PORTRAIT
le compositeur marco- antonio pérez-ramirez Quelques
éléments de biographie Renconte
avec Luca Francesconi à l'Ircam Un
opéra pour 2005 La
résidence à Montpellier
Quel
est votre rapport à la musique?
Les
oeuvres
Concert
du 3 octobre Cliquez sur l'image pour voir la photo en entier.
Marco-Antonio Perez-Ramirez © Bertrand Bolognesi
| les oeuvres | |
Musique soliste : - Canto trois
pièces pour violoncelle solo - 1993 Création par Eduardo Valenzuela. Festival
Musiques à L'Encre Fraîche. Inédit - T'eqsi
pour trombone solo et dispositif électronique en temps réel
- 1997 Création par Benny Sluchin. IRCAM, le 30 septembre 1997. Inédit -
Celos (Jalousies) pour mezzo-soprano solo - 1998 texte
de Christophe Donner. Création par Marie-Annick Beliveau. Festival
Voix Nouvelles de la Fondation Royaumont, septembre 1998. Inédit -
Dérive, quand je suis devenu fou pour violoncelle solo
- 2000 Création par Pierre Morlet. Création de la version
avec électronique par Benjamin Carat. Editions Jobert. Musique
de chambre : - Sounds in the Grass pour six percussionnistes
- 1999 commande des Percussions de Strasbourg et du Festival Musica.
Création par les Percussions de Strasbourg. Festival Musica,
septembre 1999. Éditions Jobert. - Les synapses émotionnelles trio
à Cordes - 2000 commande d'Etat pour la Fondation Royaumont. Création
par le Trio à cordes de l'Ensemble Recherche. Festival Voix Nouvelles
de la Fondation Royaumont, septembre 2000. Éditions Jobert - Un
souffle pour voix, violon, violoncelle, clarinette, accordéon
et petites percussions - 2003 texte de Christophe Donner. Création
par l'Ensemble Aleph. Paris, avril 2003. Éditions Jobert -
Le Désir pour huit voix mixtes a cappella - ... commande
d'état pour les Jeunes Solistes. Création en 2004. Éditions
Jobert. Musique d'orchestre - All Over
pour orchestre - 1998 commande de l'Orchestre National de Montpellier. Création
par l'Orchestre National de Montpellier dirigé par Martyn Brabbins. Montpellier,
27 novembre 1998. Éditions Jobert. - Hear it Growing pour
grand orchestre - 1999 uvre écrite pour le XXe anniversaire de
l'Orchestre National de Montpellier. Création par l'Orchestre National
de Montpellier dirigé par Enrique Dimecke. Montpellier, novembre 1999. -
Du Corps pour grand orchestre - 2002 co-commande de l'Orchestre
National de Montpellier et de Radio France. Création par l'Orchestre
National de Montpellier sous la direction de Friedmann Layer. Festival Présences,
13 février 2003. Éditions Jobert - Nubes
pour grand orchestre - ... commande de Radio France. Création
à Radio France, en 2005/2006. Éditions Jobert. En
projet : - Achachilas pour orchestre Création
par l'Orchestre National de Montpellier sous la direction de Tugan Sokhiev. Montpellier,
décembre 2004.
- Atacama concerto pour violon et
orchestre Création en 2005.
- Opéra de chambre pour 2005/2006. |
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Marco Perez-Ramirez © Bertrand Bolognesi |
Nous avons rencontré le compositeur Marco-Antonio
Pérez-Ramirez à
qui nous avons posé quelques questions. Il conviendra de
le saluer sur
cette page pour s'être prêté à l'exercice
de l'interview.
Quelques
éléments de biographie D'origine
chilienne, né en 1964, Marco-Antonio Pérez-Ramirez aborda la musique
par l'étude de la guitare, en suivant les cours d'Alberto Ponce. Il se
produira ensuite au concert avec cet instrument. Vint ensuite l'approche de la
composition, d'abord avec Sergio Ortega, puis dans le cadre des Académies
d'Eté de l'Ircam, en 1995, où il fit connaissance avec Luca Francesconi,
auquel il présenta une pièce pour violoncelle seul, Canto.
