les 11èmes journées
de la harpe en arles :
du 27 au 30 octobre

 

Capitale de la harpe
Le programme
Quelles harpes ?
En savoir plus...

La harpe dans tous ses états
une discussion avec sylviane lange
origines
Evolution
une pratique éprouvante

christine mérienne © festival-harpe





















l'édition 2005 :

concerts

Jeudi 27 octobre

Eglise Saint-Julien, 18h
Catriona McKay
harpe celtique

Chapelle Saint-Martin du Méjan, 21h
Marie-Claire Jamet, harpe
Christian Lardé, flûte
Jean Sulem, alto
œuvres de Spohr, Debussy, Fauré
Damase, Boulanger, Labarre et Hansen-Jamet

Vendredi 28 octobre

Chapelle de la Charité, 12h
Jeunes Talents
Nabila Chajaï, harpe

Théâtre d'Arles, 18h
CHRISTINE
( chanson française)
Christine Mérienne
auteur, compositeur, interprète, harpiste
Arnaud Rüest, guitare
Xavier Dival, accordéon


Chapelle Saint-Martin du Méjan, 21h
Mara Galassi, harpe baroque
œuvres de Frescobaldi, Trabaci, Mayone Romanus, Dowland, Dentice, Monteverdi,
Parry, Raimondo et Händel

Samedi 29 octobre

Chapelle de la Charité, 12h
Jeunes Talents
Nikolaz Cadoret, harpe
Alice Soria, harpe
Victor Aviat, hautbois
Cécile Cottin, flûte
œuvres de Debussy

! lire notre dossier de mars !
portrait de Nikolaz Cadoret

Théâtre d'Arles, 18h
Isabelle Olivier, harpe
Jazz et musique contemporaine

Eglise Saint-Cézaire, 19h
Gaëlle Vandernoot, harpe
œuvres de Rachmaninov
Rosetti, Andres et Vivaldi

gaëlle vandernoot © festival-harpe

Chapelle Saint-Martin du Méjan, 21h
The Irisch Harp Orchestra
dirigé par Janet Harbison

Dimanche 30 octobre

Chapelle de la Charité, 12h
Jeunes Talents
Nathalie Gaudefroy, soprano
Julien Marcou, harpe

Eglise Saint-Julien, 18h
Emmanuel Ceysson, harpe
œuvres de Grandjany, Zabel, Renié
Spohr, Bach, Caplet, Galuppi et Fauré

Chapelle Saint-Martin du Méjan, 21h
BUFFO
Howard Buten
clown musical


conférence
Le sitar entre rêve et musique
Jeudi 27 octobre, 17h30
Médiathèque municipale

la harpe dans la ville
Durant ces quatre jours, les harpistes investissent la ville et animent ses rues,
le hall de la gare, la Poste, les places publiques,
la Salle des Pas Perdus de l'Hôtel de Ville,
les musées, les maisons de retraite,
les crèches, etc. La harpe rencontre également les tout-petits dans les crèches et les seniors des les maisons de retraite

exposition
Harpes, lyres, luths et cithares du monde
250 instruments de la Collection André Gabriel
Espace Van Gogh, de 10h à 17h30
du 27 octobre au 4 novembre

ainsi que de nombreux concerts-rencontres, animations, master-classes, etc.





 

 

 

 

 


En savoir plus

Vous pouvez visiter le site
www.festival-harpe.com


ou prendre contact avec l'association
OPERA
35, rue du Docteur Fanton
13200 Arles
04 90 93 37 07

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




catriona McKay© festival-harpe

Nous remercions infiniment mesdames Claude Pagès, Sylviane Lange et Martine Mony sans la complicité desquelles ce dossier n'aurait vu le jour

 

 

 


