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Le CRI DE L'OIE
DE BENJAMIN DE LA FUENTE
Musique sur des textes de Christophe
Tarkos
Entretien
avec Benjamin de la Fuente
Entretien
avec Thierry Poquet
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Créé le 15 janvier dernier au Phénix de Valenciennes,
Le Cri de l'Oie
est un voyage au cur de lunivers du poète Christophe
Tarkos, mis en scène par Thierry Poquet et en musique par
Benjamin de la Fuente. Ce dernier construit sa musique dans un rapport
intime au texte, dans un regard et une écoute des mots en
connivence avec le metteur en scène.
La musique ne préexiste pas au projet, elle se compose au
fur et à
mesure des répétitions pour se fixer en fin de parcours.
Instrumentistes
et chanteurs expérimentent, improvisent, pour prolonger les
mots et
faire écho à la poésie de Tarkos. Par instants
le geste du musicien
induit un jeu, guide une interprétation, appelle une phrase
musicale
et participe ainsi à lécriture de ce spectacle.
Le choix des instruments
- deux cordes, deux cuivres et une percussion - force à la
cohésion, à lécoute. Le propos des instrumentistes
nest pas daccompagner les chanteurs-comédiens.
Lamplification, la spatialisation, la transformation
du son apportent une dimension supplémentaire à la
construction sonore de ce spectacle
Entretien avec Benjamin de la Fuente
Vous êtes souvent associé à
des spectclas multimédia.
Est-ce un atout pour promouvoir la musique d'aujourd'hui ?
J'ai créé avec Samuel Sighicelli
et Benjamin Dupé la compagnie Sphota
il y a presque dix ans déjà, pour des raisons et des
désirs purement artistiques, mais aussi en ayant la volonté
de repenser en profondeur
une certaine création musicale contemporaine à travers
le spectacle
vivant. Aussi, j'ai pu constater que d'associer un visuel, des acteurs,
un texte, du mouvement sur un plateau, lumières et scénographie
à
la musique contemporaine peut favoriser son accès.
Mais si le principe multimédia
est un moyen de proposer diverses clés
pour emmener le spectateur dans un univers poétique singulier,
il n'est surtout pas là pour jouer le rôle d'une béquille.
En d'autres termes et plus grossièrement, le spectacle musical
ne doit pas être là pour faire passer la pilule
d'une musique contemporaine qui serait dérangeante voire
indigeste, bien évidemment. Voilà pourquoi nous ne
pouvons pas faire l'économie de repenser la musique elle-même,
de sa conception à son interprétation, si l'on veut
toucher le public. D'autre part, n'oublions pas qu'il reste toujours
un réel danger de perdre à nouveau le spectateur en
recréant une abstraction nouvelle dans cette profusion d'informations
provoquée
par la transdisciplinarité.
Pour Le Cri de l'Oie, comment s'est
décidé le nombre d'intervenants
(trois comédiens, deux danseurs) ?
Thierry Poquet est à l'origine de ce projet. Il
m'a proposé de travailler avec
lui en ayant déjà prévu le nombre d'intervenants,
mais nous étions d'accords pour avoir des comédiens
chanteurs, afin d'avoir la possibilité de glisser de la parole
au chant, ainsi que des musiciens mobiles et des danseurs qui jouent.
Dans ce spectacle, je me suis concentré sur une composition
musicale complètement tissée entre tous ces personnages,
les textes et situations. Je n'avais pas envie d'accompagner du
théâtre mais plutôt de faire sonner et résonner
l'univers de Tarkos et la mise en scène. Une extraordinaire
collaboration s'est mise en place avec Thierry. Une grande complicité
s'est développée entre nous au cours des dix-huit
mois de la conception.
Le spectacle est le résultat d'une presque fusion entre mise
en scène
et musique.
Thierry Poquet dit de ce spectacle que c'est
un corps qui s'agite
et qui en rit. Votre musique en tient-elle compte et de quelle
façon ?
La musique de ce spectacle est pensée comme un
espace résonnant, conçue comme une caisse
de résonance de l'univers de Christophe
Tarkos, de ses textes, de ses mots, du son des phonèmes,
de cette fameuse pâte-mot, comme il le précise. Aussi,
les notions à proprement parler d'accompagnement, de complémentarité,
d'expressivité n'ont plus vraiment leur place dans ce travail
musical et sonore singulier.
Cette musique est aussi pensée comme un phénomène
énergétique
en mouvement, tantôt lâché, bouclé, retenu
; tantôt coincé, gelé, statique mais aussi parfois
explosif, incontrôlé. Elle est à l'image du
phénomène bien connu du larsen prêt à
envahir la totalité de l'espace. D'autre part,
on y trouve de la lumière, de l'obscurité, de l'obsession,
de la subtilité,
de la trivialité, de l'agitation, des accidents, de la douceur,
de l'âpreté
et de l'électricité.
