PORTRAIT
pascal bertin, haute-contre Quel
est votre rapport à la musique? Il
y aurait une Question du Public? Une
expérience marquante... Et
le disque?... Prochains
concerts Autres
répertoires Discographie
Cliquez sur l'image pour voir la
photo en entier. Tolomeo dans Giulio Cesare de Händel
à Amsterdam © Hermann und Claerchen Baus,
Germany
| Où pourra-t-on
bientôt vous entendre? | |
- Les 4 et 5 juin, je donnerai les Motets isorythmiques de Guillaume
Dufay avec Huelgas et Paul van Nevel à la Cité de
la Musique, à Paris. - Je serai à Pigna, en Corse, avec Daedalus
pour un programme de chansons napolitaines, le 3 juillet. - Je chanterai
le Stabat Mater de Scarlatti avec l'ensemble William Byrd
le 6 à Silvanès et le 7 à Nieul sur l'Oise.
- Puis, ce sera les Académies Musicales de Saintes, avec Huelgas,
du 12 au 17 juillet, et un récital à Nice avec l'Ensemble
Baroque de Nice et Gilbert Bezzina le 25. - Les trois derniers
jours d'août seront consacrés à Händel à l'Abbaye
Royale de Celles sur la Belle, avec un récital d'air d'opéra le
29, le Dixit Dominus le 30, et Acis, Galatea e Polifemo
le 31 août. - En septembre, je me produirai dans
des cantates de Bach avec Masaki Suzuki au Japon, qui donneront lieu à
un enregistrement pour le label BIS. - Il y aura également
une tournée de la Messe en Si avec la Nederlandse Bach Vereniging
en décembre. Voilà dans l'immédiat... |
 |
© ACW fotograaf lid.nvf
rôle-titre dans Tolomeo de Händel à Anvers
Cliquez sur l'image pour voir la photo en entier.
Tolomeo dans Giulio Cesare de Händel à Amsterdam
© Hermann und Claerchen Baus, Germany
| Discographie
de Pascal Bertin | |
Attention, cette liste ne se veut pas exhaustive. Avec les formations
suivantes : - Akademia : CAVALLI : Vêpres de la Vierge.
MONTEVERDI : Vêpres pour le Salut. SCHÜTZ : Les sept dernières
paroles du Christ. - William Byrd : SCARLATTI : Stabat Mater.
- Cantus Colln : BIBER : Requiem. MONTEVERDI : Vêpres
de la Vierge. ROSENMULLER : Vêpres de la Vierge. - La Capella Reial
de Catalunya : BIBER : Missa Bruxellensis. CARLOS V. - La
Chapelle Royale : FRESCOBALDI : Missa sopra la monica. MENDELSSOHN
: Psaumes. - Clément Janequin : BANCHIERI : La Barca.
DELARUE : Requiem. - Daedalus : LES DEUX ÂMES DE SOLOMONE
ROSSI. SATURN AND POLYPHONY. - Elyma : BEAUJOYEULX : Le ballet
comique de la Royne. - La Fenice : CHARPENTIER : Messe en
la mémoire d'un prince. - Fons Musicae : BONONCINI : Luci
barbare. LAMBERT : Airs de cour. - Huelgas : AGRICOLA : Un
Labyrinthe Secret. CANCOES, VILANCICOS E MOTETES. LEJEUNE : Le Printans.
