PORTRAIT

misato mochizuki, compositeur
autour du Fil blanc de la cascade


Du cinéma à la musique
De la littérature au cinéma
De l'engagement de l'artiste

Les œuvres
Quelques éléments de biographie

Prochains concerts




©nathalie desserme






 

 

 

 

 

 

 

Misato Mochizuki dans nos archives

6 novembre 2004, Monte-Carlo
Ima koko
28 août 2005, Abbaye de Royaumont
Ecoute
21 septembre 2006, Strasbourg
Terres rouges

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© national film center, tokyo
cliquez sur l'image pour la voir en entier

 

 

 

 

 

 

 

les ŒUVREs

1994

Rain, steam and speed
violon, violoncelle et clarinette basse

1995

Passages en failles
Flûte, hautbois, clarinette, violon et contrebasse

1996

All that is including me
Flûte basse, clarinette et violon

Ceneri
texte d'Umberto Saba
mezzo-soprano et ensemble

Dérivation
flûte, percussion et piano

1997

Si bleu, si calme
ensemble

En Arcades
clarinette et électronique

Intermezzi 1
flûte et piano

1998

La chambre claire
ensemble

Au bleu bois
hautbois

1999

Camera lucida
orchestre

2000

Chimera
ensemble

Pas à pas
accordéon and basson

Voilages
flûte alto, clarinette basse, piano, violon, alto et violoncelle

Homeobox
orchestre

2001

Noos
orchestre

2002

Météorites
orchestre

Intermezzi 2
koto

Ecoute
cinq voix (avec quelques instruments de percussion) et lumière

Omega project
orchestre

2003

Le pas d'après
flûte, violon, guitare

Moebius-Ring
piano

2004

Meer
film de Telemach Wiesinger et Wolfgang Lehman

Cloud nine
orchestre

Ima, koko
orchestre et électronique

2005

Lagunes
flûte, hautbois, clarinette, basson, cor et piano

Toccata
flûte à bec et Koto à 21 cordes

2006

Terres rouges
quatuor à cordes

Silent circle
ensemble

Pré-écho
violoncelle

Etheric blueprint trilogy
ensemble
- Wise water (2002)
- 4D (2003)
- Etheric blueprint (2006), avec dispositif électronique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


© nathalie desserme

L'Auditorium du Louvre et le Festival AGORA présenteront, les 15,
16 et 17 juin, une création que Misato Mochizuki a destinée à un fim
muet réalisé par Kenji Mizoguchi en 1933,
Le fil blanc de la cascade.
Avant de découvrir cette nouvelle partition que donneront les musiciens
de l'ensemble Contrechamps, alors placés sous la direction de Jurjen Hempel, nous avons souhaité rencontrer la compositrice japonaise qui n'en est pas à son premier coup d'envoi avec le cinéma (
Meer, écrit en 2004 pour un film de Wiesinger et Lehman) auquel elle collaborera encore (Retour à
la raison sur un court-métrage de Man Ray, en création l'automne prochain)

 


 

Comment et d'où est né ce projet ?
Dans un premier temps, le Louvre m'a proposé un film japonais qui correspondait à l'univers de ma musique. Mais je n'ai pas vraiment pu entrer dans l'histoire. J'ai alors visionné une trentaine de pellicules muettes, au Centre national du film de Tokyo, et trouvé ce film de Mizoguchi, récem-ment restauré. Le fil blanc de la cascade est l'une des deux œuvres sur lesquelles le Louvre et moi étions d'accord.

La méticulosité des détails, le soin particulier apporté à la lumière,
au contraste de l'image, de même qu'une dense et puissante inertie du geste dans la mise en scène, caractérisent le cinéma de Mizoguchi. Ces traits ont-ils inspirés votre conception musicale, et de quelle manière ?
Notamment vers la fin (à partir de la scène du jugement), où la lumière blanche se fait plus présente. Je l'ai traduit musicalement comme la saturation d'une situation extrême, en utilisant des sonorités électroniques abstraites entrecoupées de silence, ce qui contraste avec les passages acoustiques où les modes de jeu instrumentaux renvoient à des codes précis de la tradition instrumentale japonaise.

L'instrumentarium que vous réunissez pour la musique de ce film
mêle les instruments occidentaux modernes aux shakuhachi, shamisen et koto, mais aussi à l'électronique. Est-ce votre interprétation du conflit entre réalisme moderne et lyrisme traditionnel vécu par Mizoguchi
(et de nombreux artistes de son temps) ?

