds
Selma Kurz - l'un des grands soprani de l'Opéra de Vienne
lorsque Mahler le dirigeait - ou le fonds Guillaume de Lallemand
- général mélomane qui a beaucoup aidé
Mahler en France et qui fut en relation avec de nombreuses autres
personnalités musicales, comme Magnard, Duparc, Chausson,
etc. Nous possédons également des collections indépendantes
de cet univers : les fonds Yvonne Lefébure-Fred Goldbeck
- qui furent des amis d'Henry Louis de La Grange et de Maurice Fleuret
-, les fonds Marguerite Long, Gioacchino Rossini - qui nous fut
confié par un héritière -, Emile Vuillermoz
- une source inépuisable d'infor-mation, puisque ce critique
cultivait cette habitude fréquente en son temps de conserver
tous les articles sur la musique, de sorte que ses archives offrent
aujourd'hui une image particulièrement fidèle de la
vie musicale parisienne entre 1920 et 1950 -, sans oublier les fonds
Claude Debussy, Camille Saint-Saëns, André Cluytens,
André Jolivet, Joseph Kosma, Charles Kchlin, Alfred
Cortot, Paul Le Flem, etc. Certains donateurs, reconnaissant le
travail effectué ici durant les dix premières années
d'expérience, ont choisi de donner leurs archives à
la Médiathèque qui répond à leur préoccupation
quant à la bonne conservation, à l'entretien
et à l'accessibilité des documents ; c'est le cas
de la famille Kchlin, par exemple. À mes yeux, ces
élans spontanés sont le reflet de l'efficacité
du travail accompli ici chaque jour, le fruit de l'investissement
de mes prédécesseurs et de toute l'équipe.
Comment fonctionne cette équipe ?
La Médiathèque Mahler emploie actuellement
trois documentalistes
à plein temps et trois administratifs à temps partiel,
ce qui est fort peu,
tout en sachant que les premiers pas n'ont pas bénéficié
de ce peu-là, c'est-à-dire qu'ils ont pu être
faits grâce à l'enthousiasme contagieux des fondateurs
de la Médiathèque. Ce dut être d'autant difficile
que l'ambition de cette structure n'a jamais été dilettante
ou amatrice ; il s'agit bien, et depuis toujours, d'une bibliothèque
professionnelle.
Esquisse autographe de
Hungarian Rock ide György Ligeti
Dédicacée à Maurice Fleuret
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Quel est le coût de la Médiathèque
Musicale Mahler ?
Cela représente désormais un budget annuel non négligeable
(environ
300 000 euros), réparti en trois parts. D'abord, il y a le
coût des salaires, important pour toutes les entreprises.
Ensuite, il faut compter la charge considérable des matériels
et du bâtiment, une charge dont on ne peut assumer que la
part nous semblant la plus urgente, à savoir tout ce qui
concerne la sécurité des documents conservés
- l'humidité est son pire ennemi, par exemple, une menace
qu'il nous faut sans cesse traquer. Et puis, il y a un budget d'acquisition,
puisque nous continuons d'augmenter nos ressources documentaires,
non seulement en recueillant les dons spontanés évoqués
plus haut, mais en achetant chaque année des livres, des
disques et des partitions. Ce budget est essentiellement financé
par deux sources : des subventions publiques et des soutiens privés,
les re-cettes propres pouvant être considérées
comme une troisième source qui, sans être négligeable,
demeure minoritaire - puisque une bibliothèque, quelque effort
qu'elle fournisse, ne peut développer de véritables
activités de rapport, sauf à titre exceptionnel. L'incidence
de certains événements exceptionnels en est d'autant
sensible. Mais l'équilibre entre le coût de ces opérations
et leur rapport est extrêmement délicat ; elles ne
peuvent se faire réellement que grâce à l'engagement
et au soutien des artistes et de parte-naires institutionnels. Ce
fut le cas du concert de novembre dernier : la Ville de Paris avait
mis gratuitement le Théâtre du Châtelet à
notre disposition, de même que la présence de l'Orchestre
Philharmonique de Radio France n'occasionnait aucun frais supplémentaire
et que Pierre Boulez jouait gracieusement ; à concert exceptionnel,
conditions exceptionnelles, c'est impossible autrement. Pourtant,
par nature, ces événements ne sauraient être
réguliers. De façon plus modeste, nos recettes sont
constituées par les adhésions des visiteurs et par
notre Service de Documentation Musicale : toute institution (des
maisons d'opéra, des orchestres, des festivals, etc.) ou
personne privée peut, en s'y abonnant, bénéficier
de services à la carte sur des sujets précis
qui l'intéressent, notre équipe s'avérant alors
particulièrement utile dans cette collecte qui représente,
pour ces abonnés, un gain de temps appréciable ; cette
activité est essen-tielle, car elle nous relie constamment
à la vie musicale de notre pays. Mais les subventions publiques
et le mécénat privé constituent nos deux princi-pales
ressources financières. Notre association (loi 1901) bénéficie
ainsi du soutien continu du Ministère de la Culture, via
la Direction de la Musique et de la Danse et la Direction du livre
et de la Lecture, mais aussi de la Mairie de Paris et de la SACEM.