Arles, capitale de la harpe

Créées par Marielle Nordmann et l'association OPERA en 1995, les Journées de la Harpe sont devenues, en onze ans, un événement musical incontournable. Faire mieux connaître la harpe et promouvoir sa diversité culturelle, favoriser son expression artistique en proposant des concerts
de musiques classique, baroque, contemporaine, jazz, et traditionnelle, c'est offrir aux spectateurs le choix de leurs passions ou de leurs décou-vertes. Comme les années précédentes, la volonté de placer la jeunesse au centre du festival est un gage d'enthousiasme, de générosité et un pari sur l'avenir. Ainsi, plus de trois cent jeunes musiciens et harpistes se don-nent rendez-vous à l'automne en Arles et prennent possession de la ville pour la musique, la fête, le plaisir. À l'heure du déjeuner, l'écrin baroque de la Chapelle de la Charité vibre de la musicalité de ces talents. À leurs côtés, des musiciens de renommée internationale servent des programmes dont l'éclectisme et l'exigence artistique satisferont un auditoire toujours plus nombreux : Marie-Claire Jamet en trio avec Christian Lardé à la flûte et Jean Sulem à l'alto , Emmanuel Ceysson, Gaëlle Vandernoot, Mara Galassi et sa arpa doppia (harpe double baroque) , Catriona McKay à la harpe celti-que, le Irish Harp Orchestra (unique orchestre celtique traditionnel) dirigé par Janet Harbison, Christine Mérienne (chanson française accompagnée à
la harpe), Isabelle Olivier (harpe Jazz ), et Buffo, le clown musical fêtant ses trente ans de carrière. Devenant la capitale mondiale de la harpe pour qutre jours, Arles proposera de nombreux concerts dans toute la ville et dans les hameaux de Camargue, ainsi que la collection d'André Gabriel, ethnomu-sicologue, dans le cadre de l'exposition Harpes, lyres, luths et cithares
du monde
regroupant plus de deux cent cinquante instruments.



La harpe dans tous ses états
une discussion avec Sylviane Lange

origines
Dans les instruments à cordes, on peut dire que il y a les frottés, les percutés et les pincés, dont la harpe fait partie. Il est important de le préci-ser, car toute la résonance de l'instrument vient de la façon dont on émet
le son. En organologie de base, les bois ne sont pas forcément des instru-ments en bois, mais c'est la façon dont le son est émis qui déterminera la famille instrumentale. Ainsi la harpe est-elle plus proche de la guitare que du piano, la façon dont le son résonne comptant plus que la tessiture couverte ou le sens polyphonique et harmonique qui s'en dégage.
La harpe est l'un des plus anciens instruments du monde. Par son geste musical, elle est archaïque puisque, comme au tir à l'arc, il suffit de mettre son doigt sur une corde et de la tirer. On retrouve des harpes assez sophis-tiquées en 560 avant notre ère, déjà, aussi bien en Mésopotamie qu'aux fins fonds asiates. Elle a deux berceaux, et pour ancêtre l'arc musical. Il semble-rait que la première idée d'une harpe nous soit venue d'un chasseur qui aurait perçu un son en tirant sur son outil. Il est passionnant de réfléchir sur les instruments de musique au regard des espaces géographiques où ils naquirent. Il y eut ensuite la kora africaine, avec une grosse calebasse, un manche tendu de cordes : tout simplement parce qu'en Afrique, il y a des branchages et de grosses calebasses un peu partout. Quant aux cordes, elles seront en mouton ici, en acier là et, dans les pays dits évolués, en nylon, une matière qui pourrit les océans. En fin de compte, on démarre toujours de l'environnement.

Quels sont les premiers instruments ? Bien entendu la voix humaine,
sans doute la percussion, la flûte peut-être, à partir d'un os qu'on aurait utilisé comme sifflet en guise d'appeau à la chasse ou de signal pour appeler un troupeau, dès les sédentarisations, la harpe pouvant étant le premier objet à vocation purement musicale. Autant le chant est explicable comme le geste de la naissance (le cri du bébé), la percussion par le ryth-me du pas, des gestes du travail, autant l'on peut chercher le pourquoi de
la harpe, apparue dès le 6ème siècle avant Jésus Christ, sans lui trouver d'explication fonctionnelle. La musique étant un espace de liberté
personnel qui dépasse la fonctionnalité, la harpe serait le premier instru-ment de musique. Cela implique qu'à cette époque, des gens ont eu envie d'exprimer des sentiments intérieurs autrement que par la parole ou tout autre forme expressive. La harpiste Marielle Nordmann dit souvent que la harpe permettrait de relier la terre et le ciel, puisque on y a les pieds sur terre - surtout avec la grande harpe qu'il faut maintenir - et les yeux tournés vers le ciel, puisque la résonance est fort longue, sans étouffoirs (tant qu'on ne prend pas la décision d'arrêter soi-même le son d'une corde, il perdure). Il y a forcément un pont à faire entre musique, croyances et religion, ou rapport au monde et à l'impalpable (aux mondes). Ce n'est pas un hasard si dans toutes les iconographies religieuses, de toutes cultures, la harpe est omniprésence (ou les instruments à cordes de sa famille). Pensez à
la harpe de David ! - qui n'était d'ailleurs pas vraiment une harpe, mais quelque chose entre la lyre et la harpe. Aujourd'hui, les scientifiques sont d'accord pour considérer qu'on ne descend pas d'un seul homme mais
qu'il y aurait eu en même temps plusieurs naissances de l'homme ;
il y a des gestes forts, chargés des symboles de l'être humain :
la harpe en un, je crois.

