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AARON EINBOND
portrait autour d'une uvre
What the Blind See
Interdisciplinarité
What
the Blind See
Avec
L'Instant donné...
Biographie
© anaclase
Biographie
Aaron Einbond est né à New York en 1978.
Il fut élève de Julian Anderson, Edmund Campion,
John Corigliano, Cindy Cox, Mario Davidovsky Robin Holloway, Andrew
Imbrie, Philippe Leroux, Jorge Liderman,
Yan Maresz et John Thow, à l'Université de Californie
- Berkeley, au Royal College of Music de Londres,
à l'Université de Cambridge et à l'Ircam
où il achève actuellement un cursus de composition
et d'informatique musicale. Son travail, présents sur la
scène musicale internationale, a été salué
par de nombreux prix
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C'est autour d'une uvre,
What the Blind See,
que nous vous proposons de rencontrer Aaron Einbond.
L'ensemble L'Instant donné, créera en France la nouvelle
pièce du compositeur américian : au Centquatre, le
samedi 13 juin à 16h30
dans le cadre d'AGORA, le festival de l'Ircam
En quoi votre nouvelle uvre,
What the Blind See, qui sera créée par l'ensemble
L'Instant donné le 13 juin au Centquatre, dans le cadre du
Cursus 2 de l'Ircam, s'intègre-t-elle dans la thématique
festival AGORA ?
Assez évidemment, en fait, puisque cette pièce
a été précisément
conçue dans l'interdisciplinarité. Il s'agissait pour
moi de me lancer dans
un travail de recherche, d'intégration des nouveaux outils
rendus disponi-bles par l'Institut, tout en développant une
collaboration extérieure, extérieure étant
à entendre à la fois comme l'en-dehors de l'Ircam
et l'en-dehors de la musique. Les uvres qui seront proposées
pour ce Cursus 2 sont signées par six compositeurs
qui, pour la moiié d'entre eux, auront travaillé avec
d'autres artistes ; l'un avec un chorégraphe, l'un avec un
vidéaste, etc. C'est mon cas, puisque j'ai pu croiser les
intérêts d'étudiants du Fresnoy / Studio national
des arts contemporains de Lille. Lorsqu'on est à l'Ircam
pour un an, on développe nécessairement une vraie
relation avec ses acteurs, à l'inverse d'un compositeur en
production qui n'y serait que quatre ou six semaines, par exemple.
Comment s'élabore
un projet comme le vôtre, induisant plusieurs domaines ?
Pour moi, le fait de parler de musique avec un artiste non-musicien
fut très formateur. Avant la rencontre avec Pierre Edouard
Dumora, le vidéaste de ce projet, nous nous intéressions
tous les deux à l'esthétique des images scientifiques,
nous passionnant pour les travaux photographiques de l'Ecole de
Düsseldorf, bien sûr. Au lieu de proposer ce travail
comme une recherche, nous avons souhaité exactement l'inverse
: penser la science comme possible vocabulaire artistique. Une approche
modulaire de la collaboration s'est ensuite rapidement imposée,
favorisant une chose pouvant prendre plusieurs formes plutôt
qu'une grande installation unifiée.
Film et musique
se sont donc élaborés de part et d'autre ?
En quelque sorte. J'ai écrit une pièce chambriste
- pour alto, clarinette basse, harpe, piano, percussion et électronique
- et il a réalisé le film.
Ce n'est pas une musique pour une projection, de même qu'il
ne s'agit pas d'un film pour un concert. Si l'on n'en connaît
pas l'origine musicale, le film est relativement abstrait ; de même
que ma partition se comprend mieux si l'on a vu le travail du vidéaste.
Mais chaque uvre peut être abordée seule, indépendamment
de l'autre qui l'a nourrie et qu'elle a nourrie. De là l'idée
de résidu.
C'est-à-dire
?
Livrer un projet dont on ne saisira pas tout en une fois. Mettre
des images derrière les musiciens, sans chercher à
fermer les images, à faire croire que le travail serait abouti.