Le choix des sonorités illustre plutôt le conflit vécu par les personnages
du film. Ces instruments japonais (et les percussions) sont utilisés dans
la musique populaire de l'époque ; ils font partie de la réalité quotidienne
- voir la scène où Shiraito joue lui-même. Les instruments occidentaux symbolisent le monde citadin où Kinya va vivre, un monde plus savant, intellectuel. Quant au son électronique âpre, il évoque la marche implaca-ble du destin. Le travail des percussions agit comme un liant sur tout le matériau musical, et renvoient à des sentiments et émotions universels.
Note 1

La technique favorite de Mizoguchi, soit l'emploi presque systématique du plan-séquence, a-t-elle influencée votre création musicale ?
Le plan-séquence confère une fluidité à l'image, mais elle est ici rom-
pue par les nombreux cartons de dialogues. J'ai, par moments, suivi les directions temporelles proposées par le plan-séquence, en jouant avec
un matériau linéaire ou répétitif, pour préserver cette continuité. À d'autres moments, au contraire, je ne m'en suis pas préoccupée, la narration guidant alors les développements musicaux. La musique colle à l'action plus qu'aux techniques cinématographiques.

Conseillé par Hiroshi Mizutani, Kenji Mizoguchi magnifia le plan-séquence par l'artifice du grand-angle. L'espace spécifique des images qu'il obtint par ce biais a-t-il une incidence sur la composition que vous destinez
au Fil blanc de la cascade ?

Non, "les images parlent d'elles-mêmes", il n'est à mon sens ni utile ni souhaitable d'interférer sonorement avec le matériau visuel en appuyant tel ou tel effet de caméra ; ce serait tomber dans l'illustration. Le langage visuel a ses codes qu'il me semble délicat de transposer musicalement.

Quelle mixité sonore est induite dans le recours à l'informatique musicale que vous avez réalisée avec Christophe Mazzella ?
J'ai développé deux pistes principales pour le rôle de l'électronique.
Il y a le bruitage qui, sur certaines scènes, permet de mieux suivre l'histoire ; la plupart du temps, les bruitages sont transformés, évoquent plus qu'ils ne soulignent. Et l'électronique me sert aussi à annoncer le drame imminent
- utilisation de sons tenus dans le registre grave, superposés au jeu instrumental -, d'abord par petites touches, puis en crescendo vers la fin
où les sons électroniques prennent plus de place. La production n'est
pas tout à fait terminée !



© yoko miwa


 

Parce que de nombreux films ont été détruits ou perdus, on ne
peut aujourd'hui se faire d'idée que très approximative du parcours artistique de Mizoguchi (trente films sur près de quatre-vingt dix). Avez-vous considéré cet état fragmentaire de la connaissance d'une œuvre
dans votre approche de ce film en particulier, partant qu'il appartient justement à la période dont les documents manquent ?

Non. Parmi tous les films que j'ai vus, ce film était un des plus complets. Cela a été un argument majeur dans mon choix. J'aurais préféré un film plus abstrait (par exemple un film de sabres) : j'en ai vu quelques uns d'intéressants, mais malheureusement trop incomplets.

Après Nihon bashi réalisé en 1929, Mizoguchi retrouve la littérature d'Izumi, un écrivain qui, lui aussi, renoua avec une inspiration lyrique
et volontiers fantastique, après s'être illustré par des sujets réalistes
et socialement engagés. Partageant par ailleurs une même fascination pour l'univers des maisons de plaisirs et des geishas, vous semble-t-il que le cinéaste ait pu trouver chez son ainé le reflet d'un équilibre précieux et désiré entre les contradictions de ses propres aspira-
tions artistiques ?

Je pense qu'une situation où les deux principaux personnages sont forcés d'évoluer séparément dans des mondes différents est un ressort classique de la tragédie. Beaucoup de créateurs de cette époque s'en sont inspirés. C'est le cas du cinéma réaliste. Le recours à l'univers des geishas est
pour cela très pratique - un peu facile et banal, à mon goût.

Qu'est-ce qui vous semble si inspirant pour les cinéastes dans la littérature d'Izumi ? Vous y êtes-vous replongée pour approcher
ce projet ?

Mon approche était plus musicale que littéraire, vous vous en doutez.
Je n'ai pas eu besoin de me replonger dans les livres d'Izumi pour accompagner ce film. Il suffit du parfum de cette littérature pour
trouver les ambiances et suivre la narration.
Note 2

 

S'agissant de Mizoguchi, l'engagement critique, voire politique,
de l'artiste, vous semble-t-il nécessaire ?

On n'a pas forcément besoin de le montrer publiquement, mais je crois
que tous les créateurs ont plus ou moins cet engagement critique ou politique, et que c'est cela, entre autres, qui stimule la créativité. L'artiste porte en lui une vision, et son expression donne à voir (consciemment
ou non) sa perception, son angle d'attaque de la réalité. En cela, l'art est subversif : il casse les codes perceptifs imposés par les conditionne-
ments sociaux, éducatifs ou religieux. L'engagement humain préexiste
à l'acte créatif.
Note 3

Quel regard une jeune femme japonaise d'aujourd'hui porte-t-elle
sur le féminisme de Mizoguchi ?

