musique & cinéma
un automne russe à paris
2ème épisode / du 1er au 18 décembre


le cycle se poursuit au musée d'Orsay

Rencontre avec Anahit Simonian
Le programme Images de Russie

"Limite" au musée du Louvre
Un film de Mario Peixoto
Rencontre avec Gerome Nox

Musique/Cinéma à la Cité de la Musique

Quelques projections...
Rappel des trois titres russes
En savoir plus...

des grades et des hommes - 1929
© arkeion films









Images de Russie 1908-1930


...fin du 1er épisode

Modernités Russes

Jeudi 1er décembre, 20h
L’Enfant de la grande ville [1914]
de Evgueni Bauer - 42'
La petite Elly [1918]
de Yakov Protazanov - 51'
accompagnement musical
Thierry Maillard, piano

Vendredi 2 décembre, 18h30
Satan triomphant [1917]
de Yakov Protazanov - 116'
accompagnement musical
Anahit Simonian, piano

Vendredi 2 décembre, 21h
La mort du cygne [1916]
de Evgueni Bauer - 49'
Tais-toi ma tristesse, tais-toi [1918]
de Piotr Tchardynine - 62'
accompagnement musical
Natacha Fialkovsky, balalaïka
Micha Nizimoff, accordéon

Samedi 3 décembre, 14h
Un contrat draconien [1915]
de Piotr Tchardynine - 40'
L’histoire du corset qui
a ruiné la vie d’Antocha
[1916]
de Edouard Poukhalski - 20h
accompagnement musical
Thierry Maillard, piano


2ème épisode
cinéma muet soviétique


Littérature et histoire

Littérature classique et contemporaine

Samedi 3 décembre, 16h30
Le Manteau [1926]
de Grigori Kozintzev & Leonid Trauberg - 88'
accompagnement musical
Thierry Escaich, piano

Samedi 3 décembre, 19h
La Mère [1926]
de Vsevolod Poudovkine - 87'
accompagnement musical
Thomas Koner, claviers

Dimanche 4 décembre, 14h
La Demoiselle et le voyou [1918]
de Vladimir Maiakovski - 44'
Des grades et des hommes [1929]
de Yakov Protazanov - 83'
accompagnement musical
Cyrille Lehn, piano

Dimanche 4 décembre, 16h30
La fille du capitaine [1928]
de Youri Taritch - 111'
accompagnement musical
Anahit Simonian, piano

Histoire

Mercredi 7 décembre, 12h15
Tempête sur l’Asie [1926]
de Vsevolod Poudovkine - 96'
accompagnement musical
Edouard Ferlet, piano

Jeudi 8 décembre, 20h
Deux bouldi, deux [1929]
de Lev Koulechov - 90'
accompagnement musical
Jean-François Zygel, piano


Modernités Soviétiques

Les avant-gardes

Vendredi 9 décembre, 18h30
Dura lex [1926]
de Lev Koulechov - 78'
accompagnement musical
Pierre-Michel Sivadier, piano

Vendredi 9 décembre, 20h30
La nouvelle Babylone [1929]
de Grigori Kozintzev et Leonid Trauberg - 95'
accompagnement musical
Hakim Bentchouala-Golobitch, piano

Samedi 10 décembre, 14h
Le fantôme qui ne revient pas [1929]
de Abram Room - 69'
accompagnement musical
Pierre-Michel Sivadier, piano

Samedi 10 décembre, 16h
La fin de Saint Pétersbourg [1927]
de Vsevolod Poudovkine - 73'
accompagnement musical
Pierre-Michel Sivadier, piano


la fin de saint-pétersbourg
© yzrail bograd

 

Samedi 10 décembre, 19h
La Ligne générale [1929]
de Sergueï Eisenstein - 88'
accompagnement musical
Cyrille Lehn, piano

Dimanche 11 décembre, 11h
Petit fruit de l’amour [1926]
de Alexandre Dovjenko - 31'
La terre [1930]
de Alexandre Dovjenko - 86'
accompagnement musical
Gael Mevel, piano

