Antonio vivaldi : rosmira fedele
1 coffret 3 cds Dynamic 437/1-3 | La
plus tardive partition d'opéra de Vivaldi qui nous soit parvenue se
trouve enfin gravée, grâce à l'initiative de l'Ensemble
Baroque de Nice. Il y a tout juste un an (c'était le 23 mars),
nous avions pu entendre cette Rosmira Fedele à l'Opéra de
Nice, et nous vous en avions parlé quelques temps après, lors de
la parution de notre dossier Vivaldi
: à la redécouverte du Prêtre Roux. Aussi, je ne renouvellerai
pas sur cette page la présentation déjà détaillée
de l'uvre, sauf à vous rappeler qu'elle fut créée le
27 janvier 1738 au Théâtre Saint Jean de la Sérénissime
; pour de plus amples précisions, vous voudrez bien suivre le lien vers
ledit dossier. Tout d'abord, saluons une prise de son fidèle qui
nous replonge dans l'atmosphère des représentations de mars. Dès
la Sinfonia en trois mouvements, on remarque des cuivres intéressants,
une belle mise en valeur des théorbes dans le mouvement central, mais quelques
soucis dans les unissons de cordes. L'orchestre présentera tout au long
de l'exécution un relief intelligent, toujours en relation avec la dramaturgie. C'est
la Partenope de Claire Brua qui ouvre le premier acte, d'un timbre chaleureux,
extrêmement velouté, mais pas toujours stable. Au fil de l'uvre,
on la découvrira merveilleusement lyrique, bien qu'avec quelques écarts
de diapason parfois. Sa réalisation des vocalises et ornements est généreuse,
même si une tendance au portamento n'est pas toujours la bienvenue (notamment
dans l'aria Sei caro allor...). Dans l'ensemble, les récitatifs
sont traités dans une urgence excitante et d'à-propos. On
saluera particulièrement la proposition de Salomé Haller
qui campe un Arsace coupable en retenant judicieusement sa voix, tout en nuançant
avec la sensibilité et le style excellent qu'on lui connaît ; c'est
bien là son drame : il a promis de ne rien révéler de la
véritable identité de l'énigma-tique Eurimene, et la soprano
rend intelligemment compte de cette donnée, ne libérant véritablement
son organe qu'au dernier acte, lorsque le person-nage réclame une lutte
à torses découverts, et que la vengeresse Rosmira devra se présenter.
Alors, seulement, on goûtera les délices d'un timbre riche, quand
l'heure des réconciliations sera venue. Marianna Pizzolato
chante le rôle-titre : je m'étais interrogé à l'époque
sur le peu d'air de bravoure lui permettant de briller ; aujourd'hui, avec cette
nouvelle écoute, il me semble simplement que la chanteuse s'est montrée
exagérément prudente : en effet, elle orne fort peu les da capo,
et ternit sa prestation elle-même. Indéniablement, le timbre bénéficie
d'une rondeur appréciable. Philippe Cantor donne un Emilio satisfaisant,
offrant un chant fiable, une voix saine, une articulation maîtrisée,
mais peu d'expressivité, et une ornementation relativement lourdaude. Tout
cela correspond assez à une vue du personnage à un 1er degré
de lecture, mais il aurait été plus inté- ressant d'imaginer
de lui construire une personnalité vocale plus riche. Enfin, un
an plus tard, le grand bonheur de cette production demeure Jacek Laszczkowski
: le sopraniste propose un Armindo d'une vaillance stupéfiante, et orne
ses arie comme personne, jusqu'au vertige ! De plus, le timbre se conjugue
parfaitement avec celui de Rosmira, si bien que leurs récitatifs partagés
- et ils sont nombreux - fonctionnent efficacement. Félicitons Gilbert
Bezzina pour une direction délicieusement théâtrale
et émouvante. Bertrand Bolognesi |