PORTRAIT
alexis descharmes, violoncelliste Comment
avez-vous abordé la musique? Vous
êtes très présent ; pourquoi ? Les
compositeurs de prédilections Et
Pierre Boulez ?... Prochains
concerts En
projet Discographie
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| Où pourra-t-on
bientôt vous entendre? | |
- à l'Opéra Bastille, en fosse, pour Otello de Verdi :
les 8, 11, 17, 20, 23 et 26 mars, sous
la direction de James Conlon - à Caen, dans le cadre du festival Aspects
des Musiques d'Aujourd'hui, dans des oeuvres de Boulez, Hurel, Jarrell, Levinas,
et Murail : le 14 mars, avec l'ensemble Court-Circuit, sous la
direction de Pierre-André Valade - à Orléans, portrait
de Manoury : le 30 mars, avec l'ensemble Court-Circuit - à
l'Ircam, dans un programme Levinas : le 31 mars, avec l'ensemble Court-Circuit, sous
la direction de Pierre-André Valade - à Monte-Carlo, dans le
cadre du festival Printemps des Arts, dans une nouvelle Trace
I pour violoncelle et electronic-live de Matalon : le 4 avril -
à l'Opéra Garnier, en fosse, pour le ballet La Septième
Lune de Prodromidès : les 16, 17, 18, 20,
21, 22, 23, 24, 26, 27, 28 et
29 avril, sous la direction de Arturo Tamayo - au Musée Carnavalet,
dans le Septuor Op.20 de Beethoven : le 25 avril, avec l'ensemble Quarendo
invenietis - à Vienne, dans Répons de Pierre Boulez
: le 9 mai, avec l'Ensemble Intercontemporain, sous la direction
du compositeur - au Musée Carnavalet, dans Brahms : le 23 mai,
avec l'ensemble Quarendo invenietis - au Centre Pompidou, dans un programme
Berio : le 2 juin, avec l'ensemble Court-Circuit, sous la direction
de Pierre Boulez - à paris, dans le cadre du Festival Agora,
dans des oeuvres de Sandred et de Saariaho : le 5 juin, au Centre Culturel
Suédois |
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| Discographie
de Alexis Descharmes | -
Daniel A. D'Adamo : Voices, Die runde Zahl Coeli et terrae, d'Ombra
I + III Ensemble Court-Circuit sous la direction de Pierre-André
Valade CD Radio France MFA 216039 - Pierre Boulez : Messagesquisse Jean-Guihen
Queyras Ensemble Intercontemporain sous la direction de Pierre Boulez CD
Deutsche Grammophon 463 465-2 Collection 20/21 - Pierre Boulez
: Pli selon Pli Christine Schäfer Ensemble Intercontemporain sous
la direction de Pierre Boulez CD Deutsche Grammophon 471 344-2 Collection
20/21 - Joshua Finerberg : A ripple-rindeg pool Recueil de
pierre et de sable Ensemble Court-Circuit sous la direction de Pierre-André
Valade CD Accord / Una corda 472 363-2 - Philippe Hurel :
Pour Luigi Christoph Staude : Intercut/Zwischenschnitt Ensemble
Court-Circuit sous la direction de Pierre-André Valade 2CDs
Wittener Musiktage WDR - Bruno Montovani: Danses interrompues,
D'un rêve parti Jazz connotation, Appel d'air Ensemble Alternance CD
AEON AECD0208 - Le Cycle Sacher : Britten, Henze, Holliger,
Halffter, Dutilleux Huber, Beck, Ginastera, Lutoslawski Carter, Fortner,
Berio, Boulez Fondation Meyer CD CREC-audio 01/016 - Philippe Schoeller
: Voix intérieures Ensemble Alternance CD 3-D Classics
8030 Et prochainement : - Elliott Carter: Oeuvres avec
violoncelle CD Assai à paraître |
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savoir plus Vous pouvez visiter : www.descharmes.com |
Nous avons rencontré le violoncelliste ALEXIS DESCHARMES
à qui nous avons posé quelques questions. Il conviendra de le saluer
sur cette page pour s'être prêté à l'exercice, et de
remercier Anne-Marie Réby et Maguy Lades sans la complicité desquelles
cet entretien n'aurait eu lieu.
