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bela bartok : 1er concerto
sergeï prokofiev : 4ème concerto
1 cd Sony Classical 5170022
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Presque quinze ans après la disparition du pianiste américain
d'origine bohémienne Rudolf Serkin, Sony réédite
une série d'enregistrements rares, dont ces deux concerti,
captés aux Etats-Unis où l'artiste était fort
apprécié depuis le grand succès remporté
auprès du public et de la critique par son concert avec Toscanini
et le New York Philharmonic, le 20 février 1936.
On est plus habitué à entendre Serkin dans le répertoire
romantique, ou encore dans les classiques viennois qu'il a servis
d'un son incomparable, se gardant de toute séduction (son
horreur de la virtuosité spectaculaire irait jusqu'à
lui interdire de jouer la musique de Liszt, par exemple), que dans
des uvres plus modernes, même si on lui sait une véritable
passion pour Max Reger. Avec surprise, on le découvre ici
dans le 4ème Concerto de Prokofiev et le 1er de
Bartok.
Si le pianiste est précédé d'une réputation
d'austérité et de rigueur, la précision presque
ascétique avec laquelle George Szell ouvrait l'Allegro
moderato du Concerto n°1 de Bela Bartok préparait
à son entrée un terrain familier (enregistré
en avril 1962). Le chef utilise les couleurs que l'orches-tration
de Bartok peut suggérer, mais avec la stimulation d'une sorte
d'ari-dité un rien sèche. Avec Serkin, la percussivité
du mouvement devient calmement systématique, et ainsi bien
plus surprenante qu'avec des interprètes volontiers échevelés.
Le thème à proprement parler virevolte avec une clarté
presque clinique, dans un métal du plus glaçant alliage.
Cela n'exclue jamais un travail autant nuancé que radicalement
moderne. C'est, avec d'autres moyens, l'idée de ses interprétations
des concerti de Mozart : toujours droit, un peu sec, précis,
sans romantisme ni manière. Avec l'orchestre, rien ne se
fond ou se marie : une sorte de brutalité ténue, sans
sauvagerie, et qui ne s'émeut jamais entretient une évidente
énergie, sans déploiement ni esbroufe. Les percussions
et les traits de cuivres y prennent quelque chose de nu. Aucune
urgence ni précipitation de la dynamique : l'idée
d'un fleuve au cours immuable qui déborderait progressivement
sans qu'on n'y puisse rien domine cette introduction.
La crudité des timbres - proche parfois de la Sonate
pour deux pianos et percussion - est omniprésente dans
l'Andante, dont la fausse marche/valse s'exalte raisonnablement,
sans ostentation, soignant un équilibre retenu dont le chef
prend soin en ne permettant jamais aux musiciens du Columbia
Symphony Orchestra quoi que ce soit de chaleureux ou de trop
gentiment gracieux. Peu à peu, une clarté lumineuse
survient, rehaussée par les bois, dans le troisième
mouvement - Allegro molto. Un lyrisme tant inattendu que
bref montre le bout du nez, avant que la sauvagerie survienne dans
le déchaînement des deux dernières minutes.
Il parait naturel que Serkin et Szell aient eu une conception commune
de l'interprétation de cette uvre ; à une culture
musicale comparable s'associait un même goût pour Haydn,
Beethoven, Mozart, ou Schubert, nourri d'une sensibilité
également est-européenne et d'un respect sacré
de la partition. Le résultat est tout simplement fascinant.
Eugène Ormandy, comme George Szell, naquit à
Budapest, et fit lui aussi une grande carrière américaine,
qui commença dès 1921 à la tête d'orches-tres
de radios, avant de se fixer définitivement au pupitre du
Philadelphia Orchestra - de 1936 à 1980 - avec lequel
il enregistrait, le 30 mars 1958,
ce Concerto en si bémol majeur Op.53 n°4 de Sergeï
Prokofiev. C'est un travail totalement différent que
l'on entendra : si l'on y retrouve une similaire exigence, la sonorité
est cependant plus grave et la dynamique accuse une souplesse personnelle.
Dès le Vivace, les nuances sont très contrastées,
l'urgence absente du Bartok vient exciter l'écoute. En revanche,
la couleur de l'orchestre est moins flatteuse, et il arrive que
les cordes savonnent. Serkin y paraît moins à
l'aise. Il articule un Andante joliment porté, dans
un climat assez énigmatique. Après un Moderato
malencontreusement tiré vers le romantisme tardif - le
lyrisme s'y trouve poussé comme dans les Tchaïkov-ski
ou Rachmaninov gravés par Ormandy -, le Vivace souffre
d'un tempo sans risque. Bref, on demeure sur sa faim
Bertrand Bolognesi
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