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musique & cinéma
un automne russe à paris
2ème épisode
/ du 1er
au 18 décembre
le cycle se poursuit au musée d'Orsay
Rencontre
avec Anahit Simonian
Le
programme Images de Russie
"Limite" au musée
du Louvre
Un
film de Mario Peixoto
Rencontre
avec Gerome Nox
Musique/Cinéma à la Cité de la Musique
Quelques
projections...
Rappel
des trois titres russes
En
savoir plus...
des grades et des hommes - 1929
© arkeion films
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Images de
Russie 1908-1930
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...fin du 1er épisode
Modernités
Russes
Jeudi 1er décembre,
20h
LEnfant de la grande ville
[1914]
de Evgueni Bauer - 42'
La petite Elly [1918]
de Yakov Protazanov - 51'
accompagnement musical
Thierry Maillard, piano
Vendredi 2 décembre,
18h30
Satan triomphant [1917]
de Yakov Protazanov - 116'
accompagnement musical
Anahit Simonian, piano
Vendredi 2 décembre,
21h
La mort du cygne [1916]
de Evgueni Bauer - 49'
Tais-toi ma tristesse, tais-toi
[1918]
de Piotr Tchardynine - 62'
accompagnement musical
Natacha Fialkovsky, balalaïka
Micha Nizimoff, accordéon
Samedi 3 décembre,
14h
Un contrat draconien [1915]
de Piotr Tchardynine - 40'
Lhistoire du corset qui
a ruiné la vie dAntocha [1916]
de Edouard Poukhalski - 20h
accompagnement musical
Thierry Maillard, piano
2ème épisode
cinéma muet soviétique
Littérature et histoire
Littérature
classique et contemporaine
Samedi 3 décembre,
16h30
Le Manteau [1926]
de Grigori Kozintzev & Leonid Trauberg - 88'
accompagnement musical
Thierry Escaich, piano
Samedi 3 décembre,
19h
La Mère [1926]
de Vsevolod Poudovkine - 87'
accompagnement musical
Thomas Koner, claviers
Dimanche 4 décembre,
14h
La Demoiselle et le voyou
[1918]
de Vladimir Maiakovski - 44'
Des grades et des hommes
[1929]
de Yakov Protazanov - 83'
accompagnement musical
Cyrille Lehn, piano
Dimanche 4 décembre,
16h30
La fille du capitaine [1928]
de Youri Taritch - 111'
accompagnement musical
Anahit Simonian, piano
Histoire
Mercredi 7 décembre,
12h15
Tempête sur lAsie
[1926]
de Vsevolod Poudovkine - 96'
accompagnement musical
Edouard Ferlet, piano
Jeudi 8 décembre,
20h
Deux bouldi, deux
[1929]
de Lev Koulechov - 90'
accompagnement musical
Jean-François Zygel, piano
Modernités Soviétiques
Les
avant-gardes
Vendredi 9 décembre,
18h30
Dura lex [1926]
de Lev Koulechov - 78'
accompagnement musical
Pierre-Michel Sivadier, piano
Vendredi 9 décembre,
20h30
La nouvelle Babylone
[1929]
de Grigori Kozintzev et Leonid Trauberg - 95'
accompagnement musical
Hakim Bentchouala-Golobitch, piano
Samedi 10 décembre,
14h
Le fantôme qui ne revient
pas [1929]
de Abram Room - 69'
accompagnement musical
Pierre-Michel Sivadier, piano
Samedi 10 décembre,
16h
La fin de Saint Pétersbourg
[1927]
de Vsevolod Poudovkine - 73'
accompagnement musical
Pierre-Michel Sivadier, piano
la fin de saint-pétersbourg
© yzrail bograd
Samedi 10 décembre,
19h
La Ligne générale
[1929]
de Sergueï Eisenstein - 88'
accompagnement musical
Cyrille Lehn, piano
Dimanche 11 décembre,
11h
Petit fruit de lamour [1926]
de Alexandre Dovjenko - 31'
La terre [1930]
de Alexandre Dovjenko - 86'
accompagnement musical
Gael Mevel, piano
Le
cinéma au quotidien
Dimanche 11 décembre,
18h30
La Vendeuse de cigarettes du
Mosselpromx [1924]
de Youri Jelaboujski - 125'
accompagnement musical
Pierre Mancinelli, piano
Mercredi 14 décembre,
12h15
La maison de la rue Troubnaia
[1928]
de Boris Barnet - 77'
accompagnement musical
Pierre-Michel Sivadier, piano
Jeudi 15 décembre,
12h15
