musique & cinéma
un automne russe à paris
1er épisode / du 18 au 30 novembre


Un nouveau cycle au musée d'Orsay

Rencontre avec P. Korzilius et M. Dupeyron
Rencontre avec Marc Perrone
Rencontre avec Edouard Ferlet
Le programme Images de Russie
Musique et Cinéma à la Cité de la Musique
En savoir plus...


poudovkine au montage - 1929 © dr














Images de Russie 1908-1930


Soirée d'ouverture

Vendredi 18 novembre, 20h
L’OEil de verre [1930]
documentaire de Lili Brik - 80'
accompagnement musical
Thomas Koner, claviers


1er épisode
le cinéma Tsariste


Passé national

Le pouvoir, l’état, l’armée

Samedi 19 novembre, 16h
L’Avènement de la Maison Romanov [1913]
de Vassili Gontcharov & Piotr Tchardynine - 45'
Le Tsar Ivan Vassilievitch le Terrible [1915]
de Alexandre Ivanov-Gai - 70'
accompagnement musical
Pierre Mancinelli, piano

Samedi 19 novembre, 18h30
La Défense de Sébastopol [1911]
de Vassili Gontcharov - 52'
Le tricentenaire du règne
de la Maison Romanov
[1913}
de Alexandre Ouralski & Nikolaï Larine - 48'
accompagnement musical
Edouard Ferlet, piano

Révoltes et révolutions

Mercredi 23 novembre, 12h15
Stenka Razine [1908]
de Vladimir Romachkov - 10'
Tarass Boulba [1909]
de Alexandre Drankov - 4'
Vadim [1910]
de Piotr Tchardynine - 17'
La grand-mère de la révolution [1917]
de Boris Svetlov - 39'
accompagnement musical
Gael Mevel, piano


Littérature nationale

Pouchkine

Vendredi 25 novembre, 19h
Vie et mort de Pouchkine [1910]
de Vassili Gontcharov - 8'
La petite maison à Kolomna [1913]
de Piotr Tchardynine - 31'
La Dame de Pique [1910]
de Piotr Tchardynine - 13'
La Dame de Pique [1916]
de Yakov Protazanov - 55'
accompagnement musical
François Debaecker, piano

Tolstoï

Samedi 26 novembre, 14h
Le père Serge [1918]
de Yakov Protazanov - 118'
accompagnement musical
Marc Perrone, accordéon diatonique

Samedi 26 novembre, 16h30
Le départ du grand vieillard [1912]
de Yakov Protazanov - 42'
Polikouchka [1919]
de Alexandre Sanine - 65'
accompagnement musical
Patrick Scheyder, piano

Gogol et Tourgueniev

Dimanche 27 novembre, 16h
La veillée de Noël [1913]
de Vladislav Starevitch - 49'
Après la mort [1915]
de Evgueni Bauer - 46'
accompagnement musical
Félix Simonian, violoncelle
Luciné Simonian, piano


Russie traditionnelle

Traditions, contes,
légendes et chants populaires

Mercredi 30 novembre, 12h15
Mariage russe au XVIe siècle [1908]
de Vassili Gontcharov - 12'
Ukhar koupets [1909]
de Vassili Gontcharov - 10'
Russalka [1910]
de Vassili Gontcharov - 11'
Le conte du pêcheur et du poisson [1911]
de Hansen - 12'
La chanson du prisonnier [1911]
de Yakov Protazanov - 8'
Les frères bandits [1912]
de Vassili Gontcharov - 26'
accompagnement musical
Félix Simonian, violoncelle
Luciné Simonian, piano

Hiérarchie sociale

Jeudi 1er décembre, 12h15
Le sort paysan [1912]
de Vassili Gontcharov - 29'
Témoins muets [1914]
de Evgueni Bauer - 65'
accompagnement musical
François Debaecker, piano

Modernités Russes

Jeudi 1er décembre, 20h
L’Enfant de la grande ville [1914]
de Evgueni Bauer - 42'
La petite Elly [1918]
de Yakov Protazanov - 51'
accompagnement musical
Thierry Maillard, piano

Vendredi 2 décembre, 18h30
Satan triomphant [1917]
de Yakov Protazanov - 116'
accompagnement musical
Anahit Simonian, piano