MALVEZZI, MARENZIO, PERI : La Pellegrina. - Les Jeunes Solistes :
DUFAY, PECOU : L'homme armé. - Malapunica : CICONIA : Sidus
preclarum. DA PERUGIA : Hélas Avril. - Mensa Sonora :
HÄNDEL : Arie e Lagrime (récital). - Monteverdi Choir :
BACH : Cantates BWV 36, 61 et 62. BRITTEN : War Requiem. FAURE :
Requiem. - Les Musiciens du Louvre : MARAIS : Alcyone. HÄNDEL
: Amadigi. - Sagittarius : DU CAURROY : Requiem. LEJEUNE :
Messe du manuscrit de Savoie. - Stradivaria : RICHTER : Leçons
de ténèbres. - Le Parlement de Musique : CALDARA
: La converzione di Clodoveo. - Les Talens Lyriques : HÄNDEL
: Riccardo Primo. Avec Andreas Scholl et Dominique Visse
: LES TROIS CONTRETENORS. etc. |
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Cliquez sur l'image pour voir la photo en entier.
en récital avec Fons Musicae à Tokyo |
Nous avons rencontré le contreténor PASCAL BERTIN
à qui nous avons posé quelques questions. Il conviendra de le saluer
sur cette page pour s'être prêté à l'exercice, et de
remercier Agathe Gizardin et Eitan Sorek de leur précieuse collaboration. Quel
est votre rapport à la musique? La question ne s'est jamais
vraiment posée. J'ai toujours chanté. Enfant, je chantais en
chur, je partais quatre mois par an en tournées à l'étranger
; du coup, la musique est très vite devenue naturelle, sans qu'il y ait
eu véritablement de démarche à préciser. Après
le Bac, j'entre en Fac' de Sciences : c'est une désillusion totale, car
ce que j'y trouvais n'avait rien à voir avec l'idée romantique de
foisonnement universitaire que je m'étais faite. Je tente alors l'audition
du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, et -premier surpris
!- je suis reçu. Et aujourd'hui?
Peut-être pourrais-je répondre à la première question
après une retraite de quinze jours dans un monastère ou sur
une île déserte !... Bien sûr, je me pose les questions
indispensables à mon travail de chanteur, des questions sur les compositeurs,
les uvres, les formes, mais pas sur la musique en général.
Et s'il fallait improviser une réponse,
à brûle-pourpoint? Alors, je dirais que la musique a trois
fonctions pour moi : celle de mère, car elle me nourrit, dans tous
les sens du terme, comme le lait maternel, mais aussi comme une possibilité
permanente d'élévation ; celle de père, car elle m'impose
son autorité, réclame une certaine hygiène de vie, exige
du travail, et peut parfois rappeler à l'ordre ; enfin, celle de compagne,
mieux, d'amante capricieuse et imprévisible, qui ne se donne pas comme
ça, avec laquelle on obtient parfois un résultat facile, ou
au contraire qui demande une longue cour, ou encore qui procure un contentement
qui peut rester incompris du public. Il
pourrait donc y avoir pour vous une Question du Public plus qu'une question
du rapport à la musique? Bien sûr ! Pour préciser
: chante-t-on pour le public ? L'opéra est une musique plus ouverte
qu'une partition purement instrumentale, moins abstraite, simplement du fait de
l'existence de la chose à narrer. Si sa forme est parfois difficile,
ou ultra conventionnelle, le public peut le sentir, le percevoir, sans en
avoir une analyse consciente, un peu comme lorsqu'on entend un poème lu.
Pourtant, le public est d'abord sensible à la manière extérieure,
voire même au physique... Par exemple?
Je répète actuellement la Passion selon Saint Jean. Eh
bien, on peut chanter le premier air d'alto - Von den Stricken meiner Sünden
- sans en faire quelque chose de joli, en intégrant tout à fait
le sentiment schizophrénique de la musique. Les hautbois ne s'arrêtent
jamais de jouer, ne respirent pas, en une terrible angoisse. Si on le chante
comme le texte le demande, sans chercher à faire joli, on met le public
mal à son aise; si on choisit d'apaiser les hautbois par un pianissimo
et de laisser s'y développer une vocalité élégante,
on séduit le public, au prix d'un grossier contresens.
