Pascal Contet
l'accordéon en évolution


formation et pédagogie
composition et improvisation
le vent des anches

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Né en 1963, Pascal Contet s'est fait connaître de la scène musicale en
1993 pour son travail sur un nouveau répertoire pour accordéon. Depuis plus de quinze ans, il multiplie les collaborations avec les compositeurs (Claude Ballif, Franck Bedrossian, Bernard Cavanna, Ivan Fedele, Philippe Fénelon, Jean Françaix, Jean-Marie Machado, Bruno Mantovani etc.), les interprètes (Jean-Pierre Drouet, Ophélie Gaillard, Joëlle Léandre, Marianne Piketty, Paul Meyer, Quatuor Danel etc.), le monde de la danse (Guesh Patti, Jin Xing, etc.), celui du cinéma (L'Aurore, Gosses de Tokyo) ou des lectures musicales (Marie-Christine Barrault, Marie Nimier, Pierre Barrat). Il a reçu
de nombreux prix et propose actuellement son nouveau spectacle :
Le Vent des anches.


Vos études à l'étranger furent-elles une opportunité ou une nécessité ?

Les deux, car en France, dans les années 1980, nous étions dans un
réel désert pédagogique. Je n'étais pas intéressé, adapté, modelé à être parrainé - je dirais même, au sens italien - par tel ou tel professeur d'école privée ou d'union d'accordéonistes qui, forcément, est meilleure que l'autre. Les passe-droits et autres pistons n'ont jamais fait partie de mes ambitions. En revanche, je tenais à aller voir les grands maîtres qui, à l'époque, faisait émerger l'accordéon en Allemagne (Elsbeth Moser à Hanovre) ou au Danemark (Mogens Ellegaard à Copenhague). Et puis, aller à l'étranger, apprendre la langue (allemand) ne vous laisse pas indifférent. C'est entouré de musiciens de divers pays que vous vous construisez, en les regardant et en prenant modèle sur leur capacité de travail, de technicité. Passée la diffi-culté des deux claviers distinct dont un qui se déploie dans l'espace (main gauche), les qualités d'un bon accordéoniste sont les mêmes que celle de n'importe quel musicien : faire sonner l'instrument, l'oublier pour le faire chanter, maîtriser la technique pour aller au delà. Mon domaine de prédilec-tion étant la musique d'aujourd'hui, je cherche à faire découvrir l'instrument aux compositeurs ainsi qu'à transmettre leur musique à un public curieux.
Il ne faut pas rester dans son propre milieu, mais envisager la musique avec, comme médiateur, son instrument.

Au sortir de vos études, vous évoquez des montagnes à déplacer.
Est-ce lié à une certaine tradition musicale française qui peine à évoluer ?
Bien sûr, c'est à l'accordéoniste apprenti de trouver son chemin, d'ouvrir de nouvelles voies mais je peux affirmer que mon inconscience de jeunesse m'a permis de déplacer ces montagnes, et puis quelques prix (celui notamment de la Fondation de la Vocation remis à l'époque par François Mitterrand) m'ont donné des ailes. Les écoles privées d'accordéon étaient, pour la plupart, affiliées à une association nationale dont quelques stars - vedettes de la variété - vous donnaient leur aval ou non. Ces concours de virtuosité fermés sur eux-mêmes, ces passe droits (la bonne ou mauvaise marque d'instrument selon le concours, je vous assure !), des bals et des thés dansants, il en faut, bien évidemment ; c'est aussi histoire de l'accor-déon. Je l'aime aussi en tant qu'instrument de variété lorsqu'il sonne musical ou lorsque sa variété est synonyme d'émancipation et de liberté.
À l'époque, le répertoire joué - très french touch (jazz manouche, musette, swing musette, new musette, etc.), rock alternatif ou traversé de transcrip-tions des Préludes et fugues de Bach - ne donnaient pas forcément envie aux compositeurs de se pencher sur des sonorités formidables. Alain Abbott l'avait fait dans les années soixante-dix avec Roger Tessier, 2e2m
et Radio France : il fut frappé des foudres d'autres écoles qui lui firent payer son insolence musicale et son indépendance. Il est vrai qu'il défendait un type d'instrument (harmonéon) qui n'a pas vraiment pris place dans le monde de l'accordéon. Mais je ne suis pas certain que ce soit la réelle motivation de destruction qui a suivi.
Finalement, encore aujourd'hui, tout est question de pouvoir dans l'ensei-gnement de l'accordéon en France ! Entre le répertoire appris - parfois trop académique à mon goût, proposé par les enseignants - et le répertoire professionnel - contemporain pour la majorité, qui permet à un accordéo-niste classique de vivre de la musique - un fossé a été creusé. Seulement, notre monde accordéonistique a changé depuis l'Union soviétique (grande valeur-refuge en France dans les années 70-80) ; il faut aussi savoir remarquer les valeurs montantes qui existent depuis 1970 en Scandinavie, en Allemagne, au Canada. Bref, si je reprenais l'enseignement en France, ce serait pour créer un dialogue entre mes étudiants et mon parcours, les aider à prendre place autrement qu'en France, imaginer un salon où l'on
se retrouverait pour envisager des solutions et une durabilité de notre instrument dans le temps.