Le Baiser de Marie Pickford [1927]
de Sergueï Komarov- 88'
accompagnement musical
Alexis Ciesla, clarinette
Youval Micenmacher, percussion
Jeudi 15 décembre,
18h30
Les aventures extraordinaires
de Mister West
au pays des Bolcheviks [1924]
de Lev Koulechov - 77'
accompagnement musical
Pierre-Michel Sivadier, piano
Jeudi 15 décembre,
20h30
Un débris de lempire
[1929]
de Friedrich Ermler - 76'
accompagnement musical
Jean-François Zygel, piano
Vendredi 16 décembre,
12h15
Trois dans un sous-sol
[1927]
de Abram Room - 86'
accompagnement musical
Natacha Fialkovsky, balalaïka
Micha Nizimoff, accordéon
Vendredi 16 décembre,
18h30
Dans la grande ville [1927]
de Mark Donskoi et Mikhaïl Averbakh - 80'
accompagnement musical
Alexis Ciesla, clarinette
Youval Micenmacher, percussion
Vendredi 16 décembre,
20h30
Le village du péché
[1927]
de Olga Preobrajenskaia - 90'
accompagnement musical
Pierre-Michel Sivadier, piano
Le
cinéma documentaire
samedi 17 décembre,
14h
Kinopravda 21 [1924]
de Dziga Vertov - 32'
Lhomme à la caméra
[1929]
de Dziga Vertov - 67'
accompagnement musical
Marc Perrone, accordéon
samedi 17 décembre,
16h30
Le sel de Svaneti [1930]
de SMikhaïl Kalatozov - 66'
accompagnement musical
Thierry Escaich, piano
samedi 17 décembre,
20h30
La Chute de la dynastie Romanov
[1927]
de Esther Choub - 88'
sans accompagnement musical
Dimanche 18 décembre,
11h
Le grand chemin [1927]
de Esther Choub - 114'
sans accompagnement musical
Dimanche 18 décembre,
14h
Le Turksib [1929]
de Viktor Tourine - 73'
sans accompagnement musical
Dimanche 18 décembre,
16h
Printemps [1929]
de Mikhaïl Kaufmann - 67'
sans accompagnement musical

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la vendeuse de cigarettes du mosselprom -
1924
© osterreichisches filmmuseum
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Musique/Cinéma
à la Cité de la Musique
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Du 3 au 18 décembre
la Cité de la Musique s'interroge sur la relation
entre l'image et le son, à travers le cycle
Musique/Cinéma
présentant une dizaine de projections.
Aux côtés d'une trilogie Philip Glass,
d'une création vidéo d'Ange Leccia ou
de trois Chaplin soutenus par l'Ensemble Intercontemporain
et la musique de Benedict Mason, figurent
Dimanche 4 décembre, 16h30
Le Cuirassé Potemkine [1925]
film de Sergueï Eisenstein - 94'
accompagnement musical
Arfi
le cuirassé potemkine- 1925
© dr
Mardi 6 décembre, 20h
La Nouvelle Babylone [1929]
film de Grigori Kozintsev & Leonid
Trauberg - 83'
accompagnement musical
Dmitri Chostakovitch
Orchestre du Conservatoire de Paris
dirigé par Timothy Brock
Jeudi 8 et vendredi 9 décembre,
20h
¡ Que Viva Mexico ! [1931]
film de Sergueï Eisenstein - 87'
accompagnement musical
nlf3
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Nous remercions Viviana Andriani et Marine Nicodeau
pour leurs aides précieuses dans la réalisation de
ce dossier
Le 17 novembre, nous présentions le premier
épisode de ce dossier consacré au cycle Images
de Russie proposé par l'Auditorium du Musée d'Orsay,
en parallèle à l'exposition
Lart russe dans la deuxième moitié
du XIXe siècle. Aujourd'hui, nous poursuivons cette publication
en allant à la rencontre de quelques artistes qui accompagneront
les films de la période soviétique, tout en ouvrant
notre sujet à des manifestations analogues :
la projection de Limite, film brésilien de Mario Peixoto
(1931), à l'Auditorium du Musée du Louvre (les 16,
17 et 18 décembre) et Musique/Cinéma, le programme
de la Cité de la Musique (du 3 au 18 décembre)...