Comment avez-vous abordé la musique ? Avez-vous étudié
un autre instrument que le violoncelle ? Et - si vous le savez - pourquoi vous
êtes-vous concentré sur le violoncelle? L'environnement
familial était favorable : mes parents sont tous les deux professeurs
de piano, et ma sur est violoniste. J'ai d'abord fait de la percussion,
à l'âge de cinq ans et jusqu'à mes dix ans. J'ai commencé
le violoncelle à neuf ans, et j'ai fait aussi un an de cor : ma mère,
très prévoyante, voulait anticiper sur la qualité de mon
Service National (mais je n'étais pas très doué pour
le cor, et je me suis débarrassé du Service National grâce
à mes talents de comédien) ! C'est donc le violon-celle qui l'a
emporté. Le choix s'est fait un peu par hasard, je crois, ma mère
aimait beaucoup le violoncelle, j'ai dit pourquoi pas, pour lui faire plaisir
(Rassure-toi, Maman, je ne regrette rien !). En tout cas, j'étais sûr
et certain de ne pas vouloir apprendre le piano : trop de piano à la maison
! Avec le temps, le violoncelle m'est apparut comme un medium, sans qu'il y ait
quoi que ce soit de partisan dans la démarche. Je ne me suis jamais senti
violoncelliste dans l'âme (et je n'ai jamais travaillé les incontournables
concertos du répertoire, comme Schumann ou Dvorak). Très tôt,
j'ai abordé l'univers contemporain, et par ce biais, je me suis positionné
très vite dans les questions sur l'inouï (au sens du non-encore-entendu). Quelles
ont été les rencontres importantes - les maîtres, les
chocs, les événements, etc ? Le premier grand choc, ce
fut Le Sacre du Printemps chorégraphié par Béjart,
vu à Lausanne lorsque j'étais au collège. Ce spectacle a
suscité une attirance particulière pour le monde de la danse.
Il a changé ma façon d'appréhender l'espace et le mouvement,
et jusqu'à ma façon de jouer. Par la suite, j'ai souvent travaillé
avec des danseurs, et je continuerai. La grande rencontre, c'est évidemment
celle de Pierre Boulez. D'abord avec un concert à la Cité de la
Musique, en 1995, auquel ma sur m'avait traîné (merci Virginie
!) et où j'ai découvert Répons. Cette musique que
je ne connaissais pas m'a ému jusqu'aux larmes ; et j'en étais le
premier étonné ! Ensuite, j'ai rencontré Boulez lui-même
lors d'académies d'été. Le travail avec lui est toujours
très efficace. Sa direction est précise et sensuelle
comme
sa musique ! Il fait partie de mes tuteurs imaginaires (avec Savall, et quelques
autres). Ce qui ne m'empêche pas de ne pas tout apprécier, bien sûr.
Pour apprécier quelqu'un, je ne suis pas forcément d'accord en tous
points avec lui, mais ceux sur lesquels je le suis n'en revêtent que plus
d'importance. J'ai eu la chance de jouer presque toutes les uvres de Boulez
qui comportent une partie de violoncelle, sous sa direction : Messagesquisse,
Pli selon Pli, Explosante-fixe, Dérive, des extraits
du Livre pour Quatuor et très prochainement Répons.
Vous vous produisez
en tant que soliste, chambriste, vous apparaissez occasionnellement au sein d'orchestres,
d'ensembles, vous êtes parfois dans la fosse de l'Opéra ; on peut
dire que vous êtes très présent ? Je n'aime pas
faire la même chose deux semaines de suite. Donc, je varie les plaisirs
! Je travaille avec des partenaires différents, et aborde beaucoup
de répertoires, de Dowland à Carter. Je joue plus de musique contemporaine
parce que je m'y sens compétent. Mon activité se partage en deux
tiers de musique contemporaine pour un tiers de musique ancienne (au sens large).
