John Luther Adams :
Earth and The Great Weather

1 cd New World 80459-2

"Je veux que ma musique ait une intégrité formelle. Et je la souhaite
aussi physique que possible, pour toucher l'auditeur de la façon la plus directe. C'est l'équilibre éternel entre classique et romantique, l'Apollonien
et le Dionysiaque"
. Né en 1953, John Luther Adams s'installe en Alaska
au début des années 70, et s'inspire depuis de ses reliefs sauvages, de l'enseignement des autochtones pour nourrir son art. Peu à peu, il com-mence à explorer un territoire qu'il nomme géographie sonore, une région entre lieu et culture, entre l'imagination humaine et le monde qui nous en-toure. Earth and the Great Weather illustre bien ce propos, puisque l'œuvre est définie comme un voyage à travers les paysages physiques, culturels
et spirituels de l'Arctique, au moyen de la musique, du langage et du son. Plus précisément, les paysages évoqués sont ceux de l'extrême Nord-est du 49ème état américain, patrie des Indiens Kutchin (à cheval sur le Canada) et des Inuits Iñupiat (au plus près de la Sibérie).

"Il y a plusieurs années de cela, je fus chargé d'une création pour New American Radio. En Arctique, j'ai enregistré des sons naturels aussi bien que le bruit du vent dans les cordes d'une petite harpe éolienne. Avec ces éléments, j'ai construit une pièce d'une demi-heure, qui incluait également la langue et le rythme des tambours des Inuits Iñupiat". De là est né Earth and the Great Weather (1993), devenue une œuvre de soixante-quinze minutes en dix parties, où alternent passages pour cordes avec litanies
(en plusieurs dialectes, évoquant d'un timbre apaisant le climat, la flore
et la faune) et quatuor de percussions - formation reprise pour Strange
and Sacred Noise
(1997).

Percussionniste lui-même à l'adolescence, Adams voue une passion
pour Franck Zappa qui le mènera aux travaux de Cowell, Cage et Varèse. Mais ses deux influences artistiques avouées sont James Tenney - avec lequel il étudia en Californie - et Morton Feldman. Pour la présente pièce, toute de son et de poésie, le compositeur combine la construction intel-lectuelle rigoureuse du premier et la sensualité du second. Les plus savants qualifieront son esthétique de post-minimaliste, les plus rétifs
de New Age ; mais tous s'accorderont sur sa nature méditative et introspective. > écouter un extrait

Laurent Bergnach