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Bohuslav Martinu : Symphonie
n°4 H.305
Estampes H.369 - Le Départ H.175A
1 cd Fuga Libera FUG 531
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En introduction
à son admirable notice rédigée pour ce CD, Harry
Halbreich précise que Bohuslav Martinu (1890-1959) "est
le quatrième grand classique de la musique nationale tchèque,
après Bedrich Smetana (1824-1884), Antonín Dvorák
(1841-1904) et Leo Janácek (1854-1928)". En
fait, il en est le septième, car dans cette énumération
il serait injuste
de passer sous silence des compositeurs tels que Zdenek Fibich (1850-1900),
Josef Suk (1874-1935) et Vítezslav Novák (1870-1949),
le premier
de la génération de Smetana et Dvorák, les deux
derniers assurant le lien avec Martinu.
Au disque, la musique tchèque fut longtemps l'apanage de
musiciens tchèques : dès les années trente,
Václav Talich grava pour His Master's Voice des uvres
de Smetana, Dvorák, Suk, Novák, ces compositeurs qui
occupèrent pour lui une place de choix chez Supraphon. Mais,
curieuse-ment, le grand chef slave n'a apparemment pas enregistré
Martin?, alors qu'il a laissé des témoignages de Janácek.
Pour Martinu, il faudra compter sur Rafael Kubelík, Karel
Ancerl, Martin Turnovský et Václav Neumann, ce dernier
signant une première et superbe intégrale des six
Symphonies du compositeur morave, avec cette phalange d'élite
qu'est la Philharmonie Tchèque.
En dehors de la République Tchèque, Smetana et Dvorák
ont été les tout premiers à être reconnus,
joués et enregistrés au niveau international. Au niveau
du disque, cette reconnaissance mondiale est venue plus tard pour
Martin?, et ce n'est que récemment, grâce à
l'essor du CD, que nous avons pu disposer d'autres intégrales
non tchèques des Symphonies : Neeme Järvi et
l'Orchestre Symphonique de Bamberg (BIS), Bryden Thomson dirigeant
l'Orchestre Royal National d'Écosse (Chandos), et Arthur
Fagen
à la tête de l'Orchestre Symphonique National d'Ukraine
(Naxos).
Hormis tout cela, il est bon de pouvoir disposer de nouvelles interpréta-tions
de l'une ou l'autre Symphonie, surtout lorsque, dans le cas
actuel, l'Orchestre National de Belgique, sous la direction
de son prestigieux
chef actuel, l'Autrichien Walter Weller, signe très
probablement la version
de référence de la Symphonie n°4 (1945),
servie de plus par une prise de son éblouissante. Cette uvre
au lyrisme rayonnant et d'une plénitude lumineuse constitue
l'apogée des six Symphonies composées entre
1942 et 1953, vaste couronnement de la période américaine
du compositeur
dont elle domine toute la production orchestrale.
La partition est en quatre mouvements dont les sommets sont d'abord
le Scherzo indiqué Allegro vivo, sorte de marche
inexorable aux rythmes com-plexes rappelant Roussel, le maître
de Martinu, suivi d'un Trio à la rêverie lyrique
pastorale faisant écho à celle du premier mouvement,
interrompue par la reprise da capo du Scherzo ; ensuite
- et surtout ! - le sublime Largo, véritable quête
éperdue et flamboyante de l'expressivité lyrique et
de la lumière, où l'on discerne l'influence du concerto
grosso baroque ainsi que l'utilisation de la célèbre
cadence morave, et dans lequel Walter Weller a rétabli, à
juste titre, tout comme les deux versions de Martin Turnovský
mais contrairement à Václav Neumann, quatre mesures
d'une cadence piano - cordes présentes dans le manuscrit
mais omises dans la partition imprimée. Cela, associé
aux qualités superlatives de lyrisme et de fermeté
rythmique de l'ONB, en fait aisément la version de référence
actuelle, d'au-tant que les enregistrements de Martin Turnovský
ne doivent plus être aisément disponibles.
Les trois Estampes (1958), dernière uvre orchestrale
de Martinu, témoi-gnent de sa maîtrise d'écriture,
toute de dépouillement, de délicatesse et
de raffinement. La partition fut commandée par Robert Whitney
pour son célèbre Orchestre de Louisville qui l'a d'ailleurs
également enregistrée (First Edition FECD-0018).
Remontons à la période parisienne du musicien qui
le vit entraîné dans
le creuset foisonnant et fécond de l'avant-garde des années
vingt. À mi-chemin de Stravinsky et du Honegger des trois
Mouvements Symphoni-ques, Le Départ est un
grand interlude orchestral de l'opéra Les Trois Souhaits
ou Les vicissitudes de la vie (1929) mettant en scène
le tour-
nage d'un film. Il s'agit d'un mouvement symphonique bien typique
de l'époque, avec son contrepoint complexe et dissonant,
parfois polytonal, âpre en couleurs, riche en cuivres.
Dans ces deux pages, l'ONB et Walter Weller se montrent également
incomparables en nous offrant des versions enthousiasmantes et défi-nitives.
Un chef de cette envergure nous rappelle et prolonge les temps glorieux
où cet orchestre faisait l'admiration de compositeurs tels
que
Béla Bartók, et était dirigé par la
crème des musiciens : Désiré Defauw, André
Cluytens, André Vandernoot, Mendi Rodan, etc.
Michel Tibbaut
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