MANCA
Festival international
des musiques d'aujourd'hui

du 3 au 11 novembre

 

entendre / voir
voir / entendre
programme
trois rendez-vous
présence canadienne
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françois paris © jean-michel sordello





 







l'édition 2005 :

Jeudi 3 novembre

Villa Arson, 20h30
Forum des étudiants
Michel Pascal, coordination
Cesare Saldicco
Disgressione I pertestuale n°10

Sébastien Magne & Nathanaëlle Raboisson
Priez pour elle

Maximilien Honderark & Raphaël Laroche
Metro
Ross Laurence & Marc Lautier
Alklaline

Federico Passera
Spleen

Katsufuji Tamako
Wrap

Etienne Zannis
Electroscope
Edoardo Milani
Garage
Maurizio Goïna
Flatland

Villa Arson, 22h30
Forum des étudiants
Michel Pascal, coordination
Per Anders Nilsson
La Gamme Voiture XM

Sébastien Magne & Guillaume Contré
Un air d'autoroute
Citylight

Stephaphano Mattiusi & Ruan Graziano
Violent Feelings
Laurent Cyprien Giraud
Le Littoral

Anders Forslund
Way out

Vendredi 4 novembre

Opéra de Nice, 20h30
An index of Metals
Vidéopéra de
Fausto Romitelli
Paolo Pacchini & Léonardo Romoli, vidéo
Donatienne Michel-Dansac, soprano
Georges-Elie Octors, direction
Tom Bruwier, scène et lumière
Ensemble Ictus

! lire notre chronique !
An index of Metals

Samedi 5 novembre

Théâtre Francis Gag, 20h30
Ciné concert
Martin Matalon
Traces II
pour le film
Las Hurdes de Luis Buñuel
Atli Ingólfsson
Play and destroy
vidéo de Lino Greco
François Paris
À propos de Nice
pour le film éponyme
de Jean Vigo
Arnaud Sallé & Frédéric Voisin,
assistants musicaux
Nicolas Déflache, ingénieur du son
Technique CIRM
Ensemble Sillages
Lorraine Vaillancourt, direction

Dimanche 6 novembre

Théâtre de la photo et de l'image, 17h30
Musique de chambre
Claude Debussy
Quatuor Op.10
François Paris
Soleado
Steve Reich
Different trains
Nicolas Déflache, ingénieur du son
Technique CIRM
Quatuor Parisii

© couleur tango

Espace Magnan, 20h30
Ciné concert
Pierre Jodlowski
La grève
pour le film éponyme de
Sergeï Mikhaïlovitch Eisenstein
Pierre Jodlowski, diffusion électroacoustique
Technique CIRM

Lundi 7 novembre

Eglise Sait-François de Paule, 20h30
Carte blanche à Daniel Charles
Michaël Bach Bachtischa
Souvenir de Paganini
Paganini non ripete
Murbach

Iégor Reznikoff
Grand Magnificat

Mardi 8 novembre

Théâtre Francis Gag, 20h30
Concert en mouvement
Thierry Blondeau
Pêle-Mêle
Nicolas Déflache, ingénieur du son
Technique CIRM
Ensemble Sillages
Hélène Bouchez, direction

Mercredi 9 novembre

Eglise Saint-Pierre d'Arène, 15h
Concert performance
Yves Klein
La symphonie monoton
Elèves du CNR de Nice
et des Classes à Horaires Aménagés
Musique des Alpes-Maritimes
Philippe Arrii-Blachette, direction

Jeudi 10 novembre

Salle de conférence Saint-Dominique
Eglise Saint-François de Paule, 20h30
Atelier de recherche
NEUROMUSE
Plein feu sur le projet de recherche du CIRM, vers les technologies musicales de demain et d'après-demain...
Frédéric Voisin, coordination
Technique CIRM

Vendredi 11 novembre

Théâtre Francis Gag, 20h30
Créations
Martino Traversa
Rimane, l'eco
José Manuel López López
L'art de la sieste et autres plaisirs
poétiques de l'été

Alain Fourchotte
Anklang
Berislav Sipus
Le Sense
Emanuele Casale
9
Sacha Vanony & Robin Meier,
assistant musicaux
Nicolas Déflache, ingénieur du son
Technique CIRM
Esteban Algora, accordéon
Goran Mercep, saxophone
Ensemble Icarus
Giorgio Bernasconi, direction



En savoir plus

Vous pouvez visiter le site
cirm-manca


ou prendre contact avec le CIRM
Centre National de Création Musicale
33, avenue Pierre Médecin
06000 Nice
04 93 88 74 68

Tous nos remerciements à Martine Deloupy dont la complicité a largement contribuée à la publication de cette page.


