PORTRAIT
jean-luc ballestra,
baryton
Un
très jeune chanteur
Quelles
voix ?
Rencontres
Prochains
concerts
Quel
répertoire ?
© anaclase
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| Où
vous entendra-t-on ? |
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Du 18 au 25 septembre 2005
À l'Opéra National de Montpellier
dans le rôle de Morales de
Carmen
de Georges Bizet
Du 1er au 26 décembre 2005
À l'Opéra National de Paris (Bastille)
dans le rôle de Pantalon de
L'Amour des trois oranges
de Sergeï Prokofiev
Du 13 au 19 janvier 2006
À l'Opéra de Nice
dans le rôle de Johann de
Werther
de Jules Massenet
Le 4 mars 2006
À l'Opéra National de Montpellier
en récital avec le mezzo-soprano
Christine Tocci
et Anne Pagès au piano
Du 16 au 22 mars 2006
À l'Opéra National de Montpellier
dans le rôle de De Valvert de
Cyrano de Bergerac
de Franco Alfano
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Sarvaor - La Vida breve de Manuel de
Falla © Opéra de Nice
der Musiklherer - Ariadne auf Naxos de
Richard Strauss © Opéra de Nice
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La première fois que nous avons eu le plaisir
de l'entendre, c'était dans
La Bohème à Nancy. Puis il y eut le Gloria
de Puccini à Rouen, La Vida breve (Falla) et Turandot
à Nice, sa ville natale. À vingt-huit ans, après
avoir été très tôt élève
au Conservatoire de Nice, au CNIPAL de Marseille,
et Lauréat des Révélations Lyriques de l'ADAMI,
Jean-Luc Ballestra entre, avec toujours plus de talent et
d'aplomb, dans une carrière désormais plus que prometteuse
qui l'amène à chanter Roméo et Juliette
(Gounod), Werther (Massenet), Ariadne auf Naxos (Strauss),
Macbeth et La Traviata (Verdi), Dialogues des
Carmélites (Poulenc), L'Amour des Trois Oranges (Prokofiev),
Tristan und Isolde (Wagner), Lucrezia Borgia (Donizetti)
Quand avez-vous commencé à chanter ?
Vers treize ou quatorze ans, alors que j'étais encore
en classe de trompette, l'instrument par lequel j'ai abordé
la musique. J'étais alors un admirateur de Maurice André,
et de la trompette en général, que j'aime toujours
beaucoup à l'heure actuelle. Mais des lèvres épaisses
constituent un obstacle pour une pratique heureuse de cet instrument
: j'ai donc du abandonner.
En revanche, cette étude m'aura sans conteste préparé
physiquement :
bien que la trompette exerce un souffle nettement plus en pression
que le chant - surtout lorsqu'on est un mauvais trompettiste (rires)
! -, son appren-tissage avait musclé mon diaphragme. Etant
au départ sportif, je n'ai de fait jamais connu de souci
avec la respiration. Il m'a fallu au contraire cultiver la détente
du corps. Par ailleurs, ce n'est pas toujours évident, quand
on a ac-quis une spécificité musculaire du fait de
l'apprentissage d'un instrument, d'en changer du jour au lendemain
; par exemple, la musculature de ma langue est extrêmement
puissante, ce qui m'a énormément desservi lorsque
j'ai commencé à chanter. Mais, peu à peu, le
travail s'est fait.
Dans quel cadre avez-vous
posé
vos premiers pas de chanteur ?
J'ai commencé en milieu amateur. Ma famille comptait
plusieurs artistes
de chur qui, pour ne pas décrocher complètement
de la musique à l'ar-rivée de la retraite, se sont
réunis pour le plaisir de chanter ensemble, et créé
des troupes d'amateurs sur Nice. Avec eux, j'ai fait quelques opérettes,
et dès que j'ai pu, j'ai tâté d'un peu d'opéra.
Vers seize ans, je suis entré au Conservatoire de Nice. À
cet âge là, j'ai même donné un premier
récital à l'Opéra - un souvenir plutôt
pénible, d'ailleurs ! Je suis sans doute ce qu'on appelle
un chanteur instinctif : très tôt, ce qui m'attirait
techniquement cor-respondait à ce qu'il fallait à
ma voix, à ce que j'étais. Je me concentrais principalement
sur la voix elle-même, ne m'inquiétant pas du tout
des questions de musicalité, d'esthétique en général.
Ainsi, j'ai avancé plutôt vite, tout en connaissant
les inévitables aléas de l'enseignement du chant.