Il
y aurait un doute quant à l'opportunité de l'intégrité
de l'interprète dans la transmission de la musique? Oui... je
n'en connais pas la réponse ! Je le retrouve en travaillant Agrippina
de Händel que je vais chanter à Chicago au mois de mai. Prenons
par exemple le moment où Ottone est rejeté par Poppea, par Claudio,
par tout le monde sur le plateau, et reste seul avec sa loyauté abusée
par la ruse, au second acte, à chanter Voi che udite il mio tormento.
Cet air renvoie évidemment à O vos omnes (qui transitis per viam,
attendite, et videte, si est dolor sicut dolor meus...). N'oublions pas que
le livret de cet opéra fut écrit par un prêtre ! Lorsqu'on
a compris cela, on ne peut éluder la dimension spirituelle de cette musique
et il me semble important de l'illustrer dans la manière de chanter.
Lorsqu'on a compris cela, on ne peut que chanter cet air d'une voix droite qui
convient à la musique religieuse. Elle prend alors ses véritables
sens et dimensions. Pourtant, le public préfèrera souvent de
beaucoup une version belcantiste lourdement vibrée... A Chicago,
j'ai auditionné cet air d'une façon, séduisante, efficace,
facile, opératique, et ça a plu ; en représentations,
je le chanterai fidèlement, comme un verset de lamentation religieuse.
Dans toute carrière, il y a des expériences
ou des rencontres plus marquantes que d'autres; si vous aviez à en évoquer
une seule, laquelle serait-ce? Il y a deux ans, j'ai fait Giulio
Cesare avec Marc Minkowski et les Musiciens du Louvre. Je me suis confronté
alors à beaucoup de gens vraiment très fort, d'excellents chanteurs
qui vous amènent à relativiser l'enseignement qu'on a pu recevoir.
Je suis fait comme ça : j'apprends plus au contact des collègues
de plateau qu'avec des cours ! Ce spectacle a été un déclic,
pour moi, la remise en question d'une certaine idée confortable du chanteur
lyrique qu'entretient souvent le chanteur baroque. La jeune génération
de chanteurs d'opéra est ouverte autant que bonne musicienne ; ils sont
bons lecteurs, et techniquement, physiquement, ce sont des bêtes ! Le
baroqueux s'est volontiers moqué du lyrique, mais dans les
faits, tout est possible à ce dernier, vraiment. On comprend mieux soudain
les belles carrières d'une brièveté étonnante de la
première génération de chanteurs baroques : ils s'attelèrent
à une recherche, certes, et on leur doit beaucoup sur ce point, mais sans
construire de réel savoir-faire. Or, entre vingt et trente ans, tout le
monde peut chanter correctement, mais après cet âge, si on ne
le fait pas selon certaines règles, c'est finit, ça casse.

Vous avez travaillé avec
de nombreux chefs; qui aimeriez-vous évoquer s'il fallait s'en tenir à
un seul? La base de tout, c'est Philippe Herreweghe qui me l'a donnée
à la Chapelle Royale. Il m'a communiqué certaines préoccupations,
et une méthode d'investigation pour avancer. Pourquoi telle musique est
écrite de telle manière, par exemple... Je continue aujourd'hui
à puiser dans son enseignement des solutions à mes interrogations
esthétiques. Je n'ai jamais été attaché à une
maison ou à un ensemble. Du coup, j'ai fait beaucoup de rencontres, grâce
auxquelles j'ai beaucoup appris, sans doute plus qu'en restant dans un groupe
avec une seule vision de la musique : celle de son chef. Le renouvellement
et la remise en question ne sont pas possibles dans un circuit fermé.
Pour tout dire, je déteste rien tant que l'obsession de la structure et
de la forme ; il faut toujours trouver une liberté expressive au-delà
de l'articulation pédagogique d'une uvre. La plupart des ensembles
de musique ancienne ou baroque sont bons dans leur genre, mais chacun est persuadé
d'avoir LA vérité ; en voyageant de l'un à l'autre,
on se saisit des diverses nuances de vérité.