En se donnant pour thème L'œil à l'écoute, cette nouvelle édition, inaugurée dans quelques jours à Nice, qui mêle volontiers musique
à cinéma ou vidéo, entend peut-être susciter, explorer et interroger une proximité de différents médias artistiques. Se gardant de circonscrire l'horizon de ces dix jours de création, elle invite le public à plusieurs rendez-vous avec jeunes compositeurs, chercheurs et nouveaux inter-prètes (Forum des étudiants, Neuromuse, Symphonie monoton et Icarus), tout en approfondissant ce que l'on peut appeler une présence canadien-ne. Directeur général du CIRM et de MANCA, François Paris a bien voulu commenter pour nos lecteurs la programmation 2005 du festival.

 


entendre / voir

Considérant que pour un musicien, parler de L'œil à l'écoute est pres-
que un pléonasme - par exemple : n'importe quel compositeur, écrivant un quatuor à cordes est obligé de se représenter les instrumentistes pour choisir tel type d'attaque, etc., et ainsi travaille en permanence avec une imagination visuelle, au premier degré ou plus métaphorique -, que des notions comme le flux ou le reflux sont visuelles elles aussi, il paraî-
tra évident de pouvoir parler de musiques à voir ou de choses vues à entendre. J'ai donc tâché de construire la thématique d'une programmation L'œil à l'écoute sur plusieurs axes.

D'abord, ce qui s'entend pour voir. À ce titre, dans An index of metals, l'opéra de Fausto Romitelli, au livret classique se substitue tout ce qui
se passe sur les différents écrans, cet habillage vidéo dialoguant avec
la musique, partant - et je m'en souviens fort pour avoir suivi de près la genèse du projet avec le compositeur et les réalisateurs Paolo Pachini
et Leonardo Romoli - que celle-ci a engendré celle-là.

Ensuite, le rapport de la musique aux arts plastiques. Quand Thierry Blondeau conçoit Pêle-Mêle, il regarde les déambulations de Jean Tinguely qui fait bouger ses tableaux. On observera une évocation de
ce travail à travers la métaphore qui construit les mouvements de cette pièce, mais aussi des habitus propre à un art de la récupération (Marcel Duchamp, Robert Rauschenberg, etc.) que s'approprie le musicien, devenant chez lui bruits de pas ou sonneries de téléphone intégrés à
sa musique. On est là dans un rapport de prédation d'idées vis-à-vis des arts plastiques. D'une manière totalement différente, c'est aussi le cas du concert que présentera le Quatuor Parisii : avec le Quatuor Op.10 de Debussy, seule pièce de répertoire de cette édition, il touchera la lumière des impressionnistes, bien évidemment ; avec Different trains de Steve Reich - où l'auteur se souvient de voyages entre Los Angeles et New York lorsqu'il était enfant, alors qu'il aurait pu, en tant que juif, se trouver dans d'autres trains - il croise également des images. On reste dans le cadre d'un concert classique… et pourtant !

Enfin, la Symphonie monoton de Yves Klein : parler de monoton pour évoquer le monochrome rentre bien évidemment dans notre thématique ! À ce projet, nous associons les élèves du CNR de Nice que dirigera Philippe Arrii-Blachette, qui fut conseiller musical de Klein au moment
de la rédaction de l'œuvre. Force sera de constater que, contrairement à ce qui se passe de nos jours où sévit un incontestable manque de curio-sité de chaque discipline artistique, les liens entre musiciens et plasti-ciens étaient très forts à cette époque (les années cinquante et soixante).