le cycle se poursuit au Musée
d'Orsay
Rencontre avec Anahit
Simonian
Vous avez composé plusieurs musiques
pour le cinéma ; vous avez éga-lement une grande pratique
de l'accompagnement live : comment ces deux expériences
se répondent-elles?
C'est évidemment tout à fait différent. En
live, je n'ai quasiment pas de pré-
paration. Je commence par beaucoup m'imprégner du film en
le regardant plusieurs fois, jusqu'à construire une sorte
de trame graphique dans ma tête, en rapport avec les rebondissements,
les suspens, les événements de la pellicule. Mais
lorsque j'arrive sur scène, je ne sais rien de ce que je
vais faire. Je sais uniquement que je dois être dans une excellente
forme physique pour tenir une heure et demi ou deux heures devant
l'écran ! L'espace où je joue est très important,
ainsi que la manière dont les
gens reçoivent le film, parce que je réagis dans l'instant,
en tenant compte de l'énergie du public. Je compose beaucoup
par ailleurs : là, c'est plus une construction, une architecture.
En composant, on a un rôle de metteur en scène qui
tient compte de chaque élément ; on est responsable
de tout,
on sait pour quel instrumentiste on écrit, etc. J'écris
d'ailleurs très rarement pour le piano, sans doute parce
que la pratique de l'improvisation à mon instrument ne rentre
pas dans ce processus intellectuellement plus distant. Pour moi,
l'improvisation doit rester improvisation, soit une composition
instantanée. C'est le moine bouddhiste qui, pendant des
mois, dessine
sur le sable : il souffle sur son uvre et la fait disparaître
en un instant.
Il ne reste rien ; c'est ce que je trouve de plus beau.
Il y a une dizaine d'années que vous
vous êtes installée en France.
Qu'est-ce que cela vous fait de jouer aujourd'hui pour un festival
de cinéma russe ?
Je n'ai jamais coupé les liens avec l'Arménie et la
Russie.
J'ai eu l'occasion de choisir les films pour lesquels je jouerai.
Mon père
et ma sur interviendront également pendant ce festival
: tous trois, nous avons soigneusement évité les films
dont les sujets nous auraient été trop sensibles.
De fait, c'est un grand plaisir de jouer là. Mais est-ce
que j'improvise de la musique russe ? H'm
difficile à
dire.
Vous accompagnerez deux projections à
l'Auditorium d'Orsay.
D'abord Satan triomphant de Protazanov, dont l'intrigue
mêle un désir d'amour spirituel à la consommation
d'amours bien terrestres, sur fond de malédiction et de
morale. Comment approchez-vous cet univers ? Travaillez-vous ces
thématiques ? Préférez-vous vous concentrer
sur le rythme du montage ?
C'est d'abord le rythme du film qui m'inspire. Je m'attache à
sa lumière,
à la qualité de sa photographie, aux couleurs de
la copie, même, et inévita-blement à un certain
ton de la narration des images. En dehors de ce schéma
essentiellement rythmique, je ne veux pas tout préparer.
Dernièrement, j'ai composé pour un long métrage
muet qui sera bientôt diffusé pour Arte ; le point
commun à l'improvisation et à la composition, c'est
de capter le souffle du film. Si vous vous en êtes saisi,
le reste vient presque tout seul. L'illustration ou l'intégration
des thématiques restent in-tuitive, on ne les conscientise
pas, sinon la musique est mauvaise (rires) !