Vendredi 2 décembre, 21h
La mort du cygne [1916]
de Evgueni Bauer - 49'
Tais-toi ma tristesse, tais-toi [1918]
de Piotr Tchardynine - 62'
accompagnement musical
Natacha Fialkovsky, balalaïka
Micha Nizimoff, accordéon

Samedi 3 décembre, 14h
Un contrat draconien [1915]
de Piotr Tchardynine - 40'
L’histoire du corset qui
a ruiné la vie d’Antocha
[1916]
de Edouard Poukhalski - 20h
accompagnement musical
Thierry Maillard, piano

*

Le cycle Images de Russie se poursuit
à travers une deuxième partie

cinéma muet soviétique

qui, du 3 au 18 décembre,
développera les thématiques

Littérature et histoire
Littérature classique et contemporaine
Histoire


Modernités Soviétiques
Les avant-gardes
Le cinéma au quotidien
Le cinéma documentaire

que le second épisode de ce Dossier évoquera d'une manière détaillée dès le 2 décembre...





 

le père serge - 1918 © arkeion film

 



Musique & Cinéma
à la Cité de la Musique


Du 3 au 18 décembre
la Cité de la Musique s'interroge sur la relation entre l'image et le son, à travers le cycle

Musique/Cinéma

présentant une dizaine de projections.
Aux côtés d'une trilogie Philip Glass, d'une création vidéo d'Ange Leccia ou de trois Chaplin soutenus par l'Ensemble Intercontemporain et la musique de Benedict Mason, figurent

Dimanche 4 décembre, 16h30
Le Cuirassé Potemkine
[1925]
film de Sergueï Eisenstein - 94'
accompagnement musical
Arfi

Mardi 6 décembre, 20h
La Nouvelle Babylone
[1929]
film de Grigori Kozintsev & Leonid Trauberg - 83'
accompagnement musical
Dmitri Chostakovitch
Orchestre du Conservatoire de Paris
dirigé par Timothy Brock

Jeudi 8 et vendredi 9 décembre, 20h
¡ Que Viva Mexico !
[1931]
film de Sergueï Eisenstein - 87'
accompagnement musical
nlf3

Le second épisode de ce Dossier évoquera cette programmation d'une manière détaillée dès le 2 décembre...

Nous remercions Viviana Andriani
pour son aide précieuse dans la réalisation de ce dossier


Depuis octobre, nous vous avons rendu compte de plusieurs concerts donnés en parallèle à l'exposition L’art russe dans la deuxième moitié
du XIXe siècle
, présentée par le Musée d’Orsay jusqu'au 8 janvier 2006. Incomplète aurait été la manifestation sans accueillir le cinéma. Aussi
un vaste cycle est-il proposé, réunissant plus de cinquante films sous le titre Images de Russie : 1908-1930 (du 18 novembre au 18 décembre), grâce auquel le public approfondira son approche du cinéma tsariste et du cinéma muet soviétique, avec des projections accompagnées au piano, à l'accordéon, à la balalaïka. Préparée de longue date, cette programmation fait figure de proue d'un automne résolument russe : l'Opéra et le Châtelet hébergent la troupe du Mariinski et Valery Gergiev, qui intervient également dans le cadre de la saison de Radio France, la Cité de la Musique projette Eisenstein et Kozintsev et la Philharmonie de Saint-Pétersbourg joue au Théâtre des Champs Elysées ! À l'ampleur de cette circonstance, Anaclase répond par un dossier publié en deux épisodes dont le 1er volet recueille les éclaircissement des maîtres d'œuvre de l'Auditorium d'Orsay...




Un nouveau cycle au Musée d'Orsay
Rencontre avec Pierre Korziliuz et Marie Dupeyron*

Après un 1er cycle Films russes d'avant la Révolution en 1989, puis
le programme Mejrabpom ou l'aventure du cinéma muet au pays des bolcheviks en 1996, c'est aujourd'hui une troisième saison russe que présente l'Auditorium ?