 

affiche 2003 © couleur tango



voir / entendre
D'autre part, il y a un rapport avec l'instrumental : la Carte blanche à Daniel Charles, où Michaël Bach montrera l'archet courbe qui autorise
au violoncelle des polyphonies qu'un archet traditionnel ne peut qu'igno-rer (jeu sur quatre cordes, etc.) ; pour le coup, il s'agit bien ici de voir pour entendre. Cet instrument bizarre que le public appréhende forcément visuellement a pour fonction de faire sonner différemment.
La seconde partie du concert, avec Iégor Reznikoff - le propre de son travail étant de chanter en se déplaçant à l'intérieur d'un édifice pour le mettre en résonance -, fera sonner une acoustique particulière : on est encore dans un rapport aux choses que l'on voit pour être entendues.

Enfin, il y a ce que l'on appelle les Ciné-concerts, nous replongeant
dans la tradition des films muets accompagnés. Avec La grève, le film d'Eisenstein (1924), on retrouvera Pierre Jodlowski - qui a réalisé un trio chez nous pour TM+, il y a quelques temps. On entendra également Traces II, une pièce pour récitant, alto et électronique que Martin Matalon a écrite pour Las Hurdes, le film de Buñuel (1933) - on est également dans une continuité, puisque Traces I était une co-commande du CIRM
et du Printemps des Arts de Monte Carlo. Et À propos de Nice, œuvre que j'ai composée pour le film de Jean Vigo (1930), triple commande de l'ensemble Sillages, de l'Université de Montréal et de la Ville de Paris
(à travers Musique nouvelle en liberté). Par ces projections, on entendra trois manières diverses d'aborder le rapport (dialogue, commentaire, paraphrase…) entre un cinéma existant et une musique qu'on crée
pour lui aujourd'hui.

Le dernier aspect de cet éclairage se concentre sur les productions CIRM. C'est le cas de Play and destroy de Atli Ingólfsson qui pourrait illustrer à lui seul tous ces pôles d'exploration de L'œil à l'écoute : l'auteur a demandé au plasticien italien Simone Bellotti de construire une œuvre dont la vocation serait d'être détruite ; le son de cette destruction sert de matériau de base au traitement électronique de la pièce avant la création de laquelle sera projeté le film de cette même destruction. On se sert donc du matériau de la destruction pour reconstruire.



trois rendez-vous

Nous pouvons conclure par trois rendez-vous annuels incontournables.
D'abord, le Forum des étudiants qui ouvrira le festival. J'ai toujours pensé que pour les jeunes compositeurs, il fallait une organisation peut-être plus professionnelle encore que pour les artistes confirmés.
Par exemple : si l'on oublie de placer son pupitre à un jeune flûtiste qui donne une pièce en solo sur scène, il va sans doute poser la partition au sol, la jouer coûte que coûte, en prenant des risques inutiles ; à l'inverse, un grand nom de la flûte, dans cette même situation, fera éventuellement un scandale, en tout cas ne jouera certainement pas dans ces condi-tions, alors que le métier qu'il a accumulé lui permettrait sans doute de
le faire plus confortablement. C'est la même chose pour les composi-teurs : il convient d'apporter le plus grand soin à la manière dont on accompagnera leurs créations. Nous associant à la Villa Arson, une école nationale d'art, nous tentons de créer des rencontres, l'objet même de ce forum, pour favoriser la confrontation des expériences de jeunes créateurs venus d'horizons divers. Même s'il est prestigieux sur un CV de préciser qu'une de ces œuvres a été créée par un ensemble reconnu, le résultat au concert est rarement idéal ; je crois, par expérience, qu'il vaut nettement mieux associer compositeurs et instrumentistes partageant les mêmes motivations. Ce qui implique qu'il est préférable de demander à des musiciens des classes des conservatoires de jouer les œuvres des jeunes compositeurs en formation, bien évidemment. C'est comme cela qu'on apprend, du reste !

