johann paul von westhoff :
sonates pour violon et basse continue

1 cd Zig-Zag Territoires ZZT 050201

Une nouvelle fois, le label Zig-Zag Territoires se lance à la recherche
d'un oublié de l'histoire de la musique : Johann Paul von Westhoff, né à Dresde en 1656, fit une carrière de violoniste admiré des plus grands en son temps, mais sera également secrétaire du duc de Weimar et profes-seur de langues étrangères. Le personnage restera une énigme pour
nous, alors que Les plaisirs du Parnasse nous invitent à découvrir son recueil de six Sonates pour violon et basse continue édité en 1694.

Dès la première aria de la Sonate n°4 en ré mineur par laquelle ce beau disque s'ouvre, on appréciera une prise de son d'une grande présence. Puis, le climat particulièrement dramatique de l'œuvre force l'écoute qu'il happe par un suspens étonnant. La basse continue est extrêmement riche, pour un violon - David Plantier - délicatement déclamé. Après cette sorte de préambule, l'Allegro s'emporte en une danse furieuse qu'on a bien du mal
à rapprocher de quoi que ce soit d'autre à la même époque. Passionnante, l'interprétation semble s'ingénier à en révéler la personnalité, avec une fougueuse énergie. Suit une autre aria puis un très virtuose Allegro, avant de nous faire goûter au dénuement raffiné d'un Arioso final d'une tendre mélancolie.

Et durant tout le disque, on continuera de s'étonner de tel trait, de l'usage
de tel procédé, affirmant un compositeur à nul autre pareil. On y trouvera
un bijou vivaldien avant l'heure - 3ème mouvement de la Sonate n°3 en ré mineur, d'inspiration plus italienne dans l'ensemble -, une hallucinante opulence dans la patine de la basse comme du violon - 2ème mouve-
ment de la Sonate n°2 en la mineur -, l'inquiétante alternance de quiétude relative et de déchaînement tempétueux - Sonate n°1 en la mineur -, une construction en six mouvements d'une égalité d'humeur déjà presque classique - les cinq premiers de la Sonate n°5 en sol mineur, contredits
par le sixième -, et jusqu'à l'imitation d'un luth par le violoncelle de
Maya Amrein et le violon - 3ème mouvement de la 2ème Sonate -
à s'y méprendre.

D'une rare intelligibilité, ce disque défend une œuvre d'une profondeur inouïe, intégralement écrite en mode mineur sans que rien ne s'y appe-santit dans une contemplation alanguie ; au contraire, il y a ici une santé presque antagoniste qui jubile à pleines joues ! Pour toutes ces raisons,
et parce que Shizuko Noiri à l'archiluth et Andrea Marchiol au clavecin,
ainsi que les deux autres artistes précédemment cités, présentent un
travail tout à fait enthousiasmant, nous inaugurons dès lors l'attribution d'une Anaclase ! .

Bertrand Bolognesi