EMPREINTES,
nouvelle collection Calliope


Jacques le Calvé
Dix années, dix disques
Florence Roqueplo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 














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Les oeuvres de Françoise Roqueplo sont visibles
jusqu'au 18 octobre prochain
à la boutique Harmonia Mundi
15, avenue de l'Opéra - 75001 Paris

Nos remerciements à Michaël Adda pour son aide précieuse


En créant le label Calliope en 1971, un peu par hasard, Jacques le Calvé
ne s'attendait sans doute pas à ce parcours d'angoisses, d'erreurs, de maladresses - sans parler des difficultés financières… Mais fier d'un catalogue de près de trois cents disques, il propose aujourd'hui la collection Empreintes, florilège de ses dix premières années au
service de l'édition phonographique. Souvenirs et anecdotes...

 

Jacques le Calvé

Comment arrive-t-on à choisir dix disques sur dix ans de production ?
L'identité de Calliope - sa passion -, c'est le piano, l'orgue et la musique
de chambre. C'est là le fil conducteur de ces jalons. Mon choix s'est porté sur des oeuvres méconnues, de compositeurs secondaires, que Calliope
a voulu réhabiliter : des trésors de derrière les fagots par des interprètes,
sauf André Isoir, qui n'ont pas atteint la notoriété qu'ils méritaient.

Y aura-t-il une continuation de cette collection pour 1981-1990 ?
Si un succès d'estime couronne cette première série, bien sûr qu'une nouvelle série des dix années suivantes naîtra en 2005.

Comment est venue l'idée d'illustrer cette collection par des oeuvres originales de peinture ?
Je voulais éviter le premier degré du nom de la collection : pattes de mouches, de chiens, d'oiseaux, etc. pour transfigurer les visuels EMPREINTES de façon ésotérique. En découvrant les toiles de Florence,
j'ai ressenti un choc : quelques traits fulgurants sur une surface lisse : l'empreinte du couteau qui irradie la surface; une correspondance au second degré.

En tant qu'ancien disquaire, quel regard portez-vous sur les modes
de distribution du disque actuels, en supermarché ou sur internet ?

La distribution est devenue une véritable angoisse : les Fnac se créant en faisant systématiquement 20 % de réduction sur les prix (pour une marge théorique de 26 %), et les grandes surfaces cassant les prix sur les seuls produits phares qu'ils référencent ont détruit les disquaires. Ajoutons
qu'à la création des premières Fnac, ils avaient embauché des vendeurs extraordinaires qui ont attiré les discophiles tant par un meilleur prix que
par des conseils avisés. Aujourd'hui où sont passés ces vendeurs compétents et passionnés ? Les vendeurs des FNAC ne sont plus que
des gestionnaires étouffés par les consignes de rotation et de rentabilité. Les majors proposent les trésors de leur fonds de catalogues à des prix écrasés : le caviar est au même prix que les rillettes, ce qui achève de déstabiliser le client. Pourquoi payer 25 euros une nouveauté lorsque,
pour le même prix, on vous propose un coffret de 4 CD de Bruno Walter,
de Karajan ou de Furtwangler ?

Propos recueillis en septembre 2004



Dix années, dix disques

L'ORGUE FRANCAIS AU GRAND SIECLE
Œuvres d'André Raison, Jacques Boyvin et Guillaume-Gabriel Nivers
André Isoir / Orgue de l'église Saint-Jacques de Compiègne

Je joins donc André Isoir en lui proposant un récital Bach : " Du Bach, sur cet instrument-là ? C'est un non-sens ! On ne peut que faire de la musique française. Il y a tant de compositeurs aussi essentiels que méconnus. Je vais vous construire un programme de musiciens du Grand Siècle : Nivers, Boyvin et Raison. Vous verrez, c'est digne du Cantor ! "

Un peu abasourdi et inquiet, je ne pouvais qu'acquiescer. Ainsi naquit une admiration et une fidélité sans faille ancrée par plus de cinquante disques. Au cours des nuits de l'enregistrement, j'ai découvert un artiste exception-nel, d'un humour et d'un tonus hors du commun, qui vivait la musique de tout son être. Je m'étonnais de le voir se balancer devant son instrument, légèrement voûté pour mieux attaquer les claviers : " T'as raison, je swin-
gue ! "
. Traduisons : inconsciemment, André Isoir a acquis une pulsation corporelle qui donne une respiration à ses interprétations. C'est l'un des secrets de sa personnalité. " Le plus important, tu sais, c'est que l'auditoire ne s'ennuie pas. C'est à nous de fouiller chaque phrase et de mettre en valeur le déroulement du discours " Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter l'accord initial de l'Offertoire de Raison. Sous ses doigts, cela se transforme en panache au lieu d'un simple accord plaqué.