Ensuite, le rendez-vous avec notre projet Neuromuse. On peut considérer trois phases dans la technologie musicale. Il y eut d'abord le rapport avec la bande, dans les premières musiques mixtes, ce que j'appelle la phase Play / Stop : on envoyait la bande, l'instrumentiste tâchait d'y caler son jeu, avec ces prothèses terribles que furent les chronomètres, jusqu'à une fin mécanique. Ensuite est arrivé le Temps réel, développé à l'Ircam, que l'on peut appeler phase Oui / Non ; par exemple, on dit à l'ordinateur : si je joue un mi, déclenche tel effet, telle séquence, etc. L'ordinateur passe ensuite son temps à détecter les hauteurs par négation ou par affirma-tion, et lorsqu'il rencontre le mi en question, il intervient comme voulu. Je ne crois pas que l'on puisse se satisfaire de cela : même si l'on en n'est plus aujourd'hui à surveiller un chronomètre, même si l'on fragmente les interventions et qu'on gagne indéniablement en souplesse, ce fonction-nement reste inadapté à un discours musical. Que fait-il des notions de respiration, de phrasé, de couleurs, de fusion, etc. ? La direction de travail de notre projet tente modestement d'ouvrir nos recherches précisément sur ces carences, espérant pouvoir entrer un jour dans une troisième phase, celle du Peut-être : lorsqu'un violoniste joue une phrase et que la technologie doit intervenir, je rêverais qu'elle réponde différemment selon la salle dans lequel a lieu le concert, selon la vitesse dans laquelle s'est engagé l'interprète, etc., exactement comme un pianiste va répondre à une sollicitation d'un partenaire dans un contexte de musique de cham-bre, de manière toujours interprétative. Cette dimension-là demeure inexistante aujourd'hui, dans le domaine électronique. Nous espérons donc pouvoir pousser plus loin la notion de dialogue avec la machine, l'amener à donner des réponses pondérées. Cela nécessite de lui apprendre à dialoguer, et d'aborder les notions d'intelligence artificielle,
et d'approcher ce qu'on appelle les réseaux de neurones. La recherche est par définition difficilement communicable à un large public. Pourtant, nous avons à en rendre compte - puisque nous dépensons pour elle de l'argent public. Nous organisons chaque année une rencontre entre notre équipe de recherche, à laquelle s'adjoignent ou non des intervenants extérieurs, avec le public. C'est un moyen de dire, tout simplement : voilà où nous en sommes, nous avons essayé ceci, cela, tel projet est valide aujourd'hui, cette machine fonctionne, on a participé à tel colloque scien-tifique, on a promu telle conférence, publié telle et telle choses. C'est une sorte de bilan de notre activité de chercheurs.

N'oublions pas le concert de l'ensemble Icarus qui créera des œuvres réalisées au CIRM : Anklang d'Alain Fourchotte, L'art de la sieste et autres plaisirs poétiques de l'été de José Manuel López López et Rimane de Martino Traversa, ainsi que 9 d'Emanuele Casale, une commande du CIRM réalisée dans d'autres studios, notre institution s'en faisant alors l'interprète. C'est une chose très importante : si l'on prétend faire évoluer les choses sur le plan technologique, la collaboration permet de ne jamais se réfugier dans des certitudes. Avec Icarus, nous tentons
de constituer un répertoire. C'est le grand problème de la musique contemporaine : le jour où l'on aura compris qu'au-delà du fait de jouer telle pièce, la part de l'interprétation est essentielle, au même titre que dans la musique ancienne, on aura beaucoup avancé.

 

affiche 2002 © couleur tango

 


une présence canadienne
Il se trouve qu'en amont de tout cela, À propos de Nice était une comman-de franco-canadienne, Sillages diffusant l'œuvre en Europe et le Nouvel Ensemble Moderne de Montréal en Amérique du Nord. Il me paraissait donc intéressant d'inviter Sillages à Nice, que l'on placerait sous la direction du chef du Nouvel Ensemble Moderne. J'aime beaucoup faire venir des compositeurs ou des interprètes dans des situations différen-tes. D'une certaine manière, c'est un cycle commencé l'an dernier : Lorraine Vaillancourt est venue dirigée l'Orchestre Philharmonique
de Nice ; cette année, elle dirigera l'ensemble Sillages, et son propre ensemble [ NEM ] l'an prochain. Nous sommes d'ailleurs assez coutu-miers du fait : L'Itinéraire est venu sur trois éditions (2000, 2001 et 2002) en présentant des programmes complètement différents. Daniel Kawka a dirigé l'Orchestre Philharmonique de Nice en 2002 ; en 2003 il conduisait son Ensemble Orchestral Contemporain, et il a donné Pli selon pli l'an dernier, dans le cadre de son projet Festival Philharmonique. Il s'agit toujours d'offrir trois aspects d'une même personne.

propos recueillis le 13 octobre 2005 par Bertrand Bolognesi

 

affiche 2004 © couleur tango