Il suivra le cursus de composition et d'informatique musicale de l'Ircam en 1996/97,
toujours auprès de Francesconi, mais aussi de Magnus Lindberg, Tristan
Murail et Marco Stroppa, qu'il approfondira par deux résidences : à
l'Abbaye de Royaumont en 1998, auprès de Brian Ferneyhough, puis
au GRAME l'année suivante. Aujourd'hui, il est depuis quelques mois
en résidence auprès de l'Orchestre National de Montpellier
qui a créé Du Corps lors du Festival Présences
le 13 février dernier à la Maison de Radio France, sous la direction
de Friedmann Layer. C'est avec ce concert que je découvrais le travail
de Marco-Antonio Pérez-Ramirez dont j'écrivis alors, pour un autre
support : " Pas de recours systématique à la séduction
ni de crainte de ménager certains passages énigmatiques, voire dénudés
ou désertiques, sans non plus d'austérité poseuse, pour cette
pièce intitulée Du Corps... donnée en création
mondiale ". Enthousiasmé, il me prit envie d'en savoir plus en
rencontrant l'auteur.
La
brève biographie publiée dans la brochure du Festival Présences
précise que votre rencontre avec Luca Francesconi a été déterminante
dans votre travail. "Celui-ci l'encourage à continuer à
écrire une musique expressive avec toujours le souci de donner du sens
à la matière ", je cite. Pourriez-vous préciser
? À l'Académie
d'Eté, je m'étais d'abord inscrit dans la classe d'Emmanuel Nunes.
Mais un ami interprète, qui répétait à l'Ircam au
même moment m'a parlé de matière dans la musique de
Luca Francesconi (il répétait Etymo); je n'ai pas hésité
et j'ai changé mon inscription pour suivre le cours de Luca. Le lendemain,
j'entendais pour la première fois sa musique, c'était la première
version de Animus pour trombone solo et électronique. Ça
a été un choc ! Sa musique me touche profondément. Il
y a en elle une telle intel-ligence qu'on en est toujours édifié.
Ce n'est pas vraiment un compositeur compliqué, vous savez ; il a besoin
de dire des choses, et il les dit avec talent et transparence, à mourir
!... Par exemple, Ferneyhough est toujours très complexe. Pourtant, on
n'a pas toujours des choses très compliquées à dire, n'est-ce
pas ? Avec Francesconi, on se croise, et j'apprends beaucoup de choses simplement
en parlant avec lui. A l'Ircam, il m'a mis en garde, me disant de ne pas me laisser
manger par les machines. On se laisse tant séduire par leurs possibilités
qu'on pourrait s'y perdre. Par exemple, vous arrivez à neuf heures du matin,
vous travaillez derrière l'écran, et tout soudain, il est cinq heures
du matin suivant ! C'est son temps et son corps qu'on y perd. Depuis, Luca suit
mon travail de près, je lui envoie toutes mes nouvelles pièces ;
on discute souvent par e-mail interposé, de la recherche en musique, de
la durée, la transparence, de sémantique
. J'apprends toujours
énormément avec lui.
L'Opéra
National de Montpellier vous a commandé un opéra pour 2005. Que
préparez-vous ? Je travaille
avec l'écrivain Christophe Donner dont j'ai déjà mis
en musique quelques textes, comme Celos pour voix solo, à
partir de textes originaux, de forme d'amour III et de de L'Edifice
de la rupture qu'il a écrit après L'Edifice, un spectacle
que nous avions monté à trois (Christophe, la chorégraphe
Laurence Saboye et moi, pour le Festival Montpellier Danse).
Il y aura, dans quelques jours, la création de Un souffle
pour voix et ensem-ble, sur un texte de Christophe, au Théâtre Dunois
à Paris, par l'Ensemble Aleph en lequel je me reconnais un peu (il
est plutôt en marge des forma-tions très spécialisées
en musique contemporaine, comme je suis moi aussi en marge, ici, à Montpellier...).
Il a fait des spectacles avec Laurence Saboye, puis nous avons donc créé
ensemble L'Edifice.
On se connaît très bien, et on
entretient le projet d'un opéra de chambre depuis 1994. La danse devra
y être aussi importante que le texte ou la musique. Cet opéra existe
déjà, en quelque sorte, à l'état de fragments, puisqu'on
en retrouve les thèmes dans d'autres pièces. C'est encore l'idée
des synapses émotionnelles (j'ai écrit une partition pour
trio à cordes qui porte directement ce titre), véhiculée
dans Dérive, quand je suis devenu fou ou Sounds in
the Grass. Au départ de cela, quelque chose de commun avec la peinture,
le geste de Jackson Pollock. Quels sens sont en connexion ? En travaillant,
il arrive qu'il y ait une sorte de conscience et de recul sur soi et ce que
l'on est en train de faire ; par exemple, parfois, quand j'écris de la
musique, je souris ; les connexions que j'établis sur le papier deviennent
des connexions entre les sens dans mon cerveau, mille directions, mille possibilités
se créent, j'adore cela. Aujourd'hui, l'idée des liens neurobiolo-giques
qui deviennent des pensées me préoccupe. Mais dans cet opéra,
il y aura surtout Rimbaud. La connexion entre les sens, les mille directions,
c'est lui ! Et puis sa vie est extraordinaire. Toute son uvre tend vers
la parole libérée lors de la Déclaration de Bruxelles.