Le cinéma au quotidien

Dimanche 11 décembre, 18h30
La Vendeuse de cigarettes du Mosselpromx [1924]
de Youri Jelaboujski - 125'
accompagnement musical
Pierre Mancinelli, piano

Mercredi 14 décembre, 12h15
La maison de la rue Troubnaia [1928]
de Boris Barnet - 77'
accompagnement musical
Pierre-Michel Sivadier, piano

Jeudi 15 décembre, 12h15
Le Baiser de Marie Pickford [1927]
de Sergueï Komarov- 88'
accompagnement musical
Alexis Ciesla, clarinette
Youval Micenmacher, percussion

Jeudi 15 décembre, 18h30
Les aventures extraordinaires de Mister West
au pays des Bolcheviks
[1924]
de Lev Koulechov - 77'
accompagnement musical
Pierre-Michel Sivadier, piano

Jeudi 15 décembre, 20h30
Un débris de l’empire [1929]
de Friedrich Ermler - 76'
accompagnement musical
Jean-François Zygel, piano

Vendredi 16 décembre, 12h15
Trois dans un sous-sol [1927]
de Abram Room - 86'
accompagnement musical
Natacha Fialkovsky, balalaïka
Micha Nizimoff, accordéon

Vendredi 16 décembre, 18h30
Dans la grande ville [1927]
de Mark Donskoi et Mikhaïl Averbakh - 80'
accompagnement musical
Alexis Ciesla, clarinette
Youval Micenmacher, percussion

Vendredi 16 décembre, 20h30
Le village du péché [1927]
de Olga Preobrajenskaia - 90'
accompagnement musical
Pierre-Michel Sivadier, piano

Le cinéma documentaire

samedi 17 décembre, 14h
Kinopravda 21 [1924]
de Dziga Vertov - 32'
L’homme à la caméra [1929]
de Dziga Vertov - 67'
accompagnement musical
Marc Perrone, accordéon

samedi 17 décembre, 16h30
Le sel de Svaneti [1930]
de SMikhaïl Kalatozov - 66'
accompagnement musical
Thierry Escaich, piano

samedi 17 décembre, 20h30
La Chute de la dynastie Romanov [1927]
de Esther Choub - 88'
sans accompagnement musical

Dimanche 18 décembre, 11h
Le grand chemin [1927]
de Esther Choub - 114'
sans accompagnement musical

Dimanche 18 décembre, 14h
Le Turksib [1929]
de Viktor Tourine - 73'
sans accompagnement musical

Dimanche 18 décembre, 16h
Printemps [1929]
de Mikhaïl Kaufmann - 67'
sans accompagnement musical







 

la vendeuse de cigarettes du mosselprom - 1924
©
osterreichisches filmmuseum

 


 

 

 



Musique/Cinéma
à la Cité de la Musique


Du 3 au 18 décembre
la Cité de la Musique s'interroge sur la relation entre l'image et le son, à travers le cycle

Musique/Cinéma

présentant une dizaine de projections.
Aux côtés d'une trilogie Philip Glass, d'une création vidéo d'Ange Leccia ou de trois Chaplin soutenus par l'Ensemble Intercontemporain et la musique de Benedict Mason, figurent

Dimanche 4 décembre, 16h30
Le Cuirassé Potemkine
[1925]
film de Sergueï Eisenstein - 94'
accompagnement musical
Arfi


le cuirassé potemkine- 1925 © dr

Mardi 6 décembre, 20h
La Nouvelle Babylone
[1929]
film de Grigori Kozintsev & Leonid Trauberg - 83'
accompagnement musical
Dmitri Chostakovitch
Orchestre du Conservatoire de Paris
dirigé par Timothy Brock

Jeudi 8 et vendredi 9 décembre, 20h
¡ Que Viva Mexico !
[1931]
film de Sergueï Eisenstein - 87'
accompagnement musical
nlf3

