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yorck kronenberg joue adorno,
berg,
hindemith, schonberg, toch
1 cd Ars Musici AM 1357-2
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Si on lui connaît déjà des compositions (Nachtsstück,
1988 ; Ellipse,
1999), la fondation d'un ensemble (Neue Musik, de Lubeck) et un
pre-
mier roman (Welt unter, 2002), c'est au piano que nous retrouvons
ici
Yorck Kronenberg, jeune trentenaire qui vit actuellement à
Berlin. Il interprète des uvres écrites dans
la première partie du 20ème siècle.
Commençons par l'aîné des compositeurs au programme,
avec les
Sechs kleine Klavierstücke Op.19 d'Arnold Schönberg,
de 1911. Le Vien-nois y renoue avec le genre de la pièce
lyrique, d'influence brahmsienne, mais en favorisant la subjectivité
plutôt que l'expressivité. L'héroïsme,
le pathétisme sont bannis, et on préfère à
ces clichés romantiques un tra-
vail de focalisation sur quelques motifs, qui nous entraîne
aux limites du silence - comme pour la seconde pièce, parsemée
de nombreuses pau-ses. Bref, ces miniatures recherchent l'essence
plutôt que l'ornementa-
tion. Kronenberg livre ici une interprétation qui frappe
dès l'abord par sa concentration et sa lenteur, habitée
d'un poids très personnel.
Depuis 1933, la musique d' Ernst Toch (1887-1964) porte
les traces
de l'exil. Compositeur autodidacte [ lire notre critique du CDuvres
pour violoncelle ], ses recherches dans les années
vingt l'entraînent vers un langage autonome et contemporain,
vers une Nouvelle objectivité (expé- riences
radiophoniques, prise en compte de l'auditeur, etc.) Réfugié
aux Etats-Unis, il devra pourtant s'adapter à un environnement
musical qui laisse peu de place à l'avant-garde. Sans se
renier, il s'appuie désormais sur un langage post-romantique,
ainsi qu'en témoigne Profiles Op.68, piè-
ces de caractère datant de 1946. L'auditeur pourra goûter
avec ce disque une lecture plutôt claire où domine
l'élégant Calm, fluent, tender (plage 9).
La Sonate Op.1 (1907-08) marque pour Alban Berg la
fin des années de formation. Il n'y renie pas pour autant
l'enseignement de Schönberg, en particulier avec l'idée
de variation à développement. Les trois premières
mesures servent, pour l'essentiel, à construire cet unique
mouvement auquel le Viennois essaya sans succès d'ajouter
mouvement médian et final. Unité dans la diversité,
similitudes sans monotonie, voilà ce qui fait la force de
l'uvre. Là encore, le jeu de Yorck Kronenberg déconcerte,
tant par la précision, la gravité que l'appropriation
vers une sorte de lyrisme ordon-né qui happe l'écoute.
Rien de comparable à ce que l'on put entendre :
le pianiste s'ingénie à révéler ce qu'on
attendait pas.
Autre compositeur à souffrir de l'arrivée du IIIe
Reich, Paul Hindemith, interdit de scène, travaille
par la force des choses sur la forme sonate. Tourné depuis
les années 20 vers la Nouvelle objectivité,
cette Sonate n°3 (1936) refuse tout pathos et héroïsme
hérité du romantisme. La musique ne pouvant pas, pour
lui, refléter l'âme du compositeur, la virtuosité
qu'on trouve dans l'uvre est de l'ordre du jeu, pas du langage.
Chacun de ses quatre mouvements - Ruhig bewegt, Sehr lebhaft,
MäBig schnell, Fuge (lebhaft) - sont bien caractérisés.
Elle est ici jouée dans une lumière bienvenue, comme
dédramatisée.
De Theodor Wiesengrund Adorno, on connaît surtout
les écrits théoriques (musique, philosophie, sociologie,
etc.), mais quid des ses uvres, qui remplissent vingt
volumes ? Ces Trois pièces pour piano furent commen-cées
en 1927, complétées en 1945 ; elles signalent d'un
côté l'influence
de Berg - dont il fut l'élève -, de l'autre l'humour,
voire l'ironie du composi-teur. Ces courtes pièces montrent
comment un caractère original parvient
à intégrer un style traditionnel sans se renier. C'est
avec ces pages que Kronenberg clôt ce récital discographique,
prenant congés à travers
l'uvre du grand penseur du post-sérialisme et de Darmstadt.
Hervé Knig
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