victor aviat & nikolaz cadoret © festival-harpe



Evolution

En fin de compte, à part la musique occidentale qui n'a gardé de la harpe que l'imagerie salonarde d'une petite fille bien sage représentant une cer-taine catégorie sociale - la harpe n'est pas du tout un instrument populaire ; à Arles, on essaie de faire en sorte qu'elle devienne plus accessible -, les autres cultures la vivent comme un médium populaire, au même titre que la guitare, sa cousine. Kora africaine, koto japonais, harpes arquées d'Afrique, harpe celtique d'Irlande - c'est même le blason du pays ! -, harpes birma-nes, vénézuéliennes, etc., font partie de l'art populaire de ces pays. Au Paraguay, capitale de la harpe amérindienne, il y a plus de harpistes que
de guitaristes. Quant les jésuites sont arrivés en Amérique Latine pour apporter la bonne parole - avec la fermeté que l'on sait -, ils n'avaient pas d'orgues pour accompagner leurs messes (ils en construisirent assez
rapidement, mais au tout début, il n'y avait rien) ; ils ont donc emmené
par bateaux des harpes pour soutenir les chants religieux. La colonisation catholique s'est faite avec des harpes parce qu'elles sonnaient plus fort que des guitares, dans des espaces que l'on voulait toujours plus grands. Lors-que ces régions ont volé à nouveau de leurs propres ailes, après le départ des colons, elles ont gardé la harpe dont elles avaient découvert l'ampleur sonore et la riche tessiture qui maintient la précieuse couleur de la corde pincée. Ainsi ce que l'on appelle aujourd'hui harpe indienne est-il en fait
la véritable harpe baroque ; cet instrument important des folklores sud-américains émane donc de la musique classique européenne :
c'est un instrument savant qui est passé de l'autre côté !

Dans notre société européenne, on a eu les harpes troubadours ou médiévales, de petite taille, que l'on transportait à cheval pour visiter les châteaux, de poème en poème. Il y a toujours une adéquation entre com-positeurs, interprètes et organologie. Au fur et à mesure que la richesse harmonique de notre langage musical s'est développée - polyphonie, contrepoint, etc. -, les instruments ont dû pouvoir jouer de plus en plus de notes. La harpe a donc passé son temps à grandir, multipliant le nombre de ses cordes, pour permettre de passer d'une conception modale à une écriture tonale. Sur les harpes troubadours et celtiques, on a juste un petit crocheton (en haut de chaque corde) que l'on baisse pour raccourcir la cor-de et produire le demi-ton supérieur de l'accord de la note - sachant qu'il
y a sur une harpe une corde par note, puisqu'elle n'a pas de manche pour réduire la longueur, comme en a la guitare. C'est un principe de base
que l'on retrouve également sur les koras où des petits bouts de cuir, de
feuilles ou de bois viennent ligaturer les cordes, ce qui permet de prépa-
rer l'instrument afin de favoriser telle couleur modale.
En Occident, la tonalité et la polyphonie apparaissant puis évoluant au 18ème siècle - d'où l'invention du piano -, on a cherché à ce que la harpe permette de moduler plus rapidement et plus brillamment qu'avec ce sys-tème artisanal et limité de crochetons. Les harpes sont devenues de plus en plus grandes, puisqu'il fallait ajouter des cordes. On a commencé à jouer des harpes à simple mouvement : des pédales au pied de l'instru-ment permettaient de raccourcir les cordes d'un demi-ton. C'était mieux, mais encore limité. Au 19ème siècle, pour jouer sur deux demi-tons (pou-voir passer aisément du do bémol au do naturel et au do dièse, par exem-ple), on inventa le double mouvement, c'est-à-dire une pédale à deux crans. C'est Erard, le même inventeur que pour le piano, qui imagina ces pédales, appliquant génialement sa découverte. La grande harpe - 47 cordes, en général - est alors munie d'une pédale par note de la gamme, soit sept pédales en tout, les cordes à vides sonnant en bémols. Si l'on veut jouer
un do naturel, il faut donc appuyer sur la pédale de do 1er cran. Avec un système de tringlerie qui traverse la colonne pour relier la pédale aux vrilles du haut de la console, la corde va perde grosso modo deux centimètres, et tous les do seront naturels. Pour jouer un do dièse, on appuie le 2ème cran de pédale, pour reproduire cet abaissement de deux centimètres, de sorte que tous les do remontent au demi-ton supérieur. Et ainsi de suite avec sept pédales, trois d'un côté, sept de l'autre. Comme pour le piano, le nouvel instrument suscita les vocations virtuoses de compositeurs instru-mentistes : ainsi le très célèbre Elias Parish-Alvars (1808-1849) dont les concerts attiraient des gens prêts à parcourir des kilomètres à travers l'Europe pour venir l'entendre, et qu'à ce titre l'on a beaucoup comparé
à Liszt.