Nous remercions Viviana Andriani et Marine Nicodeau
pour leurs aides précieuses dans la réalisation de ce dossier


Le 17 novembre, nous présentions le premier épisode de ce dossier consacré au cycle Images de Russie proposé par l'Auditorium du Musée d'Orsay, en parallèle à l'exposition L’art russe dans la deuxième moitié
du XIXe siècle
. Aujourd'hui, nous poursuivons cette publication en allant à la rencontre de quelques artistes qui accompagneront les films de la période soviétique, tout en ouvrant notre sujet à des manifestations analogues :
la projection de Limite, film brésilien de Mario Peixoto (1931), à l'Auditorium du Musée du Louvre (les 16, 17 et 18 décembre) et Musique/Cinéma, le programme de la Cité de la Musique (du 3 au 18 décembre)...



le cycle se poursuit au Musée d'Orsay

Rencontre avec Anahit Simonian

Vous avez composé plusieurs musiques pour le cinéma ; vous avez éga-lement une grande pratique de l'accompagnement live : comment ces deux expériences se répondent-elles?
C'est évidemment tout à fait différent. En live, je n'ai quasiment pas de pré-
paration. Je commence par beaucoup m'imprégner du film en le regardant plusieurs fois, jusqu'à construire une sorte de trame graphique dans ma tête, en rapport avec les rebondissements, les suspens, les événements de la pellicule. Mais lorsque j'arrive sur scène, je ne sais rien de ce que je vais faire. Je sais uniquement que je dois être dans une excellente forme physique pour tenir une heure et demi ou deux heures devant l'écran ! L'espace où je joue est très important, ainsi que la manière dont les
gens reçoivent le film, parce que je réagis dans l'instant, en tenant compte de l'énergie du public. Je compose beaucoup par ailleurs : là, c'est plus une construction, une architecture. En composant, on a un rôle de metteur en scène qui tient compte de chaque élément ; on est responsable de tout,
on sait pour quel instrumentiste on écrit, etc. J'écris d'ailleurs très rarement pour le piano, sans doute parce que la pratique de l'improvisation à mon instrument ne rentre pas dans ce processus intellectuellement plus distant. Pour moi, l'improvisation doit rester improvisation, soit une composition instantanée. C'est le moine bouddhiste qui, pendant des mois, dessine
sur le sable : il souffle sur son œuvre et la fait disparaître en un instant.
Il ne reste rien ; c'est ce que je trouve de plus beau.

Il y a une dizaine d'années que vous vous êtes installée en France.
Qu'est-ce que cela vous fait de jouer aujourd'hui pour un festival de cinéma russe ?

Je n'ai jamais coupé les liens avec l'Arménie et la Russie.
J'ai eu l'occasion de choisir les films pour lesquels je jouerai. Mon père
et ma sœur interviendront également pendant ce festival : tous trois, nous avons soigneusement évité les films dont les sujets nous auraient été trop sensibles. De fait, c'est un grand plaisir de jouer là. Mais est-ce que j'improvise de la musique russe ? H'm… difficile à dire.

Vous accompagnerez deux projections à l'Auditorium d'Orsay.
D'abord Satan triomphant de Protazanov, dont l'intrigue mêle un désir d'amour spirituel à la consommation d'amours bien terrestres, sur fond de malédiction et de morale. Comment approchez-vous cet univers ? Travaillez-vous ces thématiques ? Préférez-vous vous concentrer
sur le rythme du montage ?

C'est d'abord le rythme du film qui m'inspire. Je m'attache à sa lumière,
à la qualité de sa photographie, aux couleurs de la copie, même, et inévita-blement à un certain ton de la narration des images. En dehors de ce schéma essentiellement rythmique, je ne veux pas tout préparer. Dernièrement, j'ai composé pour un long métrage muet qui sera bientôt diffusé pour Arte ; le point commun à l'improvisation et à la composition, c'est de capter le souffle du film. Si vous vous en êtes saisi, le reste vient presque tout seul. L'illustration ou l'intégration des thématiques restent in-tuitive, on ne les conscientise pas, sinon la musique est mauvaise (rires) !