Avec La fille du capitaine de Taritch,
nous retrouvons la nouvelle éponyme de Pouchkine, soit
une histoire d'imposture politique où l'amour vient se
glisser. Que vous inspire ce film où l'amour est une illumination
qui n'a rien à voir avec la notion de péché
?
J'ai beaucoup aimé le livre de Pouchkine que j'ai lu en
russe à l'age de quatorze ans. Du coup, j'ai une tendresse
particulière pour ce récit. Il me faut avouer être
plus attachée à son histoire d'amour qu'à
sa mesure poli-tique. J'espère, en l'accompagnant, vous
raconter cette aventure à ma manière, bien sûr,
mais aussi - et tant pis si cela pourra sembler grandiloquent
- jouer pour Pouchkine.
C'est sans doute très différent
que de s'apprêter à accompagner Buster Keaton, par
exemple ?
Oui ! Vous savez, lorsque j'ai joué pour les films de Buster
Keaton,
j'ai vraiment beaucoup ri. Je ne faisais pas exprès, mais
l'exigence de réactions très rapides a fini par tellement
m'impliquer dans les situations montrées sur l'écran
que tout me paraissait drôle.
Vous avez associé votre talent aux
réalisations de poètes, de photographes, de vidéastes.
Quelle relation un artiste du son - comme vous l'êtes - entretient-il
avec le domaine de l'image ?
J'adore travailler avec l'image, qu'elle soit figée (photo),
qu'elle bouge (cinéma), ou qu'elle soit traitée par
les procédé de la vidéo. Comme beau-coup de
musiciens, je vois des images lorsque je joue. J'entends la musi-que
en formes et en couleurs, ce qui me met forcément très
à l'aise avec l'image en général. Dans les
projets pluridisciplinaires, les rencontres sont très stimulantes.
Elles créent des inspirations réciproques qui inventent
des nouveautés. Par exemple : j'ai fait des performances
improvisées en direct avec un peintre ; cela ouvre notre
perception au monde qui nous en-toure, un monde non cloisonné
où se conjuguent en même temps les sons, les images,
les odeurs, toutes les sensations.
Quels sont vos projets futurs avec le cinéma
?
Le 9 décembre, Arte diffusera le premier long métrage
arménien :
Namous (L'Honneur) de Hamo Bek-Nazarov (1925), d'après
le roman éponyme d'Alexandre Chirvanzadé (1885) ;
j'en ai composé la musique. Avec les interprètes,
nous espérons tourner ce projet en live (12 musiciens,
pour une formation mixte entre classique, jazz et traditionnel).
J'écris égale-ment la musique d'un dessin animé,
Irinka Sandrinka, de Sandrine Stoïanov, encore pour
Arte. C'est la rencontre onirique entre une petite fille d'origine
russe dans la France d'aujourd'hui et une petite fille de la Russie
du début du siècle dernier. Avec Olivier Horn, un
réalisateur avec lequel j'ai déjà beaucoup
travaillé, je prépare la seconde partie d'un documentaire
sur la communauté chinoise de Paris, Les chinois de Paris.
la vendeuse de cigarettes du mosselprom - 1924
© rabitchev

"Limite" au
Musée du Louvre
Lors d'un séjour parisien en 1929, le jeune poète
brésilien Mário Peixoto
est fasciné par une photo d'André Kertesz faisant
la une du magazine Vu : de cette image représentant
deux mains d'homme menottés devant le visage d'une femme
naîtra en une nuit le scénario de Limite, le
film qu'il commencerait de tourner dès le printemps suivant,
à Rio de Janeiro. Le récit s'articule autour de trois
personnages - deux femmes et un homme - se trouvant dans un canot
à la dérive en plein océan. Une série
de flash-back révèle leurs histoires respectives
et les raisons de leur présence dans le canot. La première
femme s'est évadée de prison ; la seconde
est mariée à un pianiste de cinéma alcoolique
; l'homme, veuf, a eu une aventure avec une femme atteinte de la
lèpre. Peu à peu, chacun est englouti par les eaux.