Avec l'opéra, il s'agit de rendre compte de cette tension, celle qui
mène à la parole libérée. Une étude du
cerveau de Rimbaud ! Comme d'autres ont voulu ouvrir celui de Ravel, nous,
on s'attaque à Rimbaud. En
quoi consiste votre résidence à l'Orchestre National de Montpellier?
Il
y a, bien sûr, la composition de Du Corps et Achachilas
(qui sera crée en décembre 2004), et ma participation aux répétitions.
J'interviens également en présentant les uvres au public de
Montpellier avant leur exécution, pas uniquement les miennes, les uvres
au programme des concerts de la saison. J'apporte une vision différente
de celle que les auditeurs lisent en général. Je suis un compositeur
vivant, je leur raconte ce qui me touche dans certaines uvres ; je ne
fais surtout pas d'analyse, j'essaye de leur expliquer avec des mots simples,
des anecdotes.
Je me balade aussi dans les lycées, universités,
avec des musiciens de l'orchestre, pour expliquer mon travail ou parler d'un
compositeur en particulier (cette année nous avons présenté
Stravinsky pour préparer la représentation d'Oedipus Rex).
J'ai aussi cherché des rencontres avec les étudiants de l'Ecole
Supérieure des Beaux Arts, et il y a eu de réels échanges.
Autour de Du Corps, les élèves ont construit des projets
non illustratifs sur la préparation de la pièce, sans y avoir d'autre
accès que ce que j'ai pu leur en dire, sans pouvoir la lire ni l'entendre
(puisqu'elle n'avait pas encore été jouée). Des choses très
inventives en sont sorties, parfois plastiques, d'autres plus conceptuelles. Par
exemple, j'ai dit un jour que j'aimerais travailler une pièce pour orchestre
dont un passage se concen-trerait sur un seul instrument, comme un zoom.
Des étudiantes, au sortir de cette séance, ont observé
leur propre image reflétée par les carrosseries des voitures en
stationnement, d'abord grandes, puis réduites, vous savez... Elles ont
donc récupérés des capots de voitures de plusieurs couleurs,
les ont préparés, polis, installés d'une certaine manière,
et ont projeté des images sur le plafond et sur ces capots. Les images
bougeaient exactement dans cet esprit d'un zoom de l'orchestre à
l'instrument. C'était formidable ! D'ailleurs, je me ressource moi-même
beaucoup au contact de la danse et de la peinture. Tous ces travaux ont été
présentés dans le grand hall du Corum lors de la création
de Du Corps à Montpellier. Le public de l'orchestre est resté
sous le charme. Pendant l'entracte, au lieu d'aller simplement au bar, il se baladait
au milieu des uvres des étudiants, il prenait conscience des
liens entre les arts. C'était l'objectif. Tout le monde a été
très surpris.
L'orchestre de Montpellier fait énormément
pour attirer de nouveaux publics (toujours avec un souci de qualité, sans
démagogie), ils n'ont pas vraiment besoin de moi pour cela, mais j'apporte
une touche différente dans cette démarche. Le spectateur est toujours
heureux de voir un compositeur vivant qui vient lui parler. Par exemple pour ma
résidence à l'Opéra je voudrais, pendant l'écriture
de l'uvre, partager ce moment avec le public ; avoir des rencontres régulières
pour dire comment cela marche, où on en est. Il suivra le travail le
long de mes deux années à l'opéra, et j'espère qu'ainsi
il se sentira investi par la création d'un opéra contemporain. Il
apprendra sans doute des choses, et moi aussi. Enfin
- et au risque de paraître vous poser une question bête... Quel
est votre rapport à la musique?