Avec La fille du capitaine de Taritch, nous retrouvons la nouvelle éponyme de Pouchkine, soit une histoire d'imposture politique où l'amour vient se glisser. Que vous inspire ce film où l'amour est une illumination qui n'a rien à voir avec la notion de péché ?
J'ai beaucoup aimé le livre de Pouchkine que j'ai lu en russe à l'age de quatorze ans. Du coup, j'ai une tendresse particulière pour ce récit. Il me faut avouer être plus attachée à son histoire d'amour qu'à sa mesure poli-tique. J'espère, en l'accompagnant, vous raconter cette aventure à ma manière, bien sûr, mais aussi - et tant pis si cela pourra sembler grandiloquent - jouer pour Pouchkine.

C'est sans doute très différent que de s'apprêter à accompagner Buster Keaton, par exemple ?
Oui ! Vous savez, lorsque j'ai joué pour les films de Buster Keaton,
j'ai vraiment beaucoup ri. Je ne faisais pas exprès, mais l'exigence de réactions très rapides a fini par tellement m'impliquer dans les situations montrées sur l'écran que tout me paraissait drôle.

Vous avez associé votre talent aux réalisations de poètes, de photographes, de vidéastes. Quelle relation un artiste du son - comme vous l'êtes - entretient-il avec le domaine de l'image ?
J'adore travailler avec l'image, qu'elle soit figée (photo), qu'elle bouge (cinéma), ou qu'elle soit traitée par les procédé de la vidéo. Comme beau-coup de musiciens, je vois des images lorsque je joue. J'entends la musi-que en formes et en couleurs, ce qui me met forcément très à l'aise avec l'image en général. Dans les projets pluridisciplinaires, les rencontres sont très stimulantes. Elles créent des inspirations réciproques qui inventent des nouveautés. Par exemple : j'ai fait des performances improvisées en direct avec un peintre ; cela ouvre notre perception au monde qui nous en-toure, un monde non cloisonné où se conjuguent en même temps les sons, les images, les odeurs, toutes les sensations.

Quels sont vos projets futurs avec le cinéma ?
Le 9 décembre, Arte diffusera le premier long métrage arménien :
Namous (L'Honneur)
de Hamo Bek-Nazarov (1925), d'après le roman éponyme d'Alexandre Chirvanzadé (1885) ; j'en ai composé la musique. Avec les interprètes, nous espérons tourner ce projet en live (12 musiciens, pour une formation mixte entre classique, jazz et traditionnel). J'écris égale-ment la musique d'un dessin animé, Irinka Sandrinka, de Sandrine Stoïanov, encore pour Arte. C'est la rencontre onirique entre une petite fille d'origine russe dans la France d'aujourd'hui et une petite fille de la Russie du début du siècle dernier. Avec Olivier Horn, un réalisateur avec lequel j'ai déjà beaucoup travaillé, je prépare la seconde partie d'un documentaire
sur la communauté chinoise de Paris, Les chinois de Paris.

la vendeuse de cigarettes du mosselprom - 1924 © rabitchev

 

 