Dans un but pédagogique, très vite, vous avez d'ailleurs l'idée
d'une exposition…

L'exposition continue d'être montrée - elle sera visible prochainement du 8 au 24 mai à la Maison d'art et de la Communication de Sallaumines (59), et j'y jouerai (17 et 23 mai) avec l'Orchestre National de Lille. C'est un support adéquat entre histoire et devenir, une façon de recentrer les principales routes de l'instrument, sa genèse, son parcours très varié - de l'aristocratie aux bals populaires, des salons huppés de 1830 aux sorties d'usine en 1936, un siècle plus tard. Toujours ce grand écart, toujours cette approche très forte, liée la plupart du temps à l'histoire sociale et économique de l'homme. Combien de gravures, de peintures montrent un accordéoniste mélancolique assis sur le bastingage d'un bateau en partance pour les Amériques ? Combien d'Irlandais ont chanté sur les bateaux les airs de
leur pays ? Et à chaque arrêt dans un nouveau monde, la tradition a per-duré, voire évolué (écouter les Acadiens n'est pas la même chose que les Argentins, par exemple, via le bandonéon). Côté instruments, j'en suis à soixante-dix environ. La facture instrumentale a évolué ; l'expo' montre les magnifiques instruments de 1840, marquetés, estampillés, recouverts de nacre, d'ivoire, etc. Ceux qui arrivent vers 1890 sont plus simples, sobres et populaires, déjà. Avec ceux de 1910, le musette est là, le diatonique n'est plus le seul - dès 1925, on cherche à rendre l'instrument chromatique (même son en tirant qu'en poussant). L'accordéon va grossir, s'alourdir ; des essais sont pratiqués pour faire naître l'instrument classique d'aujour-d'hui, dit à basses chromatiques. Grâce à la scénographie que je soigne,
on pourra aussi se retrouver à l'intérieur du monde paysan, du monde des guinguettes ou de la pédagogie.

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De 2002 à 2005, vous avez été directeur du festival Mon bel accordéon. Toujours une expérience de sensibilisation ?
Une expérience formidable ! Rencontrer le public, le voir jubiler, découvrir, courir après tel ou tel spectacle - et puis la diversité de la programmation permettait des écarts sublimes entre festif et sérieux, français et étranger. Vous vous apercevez très vite qu'il vous faudra quelques années de pro- grammation avant de faire le tour de ce que vous avez envie de proposer.
Le contrat avec Malakoff était de trois années, comme une résidence.
J'aime construire des rencontres, élaborer des histoires, des thématiques. Ce festival me manque, j'aimerais le rendre pérenne ailleurs... Qui sait ? Car le public aime cet instrument et voyage avec lui.