D'autre part, le label aeon vient d'éditer
un enregistrement de
vos uvres pour violon et électronique [AECD 0980].
Pouvez-vous
le présenter en quelques mots ? Y trouve-t-on un fil conducteur
?
Un désir particulier de "raconter peut-être quelque
chose" ?
J'ai improvisé, composé, joué et
enregistré à la maison, souvent le
matin et la nuit. Dans Le Monde, Pierre Gervasoni parle d'autoportrait.
C'est assez juste finalement.
Au départ, j'avais envie de faire une musique autour de
ma relation intime, tumultueuse et complexe avec mon instrument,
le violon, sans réelles préoccupation esthétique
préétablies. Le résultat devait être
seulement habité, sincère, intime et intense ; une
musique invitant l'auditeur à entrer dans des univers poétiques
qui me sont proches, parfois même suscitant des images mentales.
Virtuosité et fragilité devaient coexister. Je voulais
simplement que l'on entende un individu et sa poésie, son
corps et ses doigts en train de faire sonner un morceau de bois
avec quatre cordes.
D'où une prise de son souvent très proche et une réalisation
assez épurée.
L'envie de raconter quelque chose ? Oui ; et permettre à
l'auditeur de se raconter sa propre histoire, sûrement. Après
écoute, on me parle aussi
d'un disque intime entre musique contemporaine, traditionnelle et
rock saturé soutenue par une électronique orient.
Propos recueillis par Laurent Bergnach en mai
2009
Entretien avec Thierry Poquet
Comment est venue l'idée de mettre
en scène la poésie de Christophe Tarkos ? Et comment
s'est fait le choix des textes présents dans le spectacle
?
J'avais mis en piste quelques-uns de ses textes (Anachronisme
chez POL) au CNAC de Chalon en champagne, ça sonnait et résonnait
dans la tête
et dans l'espace. J'ai ensuite lu l'intégrale, et son univers,
magique, de jongleur de mots et d'images s'est imposé. Puis
avec Benjamin de la Fuente et mon conseiller artistique Didier Cousin,
nous avons sélectionné plus de deux cent textes que
nous avons musiqué et soumis aux interprètes
pour n'en retenir que trente-cinq au final.
Comment est apparue la danse dans un spectacle
sur la poésie ?
Est-ce pour rendre moins austère une langue réputée
"sans image" ?
Je ne comprends pas que l'on puisse dire cela ; la langue de Tarkos
est éminemment suggestive. Les images ne viennent peut-être
pas de manière immédiate, illustrative, mais ses poèmes
excitent chez le lecteur ses propres champs imaginaires : c'est
une poésie active. Chaque poème est un monde, ou un
tableau, et c'est pour répondre à cette totalité
que j'ai voulu un spectacle relativement total, où le mot
exprime sa musicalité, suscite une réponse musicale,
mais aussi physique, dans le corps des comédiens-chanteurs
Michel Hermon, Valérie Philippin et François Mulard,
dans le corps des musiciens d'Ars Nova, jusqu'au corps des danseurs,
Rosalind Crisp et Andreas Müller.
Pour vous, quelles sont les qualités
que la musique de Benjamin de
la Fuente apporte au spectacle ? Etes-vous intervenu dans son travail
de création ?
Je ne suis pas directement intervenu dans le travail de création
de Benjamin, puisque les enjeux étaient que chaque langage
apporte une réponse à la poésie de Tarkos,
mais nous avons effectué ensemble
un travail dramaturgique considérable, accompagnés
par feu Gaston Bachelard et d'autres. Et nous avons vécu
ensemble les processus d'expérimentation, notamment avec
les musiciens d'Ars Nova, et nous avons constamment confronté
nos idées à la réalité du plateau, dans
un échange qui a duré jusqu'à la première.
Benjamin a apporté un fil rouge comme l'on dit, une
tension, qui a permis que cet assemblage de textes,
ce montage, respire comme une uvre à part entière.
Il a aussi proposé une instrumentation qui m'a vraiment inspiré,
musicalement et visuellement, un violon, une contrebasse, des percussions
et deux trombones, ainsi que des séquences électroacoustiques
qui nous permettent de voyager dans une intemporanéité
qui honore Christophe Tarkos.
Propos recueillis par Laurent Bergnach en mai
2009
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LE CRI DE L'OIE
d'après les textes de Christophe Tarkos
*
Valérie Philippin, comédienne et soprano
Michel Hermon, comédien et basse
François Mulard, comédien et baryton
Rosalind Crisp, danseuse
Andreas Muller, danseur
*
Philippe Nahon, direction musicale
Ensemble Ars Nova
La Muse en Circuit / Festival Extension
Maison des Arts - Place Salvador Allende - 94000 Créteil
(Métro Créteil Préfecture)
Réservation > 01 45 13 19 19
vendredi 29 mai, 20h30
samedi 30 mai, 20h30
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