Cet équilibre me convient ; si je dépasse la pro-portion en musique
contemporaine, le rapport au son de mon instrument est faussé ; si je fais
la bascule sur l'autre domaine, il me manque quelque chose. Au conservatoire,
Descharmes était celui qui fait du contemporain, bien souvent
chargé du sous-entendu que je ne savais pas jouer autre chose
J'ai
eu besoin de jouer toute la musique pour contrecarrer cette idée préconçue.
Aujourd'hui, je pense pouvoir servir autant Grisey que Schubert, et si l'on me
colle une étiquette de défenseur de la musique contemporaine,
je ne la trouve pas si moche ! Je sais ce que je fais bien, et je connais
mes limites. Et je n'en souffre plus. Jouer les jeunes compositeurs présente
un risque, parfois. On ne sait pas ce qui va sortir de la partition
En général, j'aime bien me sentir utile : dans la création,
j'ai l'impression que je sers à quelque chose ; du mieux que je peux, j'apporte
ma petite pierre au grand édifice du patri-moine musical. Mais la création
est parfois assez perverse : si le concert n'est pas bon, le public remet d'abord
en cause le compositeur, alors que c'est l'interprète qui est le plus sévèrement
jugé pour les musiques an-ciennes ! Je me fixe donc d'être très
exigeant dans ce travail, afin de servir au mieux l'auteur, le plus honnêtement
possible (mais on est souvent soumis à la tentation). En jouant la musique
plus ancienne, on peut diffi-cilement échapper à des conventions
interprétatives. Je refuse de me rafraîchir la mémoire (cette
mémoire-là), et j'essaie d'aborder ces partitions avec la même
objectivité que les oeuvres nouvelles, pour lesquelles il n'y a pas
de traditions d'interprétation. Il y a cependant parfois d'excellentes
traditions interprétatives dont il faut tenir compte, bien sûr. Mais
il faut se garder d'accorder un crédit systématique au jeu de tel
interprète qui a travaillé avec l'auteur : ça n'implique
pas forcément que l'auteur en question ait avalisé cette interprétation
pour tout autre instrumentiste. D'autant que l'on peut faire admettre ceci ou
cela à un compositeur, un peu à l'arraché. Les interprètes
ont leurs limites : elles ne doivent pas prévaloir sur l'inten-tion de
l'auteur. Chaque génération gagne en savoir-faire, on joue techni-quement
mieux aujourd'hui qu'hier, et nos collègues de demain nous auront dépassé
: on aurait trop vite tendance à faire changer un trait au compositeur
quand l'uvre n'est pas encore éditée.
avec Pierre Boulez © descharmes.com Quels
sont vos compositeurs de prédilections ? Tous, sauf certains
! Sérieusement, tous les compositeurs m'intéressent, mais je n'aime
pas ceux qui ne sont pas honnêtes avec la musique qu'ils écrivent,
qui écrivent parce qu'il faudrait écrire comme ceci ou comme cela,
ou parce que c'est plus simple à écouter, ceux qui écrivent
pour toute sorte de raisons et avec toute sorte de manières préméditées.
Je préfère une musique moins brillante mais plus sincère.
Composer sans sincérité, c'est laid comme une déclaration
d'amour motivée par une arrière-pensée salace ! Parmi les
gens sincères, il y a ceux que je connais bien, ceux que je connais moins
bien, et puis voilà ! En travaillant leurs partitions, on apprend à
les aimer. Esthétiquement, je préfère Wagner à Verdi,
Grisey à Lachenmann, Dowland à Purcell, Rameau à Scarlatti,
par exemple
Mais ces propos ne sont pas contractuels ! Je change très
souvent d'avis (d'ailleurs j'ai découvert très récemment
des uvres admirables d'Offenbach, pour lequel j'avais jusqu'ici un a priori
très méprisant ! En règle générale, je
ne demande qu'à être convaincu). Comment
abordez-vous une uvre en création ? J'essaie d'être
le plus malléable avec la partition, pour servir le composi-teur. Lorsqu'il
est là, j'essaie de l'aider, d'être à la fois un serviteur
docile et de lui éviter certains écueils, de le conseiller tout
en évitant de lui proposer des solutions instrumentales qui risqueraient
de travestir son idée musi-cale. Sans doute est-ce difficile également
pour le compositeur de ne pas se laisser influencer par les démonstrations
des interprètes, les catalogues de trucs sonores, si je puis dire
tentation pour l'instrumentiste, écueil pour le compositeur

Pouvez-vous
revenir sur le travail avec Pierre Boulez ? Avec plaisir ! Boulez est
rapide et efficace. C'est très impressionnant. Il va droit au but :
on n'a pas le temps de comprendre qu'il a déjà résolu tous
les problèmes. Pour Pli selon Pli au disque, il y avait très
peu de séances d'enregistrement. La première partie, Don,
a été enregistrée en deux heures, c'est incroyable ! Il sait
s'entourer de gens compétents et fiables. Lorsqu'on sait qu'on va travailler
avec Boulez, on se prépare sans doute plus que pour d'autres projets, si
bien que tout le monde est soudain plus compétent et fiable que jamais.
