| PORTRAIT
gilles schamber, chorégraphe-danseur
Quel
est votre rapport à la musique ? Quelles
sont vos musiques aujourd'hui ? Désir,
sera créé le 2 février à Vannes... Calendrier
des spectacles En
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© manu coillotQuiestquietquiproquos
- 2002 © manu coillotDésir
- 2004Cliquez sur l'image pour voir la photo en entier
| Où pourra-t-on
voir vos spectacles prochainement ? | |
Palais des Arts - Vannes DESIR (création) les 2-3-4
et 5 février
Vieux saint-Etienne - Rennes MARCEL les
10-11-12 et 13 mars Théâtre - Dole MARCEL / KLEID
/ DESIR le 6 mai Triangle - Rennes / Festival "Braises" DESIR le
13 mai 2002 |
© alain rouxMarcel
- 2000 |
Nous avons rencontré le danseur et chorégragraphe
Gilles Schamber à qui nous avons posé quelques questions. Il
conviendra de le saluer sur cette page pour s'être prêté
à l'exercice. Quel
est votre rapport à la musique ? Il y a quelques années,
il était aigu : la musique était un moteur de travail et d'inspiration.
Aujourd'hui, j'ai pris tant de liberté que j'en ai même du mal à
trouver la musique adéquate pour un spectacle que je conçois. La
musi-que est importante, mais je m'en suis affranchi. C'est d'abord l'argument,
le propos, qui priment ; la musique vient ensuite, comme quelque chose qui doit
s'y fondre, en fait. Le champ est plus large et en même temps moins dépendant.
Autrefois, j'étais très proche de la partition, je pouvais parfois
me poser sur les notes, ou sur la respiration du texte sonore. Je me suis détaché
de ce type de travail ; maintenant, c'est nettement plus abstrait. Je me donne
des temps de gestuelle, je les confronte à la musique, mais je ne me soumets
pas à celle-ci. Je ne compte plus sur elle, en fait.
On
peut dire que la gestuelle et la musique vivraient l'une à côté
de l'autre ? Oui... et non ! Il y a la vie de la phrase musicale d'un
côté, avec ses caractères, sa respiration ; et puis celle
du geste, du corps, de l'intention, également avec sa respiration,
qui est toujours différente mais sans opposition, finalement. Ce n'est
ni parallèle, ni simultané. C'est une sorte de glissement de
deux partitions, l'une sur l'autre, dans un calage aléatoire. Et
Ravel ?... Oui, on m'a demandé de chorégraphier Ma
Mère l'Oye à Rennes, il y a quelques années déjà.
J'ai accepté cette proposition d'un travail plus illustratif, mais en me
promettant de m'approprier le sujet. Je n'ai pas été docile, pour
tout dire ! Du reste, je crois être parvenu à m'en saisir tout à
fait, puisque des réactions assez hostiles n'ont pas tardé, pendant
les répétitions. Les musiciens d'orchestre ne se gênaient
pas pour ricaner des évolutions des danseurs, par exemple. Cette attitude
ne m'a d'ailleurs pas empêché de m'emparer de l'orchestre, du chef,
du cérémonial du concert, de tout cela. La production a cherché
à censurer certains aspects de mon projet, et finalement, le public puriste
de l'opéra a hué ma réalisation, ce qui prouvait que je ne
me trompais pas. Cela dit, mon passé de musicien m'a beaucoup servi - j'ai
joué du violon pendant longtemps. Mais je n'ai plus du tout envie de travailler
de cette manière, de jouer le jeu de la commande ; c'est tellement éloigné
de moi ! Créez-vous parfois sans musique
? Il m'est arrivé de travailler sur le silence, ou à
partir du silence. On associe systématiquement danse et musique, sans
penser : mais l'absence de musique est la plupart du temps nécessaire à
une bonne recherche gestuelle. Il y a également quelques expériences
sur des ono-matopées, ou des bribes de texte rendu incompréhensible
; je l'ai fait avec des pincettes, pour ainsi dire. En général,
je ne suis pas verbeux. Et
quelles sont les musiques de vos chorégraphies, aujourd'hui ?