Ainsi fut bâti, avec la complicité du musicologue Harry Halbreich, un pro-gramme de trente disques, de la Renaissance à nos jours, excluant, pour éviter toute vexation, tous les compositeurs vivants à l'exeption d'Olivier Messiaen, célébrant Couperin, Grigny, Franck, au milieu d'une trentaine
de compositeurs méconnus.


OLIVIER MESSIAEN
La Nativité
Louis Thiry / Orgue Saint-Pierre de Genève

C'est André Isoir qui me conseilla de choisir Louis Thiry pour enregistrer l'intégrale de l'œuvre d'orgue d'Olivier Messiaen, dont il n'existait alors aucune autre version que celle du Maître réalisée en monophonie dans
les années cinquante.

Un beau jour de juin 1972, j'accompagnai Louis Thiry de Metz à Genève.
Le temps du parcours, je découvris un homme d'une profondeur et d'une simplicité étonnantes. " S'il te plaît, décris-moi les paysages que nous traversons. Y a-t-il de beaux paysages, de jolies collines ? C'est tellement beau la nature. Je ne vois plus depuis que j'ai fait la bêtise, à l'âge de
douze ans, de déterrer une grenade qui m'a explosé dans les mains…
Tu parles si mon père m'a engueulé ! "

L'orgue Metzler de la cathédrale Saint-Pierre de Genève était, en 1972,
l'un des seuls instruments permettant de respecter toutes les registrations de Messiaen. Les conditions d'utilisation étaient draconiennes : un prix exorbitant, l'impossibilité d'arrêter le carillon qui sonnait tous les quarts d'heure, l'obligation de n'enregistrer que la nuit à cause de la circulation automobile, et la présence - payante - d'un bedeau, chargé de nous surveiller, suite à un précédent enregistrement où l'équipe avait laissé
des bouteilles vides de whisky et autres agapes.

Sachant que dix nuits étaient nécessaires, Georges Kisselhoff peaufina l'emplacement du couple de micros, suspendu dans la nef. Qui peut se douter que la perfection de cette prise de son a nécessité une journée entière pour trouver une perspective proche de l'idéal ?



LOUIS DUREY

PIECES POUR PIANO
Françoise Petit, piano

Ayant acquis l'amitié de Frédéric Robert, musicologue de grand renom passionné par la musique française du XIXe et du XXe siècle, je le suivis
en maintes suggestions. " Sais-tu que le membre oublié du Groupe des
Six est un de mes amis et que son œuvre pour piano est magnifique ?
Son interprète préférée et dédicataire de plusieurs de ses compositions
est à ta disposition pour l'enregistrer. "

Ainsi Françoise Petit se retrouva à l'église Notre-Dame du Liban de la rue D'Ulm, le lieu d'enregistrement préféré d'Erato, pour enregistrer l'œuvre de piano de Louis Durey en sa présence. Je fus ému par cet homme exquis, d'une ressemblance étonnante avec Maurice Ravel : un petit bonhomme timide, couvert d'un béret, d'une humilité et d'une délicatesse exquise.

Enregistrer en présence du compositeur peut être une rude épreuve,
tant pour l'interprète que pour l'éditeur : ou bien sa confiance est totale envers l'interprète, - et il faut être plus exigeant que lui-même, - ou bien
son insatisfaction peut être inquiétante, et son anxiété se transformer en sadisme. Louis Durey était de la race des doux et sa joie illuminait son visage. Je songeais à l'amertume qui aurait pu être la sienne d'avoir attendu près d'un demi-siècle pour le premier enregistrement de certaines de ses œuvres. Mais sa sérénité et sa modestie étaient celle d'un artisan n'ayant nul besoin d'être célébré et médaillé.



