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ludwig van beethoven :
six bagatelles op.126
sonate op.57 n°23 en fa mineur appassionata
Variations la sessa, la stessissima WoO
73
1 cd Fuga Libera FUG530
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Qui ne se souvient
de la brillante et sympathique pianiste bulgare Plamena Mangova,
après qu'elle ait remporté le Deuxième Prix du
Concours Musical International Reine Élisabeth de Belgique
2007 ? Elle y avait interprété, entre autres, avec un
brio incomparable, des uvres de Beethoven, Schu-bert, Liszt,
Albéniz, Ravel, Chostakovitch, et son classement était
plus que mérité. Toujours souriante, sa personnalité
exprime le bonheur et la joie de jouer, dans un répertoire
allant du baroque à la musique contemporaine,
et cela tant au concerto qu'en récital ou en musique
de chambre.
Plamena Mangova a reçu l'enseignement du professeur Marina
Kapa-tsinskaïa en Bulgarie, à l'Académie de Musique
d'État de Sofia Pancho Vladigerov. Elle a ensuite étudié
à l'École Supérieure de Musique Reine Sofia
de Madrid auprès de Dimitri Bashkirov, puis avec Abdel-Rahman
El Bacha à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth. Ce dernier
lui fut certaine-ment un guide des plus précieux dans l'interprétation
des uvres de Beethoven qu'elle honore dans ce merveilleux
disque Fuga Libera. En
deux CDs chez le même éditeur, elle avait déjà
servi Dimitri Chostakovitch de son immense talent, l'un dédié
à des uvres pour piano solo [lire notre
critique], l'autre consacré à sa musique de chambre.
Il est bon de retrouver la pianiste dans sa vision du compositeur
le plus universellement apprécié. Pour cela, il fallait
assurément un programme qui sorte intelligemment des sentiers
battus. Et c'est ce que Plamena Mangova a totalement réussi
en offrant des pages représentatives non seulement de trois
époques distinctes de la vie de Beethoven, mais aussi de
trois formes musicales bien différenciées : la subtile
interprète présente de la sorte une page célèbre
encadrée de deux autres qui le sont nettement moins.
Si les dix Variations sur le duo "La Stessa, La Stessissima"
de l'opéra Falstaff de Salieri sont souvent considérées
comme quantité négligeable dans l'uvre du compositeur,
il ne faut pas oublier qu'elles furent dédiées
à la comtesse Babette von Keglevics par un jeune Beethoven
secrètement amoureux, laquelle comtesse avait déjà
reçu en cadeau ce chef d'uvre qu'est la Sonate n°4
en mi bémol Op.7. Or, comme le précise judicieuse-ment
Michel Stockhem dans les notes accompagnant le disque :
"Offre-t-on un dessert médiocre à une jeune
femme à qui on sert les plats les plus fins ? Et, ajoutera-t-on,
dont on est amoureux ?" Les Variations sont basées
sur un duo d'opéra de Salieri qui fut, rappelons-le, le professeur
de Beethoven, de Schubert et de Liszt. Elles se révèlent
une idéale introduction à un récital Beethoven
pour piano solo.
La Sonate pour piano n°23 en fa mineur "Appassionata"
est évidemment bien plus connue, d'une tout autre envergure,
d'une sombre sévérité et d'une structure relativement
inhabituelle, avec un premier mouvement à la forme-sonate
assez particulière, sans reprise de l'exposition, un deuxième
mouvement en variations, et un Finale en sorte de rondo-sonate
avec gran-de reprise centrale en son développement. L'uvre
avoisine la Symphonie n°3 et l'admirable Concerto
pour piano n°4, période qui voyait Beethoven amplifier
les formes héritées de Haydn et Mozart.
Et la démarche est alors d'autant plus extraordinaire de
s'être tourné, à
la fin de sa vie, vers la forme brève pour piano solo, magnifiée
par les six Bagatelles Op. 126 dans lesquelles son génie
allait concentrer toute sa force expressive en de courts joyaux
dont les romantiques (tels Schubert, Schumann, Mendelssohn, Liszt,
Chopin) ne manqueraient pas de se souvenir dans leurs propres pages
proches de l'improvisation.
Ce qui est remarquable - et admirable - dans le jeu de Plamena
Mangova, alors que chaque page trouve d'emblée l'idéale
traduction de sa substance musicale en un jeu différencié,
tout à la fois rigoureux, précis et subtilement poétique
dans son expression, c'est l'unité que la pianiste, musicienne
jusqu'au bout des doigts, a su conférer à l'ensemble
de ces trois partitions dont l'universelle humanité n'en
est que plus évidente, grâce à cette jeune
et grande dame de cur qui nous en livre le contenu spirituel
avec une éloquence à laquelle on ne peut se dérober.
L'audition de ce disque est
un véritable régal, de la première à
la dernière note.
Pour conclure, insistons sur le fait que, dans une société
de plus en
plus mercantile, il est réconfortant de voir d'importants
groupes financiers
investir dans l'art et la culture, et pas exclusivement dans le
football ou la Star Ac', car c'est bien l'art véritable
et la vraie culture qui créent la valeur morale et spirituelle
réelle d'une vraie nation.
Michel Tibbaut
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