|
béla bartók : concerto pour orchestre suite de danses - chants
paysans hongrois 1 sacd Hungaroton Classic HSACD
32187 | Le
label Hungaroton livre un enregistrement tout entier consacré à
la musique de Béla Bartók, effectué il y a deux ans
à Budapest par l'Orchestre National Philharmonique Hongrois sous
la baguette de Zoltán Kocsis. Dès les premières mesures
du Concerto pour orchestre, l'auditeur sera surpris par le climat mystérieux
de cette lecture, une énigme qui ne s'éclairera que momentanément
vers la septième minute, avant de se cacher à nouveau derrière
les fins échanges solistes qui construisent la fin du mouvement. Le
Giuoco delle copie qui suit est d'une savante fausse légèreté
d'où sourdent des accents de drame à peine amorcés mais bien
là ; on y entend l'appréciable qualité du pupitre des bois
de la formation hongroise. La toute debussyste Elegia est assez sombre,
dangereuse-ment langoureuse, de sorte que les attaques de cordes qui suivent sou-dain
paraissent autant de cris de désespoir ; Bartók écrivit cette
page durant l'été 1943, aux Etats-Unis, déjà fatigué
qu'il était par les assauts de la maladie qui allait avoir raison de
sa vie le 26 septembre 1945, ce qui pourrait en expliquer le caractère
lugubre. L'Intermezzo en sera d'autant joyeux, joué ici avec une
élégance toute sensualité, tandis que le Finale est
abordé avec une sorte de hargne un peu crispée. En générale,
cette version brille par l'équilibre de ses contrastes, une dynamique judicieuse,
une articulation claire qui n'en dévoile cependant pas le squelette. De
vingt ans son aînée, la Suite de Danses débute avec
retenue, pour peu à peu installer une sorte de fête qui respire
la joie, à travers une succession de danses d'inspiration ethnique (roumaine,
hongroise, arabe, etc.), dans une synthèse entre musique populaire et musique
savante qui serait l'une des marques de fabrique du compositeur dans ces années
là. Kocsis - qui a souvent joué les pièces de piano d'inspiration
comparable de Bartók - en donne une interprétation haute en
couleurs, d'une énergie formidable, s'achevant par le fourmillement invraisemblable
du sixième mouvement, directement héritier du Mandarin merveilleux.
Les deux Chants de paysans hongrois sont plus rarement joués.
Le compositeur réunit en 1931 quelques pièces pour piano qu'il arrange
pour l'orchestre, réalisant deux Tableaux (c'est ainsi qu'on les
appelle parfois). L'équilibre de ces pages est idéal, développant
une certaine tendresse de ton fort éloignée de l'âpreté
du Concerto. La Philharmonie hongroise en donne une lecture d'un bel élan,
dans une sonorité un rien vieillotte tout à fait charmante, délicieusement
soulignée par l'intervention de la cornemuse. Anne
Bluet |