GABRIEL FAURE
La Bonne chanson - L'Horizon chimérique
Jacques Herbillon, baryton / Théodore Paraskivesco, piano

Premier Prix du concours de Genève, Jacques Herbillon possédait
des qualités étonnantes. Homme plein d'humour, imitateur incroyable
- l'aboiement d'un chien, la voix de de Gaulle - toujours prêt à un calem-bour, c'était un extraordinaire comédien. Il décuplait le sens des textes
par son intelligence et s culture, avec une parfaite diction qui estompait les quelques faiblesses vocales que l'on pouvait déceler. Il n'existait aucune version de l'intégrale des mélodies de Fauré depuis les années 50 :
c'était lui l'interprète dont je rêvais !

L'autre élément inespéré était son partenaire pianiste. Combien de chanteurs n'attachent que peu d'importance à leur accompagnateur réduit au rôle de faire-valoir, toujours en arrière-plan ! Alors que les mélodies constituent un dialogue où les deux musiciens font davantage encore que de se compléter : ils amplifient, ils décuplent la splendeur des œuvres. Théodore Paraskivesco est de la race de ces musiciens qui savent l'importance primordiale du piano dans la mélodie. C'était la volonté
de Jacques Herbillon. A tel point qu'à chaque récital, il programmait une
œuvre pour piano seul de façon à souligner l'importance de son partenaire.

Voici donc le premier tiers de cette intégrale, publiée, par hasard, en même temps que celle de Gérard Souzay, et de ce fait, passée au second plan.



CAMILLE SAINT-SAËNS
Les sonates pour instruments à vent

Maurice Bourgue, hautbois
Maurice Allard, basson
Maurice Gabai, clarinette


Le musicologue Frédéric Robert me proposait mille sujétions de musique française injustement méconnue. De quoi enregistrer des centaines de disques d'un irréalisme financier… garanti. Du moins, ce foisonnement m'aura permis de retenir bon nombre de projets passionnants. " Sais-tu qu'il n'existe aucune version des œuvres pour instruments à vent de Saint-Saëns ? Puisque tu es ami avec Annie D'Arco, que son mari est le corniste Gilbert Coursier, que le hautboïste Maurice Bourgue veut enregistrer pour toi, ce serait une merveilleuse occasion ! Je fais mon affaire de la clarinette, du trombone et du basson : ce sont des amis. Tu aurais ainsi les premiers pupitres de l'Orchestre de l'Opéra de Paris. "

Dans cette édition, j'ai pu ajouter la quasi-totalité d'un autre disque
réalisé par l'ensemble à vents Maurice Bourgue, formé par des solistes
de l'Orchestre de Paris. A nouveau une suggestion de Frédéric Robert : l'exquise Petite Symphonie de Gounod et les Chansons et Danses de Vincent d'Indy. Pourquoi ces Danses aussi séduisantes et pimpantes
n'ont-elles pas provoqué un succès ? Peut-on résister à ce charme bucolique typiquement français ?


ORLANDO GIBBONS
Church Music
The Clerkes of Oxenford

Un concert improvisé à Compiègne en juin 1976, lors de la venue en
France des Clerkes of Oxenford pour célébrer le 800e anniversaire de l'Université de Beauvais me subjugua. Qu'une musique puisse atteindre une telle spiritualité, une telle émotion, que des interprètes témoignent d'une telle ferveur, me bouleversa. Après le concert, je pris contact avec
le chef et lui proposai d'enregistrer ces œuvres d'Orlando Gibbons : " Mais bien sûr, et il y a des chapelles à Oxford dont l'acoustique est magnifique ". En effet, l'acoustique était parfaite. Mais il y avait une rue toute voisine, et donc, même la nuit, une voiture nous obligeait parfois à recommencer une prise pourtant parfaite. Vous en entendrez peut-être quelques unes si vous possédez un matériel d'écoute de très grande fidélité.

Quel bonheur de travailler avec des professionnels aussi concentrés.
Ils avaient une habitude inusitée : après l'écoute de chaque prise, celui
qui avait fait une erreur levait le doigt à l'instant précis. Ainsi, nul besoin
que le chef commente et analyse tout ce qu'il désirait. Voilà comment des étudiants en musicologie, triés sur le volet par David Wulstan, musicologue faisant autorité pour la musique Tudor, ont construit ce monument qui a enthousiasmé une critique unanime.

Comment imaginer qu'un quart de siècle plus tard, je retrouve l'un des membres des Clerkes : James Gowing, l'un des fondateurs de l'Ensemble Jachet de Mantoue ?