La technique narrative de Peixoto fait preuve d'une grande inventivité,
mais exige une forte attention de la part du spectateur, principalement
en raison de l'absence presque totale d'intertitres. Le film alterne
gros plans et plans d'ensemble, jouant sur le paradoxe de ces visages
perdus au milieu d'es-paces infinis et vides, et utilise des mouvements
de caméras inhabituels. Pour les prises de vue, le cameraman
Edgar Brazil conçoit un appareillage permettant à
la caméra de suivre les acteurs sans soubresauts. Très
in-fluencé par l'avant-garde française ainsi que par
le montage soviétique, Mário Peixoto n'en développe
pas moins un style vraiment personnel.
L'interprète le rôle du pianiste du film, Brutus Perdeira,
contribue au
choix des extraits musicaux qui soutiennent la projection, parmi
lesquels Borodine, Debussy, Franck, Prokofiev, Ravel, Satie ou Stravinsky.
La première, qui eut lieu à Rio le 17 mai 1931,
fut un échec commercial.
Le film ne trouvera jamais de distributeur. Pus tard, Peixoto publierait
Mundéu, un recueil de poèmes, passant sa vie
à écrire quelques romans ainsi que des scénarios
jamais tournés ; il constituera une importante col-lection
d'art colonial dans sa maison de Morcego Beach qu'il revendra, mourrant
dans le dénuement en 1992. Métaphore de la fragilité
du destin humain face à la fatalité, Limite [110'
] est devenu un film légendaire, em-prunt de mystère,
dont les rares projections dans le circuit expérimental font
à chaque fois événement. Pour ses projection
à l'auditorium du Louvre, les vendredi 16 et samedi 17
décembre à 20h30, ainsi que le dimanche 18 à
16h, Gerome Nox a réalisé une création
musicale pour dispositif électronique en temps réel
et contrebasse.
Rencontre avec Gerome Nox
Alors que la projection de films muets accompagnés
de musiques
live connaît un renouveau important, la pratique qu'on
en connaissait
a nettement changée. Là, on propose un film soutenu
par un pianiste
à l'ancienne, ici la création d'une nouvelle
partition, écrite spécialement
par un compositeur pour telle pellicule, et pouvant avoir fait l'objet
d'une commande spécifique, tandis qu'il arrive de plus en
plus que des musi-ciens non issus de milieux dits savants
ou de tradition écrite s'expri-ment devant la toile. Comment
expliquez-vous ce phénomène ?
Peut-être que l'on s'intéresse
un peu plus, depuis le grand boum
des musiques électroniques et de la techno' des années
quatre-vingt dix, aux musiques dites non savantes, alors
qu'elles ne sont pas si éloignées que ça des
musiques savantes, en fait. Il y a un engouement certains, quelque
chose dans l'air du temps. L'Ircam va même entendre et voir
certaines choses dans le rock. Il y vingt ans que le jazz ou ce
que l'on appelait alors les nouvelles musiques, plus justement
le post-rock, intervient sur le cinéma muet. Il y a donc
une continuité. On le voit plus publiquement qu'aujourd'hui,
mais c'était déjà là. On en fait peut-être
plus cas aujourd'hui, mais ça existait. La musique électronique,
avec le style de Pansonic, par exemple, de nombreux groupes d'Autriche
et des pays du nord, poursuive cela. Certes,
il n'y avait pas de commandes, tout était spontané,
venait de musiciens passionnés qui montaient eux-même
la chose en production. On peut par conséquent constater
une ouverture nouvelle. Personnellement, c'est un exercice auquel
j'avais juré de ne jamais me frotter, parce que j'étais
le
plus souvent insatisfait par ce que je pouvais voir en la matière.
Christian Longchamp (responsable de la programmation cinéma
de l'Auditorium du Louvre) m'a contacté d'une manière
qui m'a séduit : je suis proche des plasticiens, et il m'a
connu d'abord par mon travail de collaboration que j'ai pu développer
avec eux ; c'est par le biais de la galerie Yvon Lambert qu'il m'a
contacté. Il m'a montré le film, et j'ai compris qu'il
ne m'avait pas choisi au hasard : le travail de l'image, la plasticité
du film sont si importants que je peux mettre en exergue la narration
et ne me concentrer que sur cet aspect. J'ai été formé
aux Beaux Arts : je me sens de fait plus proche des artistes plastiques
; cela influe évidemment sur ma pratique musicale.