une pratique éprouvante

Pour jouer de la harpe, il faut coordonner la lecture d'une partition polyphonique, un geste musical qui anticipe par les pieds, et le soutient
de quarante-cinq kilos posés sur une épaule en déséquilibre, puisque les pieds, naviguant sur les pédales, ne reposent pas au sol. Je vous laisse imaginer le beau terrain à scolioses qu'occasionnent de telles conditions d'exercice ! Pour la vue, ce n'est guère plus clément : quarante-sept cordes sont alignées devant votre nez, et vous devez vous débrouiller pour y trouver vos notes. En générale, on utilise de la couleur : les fa sont en rouge, les
do en bleu, afin de mieux se repérer. Pour être méchant avec un harpiste, placez au premier rang de la salle une personne avec un pull rouge, ou encore, éclairez le concert en rouge : immanquablement, le musicien ne peut plus jouer ! Il faut savoir également que la corde se tire avec la pulpe du doigt - à l'exception de la harpe celtique que l'on joue parfois avec
l'ongle. La tension requise est la même que celle d'un arc. C'est pour cela qu'il y finalement beaucoup de garçons qui font de la harpe, quoi qu'on en dise, et en général ils sont les plus doués et remportent les grands con-cours internationaux : il y a là une question de force naturelle, un corps plus adapté à un instrument qui martyrise le musicien, un fessier plus à même de résister au déséquilibre et au poids, etc. Un conseil : éviter les gifles
de harpistes (rires) !

propos recueillis le 24 octobre 2004 par Bertrand Bolognesi



artisan salvi, arles 2004 © anaclase

Quelles harpes ?
Trois fabricants de harpes sont présents sur le festival. Il y a bien sûr
de grands facteurs, comme Salvi dont on accueille le représentant pour
la France, accompagné de quelques italiens, puisque la fabrication se fait exclusivement en Italie. Salvi possède aujourd'hui environ quatre-vingt pour cent du marché de la harpe. En France, Camac est le seul fabricant. Il a démarré en même temps que la mode celtique, lorsque Alan Styvel, dans les années soixante, a relooké la musique bretonne en recherchant les instruments de ses origines, alors en totale perdition. Camac a eu un rôle très important dans l'évolution de la harpe : il fut le premier à casser l'image luxueuse de cet instrument. Il a construit d'abord des harpes celtiques, puis des harpes d'étude vendues à des prix tout-à-fait accessibles, un concept dont il est l'inventeur et qui a fait le grand succès de la marque. Leurs har-pes restent artisanales, mais utilisent des bois d'essences moins précieu-ses, avec certaines pièces de mécanique faite plus à la chaîne. Depuis quelques années, Camac se lance dans de magnifiques harpes de concert, et devient un véritable concurrent pour Salvi qui, aujourd'hui, tout
en continuant de jouer la carte prestigieuse d'une harpe comme objet arti-sanal unique et élitiste, fabrique également des harpes d'étude et des harpes celtiques. Cette concurrence à tous les niveaux est une aubaine pour les harpistes, chacun pouvant désormais trouver la couleur qui lui convient. Quant à lui, Gérard David - n'est-ce pas beau de s'appeler David
et de fabriquer des harpes ? - va vraiment en forêt choisir avec le bûcheron, selon des critères d'exposition, d'implantation, etc., l'arbre qu'il travaillera. Dans la conception d'une harpe entièrement réalisée à la main, il y a une vraie relation à la nature. Bien sûr, les grandes maisons comme Salvi ont des chaînes de menuiserie pour certaines pièces, mais le principal
reste encore artisanal.