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arnold Bax : pièces
pour piano vol.3
1 cd Naxos 8.557769
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Le jeune et brillant pianiste britannique Ashley Wass a
gravé pour Naxos une quasi intégrale (en trois volumes)
de l'uvre pour piano d'Arnold Bax (1883-1953). Après
deux disques consacrés essentiellement aux grandes sonates
du compositeur anglais, ce volume explore avec bonheur et cohé-
rence les pièces courtes de son catalogue, marquées
par l'influence de Debussy et Scriabine. Naxos nous permet donc
d'élargir notre connais-sance de ce compositeur de premier
plan qui n'a malheureusement pas toujours les honneurs des dictionnaires
et des encyclopédies de la musi-que. Personnalité
attachante et discrète, Bax a toutes les apparences d'un
artiste officiel : musicien de la cour britannique, il est anobli
en 1937 puis, pendant la guerre, devient Master of the King's Music
(comme le furent
Elgar ou Bliss, et l'est aujourd'hui Sir Peter Maxwell Davies) ;
sans parler
de ses multiples titres de Docteur Honoris-Causa, dont celui de
la presti-gieuse Université d'Oxford. Outre son génie
musical un peu conventionnel, Bax était aussi passionné
par la littérature et nous a laissé sous pseudo-nyme
une uvre abondante, en prose et en vers, sous l'influence
de
Yeats.
Son catalogue comporte à la fois une vaste uvre pour
orchestre (sept symphonies et des poèmes symphoniques dont
le très connu Tintagel - que David Lloyd-Jones à
la tête du Royal Scottish National Orchestra con-tribue à
faire connaître chez Naxos), une uvre chorale, de la
musique de chambre, de la musique de film, et de très nombreuses
songs. Excellent pianiste, Arnold Bax jeune se produisait
sur scène pour jouer sa musique ou accompagner - parenthèse
anecdotique : en 1909, il joua sur scène la partie pour piano
de mélodies de Debussy en présence du compositeur,
puis en 1914 il interpréta du Schönberg face à
ce plus illustre Arnold. Son uvre pianistique se compose de
quatre vastes sonates composées entre 1910 et 1934, ainsi
que de transcriptions d'opus orchestraux et d'un certain nombre
de pièces courtes.
What the minstrel told us (1919) est une ballade d'une dizaine
de minutes, composée sur une mélodie traditionnelle
irlandaise. L'uvre a été crée un an plus
tard par la girlfriend de Bax, la jeune et charmante Harriet
Cohen.
A Mountain mood (1915) est une gentille miniature marquée
par des mélo-dies inventives dans un contexte musical conventionnel.
The maiden with the Daffodil, écrite durant la première
guerre mondiale, est un divertisse-ment libre et léger aux
réminiscences debussystes, que Bax voulait "inno-cent
et frais". Paean, pièce plus tardive (1928)
à la construction complexe, est dédiée à
son ami pianiste Franck Merrick ; il s'agit d'une irrésistible
passacaille évoquant de furieux tintements de cloches. A
Hill Tune (1920) est une élégante ballade marquée
par des références internes à l'uvre
de Bax lui-même et à la musique populaire irlandaise.
Mediterranean (1920) est intelligemment qualifié dans
le livret du CD comme une carte-postale musicale très gaie
que Bax a composée suite à une virée estivale
entre amis musiciens à Majorque. The Princess's Rose Garden
(1915) est un nocturne qu'il voulait "rythmiquement somnolent,
mais raisonnablement lent" ; le résultat est une
pièce convaincante pleine de lenteur et de mystè-
re, de plus de sept minutes, l'un des plus beaux morceaux de la
sélection.
Two Russian Tone Poems (Nocturne-May night in the Ukraine
et Gopak) remonte à 1912. Il évoque l'une des
nombreuses escapades amoureuses du compositeur : en effet, en 1910,
Bax avait parcouru la Russie et l'Ukraine à la recherche
d'une certaine Natalia Skarginska, parfaitement inconnue et romanesque.
La fresque qui résulte de cette première incursion
de Bax dans la miniature pianistique est une réussite, et
un trésor de trouvailles harmoniques et d'atmosphères.
Lullaby est une berceuse plutôt dynami-que et dansante
(1920) destinée à la danseuse Tamara Karsavina. Le
programme très riche de ce CD se referme logiquement par
Sleepy-Head ; cette très belle pièce de cinq
minutes est encore un message envoyé par
le compositeur à l'une des nombreuses femmes, cette fois-ci
la légitime, Elsita, qu'il était sur le point de quitter
en mai 1915. Le livret nous invite à voir cette très
belle berceuse comme une évocation du sommeil de leurs deux
enfants.
Ashley Wass, bien connu de l'autre côté du tunnel,
notamment pour sa sélection par la BBC en tant que New Generation
Artists pour deux saisons, pour ses nombreux enregistrements et
un mini-concert qu'il donna lors du récent Golden Jubilee
de la reine Elisabeth, saisit parfaitement l'univers musical de
Bax et sait en rendre les subtilités comme l'ambition parfois
démesurée de poète épique.
François-Xavier Ajavon
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