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Dmitri Chostakovitch :
sonate n°2
vingt-quatre préludes
1 cd Fuga Libera FUG517
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On a beaucoup
glosé sur les uvres musicales russes dites de guerre,
confondant bien souvent les conflits domestiques privés et
ceux touchant le plus grand nombre, ou assimilant pendant la guerre
à de guerre, le premier terme précisant une
circonstance historique parmi d'autres tandis que le second indique
une volonté spécifique de l'artiste de s'exprimer sur
cette circonstance. Après la 5ème Symphonie de
Chtcherbatchev et la Vingt-deuxième de Miaskovski, Chostakovitch
écrit sa 2ème Sonate pour piano durant une convalescence
imposée par le typhus, au printemps 1943. Le-ningrad est assiégé
depuis bientôt deux ans, un état de fait qui forcément
joua sur l'inspiration du compositeur. Pourtant, si sa 7ème
Symphonie, créée quelques mois plus tôt, ne
saurait être considérée indépendam-
ment du terrible épisode que vécut la ville (qui lui
donna son nom) du 8 septembre 1941 au 27 janvier 1944, cette nouvelle
uvre s'avère principa-lement introspective. De fait,
la fatigue due à la maladie rapprocherait plus précisément
le musicien de ses difficiles treize dernières années,
passées en majeure partie sur des lits d'hôpitaux et,
partant de cette remarque, on
ne s'étonnera pas de trouver dans le second mouvement l'amorce
de cette saisissante nudité de la Sonate pour alto et piano
Op.147, son ultime page (1975). Tandis que Khatchatourian achève
son épique 2ème Symphonie qu'il dédie
à l'Armée Rouge, que Khrennikov n'en finit plus d'étirer
l'écriture de sa Seconde qui masquera la Symphonie
en mi majeur de Mossolov et la Seconde de Popov, Chostakovitch
s'octroie donc une respiration plus intime avec cette Sonate Op.61
qu'il crée lui-même en juin 1943, un mois avant de rédiger
en neuf semaines sa 8ème Symphonie dite Stalingrad
- en l'hon-neur de la victoire remportée le 2 février
1943 par l'armée russe contre l'in-vraisemblable offensive
que les armées allemande, roumaine et italienne avaient entreprise
le 13 septembre 1942 contre la plus importante cité industrielle
soviétique, et en hommage aux quelques deux-cent mille soldats
qu'elle y perdit -, résolument de guerre.
Après des études brillantes auprès de grands
maîtres, tels Bachkirov ou Nebolsin, la jeune pianiste bulgare
Plamena Mangova suit un post-graduat de piano à la
Chapelle Musicale Reine Elisabeth de Belgique, sous la di-rection
d'Abdel Rahman El Bacha, depuis l'automne 2004. Elle livre au dis-que
une fort belle interprétation de la Sonate Op.61 n°2
de Chostakovitch, s'ouvrant dans un Allegretto qu'elle rend
fluide et où elle use d'une main gauche farouche qui sait
aussi chanter. On notera l'intéressante demi-teinte accordée
à la variation, de même que le relief obtenue en dessinant
préci-sément les divers plans de l'écriture
jusqu'à presque orchestrer la partition. Au grand
souffle dont elle nourrit ce premier mouvement d'un Chostakovitch
déjà largement sarcastique qui utilise ici les conventions
pianistiques pour les détourner plus sûrement du chemin
attendu, succède l'étrange lassi-tude figée
du Largo central qui tient l'écoute en haleine, en
un temps com-me arrêté où perce discrètement
l'influence d'un jazz mou (rappelons que le compositeur orchestra
ses Suites de jazz en 1934 et 1938). Survient alors ce fabuleux
exercice de style où Chostakovitch parvient à dépasser
les con-traintes qu'il s'y fixe pour magnifier le matériau
choisi. La prouesse techni-que de Mangova demeure des plus concluantes
et lui autorise une appro-che imaginative des copieuses variations
de ce redoutable mouvement redoutable où impressionnent vélocité
et précision. Pour finir, les réminis-cences du 1er
mouvement sont ciselées dans une nouvelle urgence.
Dix ans plus tôt, entre l'acceptation de son opéra
Lady Macbeth de
Mzensk par le Théâtre Mali de Saint-Pétersbourg
et sa création de janvier 1934 (le 22 au Mali et le 24 au
Théâtre Némirovitch-Dantchenko de Moscou dans
une autre production), Chostakovitch conçoit les Vingt-quatre
Prélu-des Op.34 où il se montre soucieux d'innover
sans rompre avec le passé, comme en témoigne la référence
à Chopin. Dans ce recueil, Plamena Man-gova convainc moins
: la clarté de sa sonorité y paraît trop livrée,
les pages méditatives ne sont guère habitées
et l'on aimerait goûter une percussivité (notamment
dans le Prélude n°20) moins superficielle mais
réellement violente. On saluera toutefois la grande précision
de sa lecture, un certain lyrisme (Prélude n°12),
de l'esprit (15ème et 24ème Préludes)
et principa-lement un 22ème Prélude dont l'excellence
interprétative fait de l'ombre
à ses voisins.
Bertrand Bolognesi
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