A votre retour en France, vous avez envoyés près de deux cents courriers, invitant les compositeurs à écrire pour l'accordéon.
Regrettez-vous certains silences ?

Non, pas de regrets, car quinze ans après, les compositeurs continuent de me demander des conseils, ont envie d'écrire - certains ont reçu cette lettre et y répondent tardivement mais sûrement ! Philippe Hurel, par exemple, écrira pour novembre 2010 (commande du CIRM de Nice). Et puis, je fais confiance au dynamisme de la nouvelle génération de compositeurs avec laquelle je collabore activement (Bruno Mantovani, Pierre Jodlowski, Sebastian Rivas, Franck Bedrossian). Si, des regrets quand même : une œuvre solo de Henri Dutilleux ! Je n'ai jamais osé l'approcher et, pourtant,
je sais qu'il est très touché par l'accordéon. Et Pierre Boulez : ce serait formidable de voir comment ce grand maître envisage l'instrument !

Vous l'avez d'ailleurs rencontré et décrit comme très friand
d'explications sur l'instrument et sa pratique…

Oui, et j'aimerais tant recevoir un jour une bonne nouvelle de sa part ! À la suite de cette rencontre, je lui avais demandé une pièce, mais ce n'était pas possible. J'aime sa musique, la manière qu'il a de la percevoir, de la faire comprendre. J'ai toujours ces enregistrements pédagogiques L'œil et l'oreille. C'est un homme très proche des musiciens, curieux et attentif.
Bref, une rencontre que je n'oublierai pas.

Tout en comblant vos anciens rêves de composition, votre intérêt
pour l'improvisation n'est-il pas une façon d'explorer des possibilités
de l'instrument auxquelles n'auraient pas pensées les composteurs ?

L'improvisation ne comble pas un manque de composition - ce travail-là est une autre vision de la musique ; je ne suis pas assez patient pour rester à écrire à une table, ni expert, cérébral peut-être, pour envisager une écriture. En revanche, elle permet un échange très intéressant de couleurs, de sonorités, de découvertes avec les compositeurs - parfois, je leur montre des astuces, mais c'est aussi la manière dont ils voient l'instrument quand je suis assis en face d'eux qui me donne des idées. C'est un va-et-vient enrichissant. De plus en plus, l'improvisation est acceptée par les compo-siteurs, voire même utilisée (Spatio Intermissi de Jacopo Baboni Schilingi). On se nourrit mutuellement !

Qu'entendez-vous par improvisation constructive ?
J'entends qu'elle construit un langage - c'est à dire : l'improvisation, ça se travaille d'abord seul chez soi. C'est aussi une manière de construire une base solide sur laquelle on pourra se libérer des contraintes de langage
et retrouver une cohésion de forme.

Quand vous accompagnez une projection de cinéma, l'improvisation
est-elle moins libre ?

Non, au contraire, puisque les bases de construction sont déjà définies
ou prédéfinies par le projet (film, danse, arts plastiques), que le langage peut s'affranchir totalement, suivre le squelette formel ou, au contraire, le contourner. Dans ce cas, on joue sur des clairs-obscurs, des va-et-vient ; c'est un jeu du chat et de la souris entre soi et le partenaire (film, danse). C'est parfois même de manière inconsciente que se crée un dialogue. Reste au public de concevoir son propre chemin, sa propre histoire.
Quant à moi, je me laisse toujours proposer et tenter par le choix d'un film muet. J'aime les découvertes. La qualité des images et de l'histoire, des personnages très profonds dans leurs sentiments et la manière de les montrer, tout cela me touche.

La voix semble peu présente dans vos différents projets.
Elle est juste présente dans mes débuts grâce aux compositeurs - Messe un jour ordinaire de Bernard Cavanna, le Requiem de Jacques Rebotier (édités tous deux par MFA/Radio France), ou encore dans les Huit lieder
de Schubert réarrangés par Cavanna. Il y a aussi des collaborations avec Françoise Kubler (toujours en improvisation) ou Valérie Philippin, mais la plupart du temps je vais chercher des instrumentistes, vous avez raison.
Je crois que les rencontres font les projets.