Marie Dupeyron - Oui, nous avons d'abord montré le cinéma russe prérévolutionnaire et ensuite mis sous les projecteurs le Studio Mejrabpo, avec des films redécouverts et restaurés à ce moment-là. Donner à voir cette filmographie pour la première fois en France avait été un travail tant immense que passionnant et nécessaire. Aujourd'hui, parallèlement à l'exposition, nous avons souhaité élargir cette vision, quitte à montrer une nouvelle fois certaines pellicules déjà programmés ici par le passé, et l'enrichir d'autres bobines. Pour réaliser cette programmation en deux grandes parties - soit Le cinéma tsariste et Le cinéma muet soviétique -, nous avons pris contact avec le Gosfilmfond qui nous a très gentiment confié des films qui n'avaient jamais quitté la Russie et même Moscou
pour certains d'entre eux. De la période prérévolutionnaire, il ne subsiste à l'heure actuelle qu'environ dix pour cent de la totalité de la production ; ces films parlent particulièrement du passé national, de l'histoire de la Russie, les réalisateurs d'alors s'étant donnés pour mission de mettre en image le patrimoine historique. Ainsi, les premières projections, dès le 19 novembre, nous montreront les légendes populaires, les grands personnages russes, etc., avec par exemple Le Tsar Ivan Vassilievitch le Terrible de Ivanov-Gai [1915] ou La Défense de Sébastopol de Gontcharov [1911].

On observe des projections accompagnées au piano, d'une manière traditionnelle, pourrait-on dire, mais également la présence du violoncelle - ce qui n'était pas une rareté en URSS mais l'est chez nous - et d'autres instruments ; comment se sont fait ces choix ?
MD - C'est Félix Simonian qui interviendra au violoncelle ; je lui ai proposé, ainsi qu'à sa fille Luciné, d'accompagner des films pouvant avoir pour eux, en tant qu'Arméniens, une signification affective. Nous avons convenu ensemble de travailler sur le thème Traditions, contes, légendes et chants populaires, pour lequel ils ont prévu une sorte de montage - puisque nous montrerons alors des films extrêmement brefs - à partir de partitions puisées dans le répertoire classique.
PIERRE KORZILIUS - D'une certaine manière, on ne s'écarte pas des habitus de la période couverte par le musée d'Orsay : l'art de l'accompa-gnement y procédait souvent du pastiche, et l'on retrouve même des éditions de pots-pourris. C'était une pratique courante. Par exemple, nous avons ici, dans le placard, la partition d'une version pour violoncelle et piano de l'Ouverture du Vaisseau fantôme. Les musiciens du cinéma muet con-naissaient tout ce répertoire. Après, tout dépendra de la philosophie de chacun : certains joueront ces textes, d'autres improviseront à partir des thèmes connus des pots-pourris, d'autres enfin composeront une musique de leur cru. Un artiste comme Thierry Escaich, par exemple, organiste et compositeur - qui accompagnera Le sel de Svaneti [1930] de Kalatozov
(17 décembre), entre autres -, est par le sang amené à improviser tout
en structurant son inspiration.
MD - Par le passé, nous nous en étions tenus à l'accompagnement au piano, parce qu'il y avait là un évidence cinéma muet + piano, indéboulon-nable dans notre esprit comme dans celui du spectateur. C'est aujourd'hui fort intéressant que de pouvoir imaginer d'autres formations instrumentales, comme clarinette + percussion, balalaïka + accordéon, etc. Moins classique, dans le sens historique du terme, cela apporte indéniablement un relief nouveau aux projections.
PK - On peut regretter de n'avoir pas d'orgue, à Orsay. Par un dispositif de claviers électroniques, on pourrait envisager un ersatz d'orgue. Mais possé-
der une vraie salle de projection sans orgue de cinéma digne de ce nom est assez triste. Il reste permis d'en rêver…

 

La fille du capitaine - 1928 © gosfilmofond (moscou)

 

Comment les musiciens abordent-ils le film avec vous ?
MD - Nous leur envoyons une copie du film le plus en amont possible
de la projection prévue ; il y a des circonstances, cela dit, où l'on ne reçoit
le film que quinze jours à l'avance, auquel cas, les artistes s'adaptent avec une souplesse exemplaire. Je crois pouvoir dire n'avoir jamais essuyé de refus, même avec des délais très courts. Certains musiciens travailleront très vite, en regardant le film deux jours avant, d'autres préfèrerons un ca-lage plus étroit, plus rassurant, avec de nombreuses répétitions, un plus grande intimité avec l'image et le rythme du montage. Il y a autant de cas
de figure que de musiciens.
PK - On se souvient d'Alexandre Tharaud - il accompagna La mère de Poudovkine [1926], autrefois. Par nature, il n'est pas du tout improvisateur, mais adore accompagner le cinéma muet. Il invente des thèmes et struc-ture très précisément sa prestation, ce qui exige qu'il puisse regarder soigneusement chaque scène du film pour élaborer une intervention extrêmement construite.