J'ai besoin de musiques qui m'émeuvent directement. Par le passé,
j'ai beaucoup travaillé sur des uvres de musique contemporaine, classique
aussi, notamment Ravel, la plupart du temps dans le cadre de comman-des. Actuellement,
je ne peux plus me contenter d'interpréter la musique. Bartok ou Boulez
ne m'ont jamais inspiré ; leur langage me parait trop dur, fermé
: il n'y a pas la place nécessaire pour que je puisse y créer quelque
chose, tout simplement. Kancheli me parle plus, parce que la pulsation y est étirée,
ce qui me laisse un espace d'imagination et d'émotion. J'ai baigné
dans une culture tout à fait classique : opéras, concerts sympho-niques,
récitals, musiques du XXème siècle. Une grande partie de
mon enfance s'est passée au Conservatoire, tant pour la danse que pour
la musique. La plupart des danseurs ou des chorégraphes classiques restent
classiques, s'ouvrant éventuellement à la musique contemporaine,
dans la mesure où elle peut être considérée comme
un mode d'expression musicale sérieux ; ils passent très rarement
le cap d'aller vers une musique plus populaire. Ma formation m'a beaucoup servi,
bien évidemment, et elle continue à le faire aujourd'hui : ce que
j'appellerai le réflexe lyrique est resté réactif, aussi
vif et facile qu'auparavant. Mais il me sert aujourd'hui dans mes choix de musiques
techno', de variété ou de pop, etc. Mes choix musicaux ne sont jamais
dénués de sensibilité ; il y a toujours une accroche, pour
peu qu'on accepte de lâcher un peu de soi.
Vous
n'avez jamais été tenté par la musique ancienne ou les musiques
ethniques ? Certaines musiques ethniques sont intervenues ponctuellement
dans mon parcours ; elles ont répondu alors à une demande à
un moment donné. Mais c'est fini. Quant à l'univers médiéval,
il m'a toujours ennuyé.
Désir,
votre prochain spectacle, sera créé au Palais des Arts de Vannes
le 2 février ; que pouvez-vous nous en dire? Qu'il ne faut pas
s'attendre à quelque chose qui soit dans la ligne des chorégraphies
précédentes. Il y a ici une grosse différence par rapport
aux spectacles de ces trois dernières années : j'ai voulu un
travail intime, délicatement intime, même, dans le duo masculin,
et sincère. Je ne connaissais pas du tout mon partenaire avant d'imaginer
Désir. Je l'ai auditionné en septembre, et il a fallut s'approcher
peu à peu, trouver une intimité entre nous deux, qui soit une intimité
dans le travail, dans la recherche de l'autre pour le travail. Nous avons commencé
par nous isoler tous les deux, nous bander les yeux pour toucher le corps de l'autre,
sans tabou. Et la sincérité dans l'échange est venue de là,
sans d'autre ambiguïté que l'espoir d'un résultat professionnel.
On s'est appris à travers le sujet de la pièce - elle s'appelle
Désir, il n'y a rien à ajouter ! La sincérité
est l'essence de cette création ; la technique y est au service de quelque
chose d'éminemment authentique. Il en va de même pour le personnage
féminin, que j'ai voulu enceinte : il se trouve que la danseuse a eu un
bébé il y a un an, et le fait d'avoir à travailler aujourd'hui
avec un faux ventre a réveillé du vécu proche, bien sûr.
D'habitude, je m'attache d'abord à une recherche formelle ; ici, comme
dans un rapport amoureux, c'est la sincérité de l'engagement de
l'un pour l'autre qui a compté, quelque chose de l'ordre de la réalité.
Il n'y aura pas, comme j'ai pu le faire, de scénographie, de décors,
d'élaboration très sophistiquée des lumières : le
corps sera mis en avant, tout seul. Sans artifice?
Sans masque, exactement. Je suis en confiance, et je me fiche de la manière
dont ce sera reçu ! C'est beaucoup plus libéré que les précédents
spectacles. Pas besoin de lunettes noires, de robe, de decorum : je fais ce
que je suis, vaille que vaille. Et je suis convaincu que c'était le moment
de faire ce type de travail. propos recueillis le 26 décembre
2003 par Bertrand Bolognesi
© anaclase
En
savoir plus Vous pouvez visiter : www.gilschamber.org Cie
gilschamber Asso. Tanz Rue Emile Jourdan 56000 VANNES 02 97
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