Côté privé, elle est soutenue par la Fondation
de France, ainsi que par Henry-Louis de La Grange et Pierre Bergé,
notre Président, et plusieurs mécènes ou fondations
qui leur
sont liés.
Tous les fonds présents ici proviennent-ils
de donations ? Arrive-t-il
que la Médiathèque achète certaines archives
?
De pouvoir le faire serait un rêve ; mais cela représenterait
un budget d'acquisition énorme ! Il faut se rendre à
l'évidence : il est pratiquement impossible pour nous d'acheter
des fonds patrimoniaux. De nos jours, la moindre pièce prend
une valeur rédhibitoire - seuls les documents d'intérêt
médiocre restant à peu près accessibles ! Le
marché des collections pré-
cieuses est tout à fait hors des proportions que nous avons
à gérer. D'autre part, notre mission est d'offrir
une documentation et non de satisfaire quel-que fétichisme
que ce soit. En général, les possesseurs de véritables
fonds patrimoniaux sont des descendants directs ou indirects de
la personnalité qu'ils représentent ; aussi sont-ils
toujours conscients de
la valeur des documents qu'ils détiennent. Plus aiguë
est cette conscience, plus ils souhaitent faire don des biens dont
ils se trouvent dépositaires,
afin de les placer en sécurité. Encore veulent-ils
naturellement obtenir en échange des garantis bien légitimes.
C'est la raison pour laquelle certaines personnes ou familles font
d'abord la démarche de déposer chez nous les documents
avant de les donner ; après avoir pu évaluer durant
un temps la manière dont leur bien est soigné et considéré
ici, la plupart du temps, ils nous en font don.

Les portes de la Médiathèque
Musicale Mahler se sont ouvertes
au public à l'automne 1986. Cet anniversaire fera-t-il l'objet
de festivités particulières ?
Il n'y aura pas de grands projets extérieurs visibles, de
type concert ou exposition. Plus simplement, je souhaite mener des
opérations directe-ment liées à notre métier
(la documentation musicale) afin d'aller en priorité en en
direction du lectorat musical. Des actions de communication auprès
du public sont aujourd'hui indispensables. Il est pour nous indispensable
de bien faire comprendre que la Médiathèque Musicale
Mahler, comme son nom de ne l'indique pas, ne conserve pas exclusivement
une documenta-tion mahlérienne, et qu'elle n'est pas non
plus une société secrète réservée
aux initiés, mais une institution ouverte à tout le
monde, sur simple inscrip-tion. Certes, il y a ici beaucoup de choses
concernant Mahler - livres, Cds, correspondance, etc. -, mais pas
uniquement. Si l'appellation Médiathèque Musicale
Mahler reste légitime, puisque cette bibliothèque
est née de la passion bien connue d'Henry-Louis de La Grange,
il est urgent que nous fassions savoir aux acteurs de la vie musicale
- musiciens, musicologues, producteurs de concerts, mais aussi étudiants
et simples lecteurs - qu'elle possède une vingtaine d'autres
fonds d'archives et des collections de livres, de partitions et
d'enregistrements sonores qui couvrent toute l'histoire de la musique,
du Moyen Âge à nos jours. Nous ne créerons pas
d'événement exceptionnel cette année - celui
que représenta le concert Boulez de no-vembre 2005 n'est
pas envisageable tous les ans -, mais nous attèlerons, entre
autres, à la numérisation des archives et au développement
de notre site internet, afin d'en faire un véritable outil
de recherche documentaire.
propos recueillis le 19 avril 2006 par Bertrand
Bolognesi
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