Plus que compositeur, je pourrais me dire sculpteur des sons, si
vous voulez. Grâce à des outils technologiques performants,
nous pouvons aujourd'hui travailler le son, débroussaillé
par des gens comme Pierre Schaeffer, comme une matière. Le
film de Mário Peixoto m'offre à ce
titre une proximité de langage qui m'inspire.
limite - 1931 © gropo novo de cinema e
tv
Demander ces artistes, n'est-ce
pas en quelque sorte sortir
le cinéma muet du musée ?
Effectivement, mais c'est aussi
en profiter pour faire sortir ce type de créateurs sonores
de leur anonymat, pour ne pas dire leur ghetto ! Je travaille
très peu dans le milieu de la musique, même si j'ai
fait partie d'un groupe qui aujourd'hui n'existe plus ; ma démarche
s'oriente plus vers le spectacle vivant, et je collabore avec
des chorégraphes. Or, j'ai beaucoup
de mal à faire venir le public de la musique - un public
qui me suit - à ces spectacles de danse où j'interviens
en live dans mon style ; de même n'est-il pas facile
de déplacer le public de la danse à des concerts
d'une musique qu'il dit avoir aimé, mais qui se donnera
sans le support scénique. C'est une initiative tant louable
que passionnante que de faire écouter des cho-ses différentes
à ceux qui sont venus pour le film et de montrer un certain
cinéma aux gens qui sont là pour la musique.
Quel regard un musicien d'aujourd'hui porte-t-il
sur un film de 1931 ?
Le 16 décembre, ce sera ma
première expérience active avec le cinéma muet.
Cela peut-il me donner un avis et me permettre de répondre
à une telle question ? Je ne crois pas. Limite est
si particulier
Ce film est extrêmement moderne pour les années trente.
Le fait que sa pellicule soit abîmée est la seule datation
à laquelle il me renvoie, le propos esthétique est
tellement novateur ! Je ne ressens donc ni décalage, ni be-soin
d'adaptation pour travailler cette matière.
La conception de sonorités dites virtuelles
vous semble-t-elle
communier avec l'art de la manipulation des affects par les images
?
Aujourd'hui, la découverte
de nouveaux moyens technologiques au fur et
à mesure qu'il les utilise place le musicien que je suis
dans un contexte comparable à l'enthousiasme des réalisateurs
de ce cinéma là, qui eux aussi exploraient. Il y a
une proximité exaltante, bien sûr ! Pour ce film, si
on doit parler d'une expérimentation des images, je me sens
en effet très pro-che de Mário Peixoto pour ce qui
est de la conception, du montage, de la lumière de ce film.
C'est d'ailleurs son seul film ; mais qu'aurait il pu faire d'autres
après cela ?
Pour Limite, vous avez composé
une intervention que vous vouliez ouverte à l'improvisation
?
Je n'écris pas de musique au
sens traditionnel du terme.
Mais on ne va pas faire non plus ce que l'on appelle un buf
! J'utilise des amas de couches sonores que je produis à
partir d'idées personnelles qu'il me faut confronter à
Bruno Chevillon, le contrebassiste qui interviendra en live
pendant la projection. C'est un artiste très rigoureux dans
sa pratique ;
il utilise ses instruments exactement comme j'ai pu le faire autrefois,
à la guitare. Nous nous retrouvons sur ce point : il cultive
certains effets, des bruits, et pas uniquement un son produit par
la corde, de même que j'utili-se des boucles de sons noisy,
par exemple. Mon approche de l'électronique est assez brutale,
sensuelle. Elle fuit la froideur qu'on associe en général
à l'électronique. De fait, je n'utilise pas de logiciels
trop compliqués qui ne sauraient m'offrir un rapport spontané.