Comment cela se passe-t-il pour Thomas Koner, qui intervient sur
L'œil de verre de Lili Brik [1930] lors de la soirée d'ouverture (18/11) et
La mère
(3 /12), un artiste dont on connaît le travail sur l'électronique, la manipulation des sons et du bruit, les installations sonores, etc. ?

MD - Ce ne sera pas une improvisation : la musique a été travaillée très à l'avance. Thomas Koner l'enrichit pendant la projection, mais globalement tous les calages se font à la répétition. Vendredi, il arrivera vers midi et con-sacrera toute sa journée à la préparation de la soirée. Sa démarche sur un documentaire est étonnante, puisqu'elle s'avère lyrique et mélancolique. Il serait d'ailleurs intéressant, je crois, de projeter plusieurs fois le même film avec des accompagnements différents : on serait sans doute surpris de la manière dont le film est reçu selon la musique qui le soutient.

Quelle est la place du cinéma dans la saison de l'Auditorium
du Musée d'Orsay ?

PK - La mission de l'auditorium est de tout montrer, pas uniquement la musique, mais le théâtre, le spectacle, le cinéma, d'accueillir des confé-
rences et des colloques. La salle a été conçue dès le début, en 1986, pour permettre qu'on y joue de la musique, grâce à la qualité de son acoustique, mais aussi qu'on y projette sur grand écran des films dans des conditions optimales, avec un dispositif acoustique capable d'assumer le film parlant, puisqu'il nous arrive d'en donner - c'était le cas dans le Cycle Fritz Lang, il y a deux ans. Ce désir de polyvalence a été comblé par la réalisation d'une salle parfaitement réussie, contrairement à de nombreux autres lieux amé-
nagés avec le temps. Le cinéma faisant partie des grandes découvertes de la fin du 19ème siècle, nous imaginons et produisons une programmation dans ce sens. Le cinéma muet avec accompagnement de piano est con-temporain de la peinture que le musée abrite, de même que la musique proposée suit les expositions saisonnières. Nous avons ainsi couvert tous les grands sujets du cinéma muet et des débuts du parlant, y compris le sujet russe, abordé il y a quelques années. Il a également été passé com-mandes de musiques originales à des compositeurs pour accompagner certaines projections ; nous espérons revenir à cette politique dans l'avenir.

* Marie Dupeyron est responsable du cinéma dans la programmation de l'Auditorium du Musée d'Orsay ; Pierre Korzilius est responsable général de la programmation de l'Auditorium du Musée d'Orsay.


la veillée de noël - 1913 © gosfilmofond (moscou)



Rencontre avec marc perrone

Vous intervenez sur L'Homme à la caméra de Dziga Vertov et sur
Le Père Serge de Protazanov ; s'agit-il de souhaits personnels ou d'un choix parmi d'autres possibles dans ce cycle Images de Russie ?

C'est le résultat d'une rencontre entre mes souhaits personnels et les contingences auxquelles Marie Dupeyron dut faire face dans la réalisation de ce projet. Il se trouve que j'ai accompagné À propos de Nice, le film de Jean Vigo [voir notre chronique du 5 novembre] ; cela crée une sorte de filiation avec les Kaufman, trois frères qui traversent activement l'histoire
du cinéma. Il faut savoir que Denis Kaufman signe par le pseudonyme Dziga Vertov L'homme à la caméra dont le caméraman est son frère
Mikhaïl Kaufman ; le troisième fils, Boris, sera le photographe de Vigo
pour Taris, Zéro de conduite, L'Atalante et À propos de Nice, deux films pour lesquels j'ai joué. On dit que Denis et Mikhaïl ont inventé tous les procédés pour mouvoir la caméra, et je crois que Boris fit de même de son côté, puisqu'on constate une parenté évidente dans les déplacements et mouvements de L'homme à la caméra et de À propos de Nice.

