elizabeth balmas joue reger, bloch
bach, bartók et stravinsky

1 cd Passavant Music PAS 2012

La violoniste Elizabeth Balmas offre un beau récital d'alto, pensé à
la croisée de plusieurs influences. On y rencontre la transcription de la Fantaisie chromatique BWV 903 de Bach par Kodály (sans la fugue, on comprend aisément pourquoi), donnée dans une fluidité confondante que souligne délicatement une accentuation intelligente. L'artiste semble tenir compte à la fois de l'original et du regard qu'y jette le Hongrois en son temps. Son approche en est d'autant plus libre.

L'enchaînement avec un fragment de la Suite pour alto (1959) de Bloch est heureux, dans une sonorité plus rugueuse bénéficiant d'une large palette dynamique. L'Elegy (1944) de Stravinsky surprend, dans une couleur très intérieure, pudiquement voilée, même. Elle développe ensuite un son plus gras, et retrouve la saisissante épure du début, dans un recueillement tout simple. Cette déploration pure est certainement le plus beau moment de
ce CD.

La Suite en sol mineur Op.131d n°1 (1915) fait partie des dernières com-
positions de Reger qui, à la fin de sa vie, se tourna intensément vers la mu-sique de chambre. Avec elle, le programme de cet enregistrement retrouve un classicisme désiré comme tel, où Bach parvient à côtoyer le néoroman-tisme brahmsien. Affirmant franchement la vibration tout en conduisant soigneusement la nuance, Elizabeth Balmas attaque vigoureusement le
1er mouvement, puis se lance dans un Vivace d'une âcreté sautillante que contredit le legato infiniment souple de l'Andante. Le fougueux final béné- ficie d'une mordante précision, ménageant toujours nuance et inventivité
à la lecture générale, tonique et sensible.

Enfin, la musicienne a souhaité jouer la Sonate pour violon solo de Bartók (1944) dans sa propre transcription pour alto. Outre que cette version pa-raîtra plus mâle que l'originale, la Ciaccona convainc peu, l'instrument semblant circonscrire cette musique dans un registre exclusivement con-fidentiel. Pourquoi pas, d'ailleurs, partant que l'intimité de cette page nous invitera à l'écouter plus ouvertement, si je puis dire. Efficace s'avère le travail de couleurs qui révèle la vocalité de la Fuga, bien que les doubles-cordes accusent parfois certains soucis. La Melodia (3ème mouvement) bénéficie d'une demi-teinte exquisément expressive, comme prise dans le gel, et d'une réalisation idéale des harmoniques qui souligne l'énigme du climat. Quant au presto, il réunit les qualités de la section précédente au type de contraste attendu (et qui faisait défaut dans les deux premières parties),
tout en chantant généreusement.

Bertrand Bolognesi