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gustav mahler : huitième
Symphonie
1 cd Deutsche Grammophon 477 6597

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Depuis sa création, le 12 septembre 1910, l'on
a souvent souligné la démesure de la Huitième
de Gustav Mahler. Certes, démesurée, elle
l'est indéniablement ! Par le choix des textes qu'elle chante,
l'hymne Veni, Creator spiritus pour commencer et, pour finir,
rien de moins que Goethe
et la scène finale de son Faust ; dans son instrumentarium,
puisqu'elle convoque huit voix solistes et associe au grand orchestre
un chur d'enfants et un chur mixte ; par sa durée,
approchant l'heure et demi ; mais aussi par les circonstances de
sa première audition, dans une monumentale structure de verre
montée sur acier, devant près de quatre milliers de
paires d'oreilles, et, enfin par son titre de Symphonie des Mille.
On relativisera cependant ce sentiment de démesure en se
rappelant
que ledit titre fut l'invention d'un impresario, que le lieu de
la création n'était anecdotique, s'agissant de la
salle de concert de l'Exposition Internationale de Munich, que le
temps d'exécution de l'uvre ne semble guère
nouveauté dans l'univers de Mahler si l'on se penche sur
ceux des Symphonie n°2
ou n°3, de même qu'elles requéraient également
churs et voix solistes.
Reste la question des textes inspirateurs
Et c'est là, précisément, que Pierre Boulez
inscrit très justement la seule démesure de cette
Symphonie n°8 en mi bémol majeur. Ici, le Veni,
Creator spiritus est à la fois clair, profond et fluide,
dans un équilibre choral serein. L'articulation se fait leste,
enlevée, peu contrastée. Dans Imple uperna gratia,
la présence orchestrale se veut discrète, en un geste
à peine plus large qui, néanmoins, profite de tous
les timbres, légèrement dessinés par la percussion
lors de la transition vers Infirma nostri corporis, bénéficiant
d'une conduite onctueuse de la nuance, avec son solo de violon d'une
grâce confondante, sans pour autant renoncer à une
haute gravité de ton. Le bref Allegro qui suit rencontre
une précision redoutable, dans une couleur que l'on jurerait
empruntée à Berlioz ; on y goûte le velours
des contrebasses,
la netteté des incises de cuivres. C'est avec un enthousiasme
presque ju-vénile que Boulez accuse la rupture d'Accende
lumen sensibus, d'où surgit un étonnant lyrisme
extatique, gérant ensuite sagement le déploiement
de force de Hostem repellas longius qu'il soumet à
une souveraine maîtrise
de l'énergie. Evitant le kitsch dans lequel sont tombés
beaucoup de ceux qui abordèrent la partition, le chef laisse
à d'autres la notion effective de
ce qu'on appelle habituellement une masse chorale, dans le
final du mou-vement ; tout au contraire, il y avance dans une pompe
contenue, incroya-blement intériorisé, comme la chose
sacrée doit être.
Vocalement, on appréciera l'agilité de Twyla Robinson,
l'élégance de
Johan Botha dont s'impose la clarté fulgurante, le
moelleux de Hanno Müller-Brachmann, demeurant velouté
jusqu'en ses phrases les plus tendues, la couleur généreuse
de Robert Holl, la souplesse d' Erin Wall,
la vaillance chaleureuse de Michele DeYoung, le timbre attachant
de Simone Schröder, et la presque infantile Mater Gloriosa
d'Adriane
Queiroz, aux attaques aigues angéliques et suaves. On
regrette uniquement le peu de diction des voix féminines.
Boulez aborde la seconde partie dans un geste plus ample, osant
même un léger rubato. Le relief s'y fait plus
dramatique, de même que le tempo s'orne d'une mobilité
parfois tourmentée, quoique jamais chaotique. Le
Più mosso s'investit d'une puissante inspiration.
Jouant de l'excellence
des bois et des cuivres de la Staatskapelle Berlin, cette
interprétation n'omet aucune figure, aucun entrelacs, soignant
chaque détail, comme
le délicat papillonnement de clarinette de Jene Rosen
aus den Händen,
par exemple. Le traitement du chur d'enfants s'opère
dans une saine fer-meté, rendant fascinante l'égalité
expressive (instrumental, en fait) qui va s'imposant toujours plus
au fil de cette partie. Boulez concentre chaque climat sans que
cela nuise à l'unité générale. Ne cherchez
pas de gigan-tisme dans cet enregistrement : c'est la facture étonnamment
dépouillée
de la Huitième qu'explore cette version fuyant toute
confusion, une version qui semble bien au contraire vouloir considérer
le plus évidemment qui
soit la dimension spirituelle de l'uvre (et non mystique,
quoiqu'elle
expose des situations mystiques). Son lyrisme s'illumine vers la
sérénité, donnant progressivement naissance
à l'exaltation chorale conclusive, sans abuser d'effets.
Tout, ici, est concentré dans une déroutante économie
qui porte au plus haut l'inspiration poétique où l'on
entendra l'extase scriabi-nienne vue par Boulez lui-même (il
s'agit de la version de 1999, chez le même éditeur,
et non de celle, plus ancienne, disponible chez Sony).
C'est un véritable envol !
Bertrand Bolognesi
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