MAURICE RAVEL
Histoires Naturelles - Don Quichotte à Dulcinée - Chansons Madécasses
Jacques Herbillon, baryton / Théodore Paraskivesco, piano

A nouveau, Théodore Paraskivesco apportait son osmose parfaite avec le chanteur. Jacques Herbillon se délectait de l'humour grinçant des histoires Naturelles et confirmait ses prodigieux talents de comédien. Restait le problème technique des Chansons Madécasses pour baryton, piano, flûte
et violoncelle, dont Maurice ravel a écrit " J'ai voulu écrire une sorte de quatuor ".

Pendant l'enregidtrement, Georges Kisselhoff se heurta à l'extrême difficulté d'une balance équilibrée. Il fallut des heures d'essais pour parvenir à une perspective élégante. On déplaçait le piano, on rapprochait le flûtiste, on l'éloignait. Arrivé à la seule solution satisfaisante, Herbillon s'esclaffa :
" Ecoute, Georges, je veux bien chanter tout nu, ou même dans un hamac, mais pas assis au-dessus de la table d'harmonie du piano : il y a des fortissimo qui m'obligent à être debout ! ". Finalement, Jacques chanta debout devant la table d'harmonie du piano et Christian Lardé joua assis sur une chaise elle-même posée sur une grande table. C'était parfait, sauf lorsqu'il passait de la flûte traversière au piccolo. A ce moment, le piccolo semblait absent ! La solution exigeait qu'il se lève jusqu'au bord de la table pour ces quelques traits. Pour éviter tout bruit, il était donc nécessaire que je tienne la chaise, qu'il retire ses chaussures et s'avance d'un mètre en
se tenant debout. Il ne reste qu'à savourer le résultat qui a évité d'utiliser des micros d'appoint qui auraient brouillé l'image sonore.

 

BODIN DE BOISMORTIER
L'œuvre de clavecin
Mireille Lagacé, clavecin Hemsch / Luc Urbain, flûte

La rencontre d'un ingénieur en électronique remit en cause la conception des microphones les plus élaborés : Jean-Claude Fourrière démontrait qu'un pas de géant vers une plus grande fidélité était possible avec les micros danois Bruel et Kjaer. " Pas plus gros que la phalange d'un doigt,
ils ont donc une très faible inertie et captent les informations les plus subtiles. Je peux te le prouver quand tu voudras. Et note que, depuis des années, l'évolution des micros de prise de son n'a que très peu progressé.
Il faut oser aller de l'avant ".

Justement, une remarquable claveciniste canadienne, Mireille Lagacé,
me proposait d'enregistrer en première mondiale l'œuvre de clavecin de Bodin de Boismortier sur l'un des rares témoins de l'époque, un Hemsch de 1755, d'une richesse harmonique confondante. Son jeu était à l'image de sa personnalité : souriante, espiègle, respirant la joie de vivre. Elève d'Anton Heiller, lauréate des concours de Munich et de Genève, elle dominait toutes les subtilités de la musique baroque.

Voici donc le premier enregistrement mondial effectué ainsi. Bien entendu, tous les confrères prirent Jean-Claude Fourrière pour un illuminé et refu-saient d'admettre ce pas en avant pourtant réel. Je constate, que quinze
ans plus tard, les éditeurs les plus prestigieux et les preneurs de son les plus renommés sont devenus des inconditionnels de ces micros…



JACQUES OFFENBACH

Six Fables de La Fontaine, etc.
Bruno Laplante, baryton / Marc Durand, piano

Elève de Pierre Bernac, le baryton Bruno Laplante m'a proposé un
"Livre d'or de la mélodie française" en omettant celles de Gabriel Fauré, déjà enregistrées par Jacques Herbillon. Ainsi se sont succédées des mélodies d'Ernest Chausson, Reynaldo Hahn, Charles Gounod, César Franck, Guillaume Lekeu, Emmanuel Chabrier, Georges Bizet, Edouard Lalo, Hector Berlioz, Erik Satie, Henri Duparc et un florilège de celles de Jacques Offenbach, ici présentes.

De nationalité canadienne, il est reconnu là-bas comme un ambassa-
deur de la culture française, et a constitué une troupe qui réhabilite tant d'opérettes trop vite passées de mode sur le vieux continent. Sa valeur lui
a permis d'interpréter de nombreuses fois le rôle de Pelléas en Hollande
et en Allemagne sous la direction de Jean Fournet, et de créer à Francfort l'opéra inédit de Debussy La Chute de la Maison Usher où il tint le rôle principal.