Dans la société traditionnelle japonaise, c'est un geste politique que de montrer une femme s'élevant contre la domination masculine et affirmant sa liberté. Les femmes qui donnent tout pour les hommes sont une espèce en voie de disparition. C'est pour cela que je ressens de la sympathie pour cette héroïne qui partage sans arrière-pensée, sans jamais renâcler ni regretter. Et même, je trouve cela rafraîchissant ! Aujourd'hui, à l'époque
de l'individualisme extrême, ce film reste politique et dépasse le simple débat féministe : il s'agit d'égalité des chances dans l'accès à l'éducation, d'entraide, de justice et d'humanité.
Note 4

 

propos recueillis le 28 mai 2007 par Bertrand Bolognesi



Note 1

En 1936, Mizoguchi tourne Les sœurs de Gion dont le néoréalisme étudie
la transition d'un Japon féodal vers un Japon moderne. N'oublions pas qu'à travers son premier cinéma, il fit perdurer le genre théâtral Shimpa, dérivé des représentations Kabuki. Dans les années vingt, il alterna des pièces empruntées à ce répertoire et des pièces étrangères contemporaines. De même, la contradiction interne des procédés alors utilisés interroge-t-elle fermement sur les relations avec la tradition. Soucieux de rester seul maître de la narration, le cinéaste s'est vite opposé à l'art des benshi au profit d'intertitres stricts, ce qui conduisit au paradoxe de limiter son public aux spectateurs lettrés, alors qu'il défendait des thèmes souvent libertaires
dont la bourgeoisie ne souhaitait pas entendre parler.


Note 2

L'œuvre de Kyotaro Izumi (1873-1939) a engendré de nombreuses adaptations cinématographiques, et jusque très récemment (Bando Tamasaburo filme La salle d'opération en 1995), dont trois signées Kenji Mizoguchi - elle rencontre également les réalisateurs Takizawa, Naruse, Shimazo, Kinugasa, Terayama, Makino, Misumi, etc.


Note 3

En 1918, Mizoguchi participe à des émeutes s'inspirant. Deux ans plus tard, Le jour où l'amour revit, son premier film, narrant une révolte paysanne, est censuré. Après qu'il ait tourné l'ultime adaptation d'une pièce, Les Dieux
de notre temps
, éclate le conflit Mandchou entre la Chine et le Japon.
Le cinéaste réalise À l'aube de la fondation de la Mandchourie, puis
se cloître chez lui pendant plus d'un an. Le fil blanc de la cascade
marque, en 1933, le retour à son art.


Note 4

En 1937, Mizoguchi fait fureur avec Conte des chrysanthèmes tardifs, un
film sur la condition féminine japonaise. À travers La victoire des femmes ou encore My love has been burning, il militera pour le suffrage des femmes.

 

à écouter

CD Kairos paru en 2003

Sophie Schafleitner, violon
Bernhard Zachluber, clarinette
Marino Formenti, piano
Eva Furrer, flûte

Klangforum Wien
Johannes Kalitzke

Si bleu, si calme
pour ensemble
1997

All that is including me
pour flûte basse, clarinette et violon
1997

Chimera
pour ensemble
2000

Intermezzi 1
pour flûte et piano
1998

La chambre claire
pour ensemble
1998

 

 


© nathalie desserme

 

 

Quelques éléments de biographie
"Née à Tokyo en 1969, Misato Mochizuki est l'un des compositeurs les
plus actifs en Europe et au Japon. Après une Maîtrise de composition à l'Université Nationale des Beaux-Arts et de la Musique de Tokyo, elle ob-tient en 1995 un premier prix de composition au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, puis participe au cursus de l'IRCAM (1996-1997). Alliage original entre tradition occidentale et souffle asiatique, l'écri-ure de Misato Mochizuki développe des rythmiques séduisantes et des timbres improbables, avec une grande liberté formelle et stylistique. Son catalogue, édité par Breitkopf & Härtel, compte aujourd'hui une quarantaine de pièces, dont sept œuvres symphoniques et dix pièces pour ensemble. Jouées lors de festivals internationaux, ses œuvres ont reçu de nombreux prix. Son premier disque portrait sorti en 2003 avec Klangforum Wien
(chez KAIROS), a été salué par la critique".
© misato-mochizuki.com

 

 

 

prochains concerts

L'heure bleue
Création mondiale
9 juin
Festival Agora
Maison de Radio France

Le fil blanc de la cascade
pour le film de Kenji Mizoguchi
Création mondiale
15, 16 et 17 juin
Festival Agora
Auditorium du Louvre

Moebius-Ring
20 juin
Forli

Terres rouges
4 juillet
Viltasaari
9 septembre
Schwarz

Intermezzi 1
11 juillet
Kyoto

All that is including me
30 août
Takefu

Voilages
21 septembre
Alicante

Camera lucida
Homeobox
Ima, koko
Insula Oya

2 octobre
Tokyo

Silent circle
5 octobre
Venise
22 novembre
Huddersfield

Etheric blueprint
7 octobre
Venise
18 octobre
Vienne

Retour à la raison
pour un court-métrage de Man Ray
Création mondiale
10 octobre
Venise
1er novembre
Vienne