La durée. La durée
musicale, bien sûr, mais aussi la durée nécessaire à
l'écriture de chaque jour. La musique peut faire office de journal du musicien,
si vous voulez. Je ne peux pas penser la musique du dehors. C'est précisément
ce qui fait que les compositeurs baroques ont tant écrit, et si vite, alors
qu'il nous faut un temps fou pour construire une uvre. Il ne faut pas chercher
à faire, mais faire. La Pensée et le Mouvant de Bergson
fut déterminant dans mon travail. Pourquoi les compositeurs du XXème
siècle se sont-ils limités à la durée systématique,
mathématique, sans jamais s'appuyer sur la pensée de Bergson ? Même
dans la contradiction du système, le temps des compositeurs demeure systématique
!
Aujourd'hui la forme n'a plus d'importance pour moi. Elle découle
simplement du rapport des masses en présences. Cela a été
très dur à assumer. La construction, comme disait mon cher librettiste,
"...c'est la misère de la pensée..." ; comme si
l'on ne pouvait pas faire confiance à la seule pensée pure, imprévisible.
Tout ça est une longue histoire entre ma musique et moi ; mais c'est Bergson
qui m'a aidé à voir cela. "L'important est de ne pas attacher
la faculté de percevoir à la faculté d'agir...",
je cite Bergson de mémoire, c'est approximatif. Autrement dit, il faut
percevoir pour percevoir, pour rien, percevoir pour le plaisir, et
non pas pour agir sur les choses (on se limite au futur). Sinon on n'est plus
libre, mais on agit en fonction d'une action. Travailler comme ça - avec
cette idée de Bergson - et vivre comme cela, c'est avoir une vision
plus directe de la réalité, c'est admettre que le temps est porteur
de création. Qu'il est création ininter-rompue de nouveauté.
Mais c'est très difficile à assumer, surtout dans la famille musicale,
ou le temps est fixité puisqu'il n'est que calcul et où tout est
pensé à l'avance. Travailler avec cette idée de ne pas chercher
à faire, percevoir pour percevoir c'est, sans cesse, éprouver un
acte de liberté totale. Mais cela fait peur ; c'est se trouver chaque matin
devant un précipice. C'est au-delà de la simple liberté d'action,
c'est une liberté essentielle :
"Une action libre est
une action qui ne préexisterait en aucune manière, pas même
sous forme du possible à sa réalisation".
Cette
citation de Bergson est exacte. Tout ceci c'est aussi le Présent qui
dure ou le Passé dans le Présent (ou le passé
qui fait corps avec le présent). Cela correspond à un non développement,
à un non déterminisme, avec sans cesse une nouveauté radicale,
un jaillissement ininterrompu de création. Cette idée de
la continuité du passé dans le présent, par la conscience
de ce passé dans le présent, c'est-à-dire la mémoire,
explique la cohérence de mon travail. Et non pas un quelconque système.
La phrase de Bergson, de ne pas percevoir pour agir, est essentielle. Si l'on
agit ainsi elle nous met dans un état d'attention immense à la vie
et donc dans un état où le passé et le présent font
corps. Parler à ce moment-là de développe-ment, de forme,
ou de déterminisme est une absurdité, cela n'a pas de sens. Tout
est comme un nuage (Nubes). Ce n'est que le Présent qui dure.
Dans tous les cas c'est ce que je cherche en musique et dans ma vie. Car tout
ceci est, en fait, une préparation à mieux vivre.
Pour tout
cela votre question n'est pas bête !
propos recueillis
le 8 avril 2003 par Bertrand Bolognesi Concert
du vendredi 3 octobre 2003
L'Ecole Supérieure des Beaux
Arts de Montpellier offre une Carte Blanche à Marco-Antonio Pérez-Ramirez
: ainsi la musique sortira-t-elle ce soir là des lieux qui lui sont habituels,
allant à l'encontre d'un autre public. Laurence Saboye y dansera
La chute des anges rebelles sur Dérive, quand je suis
devenu fou, pour violoncelle solo, qu'interprétera Pierre Morlet.
Laurence Léonard Sytnik, Axelle Carruzzo et Camille Boissière,
trois étudiantes des Beaux Arts, et le paysagiste Benoît Martin-Prevel
effectueront une mise en espace de la soirée durant laquelle l'ensemble
parisien Der Blau Reiter, soucieux de s'exprimer en compagnie d'autres
arts, donnera Les synapses émotionnelles et Dérive, quand
je suis devenu fou, deux pièces écrites en 2000, qui entoureront
le Trio à cordes en ut mineur Op.9 n°3 de Beethoven.
(
à 19 heures le vendredi 3 octobre à Montpellier) |