Et
si l'on transposait la question aux lieux de la musique? Je suis très
attaché aux Académies Musicales de Saintes. En une quinzaines
d'années, je m'y suis produit avec onze formations différentes,
comme Huelgas, Mala Puniga, le Collegium Vocale de Gand,
Daedalus, les Talens Lyriques, Mensa Sonora, Indigo,
la Chapelle Royale, l'ensemble Clément Jannequin, ou les
Arts Florissants... C'est un endroit où je me sens comme en
famille. Par exemple, à Saintes, je connais chaque vendeur de programmes
! En général, j'aime les festivals. Bien sûr, on s'y
produit, mais on peut aussi y entendre les amis au concert. C'est rare, on n'en
a presque jamais le temps. Eh puis, les festivals sont des lieux où l'on
croise la presque totalité des gens qu'on a plaisir à voir en un
temps très concentré.
Cliquez sur l'image pour voir
la photo en entier. à Saintes avec Paul van Nevel et l'Ensemble
Huelgas © Photo Luk Van Eeckhout
Votre discographie
est importante... Beaucoup, beaucoup trop ! J'ai enregistré
environ soixante à soixante-dix disques... Beaucoup trop ! Réflexion
faite, il n'y en a guère que cinq qui soient importants. Je ne peux pas
parler de mauvais disques, mais d'inutiles, ça, c'est sûr !
En fait, enregistrer, c'est beaucoup de travail pour pas grand'chose, sans connaître
le destinataire. Il y a quelques années, j'adorais enregistrer. Les chanteurs
sont narcissiques, c'est bien connu... Aujourd'hui, je trouve qu'on fait cela
trop vite et moins bien. Enfin, lorsqu'on réalise le nombre d'acheteurs
potentiels, on se demande si ça a un autre intérêt que l'anecdote.
Par ailleurs, je suis persuadé de n'avoir pas une voix facile à
prendre. Son intérêt, c'est la richesse harmonique ; croyez-vous
qu'il y aie des ingénieurs du son capables de développer autre chose
que la fondamentale ? Ma voix devient si plate au disque qu'elle ne me plait plus.
De fait, je n'achète pas de disques moi-même ; ça m'intéresse
peu. En même temps, j'ai bien conscience que le disque est un mal nécessaire
pour provoquer le regard d'un public plus large et de la profession.
Vous avez chanté d'autres musiques? Oui.
Avec le chur d'enfants, nous étions spécialisés dans
celle du XXème siècle. Nous y étions quelques amis fans des
King Singers. Nous avons même monté un groupe vocal ; ça
s'appelait Polifonia... mais il y a de ça quelque chose comme quatre
mille ans !!! Notre répertoire mélangeait les Beatles
à la musique de la Renaissance, et nous transcrivions pour voix des
pièces de jazz harmonisé. Peu à peu, chacun d'entre nous
dût vaquer à ses occupations. J'ai alors créé un nouveau
groupe, dans le même esprit, avec des gens de la Chapelle Royale
et des Arts Florissants, qu'on a appelé Indigo. Nous faisions
des concerts à thèmes, comme la comédie musicale, la chanson
française, ou la musique de film, tout cela réécrit pour
ensemble vocale, bien sûr. L'idée était de ne pas s'attacher
à un style musical mais à des figures d'arrangements; tout devait
être écrit pour six voix, il fallait que cela sonnât Indigo,
tout simplement, sans se limiter à quelque répertoire que ce soit.
Il y avait également un gros travail de mise en scène. J'ai quitté
le groupe en 1995, mais il existe encore et se produit régulièrement.
Par ailleurs, j'ai chanté de la musique contemporaine, notamment une uvre
de Thierry Pécou sur des poèmes d'Apollinaire, et j'ai volontiers
prêté ma voix aux candidats du Concours de Composition André
Jolivet.
propos recueillis le 2 avril 2003 par
Bertrand Bolognesi
© ACW
fotograaf lid.nvf rôle-titre dans Tolomeo de Händel
à Anvers |