De même a-t-on fait un son pour le film sans qu'il s'agisse
d'un son abouti. Tout demeurera à l'état d'allusion.
Chacun peut aller plus loin dans son propre domaine, tout en laissant
la question en suspens : comment voit-on le film sans la musique,
et inversement ? Le film est regardé dans son écoute
d'une musique qui elle-même le regarde.
What the Blind See - en français
Ce que voient les aveugles - :
pourquoi ce titre ?
Pierre Edouard Dumora l'a retenu d'un article d'Oliver Sacks.
Nous avons travaillé avec un non-voyant, Frank de Brobeque,
comédien amateur. Le film se situe entre documentaire et
fiction. Mais nous ne sou-haitions ni traiter de la cécité
ni faire un portrait de cet homme. Ce n'était pas le sujet.
Simplement, nous avions à l'idée que la pièce
musicale pût être entendue en son imaginaire, d'aller
vers les talents particuliers de Frank. Un aveugle perçoit
différemment l'environnement, de sorte que certains sens
peuvent être plus développés que d'autres :
c'est en cela
que l'on peut parler de talents. Frank est donc le troisième
collaborateur
du projet, pensé comme tel, lui apportant son savoir propre.
Il a lui-même une grande connaissance de la musique contemporaine,
si bien que nous avons énormément dialogué
sur l'écoute qu'il en a, sur les mystères de sa perception.
Tout notre travail fut fécondé par cette omniprésente
métaphore cachée. En même temps, cette perception
particulière reste du domaine commun entre ceux qui voient
et ceux qui ne voient pas.
Quelle est la facture de votre
nouvelle uvre ?
Elle puise en partie son matériau dans deux pièces
précédentes :
Temper pour clarinette basse et électronique, autour
de laquelle nous nous sommes rencontrés à Nice il
y a bientôt trois ans [lire notre
chronique du 15 novembre 2006], et Beside Oneself, conçue
pour alto et électronique à l'Ircam, l'an dernier.
What the Blind See est un descendant croisé de ces
deux pièces, si bien que l'idée de la modularité
évoquée plus haut se trouve ici filée de l'intérieur.
L'alto et la clarinette basse y prennent un rôle presque soliste.
J'ai également travaillé sur les sons concrets - dans
le sens historique du terme -, en essayant de les traiter dans une
démarche stric-tement construite, rigoureusement calculée
- ircamienne, si l'on peut dire. Le matériau n'est
pas spécifiquement ircamien, le traitement l'est et
le résultat, me semble-t-il, s'avère tout autre, mettant
en perspective des outils formidables par mon expérience
d'autres façons de faire (ma rencontre des habitus
pris par les musiciens russes avec l'électronique, lorsque
j'ai parti-cipé au Festival d'Automne de Moscou, tout dernièrement,
par exemple), non parisiennes, non françaises, même
- pas forcément plus américaines pour autant, d'ailleurs.

Comment s'est passée votre
rencontre avec L'Instant donné ?
L'Instant donné est un jeune ensemble de grande qualité
qui souhaite,
avec ardeur et enthousiasme, accompagner durablement les composi-teurs.
Nous avons pu travailler dans une saine liberté et créer
une matière sonore particulière, à partir de
sons proches, microscopiques, si l'on peut dire. Car, dans
What the Blind See, j'ai beaucoup travaillé avec les
micro-phones de contact, très proches de la formation du
son. Cela induit une certaine contrainte pour les instrumentistes,
et donc une souplesse choisie.
Dans quel but ?
Je vous donne un exemple. Le percussionniste frotte une pomme
de pin contre la peau d'une grosse caisse. Qui perçoit cela
comme tel, même en regardant le geste par lequel est produit
le son ? Ce type de son n'est pas à proprement parler musical
: il suggère un espace inconnu. La perception se trouve projetée
dans un espace imaginaire. Dans le possible malentendu perceptif
se retrouve l'interrogation sur ce qu'entend le non-voyant, bien
sûr.
entretien et photographies réalisés
le 23 mai 2009 par Bertrand Bolognesi
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