Pour Limite, il y aura une partie écrite, entre guillemets,
et une partie improvisée de Bruno et moi-même, puisque
je récupérerai certains des sons qu'il émettra
pour les façonner en direct. Plus que de l'improvisation,
nous pourrions plus justement dire de l'aléatoire.
propos recueillis en décembre 2005 par
Bertrand Bolognesi

Musique/Cinéma à
la Cité de la Musique
Un programme incluant trois films russes
Depuis les premiers temps, c'est-à-dire il y a dix ans, la
Cité de la Musique accorde régulièrement une
certaine place au cinéma muet accompagné.
Si, par le passé, l'on put y voir La chute de la Maison
Usher, le cycle
Docteur Mabuse ou encore Faust, la première quinzaine
de décembre s'interroge différemment aujourd'hui sur
la relation entre les musiciens et
la toile. On se souvient peu que le comédien Charles Vanel
fut également réalisateur : c'est avec Dans la
nuit, son film de 1929, que s'ouvrira la 1ère partie
du programme Musique/Cinéma, soit Les classiques,
le 3 décembre ;
le clarinettiste Louis Sclavis jouera en direct la bande-son originale
qu'il a imaginée pour ces images.
Suivront trois films soviétiques, les 4, 6, 8 et 9 décembre,
l'auditorium du parc de la Villette rejoignant par ceux-ci la thématique
du Musée d'Orsay. L'Arfi, soit l'Association à la
recherche d'un folklore imaginaire, soutiendra de ses cuivres et
claviers la projection du Cuirassé Potemkine, 3ème
film tourné par Sergeï Eisenstein [1925], dont la fameuse
scène de fusillade
sur l'escalier d'Odessa a fait la célébrité.
Le cinéaste letton tournerait au Mexique durant toute l'année
1931 un projet commandé par Hollywood
qui finalement renoncerait à l'entreprise. Lorsqu'il quitte
le sol américain au printemps 1932, il espère en vain
retrouver la pellicule pour réaliser son film dans les studios
moscovites ; en 1948, il disparaîtrait sans avoir pu satis-faire
ce vu. Trente ans plus tard, Grigori Alexandrov réunit
enfin le matériau américain et réalise le montage
tant attendu de ¡ Que Viva Mexico ! pour lequel joueront
Nicolas Laureau, Ludovic Morillon et Fabrice Laureau, formant le
trio nlf3. Enfin, visitant la révolte de 1905 et l'histoire
du Mexique jusqu'à sa révolution, il paraîtra
naturel que cette semaine se penche sur
la Commune de Paris avec La Nouvelle Babylone de Grigori
Kozintsev et Leonid Trauberg [1929], bobine pour laquelle Dmitri
Chostakovitch écrirait une vaste partition qu'interprètera
l'Orchestre du Conservatoire sous la direction de Timothy Brock.
Regards actuels, la seconde partie de ce cycle, fera entendre
ChaplinOperas, l'uvre que le britannique Benedict Mason
a composée
en 1988 pour trois comédies de Chaplin : Easy Street,
The Immigrant et
The Adventurer [1917] : c'est Johannes Kalitzke qui accompagnera
cette projection, à la tête de l'Ensemble Intercontemporain,
le 10 décembre. Après la performance de Traffic
Quintet sur une création vidéo de Ange Leccia
(le 11), et le spectacle D'Est en musique imaginé
pas la violoncel-liste Sonia Wieder-Atherton, tandis que l'Auditorium
du Musée d'Orsay clôturera son festival par les documentaires
soviétiques, la Cité de la Musi-que montrera la trilogie
tournée par Godfrey Reggio de 1975 à 2002 pour laquelle
Philip Glass a conçu la musique : Koyaanisqatsi, Powaqqatsi
et Naqoyqatsi seront visibles les 16, 17 et 18 décembre,
accompagné
en live par le compositeur américain en personne.
En savoir plus
vous pouvez visiter
www.kinoglaz.fr
spécialiste du cinéma russe et soviétique
lire le 1er épisode de ce dossier
en cliquant sur la vignette
et consulter les horaires de projections sur
www.musee-orsay.fr
www.cite-musique.fr
www.louvre.fr
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