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johann s. bach : double
concerto BWV 1060
concerti pour hautbois BWV 1053 et BWV 1059
1 cd Sony Classical 8697 11274
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Dès le
premier numéro, le hautbois de François Leleux
nous a semblé un peu trop présent. Ici comme ailleurs,
le niveau d'enregistrement du soliste, un rien élevé
à notre goût, ne masque pas les faiblesses de l'interprétation.
L'Air extrait de l'Ouverture en ré majeur BWV 1068
aurait mérité un peu moins d'expressivité sensuelle
- parfois précieuse - et plus de lisibilité
dans le contrepoint. L'ensemble se tient pourtant, la langueur des
sons un peu trop tirés des cordes du Chamber Orchestra of
Europe restant soute-nu d'un continuo, ici comme dans le
reste de la galette, à la fois précis et tendre.
Ainsi du Concerto pour hautbois, cordes et basse continue en
fa majeur BWV 1053 : le portamento presque classique
de l'orchestre n'est pas sans évoquer certaine musique de
salon tant le contrepoint, rythmiquement irré-
prochable, disparaît à l'arrière plan d'un son
légèrement pâteux, à la fois lâche
et, partant, surexpressif, mais non sans une certaine joliesse un
peu empruntée, cela dit. Le hautbois trouve plus aisément
son chemin dans la partition. Cependant, malgré une palette
interprétative d'une agréable lar-geur (miniatures
du premier mouvement, allant du troisième), il ne parvient
pas réellement à résister au legato
maniéré des cordes et finit par les rejoindre dans
leur somnolence mondaine.
Toutes proportions gardées, le Concerto pour hautbois,
cordes et basse continue en ré mineur BWV 1059 est plus
convainquant. L'orchestre, à la fois léger et présent,
offre au premier mouvement un contrepoint d'une clarté plus
immédiate. Le hautbois peut y développer une belle
vigueur d'articulation et un très élégant nuancier.
Au Double concerto pour hautbois et violon en do mineur BWV 1060
appartiennent aussi quelques moments plus touchants. Ainsi du premier
mouvement, là où la rondeur du hautbois se fait parfois
plus lointaine pour laisser parler un violon légèrement
acide. Mais si, chacun d'une voix qui
lui est propre, François Leleux et Lisa Batiashvili
savent tisser un dialogue assez équilibré, l'émotion
qui s'en dégage ne parvient jamais à se hisser au-delà
de l'anecdote.
Et c'est bien l'anecdote qui emporte définitivement la transcription
de Jesu, bleibet meine Freude, Choral extrait de Herz
und Mund und Tat und Leben (Cantate BWV 147). Le soliste y occupe
une partie de ténor bien trop pré-
sente, bien trop marquée et assez laide, y ferait-il montre
d'une excellente articulation. L'émotion propre au choral
disparaît totalement sous une mélodie qui eût
été plus touchante en arrière-plan. Les choix
de l'interpré-
tation rendent alors la pièce incapable de porter l'élan
spirituel auquel elle est pourtant dédiée.
Marc Develey
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