"Limite" au Musée du Louvre

Lors d'un séjour parisien en 1929, le jeune poète brésilien Mário Peixoto
est fasciné par une photo d'André Kertesz faisant la une du magazine Vu : de cette image représentant deux mains d'homme menottés devant le visage d'une femme naîtra en une nuit le scénario de Limite, le film qu'il commencerait de tourner dès le printemps suivant, à Rio de Janeiro. Le récit s'articule autour de trois personnages - deux femmes et un homme - se trouvant dans un canot à la dérive en plein océan. Une série de flash-back révèle leurs histoires respectives et les raisons de leur présence dans le canot. La première femme s'est évadée de prison ; la seconde
est mariée à un pianiste de cinéma alcoolique ; l'homme, veuf, a eu une aventure avec une femme atteinte de la lèpre. Peu à peu, chacun est englouti par les eaux.
La technique narrative de Peixoto fait preuve d'une grande inventivité, mais exige une forte attention de la part du spectateur, principalement en raison de l'absence presque totale d'intertitres. Le film alterne gros plans et plans d'ensemble, jouant sur le paradoxe de ces visages perdus au milieu d'es-paces infinis et vides, et utilise des mouvements de caméras inhabituels. Pour les prises de vue, le cameraman Edgar Brazil conçoit un appareillage permettant à la caméra de suivre les acteurs sans soubresauts. Très in-fluencé par l'avant-garde française ainsi que par le montage soviétique, Mário Peixoto n'en développe pas moins un style vraiment personnel.
L'interprète le rôle du pianiste du film, Brutus Perdeira, contribue au
choix des extraits musicaux qui soutiennent la projection, parmi
lesquels Borodine, Debussy, Franck, Prokofiev, Ravel, Satie ou Stravinsky.
La première, qui eut lieu à Rio le 17 mai 1931, fut un échec commercial.
Le film ne trouvera jamais de distributeur. Pus tard, Peixoto publierait Mundéu, un recueil de poèmes, passant sa vie à écrire quelques romans ainsi que des scénarios jamais tournés ; il constituera une importante col-lection d'art colonial dans sa maison de Morcego Beach qu'il revendra, mourrant dans le dénuement en 1992. Métaphore de la fragilité du destin humain face à la fatalité, Limite [110' ] est devenu un film légendaire, em-prunt de mystère, dont les rares projections dans le circuit expérimental font à chaque fois événement. Pour ses projection à l'auditorium du Louvre, les vendredi 16 et samedi 17 décembre à 20h30, ainsi que le dimanche 18 à 16h, Gerome Nox a réalisé une création musicale pour dispositif électronique en temps réel et contrebasse.



Rencontre avec Gerome Nox

Alors que la projection de films muets accompagnés de musiques
live
connaît un renouveau important, la pratique qu'on en connaissait
a nettement changée. Là, on propose un film soutenu par un pianiste
à l'ancienne, ici la création d'une nouvelle partition, écrite spécialement
par un compositeur pour telle pellicule, et pouvant avoir fait l'objet d'une commande spécifique, tandis qu'il arrive de plus en plus que des musi-ciens non issus de milieux dits savants ou de tradition écrite s'expri-ment devant la toile. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Peut-être que l'on s'intéresse un peu plus, depuis le grand boum
des musiques électroniques et de la techno' des années quatre-vingt dix, aux musiques dites non savantes, alors qu'elles ne sont pas si éloignées que ça des musiques savantes, en fait. Il y a un engouement certains, quelque chose dans l'air du temps. L'Ircam va même entendre et voir certaines choses dans le rock. Il y vingt ans que le jazz ou ce que l'on appelait alors les nouvelles musiques, plus justement le post-rock, intervient sur le cinéma muet. Il y a donc une continuité. On le voit plus publiquement qu'aujourd'hui, mais c'était déjà là. On en fait peut-être plus cas aujourd'hui, mais ça existait. La musique électronique, avec le style de Pansonic, par exemple, de nombreux groupes d'Autriche et des pays du nord, poursuive cela. Certes,
il n'y avait pas de commandes, tout était spontané, venait de musiciens passionnés qui montaient eux-même la chose en production. On peut par conséquent constater une ouverture nouvelle. Personnellement, c'est un exercice auquel j'avais juré de ne jamais me frotter, parce que j'étais le
plus souvent insatisfait par ce que je pouvais voir en la matière. Christian Longchamp (responsable de la programmation cinéma de l'Auditorium du Louvre) m'a contacté d'une manière qui m'a séduit : je suis proche des plasticiens, et il m'a connu d'abord par mon travail de collaboration que j'ai pu développer avec eux ; c'est par le biais de la galerie Yvon Lambert qu'il m'a contacté. Il m'a montré le film, et j'ai compris qu'il ne m'avait pas choisi au hasard : le travail de l'image, la plasticité du film sont si importants que je peux mettre en exergue la narration et ne me concentrer que sur cet aspect. J'ai été formé aux Beaux Arts : je me sens de fait plus proche des artistes plastiques ; cela influe évidemment sur ma pratique musicale.
Plus que compositeur, je pourrais me dire sculpteur des sons, si vous voulez. Grâce à des outils technologiques performants, nous pouvons aujourd'hui travailler le son, débroussaillé par des gens comme Pierre Schaeffer, comme une matière. Le film de Mário Peixoto m'offre à ce
titre une proximité de langage qui m'inspire.