Comme l'on sait, ce n'est pas toujours chose facile, en France,
surtout
pour une nature indépendante comme la mienne. Rapidement,
j'ai pris
la décision de m'occuper tout seul de mon cas. De bons conseils
glanés auprès de plusieurs chanteurs m'ont beaucoup
aidé. Puis, le Chur de l'Opéra de Monte Carlo
m'a engagé professionnellement.
Aviez-vous des modèles parmi les chanteurs du passé
?
Je ne pourrais pas tous les citer ! J'ai eu une grande passion pour
les chanteurs des années cinquante et soixante. Et je reste
un grand fan' de Ernest Blanc. Sa voix a toujours une place
dans un coin de ma tête ; ce
n'est pas forcément conscient, d'ailleurs. Mon admiration
pour les grands barytons italiens - Piero Cappuccilli, Ettore Bastianini,
etc. - me nourrit, je pense. Je constate que ce sont toujours des
voix dont le grain n'est jamais éthéré.
Plus proches de nous, Alain Fondary me semble l'un des derniers
grands barytons accomplis ; j'ai eu la chance de le côtoyer
un peu, il m'a donné des conseils. De même, Gabriel
Bacquier est un artiste exceptionnel ; il m'a ap-pris ce qu'était
une interprétation. Parmi les jeunes, j'ai un immense respect
pour Ludovic Tézier ; tant humainement qu'artistiquement,
c'est quelqu'un de formidable. Enfin, il y a Roberto Alagna, pour
tout ce qu'il est capable de donner sur une scène, le don
de lui, ses étonnantes et généreuses prises
de risque émotionnel.
© anaclase
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Comment le choriste que vous commenciez
d'être
est-il devenu soliste ?
On dit parfois que la pratique de chur n'est pas forcément
le meilleur moyen de développer son chant ; en tout cas,
elle m'aura permis, à une époque où je ne bénéficiais
d'aucun enseignement suivi, de rencontrer
des gens fort intéressants, comme Gabriel Bacquier ou Alain
Fondary, qui m'ont donné non seulement leurs avis et conseils,
mais aussi beaucoup
de réconfort, de courage, jusqu'à ce que je m'autorise
à cesser l'activité
de choriste pour tâcher de me lancer en tant que soliste.
Mon épouse m'a énormément soutenu : elle a
été mon premier coach. Ce n'était pas
facile : j'ai tenté les concours, et connu échec sur
échec.
À vrai dire, je ne correspondais absolument pas à
ce que l'on attendait
d'un jeune chanteur. Le côté éminemment sonore
de ma voix associé à
la jeunesse - ce qui empêchait une véritable homogénéité
à ce moment-là, il faut bien l'avouer - me pénalisait.
Le syndrome français est de laisser l'esthétique dominer
la vocalité, d'autant plus lorsqu'elle s'exprime à
l'état brut. Cette épreuve s'est avérée
une bonne leçon, car j'ai cherché à com-prendre
où le bât blessait dans ce que je présentais.
Ma chance fut alors d'être sélectionné comme
pensionnaire pour l'année 2000 par le CNIPAL (Centre National
d'Insertion Professionnelle d'Artistes Lyriques, situé à
Marseille). Me faisant réaliser qu'il ne s'agissait pas seule-ment
d'être une voix mais de devenir un chanteur, cette expérience
a été des plus instructives. Et dans mon cas, on peut
dire que le CNIPAL fut une sorte de révélation artistique.
Sans professeur de chant sur le dos, je m'y trouvais entièrement
responsable de mon travail vocal que la formation proposée
confrontait à des chefs de chant, des metteurs en scène
- Bernard Broca, Daniel Mesguisch, entre autres -, des chefs d'orchestre,
et à l'appréciation de grands noms du chant, par le
biais de master classes régulières -Yvonne
Minton, Mady Mesplée, etc. -, tout en préparant le
corps, ce qui était pour moi une découverte. Bien
que sportif, je n'avais pas compris que le corps était bel
et bien mon instrument. L'idée de conduire une ligne musicale
est ar-rivée à ce moment-là. Avec le recul,
je peux vraiment dire merci aux gens du CNIPAL, qui sont loin d'être
tendres avec les chanteurs, précisément par leur exigence,
la rigueur et la discipline qu'ils savent imposer.
Quelles ont été les rencontres déterminantes
?