Comme avec la pianiste Sae-Jung Kim ?
Nous jouons ensemble depuis environ dix ans, en priorité un répertoire
de transcriptions et original parfois. Notre dernier enregistrement est la rencontre de nos univers dans le monde de l'improvisation. Elle triture
le piano comme je peux le faire avec l'accordéon.

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Pouvez-vous nous parler un peu de votre nouveau spectacle,
Le vent des anches ?

Par rapport à D'Est en Ouest, un précédent spectacle, je souhaitais créer d'autres rythmes, d'autres images et envisager d'autres déplacements
des musiciens sur le plateau, mais avec l'idée de work in progress. Plus j'avance, plus j'ai envie de connaître l'histoire des instruments, les chemins de la musique, ces hommes qui ont voyagé en paix et ont montré leurs instruments. D'autres les ont repris, les ont restylés ou améliorés selon
leur tradition sonore. Il ne faut pas oublier que la musique est un énorme moyen de communication, avec tout ce qu'elle peut engendrer de senti-ments. L'accordéon a un parcours étonnant - de la guimbarde (anche libre) au sheng, puis les orgues portatifs, dont certains à anche -, une histoire riche en rebondissements (d'abord aristocrate vers 1830, puis emblème populaire au début du XXe siècle, il ne s'est jamais cantonné à un seul style). Le voir se joindre aux clarinettes de Carol Robinson, au sheng
(son ancêtre) de Wu Wei ou à la technologie de Tom Mays donne une
autre dimension, plus proche d'une histoire sans parole. Nous avons tous en commun une approche de spectacle par un travail conséquent avec des chorégraphes de renom (Susan Buirge, Odile Duboc, Fattoumi Lamoureux) ; aussi, y apporter des mouvements, des déplacements soignés et précis nous a paru naturel. Le fait d'ajouter un apport visuel (chaque lancement
de lumière est calculé à la seconde près) et les miniatures électroacousti-ques composées par quatre compositeurs (Jisse, Maldonado, Jodlowski, Zanési) rajoutent un climax important à cette histoire.

Après le spectacle, le public nous parle souvent d'immersion totale, de poésie, d'histoire, d'imaginaire incroyable. Les journalistes soulignent que ce spectacle ouvre une porte vers le contemporain sans s'y enfermer ni rester tout simplement en dehors du propos. Pas d'enfermements de genres : la musique véhicule nos émotions, nous l'avons apprise pour cela. J'assume les passages ou les ponts entre tradition et modernité. C'est ce que nous recherchions depuis le début, au Parc de la Villette, en 2006 et
en 2007, avec la scène nationale de Montbéliard où je suis artiste associé. Nous espérons que les programmateurs seront présents, le 15 mai prochain, à l'Auditorium St Germain, car c'est dans l'immersion que se crée le véritable rapport musique en mouvement et en visuel. Comme la sortie d'un dvd est prévue fin 2008, cela me donne envie d'aller encore plus loin dans l'idée de concert visuel. J'ai déjà quelques idées, mais chut !...

entretien réalisé par Laurent Bergnach (avril 2008)

 


En savoir Plus

- Le Vent des anches sera présenté le 15 mai 2008 à l'Auditorium Saint-Germain (Paris) dans le cadre du festival de La Muse en circuit, Extension du domaine de la note - renseignements sur www.alamuse.com

- Music Box, enregistré en novembre 2007, regroupe une douzaine
d'oeuvres improvisées avec Sae-Jung Kim (pianiste, Docteur en musicologie et créatrice de la compagnie Acronote), dont certaines
pour piano préparé (Integral Classic 221 226)

- des extraits de spectacles de Pascal Contet sont visibles sur My Space