limite - 1931 © gropo novo de cinema e tv


Demander ces artistes, n'est-ce pas en quelque sorte sortir
le cinéma muet du musée ?
Effectivement, mais c'est aussi en profiter pour faire sortir ce type de créateurs sonores de leur anonymat, pour ne pas dire leur ghetto ! Je travaille très peu dans le milieu de la musique, même si j'ai fait partie d'un groupe qui aujourd'hui n'existe plus ; ma démarche s'oriente plus vers le spectacle vivant, et je collabore avec des chorégraphes. Or, j'ai beaucoup
de mal à faire venir le public de la musique - un public qui me suit - à ces spectacles de danse où j'interviens en live dans mon style ; de même n'est-il pas facile de déplacer le public de la danse à des concerts d'une musique qu'il dit avoir aimé, mais qui se donnera sans le support scénique. C'est une initiative tant louable que passionnante que de faire écouter des cho-ses différentes à ceux qui sont venus pour le film et de montrer un certain cinéma aux gens qui sont là pour la musique.

Quel regard un musicien d'aujourd'hui porte-t-il sur un film de 1931 ?
Le 16 décembre, ce sera ma première expérience active avec le cinéma muet. Cela peut-il me donner un avis et me permettre de répondre à une telle question ? Je ne crois pas. Limite est si particulier…
Ce film est extrêmement moderne pour les années trente. Le fait que sa pellicule soit abîmée est la seule datation à laquelle il me renvoie, le propos esthétique est tellement novateur ! Je ne ressens donc ni décalage, ni be-soin d'adaptation pour travailler cette matière.

La conception de sonorités dites virtuelles vous semble-t-elle
communier avec l'art de la manipulation des affects par les images ?
Aujourd'hui, la découverte de nouveaux moyens technologiques au fur et
à mesure qu'il les utilise place le musicien que je suis dans un contexte comparable à l'enthousiasme des réalisateurs de ce cinéma là, qui eux aussi exploraient. Il y a une proximité exaltante, bien sûr ! Pour ce film, si on doit parler d'une expérimentation des images, je me sens en effet très pro-che de Mário Peixoto pour ce qui est de la conception, du montage, de la lumière de ce film. C'est d'ailleurs son seul film ; mais qu'aurait il pu faire d'autres après cela ?

Pour Limite, vous avez composé une intervention que vous vouliez ouverte à l'improvisation ?
Je n'écris pas de musique au sens traditionnel du terme.
Mais on ne va pas faire non plus ce que l'on appelle un bœuf ! J'utilise des amas de couches sonores que je produis à partir d'idées personnelles qu'il me faut confronter à Bruno Chevillon, le contrebassiste qui interviendra en live pendant la projection. C'est un artiste très rigoureux dans sa pratique ;
il utilise ses instruments exactement comme j'ai pu le faire autrefois, à la guitare. Nous nous retrouvons sur ce point : il cultive certains effets, des bruits, et pas uniquement un son produit par la corde, de même que j'utili-se des boucles de sons noisy, par exemple. Mon approche de l'électronique est assez brutale, sensuelle. Elle fuit la froideur qu'on associe en général à l'électronique. De fait, je n'utilise pas de logiciels trop compliqués qui ne sauraient m'offrir un rapport spontané. Pour Limite, il y aura une partie écrite, entre guillemets, et une partie improvisée de Bruno et moi-même, puisque je récupérerai certains des sons qu'il émettra pour les façonner en direct. Plus que de l'improvisation, nous pourrions plus justement dire de l'aléatoire.

