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jacques lenot :
oeuvres pour piano, volume 1
1 cd Intrada INTRA012
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Le pianiste canadien Winston Choi, dont nous avions salué
le disque consacré à Elliott
Carter il y a quelques mois - L'Empreinte Digitale -, entreprend
aujourd'hui une intégrale de l'uvre pour piano de
Jacques Lenot, pour le label Intrada, dont voici le 1er volume.
On remarquera ici deux périodes bien distinctes dans l'écriture
du compositeur. Les extraits des Six Premières Etudes
datent des années quatre-vingt, une époque où
un caractère franchement angoissé s'exprime par des
ruptures brutales, sorte de contre-ornementation, si l'on peut dire,
d'un propos généralement entravé. L'Allegro
frenetico (Etude I) ouvre éton-nement cet enregistrement,
sous les doigts justement agressifs de Choi ; on se demande cependant
où, dans cette interprétation, sont passées
les vagues de nuances dont parle l'auteur. Mesto (delirando),
l'Etude II habite
le silence à sa manière. L'instrumentiste y colore
les pianissimi, tout
en ne négligeant pas l'inquiétude de cette page, traversée
de ruptures formant de véritables cataclysmes. Le travail
de nuances du Fantasque (Etude V, plage 4) est satisfaisant,
mais le chant reste terne, et la sonorité manque en général
de profondeur. Nous retrouverons cette tendance dans We Approach
the Sea, une pièce de 1982, d'une grande complexité
d'ex-pression, qui réclame une approche peut-être plus
raffinée. Indiscuta-
blement, la tourmente du très bref et tout récent
Burrascoso convient
mieux au pianiste.
Nous l'entendons ensuite dans onze des douze Préludes
formant
le Livre II de Lenot, écrites entre de février
à juillet 1996. Affirmant les
contrastes de Wie der Abendwind (XVI), Winston Choi questionne
l'énig-matique colimaçon de If there were the sound
of water only (XVIII), et retrouve les angoisses d'autrefois
dans Car l'onde s'est tue : elles se sont calmées,
peut-être ont-elles été apprivoisées,
ou plus justement intégrées comme des fatalités
inévitables. Pour la grande finesse de l'écriture
de
Un giugno mesto, on imaginera une interprétation plus
délicate, dans la couleur comme dans la respiration. En revanche,
la relative sécheresse du jeu de Choi souligne jusqu'au vertige
la menace omniprésente des figures obstinées de C'étaient
de très grands vents. Malgré ces quelques inégalités,
on attend le seconde livraison avec impatience.
Hervé Knig
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