Ses dix disques de mélodies françaises ayant été honoré par un Prix
de l'Académie du disque français, sa présence était donc logique dans
ces jalons des dix premières années de Calliope. Un grand nombre de
ces mélodies sont des premières discographiques, mais leur succès commercial ne fut pas au diapason de l'enthousiasme de la critique. Puisse cette réédition les réhabiliter…



SAMUEL SCHEIDT

Tabulatura Nova (1ère partie)
Bernard Lagacé, orgue

L'organiste canadien Bernard Lagacé fut l'élève puis l'assistant d'André Marchal à Saint-Eustache de 1954 à 1956. Il se perfectionna ensuite auprès d'Anton Heiller en Autriche avant de remporter de nombreux prix dans des concours internationaux. Il est, depuis lors, considéré comme un des plus actifs artisans de la renaissance de l'orgue dans son pays. Il me proposa d'enregistrer une première mondiale : des œuvres de Samuel Scheidt, véritable fondateur de l'école baroque de l'Allemagne du Nord, né un
siècle avant Jean-Sébastien Bach et un demi-siècle avant Buxtehude.

Il choisit l'orgue Silbermann de la collégiale Saint-Martin de Colmar, reconstitué dans le style des orgues d'Allemagne du Nord par le facteur Felsberg. Ses 48 jeux répartis sur trois claviers respectent rigoureusement l'esprit de ces œuvres.

La concentration de Bernard Lagacé, sa spiritualité, sa passion pour
cette réhabilitation ont abouti à une étonnante sérénité tout le long de cet enregistrement. Georges Kisselhoff, avec sa maîtrise de capter l'ampleur d'un orgue, en même temps que sa perspective et son fouillé, a instauré
un climat de confiance qui a libéré l'interprète du trac. Nuit après nuit, Bernard s'est exprimé avec toute sa fougue.

Le succès d'estime remporté par cet album de quatre microsillons de
cette 4ème partie m'avait conduit à renoncer à la publication de cette première partie. La voici donc, inédite.

 

Florence Roqueplo


Comment s'est passé votre rencontre avec Jacques le Calvé ?
J'ai tout de suite était heureuse de participer au projet proposé par Jacques le Calvé. L'idée que ma peinture trouve un écho favorable à une oreille si avertie ne pouvait que me séduire. C'était également un clin d'oeil que je pouvais donner à mon arrière-grand-père Gustave Bret, compositeur, chef d'orchestre, fondateur de la société Jean Sebastien Bach, grand ami de Gabriel Fauré.

Et le choix des tableaux ?
Il s'est fait d'après les tableaux existants. Les visuels ont été choisis à l'atelier, par Jacques le Calvé, en associant couleur et graphisme à chaque oeuvre musicale. La seule contrainte étant de choisir des toiles vierge de signe dans leur partie haute afin d'y insérer le sigle Calliope. Nous avions choisi d'un commun accord que les toiles seraient reproduites dans leur intégralité pour préserver leur identité malgré la réduction, la plupart des toiles étant de format 1m20 x 1m20 et 1m x 1m.

La série utilisée s'appelle " Terres rieuses ". Et pourtant, ces surfaces sereines sont griffées de signes - Frédéric Benrath en parle comme de
balafres
. Pourquoi cette tourmente, tout à coup ?

Le terme de balafre utilisé par Frederic Benrath indique une certaine violence. Cette violence est la traduction de l'énergie nécessaire pour conclure le tableau. Sous la surface sereine se sont déjà effectué de nombreuses batailles. Les couches de peinture se sont succédées, le mélange de pigments et de la colle a été gravé puis recouvert de couches superposées de couleurs. Les signes conçus comme étant les derniers, finalement on été réensevelis. Tout ce travail fait parti de la construction de la toile, de son propre vécu jusqu'à arriver à une certaine maturité. La toile est à ce moment-là recouvert de pigments. Le moment est crucial, l'acte
de graver doit être juste, rapide, et authentique.

Votre peinture est résolument abstraite, comme la musique...
Oui, la matière serait le son, le graphisme le rythme. Je me sens parfois comme un chef d'orchestre qui doit jouer avec les couleurs, les propor-tions, les tensions afin de trouver l'équilibre, une harmonie nouvelle.