Quelle est la place du musicien dans une projection ?
L'image nous est extérieure : elle intervient sur un écran, une zone lointaine dans laquelle on ne peut pénétrer. À l'inverse, la musique offre un espace ouvert au public. Le cinéma, en allant vers lui, s'impose, tandis que la mu-sique l'invite chez elle. La première fois que j'ai joué dans une projection, c'était pour Tire au flanc de Renoir ; cette expérience m'a tout de suite fait comprendre que le musicien devenait médiateur entre l'autre côté du miroir - l'écran - et le vivant - la salle. Cela permet une relation ternaire, sensible
et riche : l'écran, le musicien, le public, dans un fonctionnement analogique forcément nuancé. Notre monde avance vers le numérique qui reproduit fidèlement le modèle mais n'autorise plus cette géniale part d'erreur qui
fait éclore l'invention et l'art.

Travaillez-vous longtemps en amont de la projection, préférez-vous tracer des trames d'improvisation, ou encore carrément improviser ?
Lorsque j'ai une création avec un enregistrement au bout, la période d'incubation peut être très longue. Il m'a fallu un an pour À propos de Nice. En ce qui concerne L'homme à la caméra et Le Père Serge, je prévois des thèmes sur lesquels j'improviserai pendant la projection. C'est très impor-tant de pouvoir refaire un film par la musique ! Il me semble que la formule cinéma muet + musique offre un langage au bout duquel nous ne sommes pas encore allés. Le film fini est prisonnier de la pellicule ; dans le muet, la musique live permet de reprendre le film, d'en prolonger la découverte. À l'inverse, le cinéma d'aujourd'hui, avec sa bande-son, aussi techniquement parfaite qu'elle puisse être, me paraît cruellement clos.



Rencontre avec edouard ferlet

Qu'est-ce que cela implique, pour vous, de jouer pour un film ?
Est-ce une chose qui vous est familière ?

J'ai fait beaucoup de choses pour l'image, en général, et cela m'est habi-tuel d'écrire de la musique de film. Ici, ce n'est pas du tout la même chose. On va projeter des films qui n'ont pas été prévus pour la musique. Les images ont naturellement été prises d'une manière radicalement diffé-
rente de celle du cinéma d'aujourd'hui, ce qui implique une contrainte et
un questionnement non négligeables. Il faut alors réfléchir sur quel espace d'expression ce type d'images, de montage, etc., peut offrir à la musique, qui plus est à celle de notre époque. Il y a une tradition d'accompagnement du film muet, bien sûr, qui lorgne souvent vers le ragtime ; on ne saurait imaginer de telles incursions dans l'univers qui nous est montré sur la toile.

Comment procédez-vous ?
J'improviserai, sans utiliser aucun des thèmes de mon travail habituel pour piano solo jazz. Les images montrent des scènes de la vie quotidienne ou de grandes fresques historiques : il me paraît plus intéressant de jouer par-dessus le film, sans aller dans son sens, plutôt que de l'illustrer. Je tiens également à préserver un lien avec l'acoustique de la salle et avec le public, sans focaliser sur l'image, d'autant que celle-ci ne présente pas d'implication poétique. [1911].

Le 19 novembre (18h30), vous accompagnerez la projection de
La Défense de Sébastopol de Gontcharov [1911] et du Tricentenaire
du règne de la maison Romanov
d'Ouralski [1913] ; l'on vous retrouvera
le 7 décembre (12h15) pour Tempête sur l'Asie de Poudovkine [1926]. C'est un choix personnel ?

Non, c'est Orsay qui a proposé, sans que je choisisse. Le film de d'Alexandre Ouralski m'est assez éloigné, je dois dire, et j'avoue que le Gontcharov me plait beaucoup plus. On y voit de grandes batailles, des costumes travaillés, des scènes hautes en couleurs, si l'on peut dire. C'est de toute façon extrêmement émouvant de se dire qu'on va jouer de la musique sur des images qui ont presque cent ans !


propos recueillis en novembre 2005 par Bertrand Bolognesi


l'enfant de la grande ville - 1914 © gosfilmofond (moscou)

 


En savoir plus

Vous pouvez visiter les sites
www.musee-orsay.fr
www.cite-musique.fr