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Piotr Tchaïkovski : concerto
opus 23 1 cd Sony Classical SH 93067 | Nous
avons pu écouter, ces derniers mois, plusieurs nouveaux enregistrements
du Concerto n°1 Op.23 de Piotr Illich Tchaïkovski. La
version que propose aujourd'hui Sony réunit l'Orchestre Philharmonique
de Berlin autour d'Arcadi Volodos et sous la baguette de Seiji Ozawa
; cela laisse augurer une interprétation prometteuse. Cependant, l'exécution
n'en est pas si idyllique qu'on pourrait le croire. Certes, la prestigieuse formation
allemande s'y montre égale à elle-même et à sa réputation
; les passages solistes sont tout simplement somptueux, et l'on signalera principalement
les bois qui arborent une sonorité extraordinaire. En même temps,
c'est un grand danger pour un chef d'avoir entre les mains l'un des meilleurs
orchestres du monde, constitué de musiciens de très haut niveau
et qui font exactement et parfaitement ce qu'on leur demande. Du coup, ce
sont bien avant toute chose les choix du chef que l'on entend, et les choix d'Ozawa,
malheureusement, ne sont pas toujours heureux. La fougue sentimentale avec laquelle
Volodos aborde le fameux concerto n'est pas non plus d'un goût très
certain. Le résultat est une version assez chaotique de cette page, idéale
pour accompagner un film anglais mélodramatique des années quarante,
avec départ de trains, larmes contenues, évanouis-sements, et tout
le tremblement. L'exagération définira le mieux le caractère
de cette lecture, truffée d'effets, de rubati, de contrastes surjoués,
etc. C'est à la fois sirupeux et larmoyant. L'on goûte, au-delà
de ce cabotinage, les grands moyens techniques et sonores du pianiste, surtout
dans l'Allegro con fuoco. L'idéal serait de réunir les qualités
des trois disques que je vous ai présentés ces derniers temps
; ainsi, l'on rêvera que Hugues Reiner dirige le Berliner Philharmoniker
pour accompagner Olga Kern... mais ce n'est qu'un rêve. En revanche,
ce disque offre en complément de programme sept pièces pour piano
seul de Sergeï Rachmaninov. Avec elles, on retrouve un im-mense artiste,
nuançant merveilleusement cette musique, l'articulant comme personne. A-t-on
déjà entendu le Moment musical Op.16 n°2 joué
si divinement ? Arcadi Volodos a choisi de donner également l'Esquisse
orientale qui reste assez rare. Il tisse sur ces pages une sonorité
extrêmement travaillée, bénéficiant d'autant de délicatesse
et de discernement que de souffle et de cohérence. Bertrand
Bolognesi |