Au CNIPAL, j'ai rencontré des directeurs de théâtres,
et principalement celui de l'Opéra de Nice qui a vraiment
boosté mes débuts, et surtout mon agent, Claire
Feazey, de IMG Artists. J'ai pu alors me sentir prêt pour
les auditions qu'elle m'a fait passer et qui ont provoqué
mes engagements aux Opéras de Paris (Bastille) où
j'ai chanté dernièrement (commissaire et officier
dans Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc),
de Montpellier avec lequel des projets se concrétisent (Morales
dans Carmen de Georges Bizet), etc. Le rapport professionnel
que j'ai avec Claire Feazey me paraît idéal : dans
mon travail, je suis un solitaire, je déteste le cocooning
qui traverse en par-tie l'esprit français du travail, volontiers
paternaliste ; j'aime les relations professionnelles claires, ne
mettant pas en jeu mon indépendance que j'entends précieusement
préserver. D'ailleurs, j'ai toujours fuit en courant les
quelques professeurs gourous que j'ai approchés, tout
en n'en respec-tant pas moins les chanteurs qui travaillent de cette
manière et avec ce soutien. Ce n'est pas pour moi : je fais
mes expérience seul, en bien comme en mal, partant que je
suis bien encadré musicalement, par plusieurs chefs de chant,
dont Michel Capolongo, Sébastien Driant, le plus régulier
étant le gallois Errol Girdlestone, qui est aussi chef d'orchestre.
Il me semble salutaire de tourner avec plusieurs oreilles
pour maintenir une virginité de l'écoute : l'habitude
que peut prendre un chef des qualités et défauts d'un
chanteur, malgré toute sa bonne volonté, l'affection
qui entre parfois en jeu, sont confortables mais ne font pas forcément
progresser.
Et parmi les enseignants eux-mêmes,
ou les chanteurs
que vous avez connus ?
Un ami croisé dans les Churs de Monte Carlo
a été déterminant. Quelqu'un qui aurait pu
devenir la basse du siècle : une voix exceptionnelle et un
chant hors normes. Il m'a montré, expliqué et même
révélé beaucoup de choses qui, à l'heure
actuelle, sont peut-être un peu perdues. Cela m'a fait faire
de véritables bonds dans mon évolution. À cette
époque, rien n'était encore évident pour moi
: étais-je plutôt basse, plutôt baryton ?
Ma voix était noire, ce qui invitait à la dire baryton-basse.
En fait, j'ai pris conscience que j'étais un baryton qui
devait gagner son
aigu. J'ai donc travaillé dans ce sens-là, m'affirmant
de jour en jour de plus en plus baryton, sans pouvoir aujourd'hui
mettre la moindre étiquette quant à quel type de baryton,
ce qui, de toute façon, serait prématuré à
vingt-huit ans. Ma voix va connaître encore une bonne quinzaine
d'années de matu-ration, et ce n'est qu'après cela
que le baryton que je suis se sentira peut-être plus baryton
dramatique, baryton-basse, etc. Ce ne sont d'ailleurs pas tant des
questions de tessiture, au fond, que d'emploi, de crédibilité
de la couleur pour tels rôles. Un des meilleurs conseils que
l'on m'ait donnés venait de Alain Fondary : "Quel
que soit le répertoire abordé, chantez lyrique, tranquillement"
; cela peut paraître simple, mais qu'est-ce que ça
veut dire, chanter lyrique ? C'est une idée : ne jamais essayer
d'alourdir ou de contraindre la voix.
Quel répertoire vous aimeriez approfondir dans l'avenir ?
En général, le Beau chant, simplement. J'espère
défendre la qualité de
la voix. Je trouve qu'aujourd'hui, on perd souvent la dimension
vocale au profit du style. La beauté d'une vibration, c'est
quelque chose d'important, non ? Sans oublier l'esthète,
la première émotion que reçoit un public en
mettant les pieds à l'Opéra, c'est la vibration qui
la lui communique.
Le travail intellectuel doit exister : à la maison, en répétition,
toujours en amont ; mais sur scène, la voix demeure le plus
important. Je n'ai pas forcément envie de devenir un grand
chanteur un jour, mais certainement l'ambition d'être un chanteur
complet, tant vocalement que scéniquement et musicalement.
J'ai une voix sonore, et j'ai du mal à croire que ce puisse
être un désavantage. Je me suis trouvé dans
des situations professionnelles où j'ai oublié de
respecter ma voix : elle m'a vite rappelé à l'ordre
!
propos recueillis le 27 mai 2005 par Bertrand Bolognesi
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