propos recueillis en décembre 2005 par Bertrand Bolognesi




Musique/Cinéma à la Cité de la Musique

Un programme incluant trois films russes
Depuis les premiers temps, c'est-à-dire il y a dix ans, la Cité de la Musique accorde régulièrement une certaine place au cinéma muet accompagné.
Si, par le passé, l'on put y voir La chute de la Maison Usher, le cycle
Docteur Mabuse
ou encore Faust, la première quinzaine de décembre s'interroge différemment aujourd'hui sur la relation entre les musiciens et
la toile. On se souvient peu que le comédien Charles Vanel fut également réalisateur : c'est avec Dans la nuit, son film de 1929, que s'ouvrira la 1ère partie du programme Musique/Cinéma, soit Les classiques, le 3 décembre ;
le clarinettiste Louis Sclavis jouera en direct la bande-son originale qu'il a imaginée pour ces images.
Suivront trois films soviétiques, les 4, 6, 8 et 9 décembre, l'auditorium du parc de la Villette rejoignant par ceux-ci la thématique du Musée d'Orsay. L'Arfi, soit l'Association à la recherche d'un folklore imaginaire, soutiendra de ses cuivres et claviers la projection du Cuirassé Potemkine, 3ème film tourné par Sergeï Eisenstein [1925], dont la fameuse scène de fusillade
sur l'escalier d'Odessa a fait la célébrité. Le cinéaste letton tournerait au Mexique durant toute l'année 1931 un projet commandé par Hollywood
qui finalement renoncerait à l'entreprise. Lorsqu'il quitte le sol américain au printemps 1932, il espère en vain retrouver la pellicule pour réaliser son film dans les studios moscovites ; en 1948, il disparaîtrait sans avoir pu satis-faire ce vœu. Trente ans plus tard, Grigori Alexandrov réunit enfin le matériau américain et réalise le montage tant attendu de ¡ Que Viva Mexico ! pour lequel joueront Nicolas Laureau, Ludovic Morillon et Fabrice Laureau, formant le trio nlf3. Enfin, visitant la révolte de 1905 et l'histoire du Mexique jusqu'à sa révolution, il paraîtra naturel que cette semaine se penche sur
la Commune de Paris avec La Nouvelle Babylone de Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg [1929], bobine pour laquelle Dmitri Chostakovitch écrirait une vaste partition qu'interprètera l'Orchestre du Conservatoire sous la direction de Timothy Brock.
Regards actuels, la seconde partie de ce cycle, fera entendre ChaplinOperas, l'œuvre que le britannique Benedict Mason a composée
en 1988 pour trois comédies de Chaplin : Easy Street, The Immigrant et
The Adventurer
[1917] : c'est Johannes Kalitzke qui accompagnera cette projection, à la tête de l'Ensemble Intercontemporain, le 10 décembre. Après la performance de Traffic Quintet sur une création vidéo de Ange Leccia (le 11), et le spectacle D'Est en musique imaginé pas la violoncel-liste Sonia Wieder-Atherton, tandis que l'Auditorium du Musée d'Orsay clôturera son festival par les documentaires soviétiques, la Cité de la Musi-que montrera la trilogie tournée par Godfrey Reggio de 1975 à 2002 pour laquelle Philip Glass a conçu la musique : Koyaanisqatsi, Powaqqatsi et Naqoyqatsi seront visibles les 16, 17 et 18 décembre, accompagné
en live par le compositeur américain en personne.

 

 

 


En savoir plus

vous pouvez visiter
www.kinoglaz.fr
spécialiste du cinéma russe et soviétique

lire le 1er épisode de ce dossier
en cliquant sur la vignette

 

et consulter les horaires de projections sur
www.musee-orsay.fr
www.cite-musique.fr
www.louvre.fr