Il fait partie des rares artistes avec lesquels j'ai encore le trac. Je sais qu'il
me connaît, qu'il m'estime, qu'il m'aime bien ; je ne bredouille plus en
lui serrant la main, comme au début, mais l'admiration reste trop forte
pour que l'habitude efface le trac. Il est toujours souple, détendu, et
concentré. J'admire chez lui, outre l'efficience de sa démarche,
le fait qu'il se remette sans cesse en question, tout en gardant bien en vue son
objectif musical.
Quel est votre rapport à
la musique ? Disons que c'est un peu comme le rapport amoureux : la
présence de l'autre est souvent problématique, mais dès
que je suis loin, l'autre me manque
En musique, c'est pareil : quand
je travaille beaucoup, il y a des questionnements, des conflits, mais je suis
incapable de prendre plus de trois jours de vacances : il me faut très
vite écouter des disques, lire des partitions, car la musique me manque
en revanche, pas forcément mon instrument ! © anaclaseCliquez
sur l'image pour voir la photo en entier Quels
sont vos projets ? J'ai envie de faire quelques disques. C'est
important pour moi d'enregistrer les choses, non pour la postérité
- je m'en fiche ! - mais pour moi, comme l'on fait un album de photos de soi-même,
pour fixer les choses, car je ne joue pas aujourd'hui comme je jouerai dans vingt
ans. Je viens de terminer un disque Elliott Carter, pour le label Assaï,
qui sortira en mars. J'ai trouvé en Martin Kaltenecker un partenaire de
confiance, aux goûts musicaux sûrs, et qui ne place pas la rentabilité
en tête du cahier des charges
ça fait du bien ! Il y aura ensuite
un disque Liszt, pour la fin 2004. Puis des projets sur des uvres de Kajia
Saariaho, Zemlinsky, Klaus Huber, Offenbach, Steve Reich - des esthéti-ques
très différentes. Je participe également aux concerts de
l'ensemble Court-Circuit, et je m'occupe de Quaerendo invenietis, un ensemble
de chambre à géométrie variable, au service de toutes les
musiques de qualité, et actuellement en résidence au Musée
Carnavalet, à Paris. Nous avons formé cet ensemble avec des
amis du conservatoire (Antoine Tamestit, Nicolas Baldeyrou, Pierre Bleuse,
etc...) Nous jouons en priorité de la musique non contemporaine, mais
elle n'est pas exclue. Nous nous produisons au rythme d'un concert par mois, depuis
trois ans, entourés de musiciens choisis notamment pour leurs qualités
humaines, pour le plaisir, pour l'amitié.
Quel
instrument jouez-vous ? Un violoncelle moderne fabriqué en 1998
par Friedrich Alber, un jeune luthier allemand qui a fait ses études en
Angleterre et qui s'est installé à Montpellier. C'est un instrument
très polyvalent, et pas cher. Je n'ai jamais eu le fantasme des vieux instruments
italiens
En fait, si, comme tout le monde, mais je n'ai jamais eu les moyens
de m'en payer un ! Mais je me suis fait une raison depuis longtemps, je ne suis
pas frustré du tout. Sinon, je joue aussi du violoncelle ténor,
plutôt rare, un instrument anglais de 1751, mais qui manque de répertoire.
propos recueillis le 15 septembre 2003 par Bertrand Bolognesi
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